L’immigration contemporaine à Lyon

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"L'un des enjeux majeurs que notre société, en Rhône-Alpes comme ailleurs, a à affronter, repose sur notre capacité à réussir la pleine intégration des populations immigrées vivant sur notre territoire. Celles-ci ne se situent plus comme autrefois dans une perspective de retour, mais très souvent souhaitent s'installer définitivement sur notre sol. Nous devons, dès lors, tout mettre en œuvre pour créer les conditions de leur intégration dans une égalité de droit et de devoirs avec nos concitoyens, en refusant la constitution de communautés fermées les unes aux autres."

Immigrés vietnamiens
Immigrés vietnamiens

Jacques Monestier (Préfet de la région Rhône-Alpes, Préfet du Rhône), Programme régional d’insertion des populations immigrées, 1990, p.3.

Sommaire

L’immigration vietnamienne
L’immigration turque
Une autre culture
La religion
Le logement
L’emploi

L’immigration vietnamienne

La répartition géographique des immigrés vietnamiens

La répartition géographique des immigrés vietnamiens est très contrastée en France où ils sont très présents. Plus de la moitié de la communauté vietnamienne réside dans la région Ile-de-France, principalement à Paris (11,8%), en Seine-Saint-Denis (8,2%), dans le Val-de-Marne (7,4%), le Val-d’Oise (6,7%) et les Hauts-de-Seine (6,4%). Le sud-est de la France constitue l’autre zone de résidence privilégiée, réunissant plus de 15% des immigrés vietnamiens, répartis à égale mesure entre les régions Rhône-Alpes et PACA. Au total, les dix départements où la concentration est la plus forte réunissent 60% de l’ensemble des immigrés vietnamiens en France métropolitaine. Dans le Rhône, selon un article du Le Progrès, intitulé « La Communauté vietnamienne : Intégration et fidélité à ses racines « , et datant du mercredi 28 janvier 1998, la communauté vietnamienne est forte d’environ 10 000 personnes, principalement établies à Villeurbanne, Décines, Vénissieux, Rillieux-la-Pape et Vaulx-en-Velin.

Les quatre phases de l’immigration vietnamienne

Avant 1945

D’après Le Huu Khoa, (Les Vietnamiens en France, insertion et identité : le processus d’immigration depuis la colonisation jusqu’à l’implantation des réfugiés, Paris, l’Harmattan) il y a plusieurs phases à l’immigration vietnamienne en France.

Les Vietnamiens immigrés avant 1945 sont d’anciens colonisés. Ils sont en majorité originaires du protectorat de l’Annam, de celui du Tonkin ou de la colonie de Cochinchine. L’auteur insiste sur le fait que, pour les besoin de la 1ère et de 2ème Guerre Mondiale, la métropole avait importé de forts contingents « indochinois » dont les vietnamiens constituaient l’écrasante majorité. La date du 29 août 1945 marque la première étape de la fin du pouvoir colonial et la fondation de la république démocratique du Vietnam. Elle changea l’appréhension de soi de chaque immigré. Désormais, ils n’étaient plus des colonisés mais de simples immigrés. De ce fait, les rapports entre l’institution d’accueil et les immigrés de l’époque se modifient avec l’événement.

De 1954 à 1975

La deuxième vague migratoire des vietnamiens en France se situe entre 1954 et 1975. Il s’agit pour la plupart d’étudiants venus faire leurs études en France. Se sont également des Vietnamiens de nationalité française, les Eurasiens franco-vietnamiens, qui ont été rapatriés en France entre 1945 et 1954 notamment à la suite du désengagement français de Diên Biên Phû (7 mai 1954).

Après 1975

La troisième vague d’immigration date d’après 1975 et les vietnamiens de cette vague ont un statut de réfugié (mais pas de réfugié politique). Le changement de régime politique à la suite de l’événement du 30 avril 1975 (date de la libération du Sud ou la prise de pouvoir total du Vietnam par les communistes) a incontestablement entraîné un changement social radical. La différence qui semble être la plus importante entre l’immigré et l’exilé se situe au niveau de son existence dans le pays d’accueil. Pour l’immigré, le départ suppose un choix, une possibilité de promotion, sa situation est essentiellement individuelle. En revanche, l’exilé est « un émigré par accident », il est politiquement obligé de quitter son pays, ce qui entraîne souvent des troubles psychologiques.

