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Jean-Baptiste Frénet

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 06/05/2017 par Laurent D

Jean-Baptiste Frénet, né à Lyon le 31 janvier 1814, et mort à Charly le 12 août 1889, est un peintre, sculpteur, photographe et homme politique lyonnais.

Autoportrait de Jean-Baptiste Frenet 1814-1889
Autoportrait de Jean-Baptiste Frenet 1814-1889

Éléments biographiques

Jean-Baptiste Frénet naît le 13 janvier 1814 au domicile de ses parents,  fabricants d’étoffes de soie, rue Désirée, dans le 1er arrondissement de Lyon. Sa jeunesse baigne dans le mysticisme lyonnais. Son père est membre de la loge maçonnique de la candeur.

Grâce au métier de son père, Jean-Baptiste prend goût à l’art du dessin. Il fait son entrée à l’âge de 13 ans à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Son indiscipline lui vaut d’être expulsé quelques mois plus tard. Il réintègre heureusement les cours l’année suivante.

1832, année importante pour le jeune Frénet à qui on attribue une mention honorable dans la classe de dessin de figures.

Monter à Paris est la norme pour un jeune artiste de province ambitieux. Frénet quitte Lyon en 1834 pour rejoindre l’École des Beaux-arts de Paris. Il fréquente l’atelier de Jean-Auguste Ingres.

A Paris Jean-Baptiste fait la connaissance de  Lamennais,  Lacordaire, et Frédéric Ozanam  un intellectuel catholique libéral qui se déclare disposer après la révolution de 1830 «à chercher dans les ruines de l’ancien monde la pierre angulaire sur laquelle on construira le nouveau» . Frénet est marqué définitivement par l’humanisme chrétien et social d’Ozanam dont il n’oubliera pas le message essentiel: « la question qui divise les hommes de nos jours…c’est une question sociale, c’est de savoir…si la société ne sera qu’une grande exploitation au profit des plus forts…ou une consécration de la protection des faibles […]». Dès lors il se forge un idéal à la fois humanitaire et chrétien qu’il traduira plus tard dans ses œuvres.

1835 Frénet part pour Rome, en compagnie de deux autres condisciples lyonnais,  Louis Janmot et  Claude Lavergne. Il veut continuer à bénéficier de l’enseignement d’Ingres qui a été nommé à la direction de l’Académie de France. Là, il entre dans une sorte d’exil intérieur «Depuis deux mois, il avait pris à Frénet la fantaisie de ne plus parler, de sorte que j’étais là le soir, lisant à la même table que lui, me couchant […] sans que jamais il compromit son infatigable silence de sphinx»1. Contre l’avis d’Ingres, Frénet s’éloigne du travail de simple copiste et commence à peindre des tableaux pour concevoir une œuvre plus personnelle.

 La même année Frénet rejoint l’Œuvre de la Propagation de la Foi fondée par  Pauline Jaricot.

Frénet quitte l’Italie à la fin de l’année 1837 «Je trouve que c’est bien pénible pour moi, quelques occupations que l’on puisse avoir ailleurs, de vivre seul loin de son pays et de sa famille».

Mais c’est d’Italie qu’il ramène ses certitudes artistiques. Il rentre à Lyon chargé de tableaux et de dessins. Quelques semaines plus tard, il se marie avec Marie Frappa, et expose pour la première fois au Salon de 1837 des œuvres réalisées en Italie.

A cette époque Lyon est en pleine recherche d’identité. La ville cherche s’affirmer face à Paris. Dans le numéro inaugural de la Revue du lyonnais, Boitel proclame ses objectifs: « Critiquer les points de vue parisiens et lancer les jeunes talents… ».

En 1840, Frénet fait un second voyage en Italie et expose son travail au retour dans un atelier qu’il partage avec le peintre Janmot. Le groupe fait sensation dans le milieu catholique qui loue leur « authentique sentiment chrétien ». Les deux artistes sont cités parmi ceux «qui ont le mieux compris leur mission de peintre d’histoire […] parmi ceux qui ont restitué la gravité à la peinture lyonnaise, en la libérant de l’ornière des petits riens». La critique de la  Revue du Lyonnais après avoir vu l’exposition  des Amis des Arts de 1841 est d’un avis différent, «Les peintres se jettent dans la peinture sacré, puisque c’est le seul moyen d’obtenir des travaux du ministère». Frénet qui expose quatre œuvres est éreinté.

