Chasseurs d'images

La Saône gelée

Photographe : Georges Vermard, janvier 1963

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - Modifié le 07/02/2017 par dcizeron

Dans la presse, chaque saison a ses marronniers ; et l’hiver et son cortège de fêtes et de températures glaciales n’en manque pas. Quelquefois comme en 1962 les prédictions catastrophistes tombent justes. En témoigne cette photographie du pont du Change sur la Saône gelée.

La neige à Lyon, Stalactites de glace sous le Pont du Change  / P0702 B04 16 186 00006
La neige à Lyon, Stalactites de glace sous le Pont du Change / P0702 B04 16 186 00006

L’hiver 1962-1963 est considéré comme le plus rude du XXe siècle. Si les records de froid ne furent pas forcément atteint (le record de froid à Lyon au XXe siècle date de décembre 1938 avec -24°C), cet hiver-là fut remarquable par la persistance des rigueurs  pendant près de trois mois.

Les gelées généralisées ont commencé vers le 13 novembre 1962 et se sont poursuivies avec quelques interruptions jusqu’au 5 ou 6 mars 1963. Il y eût jusqu’à 26 jours de gel continus en Rhône-Alpes. À partir du 19 janvier, et jusqu’au 5 février, après de fortes chutes de neige, les températures baissent. On enregistre -23° à Lyon le 23 janvier. Le Rhône et la Saône sont en partie gelés. Le lac du parc de la Tête d’or aussi, qui se prête au patinage et autre jeux sur la glace. Dans les immeubles, les canalisations gèlent. Les chantiers sont arrêtés. La mortalité à cause du froid est estimée à 50 000 victimes pour la France, ce qui en fait l’évènement climatique le plus meurtrier du XXe siècle.

Pour souligner le caractère exceptionnel de cet hiver 1962-1963, il faudrait rappeler que la prise du Rhône par les glaces est un phénomène très rare, recensé seulement 54 fois depuis l’an Mil. Au contraire, il est plus fréquent de voir la Saône gelée et cela ne répond pas forcément de situations aussi extrêmes ; la dernière fois, en 2012, quelques jours de froid intense avaient suffi. D’après Valentin-Smith, la rivière connaît de fortes amplitudes de températures et commence à geler cinq degrés en dessous de zéro sous l’influence d’un froid qui se prolonge quelques jours. Il faut des températures inférieures à -14°C pour que le Rhône en fasse autant.

Le cadrage très aléatoire des piles du pont, et des stalactites, par Georges Vermard, nous renvoie aux stupeurs de 1608, lorsque s’était accumulé comme une montagne de glace sur la Saône. Toute la ville, alors, tremblait qu’en se détachant la glace ne vint à emporter le Pont de pierre et les habitants s’épuisaient en prières publiques pour détourner ce malheur. Eudes de Mézeray, dans son Histoire de France raconte comment un artisan nommé Besson entreprit de rompre la glace en petits morceaux et de faire écouler ces éclats sans désordre en allumant le long des berges de petits feux tout en récitant adjurations, exorcismes. « Aussitôt ce prodigieux rocher de glace éclata comme un coup de canon et se rompit en une infinité de pièces »… ce qui valut au susnommé Besson l’ire des théologiens l’accusant de diablerie. Aucune messe noire de cet acabit n’a été relatée pour libérer la Saône en 1962-1963…

Morale (en chiffres) de l’histoire :

La température moyenne de l’hiver 1962-1963 fut de -1,4° à Lyon Saint-Genis-Laval ; on avait déjà enregistré -1,3° en 1890-1891 et -0,7° en 1941-1942; elle aurait été de -1,6° en 1879-1880. C’est un écart d’à peine 2.5°C de moins que les normales de saison. Dès 1964, E. Geneslay, président de la Société de géographie de Tours, en « tire une leçon de modestie » et rappelle qu’un refroidissement, même de faible amplitude, « et voici l’approvisionnement, les transports, le confort, le travail, la santé, la vie même d’une fraction de l’humanité perturbée ou menacée ».

Bibliographie

Webographie

Photographie(s)

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