Rencontrez chaque mois, l’une des nombreuses personnalités qui ont forgé l’histoire de Lyon et de la région au fil des siècles

Paul Chenavard

- temps de lecture approximatif de 12 minutes 12 min - Modifié le 02/08/2017 par Laurent D

Paul-Marc-Joseph Chenavard, né à Lyon le 9 décembre 1807 et mort à Paris le 12 avril 1895, est un peintre français.

Félix Nadar. Portrait de Paul Chenavard
Félix Nadar. Portrait de Paul Chenavard

Quelques éléments biographiques de la vie de Paul chenavard

9 décembre 1807 , naissance à Lyon de Paul-Marc Chenavard. Ses parents tiennent un commerce de cardes pour la fabrication de la soie.

Il est mis en nourrice jusqu’à l’âge de cinq ans dans le village de Chavannoz (Isère) chez une femme nommée « la Metzerolle ». Cet épisode marquera à jamais l’existence de Paul en raison du soupçon qu’entretenait sa mère sur la véritable identité de l’enfant revenu au domicile : « Tu retires si peu d’après ton père et moi que je soupçonne que la « Metzerolle » a bien donné son enfant ; aussi bien que ton père nourricier venait toujours prendre de tes nouvelles, ça n’est pas bien clair (…)

Il est confié à l’école communale de St-Genis-Laval où ses parents se sont retirés après avoir fait fortune. Il se lie avec le futur peintre Joseph Guichard. Parmi les passions précoces de Paul il y a Jean-Jacques Rousseau.

1817 Le jeune Chenavard assiste à l’exécution publique (sur la place de St Genis-Laval) de deux leaders bonapartistes, dont son camarade Pierre Dumont. Cette terrible scène le bouleverse et lui inspire une haine viscérale  contre le régime des bourbons.

Ses parents le destinent à l’industrie mais Paul préfère la voie des études libres. Il est enthousiasmé d’abord par la vie des Saints et des Pères du Désert, puis ambitionne de voyager, «  Je ne cessais de parcourir en tous sens l’histoire des voyages, dans l’idée qu’il y avait encore quelque découverte à faire sur le globe (…)

1824 Paul entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon.

1825 Il reçoit un prix de l’Ecole (en classe de figure) ce qui lui permet de réclamer à ses parents un départ pour Paris.

Il commence à étudier dans l’atelier du peintre d’histoire Louis Hersent puis dans celui de Dominique Ingres. A la même époque Paul Chenavard fréquente assidûment les musées et les bibliothèques où il dévore « La moelle des penseurs ». C’est au Louvre qu’il rencontre Delacroix. « Comme j’allais au Louvre copier l’ange de Rembrandt, je fus abordé par un jeune homme qui me demanda si je voulais lui vendre ma copie. Je  répondis non. Alors le jeune homme me dit avec éloge : « C’est dommage ! J’aurais voulu vous prier de me faire une copie. Je suis Eugène Delacroix ». Une profonde amitié lie les deux hommes malgré leurs grandes différences, qui les fait comparer par Baudelaire, à « deux navires attachés par les grappins d’abordages ».

1827 Les relations entre Chenavard et Ingres sont tendues. Ingres supporte mal les envolées intellectuelles de son élève (surnommé le « Prince des causeurs »), et lui conseille de se rendre en Italie et au Louvre pour copier les maitres l’assurant « que les fleurs y naitraient sous ses pas, surtout s’il avait le bonheur de se tenir en garde contre les maitres exagérés, Michel-Ange, Le Corrège (…) ». « Je voulais fuir surtout, dit Chenavard, les disputes malsaines du romantisme afin de chercher par moi-même, la vérité sans trouble ».

En Italie Chenavard se lance dans une frénétique copie des maitres anciens «  Je me donnais dans l’excès de l’application ; je m’attachais aux  moindres détails (…), ne pouvant me dégager de ce double préjugé : Je suis en Italie et le morceau est ancien ».