S’imposer au Salon de Paris reste sa seule chance. N’y parvenant pas Frénet décide de prendre ses distances  et s’installe dans le village de Charly, près de Lyon, où il achète une maison.

Frénet reste un membre non négligeable d’une équipe lyonnaise qui tente la résurrection d’un art catholique authentique. Il fait partie « de ces hommes de talent et de foi qui ont cru qu’on pourrait ramener l’art vers des tendances morales et civilisatrices en le rendant chrétien… ».

En 1844 il collabore à des vitraux pour l’église Saint-Louis de la Guillotière. Dans le même temps il poursuit sa peinture. Il expose en 1844-1845. Comme à son habitude la critique lyonnaise se montre impitoyable: « Voilons-nous la face et passons ! (…)».

Le 24 février 1848 le peuple de Paris se soulève, dresse des barricades et renverse le régime de Louis-Philippe en proclamant la Deuxième république. C’est pour Frénet la concrétisation de tous ses vœux.

1850, Frénet se présente aux élections du conseil municipal de Charly suite à la démission du maire. Il est élu le 25 mai 1851.

Adversaire de Louis-Napoléon-Bonaparte « le fossoyeur de la république », Frénet truque les élections au plébiscite du 20-21 décembre 1851. La fraude avérée le préfet tente de le remplacer. Frénet tient bon et restera encore un temps à son poste.

En 1850, Frénet fait acte de candidature au poste de professeur à l’école des Beaux-Arts de Lyon. Il est parrainé par Ingres…en vain. Ses inimitiés, sa peinture contestée l’écarte à tout jamais d’un quelconque poste dans le monde des arts.

Persévérant, il entreprend une longue réflexion au sujet d’un projet personnel de réforme de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Il reçoit les encouragements du sénateur Suleau,  qui lui demande de formuler ses idées dans une sorte de rapport qui sera remis à l’administration civile de Lyon. Frénet expose ses idées sur l’art en général, « et plus particulièrement sur les vices inhérents à l’organisation de son enseignement à Lyon, en y joignant les pensées propres à réformer ces vices et à diriger l’art vers le but du bien public. » Le commentaire qui lui revient est implacable: «M. Frénet l’auteur du mémoire, est l’une de ces médiocrités prétentieuses et jalouses qui voit le mal partout et le bien là seulement où ils existent pour elles et par elles […] On le connait bien à Lyon. Ses camarades l’ont baptisé « frénétique»

1851-1853, Frénet intervient dans la décoration de L’église de Charly. Il est au sommet de sa maturité artistique. Il imagine son projet comme une représentation des doctrines républicaines: liberté; égalité; fraternité.

Curieux d’aborder de nouvelles techniques Frénet se tourne vers la photographie naissante. Au portrait stéréotypé classique que Baudelaire fustige: «  La société immonde sue rua comme un seul Narcisse pour contempler, sa triviale image sur métal.. », Frénet cherche à en faire un art. Il tient une boutique de photographe à Lyon de en 1866 et 1867.

Portrait de famille Jean-Baptiste Frénet 1855

Ses fresques à la crypte Sainte Blandine de la basilique Saint-Martin d’Ainay se détériorent en raison de problèmes d’humidité « Ces peintures ont subi l’outrage du temps avant presque d’avoir obtenu l’honneur du regard (…) ». Elles sont effacées à la demande du ministère lequel cède aux pressions des conservateurs lyonnais qui ont bien compris l’esprit subversif qu’a voulu imprimer l’artiste. Furieux, Frénet intente un procès pour défendre son œuvre mais il est débouté. Ecœuré, il se retire définitivement à la campagne.

1870, retour à la vie politique, il est de nouveau choisi comme maire de Charly, mais démissionne quelques jours plus tard suite à la capitulation de Metz. Il retrouve son fauteuil de maire en mai 1871, et brigue les cantonales en se portant candidat pour représenter le canton de Saint-Genis-Laval. Une nouvelle victoire couronne son acharnement, il est élu conseiller général du Rhône. Cette toute nouvelle notoriété ne le délivre pas pour autant du harcèlement de ses opposants conservateurs le tenant pour un « républicain radical très dangereux »; « Le citoyen Frénet est maire de Charly ; sous son administration il ne fait pas bon, dans cette commune, être un homme d’ordre, il ne fait pas bon refuser les pétitions séditieuses et dissolutionnistes ; le citoyen Frénet lâche tôt ou tard après vous le terrible Andrivet, son garde champêtre, ex-tisseur de nationalité croix-roussienne ».