La seconde génération

Il faut également s’intéresser aux Vietnamiens de la seconde génération, c’est-à-dire les enfants (nés en France, donc français) des immigrés. Au sein de leur mode vie apparaît une coexistence entre la culture vietnamienne transmise par leurs parents (qui n’est pas la culture du Vietnam mais une culture transplantée en situation d’immigration), et la culture française, en tant que culture d’accueil.

Un article du Monde, daté du mardi 9 avril 2002, fait le point sur les accord entre l’UE et l’ASEM en ce qui concerne les politiques d’immigration : Les Quinze et les dix pays de l’ASEM (Brunei, Chine, Indonésie, Japon, Corée du Sud, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam) ont adopté, vendredi 5 avril dans l’île espagnole de Lanzarote, une position commune en matière de gestion des flux migratoires entre l’Asie et l’Europe et de lutte contre l’immigration clandestine. Les 25 pays ont convenu « de partager le renseignement stratégique sur les flux migratoires, y compris l’information sur les itinéraires les plus fréquentés et les réseaux de trafic et de contrebande ». Ils ont également « souligné l’importance de la coopération sur le retour et la réadmission des immigrants illégaux ».


L’immigration Turque

Environ quatre millions d’individus en provenance de Turquie vivent aujourd’hui en Europe, dont plus de 2,5 millions en Allemagne et 400 000 en France. Ils constituent une communauté Turque transnationale européenne, dont l’organisation dépasse largement les frontières des États. L’immigration Turque est la plus étendue, géographiquement, en Europe. Cette présence, dans tous les pays, s’explique par l’absence de passé colonial : les Turcs n’ont pas choisi leur pays d’accueil en raison d’une histoire commune avec une métropole particulière. Cependant des relations historiques et économiques privilégiées ont fait de l’Allemagne la première destination de l’immigration de Turquie mais on trouve aussi des Turcs en Italie, en Espagne, en Grèce, au Danemark, en Suède, en Norvège. Dans les pays du Nord de l’Europe, ce sont surtout des Kurdes réfugiés, et des Chypriotes turcs notamment en Grande-Bretagne.

Cette immigration, qui s’est stabilisée dans les années 1980-1990, est très diverse et elle reflète la diversité interne de la Turquie. Les Turcs d’Europe revendiquent cette diversité culturelle, qui est ethnique, politique, linguistique, religieuse et territoriale, comme chez les Kurdes ou les Alévis. Cette immigration constitue avec les migrations maghrébines, l’un des principaux flux de population aboutissant en Europe occidentale après 1950.

La migration du travail

C’est la migration du travail qui amène en 40 ans 3 100 000 Turcs, à s’installer en Europe occidentale, principalement en Allemagne, déterminant l’apparition d’un véritable champ migratoire turc.

C’est entre 1957 et 1960 que les premiers Turcs arrivent sur le marché Allemand du travail. Un article du Monde daté du mercredi 7 juin 2006 explique l’évolution du processus migratoire, l’arrivée massif de nouveau migrant dans les années 1990 et les difficultés qu’ils ont commencé à rencontrer dans les années 1990 : Après l’immigration main-d’œuvre des années 1960, recrutée le plus souvent en Turquie et en Afrique du Nord, la chute, en 1989, du rideau de fer qui coupait l’Europe en deux, puis la guerre des Balkans, ont suscité de nouveaux mouvements massifs de populations venues de l’est et des pays de l’ex-Yougoslavie, principalement vers l’Allemagne et l’Autriche. Elles ont aussi ouvert de nouvelles routes d’accès à une immigration plus lointaine, du Proche-Orient et d’Asie. Les tensions provoquées par cette immigration, dans tous les pays, ont incité les États membres de l’Union européenne (UE) à chercher des réponses communes. Ce fut un très long processus, commencé lors de la mise en œuvre des accords Schengen, en 1985. En 1990, les Turcs représentent en terme de nationalité, la première population immigrée d’Europe. Selon le dernier rapport consulté du ministère Turc du travail et de la sécurité sociale, publié en 2002 (DIYIH 2002), la population turque vivant en émigration atteint le chiffre de 3 574 164 dont 3 084 067 en Europe occidentale (UE et Suisse), 108 348 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Libye), 54 441 en Australie, 40 650 dans la communauté des États indépendants, 260 000 en Amérique du Nord, 2 424 au Japon, 22 000 en Israël. La migration est essentiellement familiale en Europe.