A Rome il fait connaissance avec le cercle des nazaréens allemands pour lesquels la dimension religieuse et la fonction didactique de l’art sont essentielles. « Dès mon premier séjour à Rome je m’étais lié avec deux peintres allemands (Friedrich Overbeck et Peter Von Cornélius) qui voyaient dans l’art, un moyen, et non une fin, et cherchait à lui faire exprimer, au point de vue historique et religieux, les pensées les plus hautes ».

Rencontre également déterminante avec le philosophe Georg Wilhem Friedrich Hegel. Chenavard entre en sympathie profonde avec la philosophie cyclique de l’histoire de Hegel, qui marque le 19 siècle et exerce une influence décisive sur l’ensemble de la philosophie contemporaine.

1830 Chenavard répond au concours lancé par le ministre de l’intérieur Guizot pour le décor de la salle des séances de l’assemblée nationale avec le tableau « Mirabeau devant Dreux-Brézé ». Chenavard ne remporte pas le concours mais se fait remarquer comme un futur grand peintre d’histoire.

1832 Chenavard commence à cette époque à travailler sur son projet de palingénésie universelle, œuvre monumentale représentant l’histoire de l’humanité et de son évolution morale, largement inspirée de la philosophie de Hegel.

Quand  il est à Paris Chenevard fréquente les hauts lieux de la bohême littéraire, notamment les cafés romantiques où il fait la connaissance de Gustave Courbet et Baudelaire.

1835 Le Musée Colbert expose « séance de la convention nationale ». Ce grand dessin qui a tout d’abord été proposé au salon de 1835 et refusé en raison du scandale qu’il provoque vaut la notoriété à Chenavard. A cette occasion, il acquiert une réputation de peintre d’histoire qui sait exprimer avec fidélité et force le sens d’un grand moment. Le dessin est acheté par Adolphe Thiers.

1839 Chenavard assiste à la leçon inaugurale d’Edgard Quinet sur l’Unité des peuples modernes à l’Université de Lyon.

Dans les années qui suivent, il s’emploie pour l’essentiel à peindre des tableaux d’église. Il expose au salon de 1841 Le Martyre de Saint Polycarpe, qui lui a été commandé par le ministère de l’intérieur. Sans rompre avec ses projets passés Chenavard emprunte une voie qui lui permet de pratiquer un art monumental à la hauteur de ses ambitions. Le tableau connait cependant un destin peu flatteur. Il est destiné par décret à l’église paroissiale de Sainte Sévère dans l’Indre, mais échoit finalement à Argenton-sur Creuse où le « curé du lieu en a fait, par chasteté, repeindre toutes les figures nues ».

1842 toujours pour le ministère de l’Intérieur Chevenard exécute La résurrection des morts, composition monumentale.  Le tableau sera finalement expédié à Bohal dans le Morbihan (église de Saint Gildas).

Au salon de 1846 il présente l’Enfer inspiré de Dante. Le tableau déroute Baudelaire qui établit un rapprochement avec Michel-Ange, au désavantage de Chenavard .

1848 Chenavard est chargé officiellement par le ministre de l’intérieur  Alexandre Ledru-Rollin, d’exécuter la décoration de l’intérieur du Panthéon que le nouveau gouvernement souhaite ériger en « temple de l’humanité ». Cette commande est exceptionnelle en raison de l’ampleur du projet. Chenavard s’engage à représenter les principales étapes de « la marche du genre humain dans son avenir à travers les épreuves et les alternatives de ruines et de renaissance », désignée aussi par le terme de palingénésie.

Le projet se heurte très tôt à l’hostilité de certains artistes qui dénoncent un traitement de faveur. On lui reproche également d’avoir accepté de décorer le Panthéon gratuitement. Une pétition rédigée par le peintre  Horace Vernet recueille la signature de plus de 2000 confrères : « alors lui-dis-je, Michel-Ange a avili la peinture en faisant pour rien le jugement dernier, dont il ne tira jamais un traite sou ». « Je me fiche pas mal de Michel-Ange. Je veux qu’on me paye ma peinture. Vous gâtez le métier, tant pis pour vous » (Le Temps, 14/04/1895, Paul Chenavard raconté par lui-même). Parallèlement, l’opposition de la droite et du clergé suscite une cabale.

