Radios locales à Lyon et en région Auvergne Rhône-Alpes (2/2)

Les radios associatives lyonnaises

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - par Maëlis P.

Plusieurs radios indépendantes de proximité s’épanouissent aujourd’hui à Lyon et dans l’agglomération sur les ondes comme sur le web. Voici une présentation de ces radios lyonnaises, depuis les antennes locales pionnières jusqu'aux webradios contemporaines.

Serge Vincent-2009-La basilique, la tour métallique de Fourvière et l
Serge Vincent-2009-La basilique, la tour métallique de Fourvière et l'Opéra (Photographe en Rhône-Alpes)

Naissance et essor des radios lyonnaises

Parmi les radio indépendantes  lyonnaises actuelles les plus notoires, nous trouvons : Nova, Brume FM (Radio Campus Lyon), Canut, Radio Pluriel (Saint-Priest), RCF Lyon, Sol FM (Oullins) etc. et aussi des webradios tel que Lyl radio, Radio Bellevue Web, Radio Cassette, ou encore Les Enfants du Rhône webradio croix-roussienne.

Des années 20 aux années 80

Le premier poste émetteur lyonnais, remonte à la première guerre mondiale (émetteur du poste d’Etat de Lyon-La Doua). Le 1er avril 1925, sur l’initiative de Jean-Claude Dubanchet et Hippolyte Trolliet deux représentants de la Compagnie Française de Radiophonie, Radio-Lyon (se référer à l’article Influx “L’émetteur de Radio-Lyon”) voit le jour et devient la première radio privée lyonnaise, dans le quartier de la Guillotière. Elle passera sous le monopole de l’Etat avec la Libération, après avoir subi un sabotage des troupes allemandes pendant la guerre. S’ensuivra un long monopole de l’Etat sur l’émission des ondes.

La radio s’est ainsi développée au rythme des guerres comme arme de propagande au prisme de stratégies de communication, comme outils de surveillance par le régime de Vichy et l’armée allemande, mais aussi comme outil de résistance pendant la Seconde Guerre mondiale dans la région pour contrer les troupes allemandes. Dans le Vercors en 1943-1944, plusieurs opérateurs radio assurent les liaisons radios avec Londres et Alger, postés dans des hameaux, des fermes, des écoles en montagne et pilotant la coordination de parachutages de matériel par les alliés. Avec la radio, le contrôle des télécommunications a donc été un enjeu de pouvoir oscillant entre un monopole contrôlé par l’Etat (outils de guerre, de renseignement, surveillance) et un outil de résistance dans le maquis.

A la fin des années 70, plusieurs radios pirates voient le jour à Lyon. En synergie avec ces nouvelles antennes, un mouvement d’effervescence musicale rock à Lyon prend forme et se diffuse ( se référer à l’onglet “Radios, disquaires, fanzines” de l’exposition numérique de la BML “Lyon capitale du rock”).

Marcos Quinones-199-Studio Radio Brume -(Photographes en Rhône-Alpes)

Parallèlement, des radios confidentielles parfois engagées, amatrices et interdites par le monopole de l’Etat émergent à Lyon. Avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, la loi sur la libéralisation des ondes de 1982 provoque l’émergence d’une myriade de radios privées essentiellement commerciales, de radios libres. Seules quelques rares radios héritières du mouvement des années 70-80 n’ont cessé d’émettre jusqu’aujourd’hui. Parmi celles-ci, RCF, héritière de Radio Fourvière, Radio Canut, radio associative militante d’opinion, ou la radio étudiante Radio Brume perdurent.

Sous des formes artisanales et informelles, nées dans la dissidence par rapport au pouvoir établi, les activités radiophoniques se développent donc également comme outil de subversion ou de  désobéissance. A Lyon comme en région, ces radios ont bien souvent émergé dans l’illégalité et la confrontation par rapport au pouvoir établi, depuis les opérateurs radio clandestins de la résistance dans le Vercors jusqu’aux radios pirates lyonnaises interdites des années 70.