Les filières migratoires

Le constat général, en Allemagne, en Suède, en Belgique et en France a été celui de l’existence de filières migratoires, souvent favorisées par les pratiques des recruteurs et des intermédiaires. Ces filières sont renforcées par le regroupement familial initial (venue de l’épouse et des enfants) et secondaire (à l’occasion des mariages de la seconde génération), puis par la demande d’asile. Ces filières se fondent sur les réseaux de solidarité traditionnelle anatolienne : familles étendues et parentèles, lignages et formations tribales, appartenances ethniques, politiques et religieuses. Cet ensemble de solidarités repose sur des bases sociales solides : celle de la famille et du lignage, du monde rural et de l’Islam anatolien, urbain comme rural. De fait, la société turque traditionnelle, malgré une certaine occidentalisation, a perduré au travers de multiples réseaux sociaux souvent imbriqués dans la vie quotidienne.

L’exception Turque en France

Une étude comparative française dirigée par Michel Tribalat (1995-1996) met l’accent sur « l’exception turque » parmi les immigrés de France. La France, en 1965, est l’un des derniers pays a avoir signé un accord d’échange de main-d’œuvre avec la Turquie suivant la demande du patronat souhaitant diversifier l’origine de ses travailleurs étrangers. Ainsi, il s’agit d’une immigration tardive. De plus, cette minorité développe un certain communautarisme, c’est-à-dire qu’elle se ravitaille partiellement en Turquie, gère ses relations matrimoniales en Turquie, concentre dès qu’elle le peut ses activités de loisir en Turquie et va passer sa retraite en Turquie. Ceci n’empêche pas quelques rares mariages mixtes et de multiples cas exemplaires d’intégration, mais dans un contexte de relations suivies avec le territoire d’origine. Selon Stéphane de Tapia, l’immigration Turque en 2002 n’est toujours pas coupée de ses bases.

Bibliographie

Jean-Jacques Bozonnet et Cécile Chambraud, « L’immigration en Europe Durcissement quasi général], Le Monde, 7 juin 2006, p.22

Stéphane de Tapia, Migrations et diaspora turques : circulation migratoire et continuité territoriale (1957-2004), Paris, Maisonneuve et la rose, 2005

Kastoryano Riva, Être turc en France : réflexion sur familles et communauté, Paris, l’Harmattan, 1986

« Immigration : Accord entre l’UE et l’ASEM », Le Monde, 9 avril 2002, p. 7

« La Communauté vietnamienne : Intégration et fidélité à ses racines « , Le Progrès, mercredi 28 janvier 1998

Les étrangers dans la région Rhône-Alpes, dossiers de presse couvrant les années 1974-1992 édités par la Bibliothèque Municipale de Lyon.

Base dossiers de presse Rhône-Alpes : cette base met à la disposition du public les dossiers de presse contenant des articles postérieurs à 1992 et jusqu’à ce jour.


Une autre culture

Le travail des associations

La mise en valeur de la culture d’une communauté dans un pays qui n’est pas celui d’origine passe souvent par les associations, qui par diverses manifestations présentent ses traditions, sa religion… Cependant, le mouvement associatif immigré représente une richesse méconnue. Des associations se sont d’abord créées en lien avec le pays d’origine, dans la perspective du retour. Solidarité oblige, elles servent à l’entraide en France. D’autres, notamment de jeunes, se situent résolument dans la perspective de l’intégration. Elles sont plus ou moins formelles, plus ou moins durables, mais certaines arrivent à se structurer et demandent une reconnaissance : elles veulent aujourd’hui pouvoir intervenir dans des champs d’action nouveaux, et jouer un rôle d’intermédiaire pleinement reconnu par l’ensemble des partenaires institutionnels. Pourtant, l’action sociale et culturelle s’appuie encore peu sur ces associations d’immigrés. A côté des associations maghrébines plus anciennes et développées, il existe désormais des mouvements concernant d’autres communautés aux caractéristiques différentes.