1851 Le Panthéon est rendu au culte catholique par Louis-Napoléon Bonaparte. On retire à Chenavard le projet de décoration de l’édifice.

1855 Chenavard compte sur l’exposition Universelle pour relancer son grand œuvre. Il y expose les cartons pour le Panthéon. En vain. Il reçoit comme lot de consolation une médaille de première classe.

1863 Voyage en Italie où il retrouve Paul de Musset (frère d’Alfred de Musset).

Peint le portrait de Mme d’Alton-Shee. Le tableau fait figure d’exception dans la carrière de Chenavard.

Mme dAlton Shee Musée des Beaux-arts de Lyon

1867-1868 Chenavard séjourne en Italie et y conçoit un nouveau projet, La Divina Tragedia, une toile immense, de cinq mètres cinquante sur quatre mètres.

La Divina Tragedia est présentée au salon de 1869. C’est l’un des événements majeurs de l’exposition. La peinture est accompagnée dans le livret du Salon d’une longue légende qui débute par : « Vers la fin des religions antiques et à l’avènement dans le ciel de la Trinité chrétienne, la Mort, aidée de l’ange de la Justice et de l’Esprit, frappe les dieux qui doivent périr ».

L’œuvre fait à nouveau scandale ; on la juge trop complexe, on y voit tantôt « le triomphe de la religion chrétienne sur toutes les religions de la terre. »… tantôt le manifeste de l’effondrement de toutes les religions « le tohu-bohu vertigineux, le carnage inter-dogmicide, et la chute aux abimes du néant, de tous ces délires furieux, ridicules ou sublimes qu’a vaincus ou que vaincra tôt ou tard l’esprit humain affranchi ». La toile est perçue par d’aucuns comme un manifeste.

Tout de même achetée par l’Etat pour le musée du Luxembourg, Divina Tragedia n’y est présentée que peu de temps, et n’est redécouverte qu’à l’occasion de l’exposition: « Le musée du Luxemboug en 1874″ présentée en 1974.

1870 Chenavard se trouve à Paris pendant le siège et la commune. Il s’enrôle, à soixante-trois ans, dans un bataillon de la garde nationale.

1871 La guerre finie Joseph Guichard ramène Chenavard à Lyon. Il  s’établit 33 montée du Chemin-Neuf dans la maison où son ami a son atelier. Il fréquente assidûment un petit cénacle d’amis notamment Josephin Soulary,  et Victor de Laprade.

Durant l’empire, bien qu’éloigné du pouvoir, Chenavard ne cesse de faire parvenir à Napoléon III des projets utopiques : « Conseils à l’Empereur napoléon ». Il est notamment l’un des protagonistes les plus convaincus de Paris-port de mer. Il songe à une réforme de l’instruction publique en France. Il veut encore relier les mers du Nord à la Méditerranée par un chemin de fer géant entre Calais et Marseille. « La voie serait tellement large, les wagons si vastes et les machines si puissantes que l’on chargerait dessus, au Havre,  un navire avec son fret et son équipage, et que l’on remettrait à flot Marseille. »

1873 Membre du comité de l’exposition Universelle de Vienne. A cette exposition figure la Divina Tragedia.

1875 Grâce à Joseph Guichard les cartons du Panthéon sont exhumés des réserves de l’état. Les grisailles sont enfin exposées dans une « galerie Chenavard » aménagée dans l’aile sud du Palais des Beaux-Arts.

1883 Chenavard a la déception de se voir préférer Puvis de Chavannes pour la décoration de l’escalier monumental du Musée des Beaux-Arts. Puvis de Chavannes détestait son congénère  lyonnais. Un «Antique bavard, insupportable de scepticisme. »

1887 Chenavard est promu officier de la Légion d’Honneur.

1891 Son testament a fait de la ville de Lyon son légataire universel, avec des clauses très précises pour le soutien de la vie artistique locale. Chenavard exige par exemple que soit « affectée chaque année une somme de 2 000 francs au paiement d’un portrait d’une célébrité lyonnaise de quelque époque que ce soit, qui devra être fait par l’élève lyonnais ayant obtenu le prix de Paris fondé par la ville de Lyon (…). Le testament est accepté et le nom de Paul Chenavard est donné à la rue Saint–Pierre.