Aujourd’hui, un paysage sonore sur le web

Les usages du numérique ont permis la naissance de nombreuses webradios, puis de podcasts et de documentaires sonores. Ces formats numériques ont permis à des radios locales de proximité, associatives, rurales, régionales ou d’agglomération de faciliter leur diffusion, de se faire connaître et de bénéficier d’une grande liberté d’expression, de ton, et de parole. Ces webradios locales s’inscrivent dans la vie locale (économique, artistique, culturelle) où elles sont implantées par des programmes diversifiés et originaux.

Le web transforme l’univers radiophonique et sonore contemporain et ses formes de diffusion, y compris à Lyon. Cette effervescence ne fait aujourd’hui pas ou peu l’objet d’édition et de publication. Plusieurs webradios lyonnaises actuelles retiennent l’attention : Radio Bellevue Web (RBW), la radio indépendante  Lyl Radio née à Lyon en 2015, ainsi que la webradio lyonnaise Radio Cassette (et ses podcasts).

Nous vous avons concocté une liste de podcasts sur Lyon, produits par des réalisateurs et réalisatrices lyonnais.es :

Tableau de quelques radios pionnières

Avec l’essor du mouvement des radios pirates puis le début des années 80, de nouvelles radios locales apparaissent et prennent ancrage dans le paysage sonore lyonnais. De nouveaux espaces de libre expression voient le jour : depuis les radios libres comme radio Bellevue, canal outil de libre expression politique, artistique, musical, avec pour certaines un parti pris de militantisme (radio Canut, radio d’opinion). Certaines radios multi communautaires jouent le rôle de courroie de transmission des mobilisations sociales (avant l’heure des réseaux sociaux)  et de porte-parole de mouvements de défense de travailleurs immigrés. Ainsi, radio Trait d’Union s’engage dans la marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983.

Marcos Quinones-1990-Radio Brume (FM 90.7) -(Photographes en Rhône-Alpes)

Parmi les radios lyonnaises historiques des années 80 les plus notoires : radio Canut (anciennement Radio Canut-Guignol en 1978 qui aussi dériva vers Radio Léon), radio Brume (Brume Radio Campus Lyon, radio étudiante), RCF (descendante de Radio Fourvière), Radio Bellevue (1981), Radio Trait d’Union (parti pris social en soutien aux travailleurs immigrés à Villeurbanne), et d’autres petites radios plus éphémères que mentionne le Numéro 69 des Rues de Lyon “Génération Radio 1978-1986” : radio Léon, radio Joufflu, radio Julie… Ainsi l’on apprend que certains passionnés se lancent même dans l’aventure des ondes en improvisant un studio dans leur appartement :

“Il paraîtrait même qu’un mécanicien de l’avenue Berthelot avait créé sa radio dans sa salle à manger pour passer la musique de son Italie natale. La famille se serait relayée pour tenir l’antenne…”.

  • Radio RCF } Radio Fourvière

La radio chrétienne Radio Fourvière démarre sa diffusion le 1er avril 1982. L’antenne et l’émetteur sont initialement installés sur la tour nord-est de la basilique de Fourvière. RCF est créée à l’initiative de l’archevêque de Lyon alors en fonction à cette période, Monseigneur Decourtray, et du père Emmanuel Payen. Dans l’ouvrage Fourvière l’âme de Lyon, ce dernier aborde la ligne éditoriale initiale et spécifique de la station RCF. Elle différait par rapport aux choix de radio Notre-Dame à Paris :

« La dimension œcuménique est confirmée de telle façon que les Eglises, catholique, réformée, luthérienne, apostolique arménienne, orthodoxe, évangélique baptiste et anglicane s’associent dès l’origine à la fondation de Radio Fourvière. « (p.382-383)

La radio recevra même en 1986 la bénédiction du pape Jean-Paul II de passage à Lyon. RCF compte aujourd’hui 64 radios locales et 270 fréquences en France et en Belgique.