Pour être resté fidèle à ses idéaux de 1848 il entre en conflit avec les autorités de l’état, et est révoqué de ses fonctions de maire en 1873.

Jean-Baptiste Frénet s’éteint dans sa maison de Charly le 12 août 1889 à l’âge de 75 ans.

Cet article s’est beaucoup inspiré de l’ouvrage : Jean-Baptiste Frénet : 1814-1889 : peintre et photographe

1-  Lettre de Lavergne à son père, datée du 27 juin 1836,  In, « Jean-Baptiste Frénet. 1814-1889. Peintre, photographe et homme politique lyonnais », P.30

Dans nos collections

Dix gravures de Jean Baptiste Frenet : la crypte de Sainte-Blandine
La peinture lyonnaise [D.V.D.]
La peinture lyonnaise au XIXe siècle
L’âge d’or de la peinture lyonnaise : Lyon, 1807-1920 ou Du renouveau de l’Ecole de Fleurs à l’irruption de la modernité cézanienne
Le temps de la peinture [Multi-supports] : Lyon 1800-1914
La Revue du Lyonnais, Compte rendu des salons des Beaux-Arts de Lyon, 1840 à 1859

Histoire du catholicisme social en France
Les débuts du catholicisme social en France
Anthologie du catholicisme social en france : de Villeneuve-Bargemont à Eugène Duthoit

En texte intégral

Le temps de la peinture. Lyon 1800-1914
•  « Le flou du peintre ne peut être le flou du photographe ». Une notion ambivalente dans la critique photographique française au milieu du XIXe siècle

Site

• Amis de Saint-Martin d’Ainay

Anecdote

Alors qu’il est réélu maire de Charly en 1870 Frénet est victime d’une cabale montée par la presse conservatrice, entrainant sa destitution et celle de son adjoint. Après enquête le préfet est bien obligé de reconnaitre qu’il a donné foi à des rumeurs sans fondements. Le 21 décembre 1871, il écrit au juge de paix du canton de Saint-Genis-Laval :

« Par arrêté du 10 de ce mois, j’ai révoqué de leurs fonctions M.M.Frénet et Berger, maire et adjoint de la commune de Charly. Depuis cette époque j’ai pu me convaincre de l’exagération des renseignements que m’avaient représentés ces fonctionnaires, hostiles à l’ordre public et à la marche du gouvernement.

Je suis donc disposé à réparer cette erreur. Veuillez faire une démarche en mon nom auprès de M. Frénet pour l’inviter à considérer comme nulle et non avenue la décision qui l’a frappé, lui et son adjoint.

Frénet comprendra qu’il est des circonstances où l’administration agissant d’urgence n’a ni le temps ni les moyens nécessaires pour contrôler les rapports qui lui parviennent (…). »


Où voir l’œuvre de Frenet

L’œuvre de Frénet est aujourd’hui dispersée et quasiment invisible (collections particulières, réserve du musée des Beaux-Arts de Lyon, Musée d’Orsay pour le fonds photographique). Il est cependant possible de voir dans l’église Notre–Dame de Charly quatre fresques de l’artiste, inspirées de thèmes républicains : la Liberté (Tentation du Christ), L’Egalité (La Parabole de l’enfant), la Fraternité (Le lavement des pieds), et Le Christ délivrant l’Innocence enchaînée.


 Retro presse

Le 26 juillet 1872, Frénet fait insérer dans le Courrier de Lyon cette proclamation : « Le conseil de la commune a décidé l’établissement de banquettes en pierre le long des arbres plantés au bas de la place publique. Pour les placer, le maire fait appel à la bonne volonté, à l’union et à la liberté des citoyens et de la jeunesse de Charly […] »  Dans son édition du 5 août le Salut public ironise en publiant la proclamation du maire de Charly : « Le Courrier de Lyon a eu la primeur d’une petite perle, c’est la proclamation, du citoyen Frénet, maire de Charly. A lire Ici  (p.2, article surligné)

Le 14 février 1876 donne sa démission de conseiller général du Rhône et de conseiller municipal de Charly. La lettre qu’il adresse au directeur du cabinet du Conseil général du Rhône est publiée dans le Salut public  du 16 février. L’article commence ainsi : « Un homme qui est bien malheureux dans le département du Rhône, c’est le citoyen Frénet, conseiller général et conseiller municipal de Charly !… » A lire ici (p.2, article surligné)

 

 

 

 

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