Pour plus d’informations sur les différentes associations présentes dans le Rhône, il est intéressant de consulter l’annuaire des associations du Rhône.

L’exemple turc

Les Turcs, par exemple, quand ils viennent de milieux urbains, ont une vie associative forte et politisée. Fiers de leur pays, ils veulent faire partager ses richesses culturelles, rappeler son histoire. Les groupes d’origine rurale, en revanche, sont relativement fermés à l’idée d’insertion, et vivent fréquemment repliés sur eux-mêmes. La création de la maison de la Turquie est un exemple de volonté de la part de la communauté turque de faire connaître ses origines et sa culture aux autres. Le 16 novembre 1990, un article de Lyon Figaro intitulé « Un goût de Bosphore » traite de l’ouverture de la maison de la Turquie à Lyon, dans le quartier des Terreaux (1er). Actuellement, la maison de la Turquie se situe 1, place Meissonier, dans le 1er arrondissement de Lyon. Il s’agit d’un centre d’information pour comprendre la culture turque, représentée à l’époque par 7 000 personnes dans l’agglomération. La place des Terreaux et la place Guichard (3ème) sont les principaux lieux de rencontre de la communauté Turque. Cependant, l’article précise que sur les 7 000 Turcs habitant l’agglomération lyonnaise, une minorité réside à Lyon. Beaucoup vivent en banlieues, à Saint-Priest ou à Vénissieux. Les chefs de familles trouvent principalement des emplois dans le bâtiment ou la confection. Cependant, se sont des secteurs d’activités qui ont tendance à générer une certaine clandestinité. En Rhône-Alpes, où sont recensés 60 000 Turcs (1990), on estime à 10% le nombre de clandestins. L’article présente également le témoignage d’Ibrahim, restaurateur sur les pentes de la Croix-Rousse, qui fait part de son avis sur les problèmes d’intégration ressentis par la communauté : Nous rencontrons d’importants problèmes d’intégration. Du fait de notre culture très différente et souvent mal comprise. Pour se sentir parfaitement intégré, je crois qu’il faut passer une génération. Rien n’a été fait jusqu’à présent pour faire connaître notre culture, nos traditions.

Un article du Le Progrès datant du 6 octobre 2004 montre que les difficultés d’intégration sont toujours d’actualité. L’article s’intitule « On confond l’immigration et le pays », le journaliste René Raffin interroge Akin Özçer (consul général de Turquie à Lyon) sur l’image que les français ont de la Turquie dans un contexte où la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne est en débat. A la question A quoi ou à qui attribuer cette dégradation de l’image de la Turquie ?, Akin Özçer répond : Les causes sont multiples mais en premier lieu on peut imputer une part de la responsabilité aux amalgames de toutes sortes qui sont faits. On confond volontiers l’immigration turque et le pays lui-même. Ou, encore, les pays maghrébins et la Turquie. Mais il faut, également, faire la part de la propagande. Qu’elle émane des partis hostiles à l’adhésion, notamment à l’extrême-droite. Ou, encore, du lobby arménien particulièrement actif dans cette région. Inutile de dire que cette situation est difficile à vivre pour nos ressortissants.

L’exemple vietnamien

Les asiatique sont considérés comme bien intégrés. Ils se regroupent dès qu’ils le peuvent par nationalité, vivent en marge, participant peu à une vie sociale qu’ils ne comprennent guère. La communauté vietnamienne se retrouve tous les ans à l’occasion de la fête du Têt, le nouvel an vietnamien selon le calendrier lunaire.