Voici un extrait du JT Rhône Alpes soir du 5 janvier 1996 évoquant l’histoire de RCF (et son ancêtre Radio Fourvière), et la confrontation de cette antenne face à l’influence de Radio Notre-Dame à Paris. L’enjeu était alors de rallier un certains nombre de fréquences locales au réseau RCF de Lyon, face à la concurrence parisienne de Radio Notre-Dame. La question de l’œcuménisme constituait une différence d’approche entre les deux antennes.

> Pour accéder à la vidéo de l’INA : Séquence vidéo INA > Radio Fourvière.

  • Radio Canut } Radio Canut-Guignol

Radio Canut est l’une des plus anciennes radios lyonnaises associatives à ne pas avoir cessé d’émettre avant même la libéralisation des ondes jusqu’aujourd’hui. Il s’agit donc d’abord d’une radio pirate qui voit le jour sous le nom de Radio Canut-Guignol puis Radio Lézard et Radio Pipelette et enfin radio Léon. Cette dernière verra l’ouverture de la bande FM.

En tant que fréquence d’opinion non commerciale, elle naît d’une volonté de rompre et résister contre le monopole d’Etat établi sur les ondes jusqu’en 1982. Installée à la Croix-Rousse à proximité de la place Sathonay, elle produit des émissions indépendantes de création, d’actualité locale, culturelle, sociale, musicale ou politique. Notons par exemple l’émission originale de théâtre radiophonique intitulée « Théâtre de la Gamelle » émise tous les vendredis en direct de 13h à 14h. Elle est créée en 2010 sur l’initiative de la compagnie « Les Montures du temps ».

Documentaire de 13 mn sur radio Canut, réalisé par Pierre-Yves Moulin, 2016.

 

  • Radio Bellevue Web (RBW) } Radio Bellevue

Le collectif FRIGO est à l’origine de la naissance de Radio Bellevue. De la fin des années 70 à la chute du mur de Berlin, le groupe artistique FRIGO développe ses activités multimédia autour de performances, d’expositions, de la photographie, de la vidéo, de la musique et de la scénographie. Radio Bellevue voit le jour le 4 juillet 1981. Cet espace de laboratoire a été l’objet en 2013 de l’exposition « Frigo Génération 78-90 » au Musée d’Art Contemporain de Lyon. Cet événement a permis de relancer une radio expérimentale descendante de radio Bellevue qui avait cessé d’émettre depuis 1990.  Radio Bellevue Web a donc été réinventée à cette occasion et l’expérience se poursuit jusqu’aujourd’hui sur internet.

Voici une courte présentation de Radio Bellevue sur son site :

« Libre, Rock et Kulturel, le son sans concession de Radio Bellevue a formé, inspiré et accompagné toute une génération d’aficionados de la musique et de la culture en général, celle des années 80. Au moment où la mémoire de ces années bouillonnantes et créatives refait surface et interpelle également les nouvelles générations, la bande-son de Radio Bellevue Web ne saurait donc ni renier ses racines, ni ignorer les artistes émergeants et les courants musicaux contemporains. »

Pour écouter Radio Bellevue Web : sur le site du collectif Frigo&Co ou le flux RBW sur internet.

dans les collections de la Bibliothèque municipale de Lyon au sein de la Documentation Régionale :

Exposition BML en ligne :

Radio et cinéma :

Sites web incontournables autour de la radio :

Radiooooo, Radio Garden, Essentiel Radio, Online Radio Box, Annuaire des radios et webradios (par thématique ou par région), Atelier de Création Sonore Radiophonique, Arte Radio.

Enfin, voici une série d’émissions radiophoniques de La Fabrique de l’Histoire sur France Culture abordant l’histoire de la ville de Lyon à réécouter ici.

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