Dessinateurs d’audience, des dessins pour l’Histoire

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 24/06/2022 par Olivia Alloyan

Le procès des attentats du 13 novembre 2015 dit « procès du Bataclan » touche à sa fin. Les seules images accessibles de ce procès historique sont…des dessins appelés croquis d’audiences.

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nimes-2556871_960_720 Fokuza@Pixabay

Si la pratique remonte à l’utilisation de gravures au XVIème siècle, c’est après le procès de Gaston Dominici en 1954 (procès perturbé par des journalistes) que les photographes ne seront plus admis lors des audiences publiques dans les tribunaux. Une exception sera faîte pour les “procès historiques” – comme celui de Klaus Barbie – qui seront intégralement filmés mais non retransmis en direct (source Wikipédia).

La loi sur la liberté de la presse entrée en vigueur le 29 juillet 1881 est donc modifiée dans l’optique de préserver la sérénité des débats et de favoriser le travail de la justice. C’est l’article 38 ter de cette loi qui interdit « dès l’ouverture de l’audience des juridictions administratives ou judiciaires, l’emploi de tout appareil permettant d’enregistrer, de fixer ou de transmettre la parole ou l’image ». Toute infraction est passible de 4 500 € d’amende, précise le texte.

Pour les 50 prochaines années, seuls des dessins seront donc visibles par le public au sujet du procès des attentats du 13 novembre 2015. Les films de ce procès, l’un des rares à être filmé « pour l’Histoire » – car seuls 13 autres procès sont dans ce cas – , rejoindront les Archives nationales, avec une diffusion possible dans 50 ans à des fins de recherches.

Les dessins et autres croquis d’audience de ces procès historiques sont presque toujours commandés par les organes de presse écrite ou audiovisuelle.

Le dessinateur Emmanuel Prost a suivi pour le journal Charlie Hebdo le procès des attentats du 13 novembre 2015. Dans cette interview du site Actu-juridique, il raconte le recul nécessaire face à la violence des récits mais aussi la responsabilité vis-à-vis des témoins, des victimes et de leurs proches. Il parle de sa place sous le prétoire « collée à la cour, collée au box des accusés » et des échanges de regards avec les accusés.

Dans cette courte vidéo de l’AFP (3,5mn), Elisabeth de Pourquery, dessinatrice d’audience au procès des attentats de janvier 2015, présente ce métier particulier : « Il faut dessiner très vite avec des gens qui ne posent jamais pour nous ».

Benoît Peyrucq, qui couvrait également ce procès notamment pour l’AFP parle de la difficulté de dessiner les personnes avec des masques en période Covid et ajoute : “Ce sont des dessinateurs qui se sont fait tuer et pour un dessinateur… ça te touche”. Le dessinateur vient de publier Les carnets de Charlie où il présente les étapes clés de ce procès à la cour d’assises spéciale.

François Boucq évoque lui aussi la mission délicate de couvrir ce procès dont il connaissait les victimes. Il faut parcourir le livre issu de ses croquis pour comprendre l’endurance et la fluidité d’exécution requises par ces dessinateurs d’exception.

Ces procès dessinés pour l’histoire sont aussi l’occasion de découvrir les noms de ces dessinateurs de l’ombre issus soit de la bande dessinée : Cabu, Calvi, Riss, Tignous, Fabrice Le Hénanff, François Boucq (Charlie Hebdo), Mathieu Boucheron (France Inter), Dessin Valentin Pasquier (Le Parisien) ou Marc Large, soit d’une approche plus classique sur le dessin d’observation : Maurice Feuillet (L’Univers illustré), Gally Mathias, Astrid de La Forest (France 2), Sylvie Guillot, Rémi Kerfridin (groupe Nice-Matin) , Noëlle Herrenschmidt, Benoît Peyrucq (Agence France-Presse), Elisabeth de Pourquery (France télévisions), Joris Le Dain (Ouest-France), Dominique Lemarié, Edith Gorren ou Mathieu Boucheron. L’éventail des styles va donc de la caricature au dessin réaliste. » (source article Wikipédia Croquis d’audience).

Pour aller plus loin :

Comment dessiner le procès des attentas du 13 novembre (podcast France Inter de 18 mn)

Les dessinateurs judiciaires : essai de portrait (Dalloz actualités)

Association de la presse judicaire

Dans les collections de la Bm de Lyon

Le procès Papon [Livre] : 400 dessins d’audience / Riss

Dessins pour l’histoire : le procès Barbie par René Diaz / texte de Laure Piaton ; sous la dir. d’Isabelle Doré-Rivé

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