Le Journal Rhône-Alpes (autre titre de Lyon Figaro) dans un article daté du 9 février 1987 traite de cette célébration. Pour la communauté vietnamienne, c’est une fête traditionnelle très importante (l’événement le plus important de l’année). Elle marque la fin d’une année lunaire et le début d’une nouvelle année. On célèbre le Têt entre le 1er et le 7ème jour de l’année lunaire soit, entre la dernière semaine de janvier et la troisième de février. Les esprits des ancêtres reviennent alors sur terre le temps d’une journée. Au Vietnam et partout où réside sa diaspora, on fête l’événement à grand renfort de fleurs et de pétards. Le Têt marque également l’arrivée du printemps, d’où son nom vietnamien qui signifie « Fête de la Première Aurore ». Cependant, ces regroupements suscitent des inquiétudes : dans un article de Lyon Figaro, daté du 3 août 1990 et titré « Miribel-Jonage, Chinatown du Rhône », le directeur du parc de loisir de Miribel-Jonage soulève des problèmes tels que les jeux clandestins et le commerce illégal.

Autre point de vue, un article du Le Progrès montre la volonté de la part de la communauté vietnamienne du Rhône de mettre en valeur sa culture d’origine à travers différents mouvements associatifs. Aussi, l’article intitulé « La Communauté vietnamienne : Intégration et fidélité à ses racines  » explique qu’ils sont néanmoins près de 200 000 à vivre dans notre pays, cultivant en outre la fierté de leurs racines. Une fierté rimant avec respect des traditions, comme en témoigne la célébration de la fête du Têt qui scellera l’entrée dans l’année du Tigre, et qu’accueillera le samedi 7 février le Centre Culturel de Villeurbanne. Une manifestation organisée à l’initiative de l’Union Générale des Vietnamiens du Rhône. Comme le souligne son président, celle-ci trouve son origine dans la seconde vague d’immigration. Résultant de la réunion de plusieurs associations et personnalités influentes de la diaspora, c’est en 1976 qu’elle prendra son appellation actuelle. Avec environ 150 membres actifs, l’Union Générale des Vietnamiens du Rhône, qui touche toutefois beaucoup plus de monde par le biais de ses activités, est donc à Lyon la plus ancienne association de la diaspora. D’un point de vue politique, elle s’est toujours prononcée contre la guerre et pour le retrait des troupes américaines du sol vietnamien, rappelle Vu Van Huan. Aujourd’hui, ses objectifs sont multiples. Ils portent tout d’abord sur une notion d’entraide et de solidarité traduite notamment par la mise en place d’actions ponctuelles, telle celle organisée à la suite du passage du typhon Linda dans le sud du pays. En outre, l’association oeuvre à la promotion de la culture vietnamienne, ainsi qu’au développement des liens de coopération et d’amitié entre le Viêt Nam et la France. Aussi, elle tient à jouer un rôle important dans l’ouverture du Viêt Nam sur le monde. Le gouvernement vietnamien a d’ailleurs remis l’an passé la médaille d’honneur de l’indépendance à l’Union Générale des Vietnamiens de France. Une ouverture visant également à favoriser les retours temporaires au pays, malgré certaines réticences palpables chez les personnes ayant fui le pays voici une vingtaine d’années.

Bibliographie

René Raffin, « On confond immigration et pays », Le Progrès, 6 octobre 2004, p.8

« La Communauté vietnamienne : Intégration et fidélité à ses racines « , Le Progrès, mercredi 28 janvier 1998

Programme régional d’insertion des populations immigrées, 1990.

Les étrangers dans la région Rhône-Alpes, dossiers de presse couvrant les années 1974-1992 édités par la Bibliothèque Municipale de Lyon.

Base dossiers de presse Rhône-Alpes : cette base met à la disposition du public les dossiers de presse contenant des articles postérieurs à 1992 et jusqu’à ce jour.


La religion

Malgré les efforts faits par les associations pour faire connaître et accepter les différences entre la culture traditionnelle et la culture d’accueil, des problèmes de rejets ou de méfiance persistent, notamment en ce qui concerne la religion, directement liée à la culture d’une personne voire d’une communauté entière.