Chenavard finit sa vie presque aveugle à Paris, dans une maison de retraite, où il meurt le 12 avril 1895.

Nous semblons n’avoir jamais soupçonné les fonctions et les puissances de l’art dans la société (…) faire exprimer (à l’art), en un beau langage, accessible aux humbles, aux simples, les aspirations sociales, les plus hautes conceptions de l’intelligence, voilà quel serait le progrès. Paul Chenavard (Grünewald, catalogue, Musée des Beaux-Arts, Lyon)

 

Les informations et citations de cet article proviennent en grande partie de l’ouvrage: Paul Chenavard : monuments de l’échec


Dans les collections de la bibliothèque

En texte Intégral

  • Essais de palingénésie sociale 
  • Exposition des Cartons de Paul Chenavard pour la décoration du Panthéon
  • Joséphin Soulary et la Pléiade lyonnaise
  •  l’Art moderne- Le Panthéon
  • Histoire des artistes vivants français et étrangers : Etudes d’après nature / par Théophile Silvestre

    Hommage

    Nombreux furent ceux qui témoignèrent de leur amitié en exécutant des portraits de Chenavard. Certains de ces portraits furent offerts à Chenavard (celui de Courbet, celui de Meissonnier, celui de Ricard), qui en fit don ensuite au Musée des Beaux–arts de Lyon. Le portrait peint par Courbet est visible dans les salles dédiées aux peintures du XIXème.

    Dans la grande salle de délibérations publiques du Conseil général du Rhône, à la Préfecture du Rhône, trône une peinture monumentale tenant presque tout le mur intitulée « Aux gloires du Lyonnais et du Beaujolais ».  L’œuvre met en scène soixante-six personnages célèbres dans le Lyonnais et le Beaujolais depuis la création de Lyon (200 av. J.-C.) à la fin du XIXe siècle. Parmi les personnages représentés figure Paul Chenavard.

    Chenavard à Lyon

    En 1875, l’Etat sur l’insistance du peintre Joseph Guichard, envoie au Musée des Beaux-Arts de Lyon les 18 grissailles qui étaient restées du chantier inabouti du Panthéon et qui avaient été présentées par Paul Chenavard en 1855 à l’Exposition Universelle. Ces grisailles sont désormais exposées en permanence dans la chapelle du musée.

    Anecdote

  • Pessimisme de créateur impuissant et amer, ou tristesse de philosophe, l’aigreur de Paul Chenavard était proverbiale. Ses amis l’avaient baptisé Le Mancenillier, Décourageur Ier,  Désolateur le Grand.
  • Le hasard avait mis en présence Chenavard et Gioachino Rossini qui s’étaient liés d’une forte amitié. Chenavard admirait Rossini et celui-ci aimait les traits d’esprit brillants de Chenavard qui le distrayait des opinions « partagées par tout le monde ». En remerciement des peintures dont Chenavard avait orné la maison de Rossini, le musicien avait inscrit en tête de l’une de ses compositions cette dédicace « A mon bien-aimé Chenavard, que je n’ai jamais quitté sans être plus instruit ».

Retro presse

  • Le 29 avril 1944, près de 50 ans après la mort de Paul Chenavard avait lieu au Musée Saint-Pierre le vernissage de l’exposition des dessins du Panthéon. On peut lire dans Le Journal du 2 mai 1944 un très bref compte rendu de cette inauguration.
  • Baudelaire s’est beaucoup occupé d’art et de la personne de Paul Chenavard. Le Figaro de l’époque vient de publier une note inédite: Peinture didactique. Note sur l’utopie de Chenavard. Ce court texte de Baudelaire est repris dans le Paris-soir du 4 mars 1925.

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *