Chasseurs d'images

A la mémoire de Charles de Chavannes

Photographe : Gilles Lagrion, 2 février 2018.

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 06/11/2021 par prassaert

Le 7 février 1940 décédait en sa villa "Sweet-Home" à Antibes l'explorateur lyonnais Charles de Chavannes, seul survivant des compagnons de Pierre Savorgnan de Brazza lors de l'expédition de l'Ouest africain qui donna à la France l'Afrique Équatoriale.

Plaque mémorielle, 22, rue Sergent Blandan. BM Lyon, P0979 005 00039 © Gilles Lagrion.

 

Issu d’une vieille famille aux armoiries “De sable à trois coquilles d’azur”, formée aux portes de Lyon, à Saint-Just-en-Chevalet, Fortuné-Charles de Chavannes nait le 19 mai 1853. Fils de Pierre Gilles Alexandre Auguste Marie de Chavannes, rentier, et de Marie Louise Jeanne Florentine Bonne, son épouse, le couple demeure 14, rue Saint-Marcel à Lyon. Quand le 22 avril 1900, on inaugura le monument du Sergent-Blandan qui avait été substitué à la statue de Jacquard, elle-même transportée place de la Croix-Rousse, la rue Saint-Marcel fut laïcisée et prit le nom du héros de Béni-Mérel. Cependant aucun doute n’est possible sur l’immeuble en lequel est né Charles de Chavannes, puisqu’au moment de sa naissance ses parents en étaient propriétaires. La preuve en est fournie par leur contrat de mariage, rédigé le 26 juillet 1842 en l’étude de Me Nepple, notaire à Lyon. Cette maison a été construite en 1679, date d’ailleurs portée sur la façade, par Jean-Christophe Charbon, ainsi que l’indique les fiches si précieuses pour l’histoire de Lyon de l’érudit lyonnais Joseph Pointet (1851-1943), aujourd’hui conservées au Musée Gadagne.

 


Fortuné Charles de Chavannes / Victoire, 1886 (BNF – Gallica).

 

Notre futur explorateur avait dix ans et poursuivait ses études aux Minimes quand son père décéda brusquement, à l’âge de 52 ans, laissant à sa veuve la charge d’élever six enfants. Charles était l’avant dernier. Après son engagement volontaire au 13e de ligne en 1873-1874, couronné quatre années plus tard par un brevet de sous-lieutenant de réserve au 99e Régiment d’Infanterie, le jeune officier entrait en 1874 à la faculté de droit de Lyon. Licencié en 1877, il se fit inscrire au barreau de Lyon, mais bientôt l’esprit d’aventure qu’il tenait sans doute de son grand-père maternel, colonel de l’Empire, lui inspira l’idée d’aller à Paris solliciter Pierre Savorgnan de Brazza afin d’obtenir une place parmi les membres de la mission de l’Ouest africain dont le Ministère venait de le charger. Ce dernier avait déjà réalisé plusieurs expéditions de reconnaissance au Sénégal pour le compte du gouvernement français, et avait surtout dirigé deux missions d’exploration dans ce qui allait devenir le Congo, ceci afin de faire concurrence aux ambitions coloniales belges sur le continent africain.

 

Congo, R. Oubangui, Shanga… d’après les carnets de route de M. de Chavannes (BNF – Gallica)

 

A 29 ans, Charles de Chavannes entamait sa carrière de colonial qui devait faire de lui un gouverneur des colonies. Elle commença le 21 mars 1883, jour où le navire “Le Précurseur”, ayant à son bord la mission de Brazza, quitta Pauillac pour gagner la haute mer. Nommé gouverneur du Bas-Congo et du Niari (20 août 1886), puis gouverneur des colonies et lieutenant-gouverneur du Congo français en résidence à Libreville (2 mars 1889), Charles de Chavannes demeura au Congo jusqu’en 1894, date à laquelle il demanda sa mise en disponibilité pour raisons de santé. C’est alors qu’il regagna la France et revint à Lyon où il resta jusqu’en 1916. Bien qu’il n’ait jamais fait partie de l’administration coloniale, il fut nommé en 1897 gouverneur honoraire des colonies et fut reçu en 1924 à l’Académie des Sciences d’Outre-Mer.

 

Un des dix carnets de route de Charles de Chavannes conservés à la Bibliothèque nationale de France (BNF – Gallica)

 

Charles de Chavannes avait beaucoup vu et beaucoup écrit. Outre divers articles ou communications publiés dans des revues savantes, on lui doit notamment : une brochure sur Le bois d’Okoumé (1930), une autre sur Un collaborateur de Brazza, Albert Dolisie (1932) et deux épais volumes sur Les Origines de l’Afrique équatoriale française (1936-1937). Le cinéma a également conservé son image et sa voix dans un film réalisé en 1940 par Léon Poirier qui avait eu l’heureuse idée de faire paraitre Charles de Chavannes et de lui faire évoquer sur l’écran quelques souvenirs sur la vie mouvementée de Savorgnan de Brazza, fondateur de Brazzaville.

 

22, rue Sergent Blandan © Ph. Rassaert.

 

Retiré à Antibes depuis 1916 – ville où une rue porte toujours son nom -, Charles de Chavannes y décède le 7 février 1940. Jusqu’à sa mort, il était cependant resté fidèle à Lyon, comme en témoigne son inscription dans le bottin mondain du Tout Lyon annuaire, inscription maintenue jusqu’en 1939 bien qu’il fut depuis longtemps retiré avec son épouse sur la Côte d’Azur. L’étroite collaboration de Pierre Savorgnan de Brazza avec Charles de Chavannes est encore aujourd’hui affirmée à Lyon par cette inscription que l’on peut lire sur l’immeuble qui porte le numéro 22, rue Sergent-Blandan : “L’explorateur Charles de Chavannes / est né en cette maison le 19 mai 1853. / Il fut le compagnon de Savorgnan de Brazza, / le conquérant pacifique du Congo / Le 17 mai 1942, le maire de Lyon, / Mr Georges Villiers, a inauguré cette plaque”. A la vérité, l’inauguration de cette plaque, gravée à l’initiative des journalistes lyonnais Paul Duvivier et Édouard Roure, dit Roure-Robur, avait deux ans de retard. Elle avait été fixée au 19 mai 1940 et devait être présidée par Édouard Herriot, mais les évènements de la guerre ne le permirent point. En tout état de cause, elle restera l’unique épigraphe qui marque en notre ville la courte mandature de Georges Villiers (1899-1982), maire de Lyon aux heures sombres de notre histoire.

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