L’histoire de la construction de la Mosquée de Lyon, considérée par certains comme un symbole d’intégration de la communauté islamique, mise en parallèle avec un autre événement caractérisé par la destruction d’une mosquée à Charvieu-Chavagneux en 1989, illustre les difficultés engendrées par des différences de culte.

La Grande Mosquée de Lyon : un symbole

Selon Alain Battegay qui a consacré un article à la Mosquée de Lyon (Hommes et Migrations , n° 1186, avril 1995), celle-ci est née d’une volonté municipale et de la ténacité de militants et notables français de confession musulmane. Le projet de la mosquée de Lyon aura mis 15 ans à être réalisé. En septembre 1994, environ 600 personnes ont participé à l’inauguration de la Mosquée en présence de Michel Noir (maire de Lyon), Charles Pasqua (ministre de l’Intérieur et des cultes), et d’ambassadeurs de pays musulmans. Les discours d’inauguration ont reconnu que l’Islam est aujourd’hui une réalité française, et ils ont insisté sur les rapports entre l’Islam et la République, définissant la mission de la mosquée dans ce cadre : « elle devra apporter la preuve permanente que l’Islam peut-être pratiqué dans le strict respect des lois de la République française », selon les termes de Rabah Kheliff, président de l’Association Culturelle Islamo-Française (ACLIF), et devra être un symbole de cet Islam de France, respectant pleinement et entièrement les principes républicains, selon les termes de Charles Pasqua. Selon l’auteur, la mosquée symbolise à la fois une sortie de l’Islam lyonnais du ghetto cultuel, des salles de prière dans des locaux de fortune, et une sortie de l’Islam de la sphère privée. La Mosquée de Lyon vaut ainsi à la fois comme signe de reconnaissance du fait musulman dans la région lyonnaise et au-delà dans la France contemporaine, et comme symbole de l’affirmation publique et officielle de l’Islam en France(1).

Le projet

Pourtant, l’histoire de la mosquée de Lyon remonte à la fin des années 1970 et est fondée en partie sur un enjeu de reconnaissance. L’idée est suggérée par le maire de l’époque Louis Pradel et par le Cardinal Renard, primat des Gaules, constatant que de nombreux musulmans sollicitaient l’Eglise pour disposer de salles de prières. Dès le début des années 1980, cette idée reçoit l’aval des autorités politiques, au niveau local comme au niveau national (Francisque Collomb, maire de Lyon, Valéry Giscard-d’Estaing, président puis François Mitterand, président). L’ACLIF, association qui rassemble des Français musulmans, est présentée comme une association relais, indispensable à la réalisation du projet.

Les premières contestations

Très vite, des oppositions au projet apparaissent, en parties liées à la perception de l’Islam dans la société française. Alors qu’en 1983, le projet est présenté sous une rhétorique du consensus le qualifiant d’instrument d’intégration, en 1986, l’Islam acquiert dans la société française une nouvelle visibilité, en relation non seulement avec l’activité internationale mais aussi avec les attentats sur le sol métropolitain, les otages français au Liban et la montée du Front National. Ces événements et leur médiatisation renforcent en France les discours qui lient Islam et fanatisme, tandis que recule le discours sur l’Islam en tant qu’instrument d’intégration et de paix sociale. Les opposants à la construction de la mosquée, qui est alors envisagée sur un nouveau site, aux confins de la ville, jouent de ce registre, et mêlent les arguments d’une opposition de riverains (nuisances de voisinage, risque de chute des prix de l’immobilier) à ceux d’une opposition de principe à la construction de mosquées en France.

La relance du projet par Michel Noir

Alors que le projet semblait compromis, les propos de Michel Noir prononcés le 19 juin 1989, en direct à la télévision lors d’une émission politique de grande écoute, L’heure de vérité , en réponse à une question d’un téléspectateur, va relancer le débat : La décision de faire une mosquée a été prise il y a cinq ans à l’unanimité par le conseil municipal. Nous avons décidé de l’appliquer. D’ici la fin juillet, je signerai le permis de construire (2). Le cadre des polémiques est cette fois-ci transformé par la nouvelle attitude municipale, qui se fonde sur trois points essentiels pour défendre le projet :

-  Pour être à la hauteur de son titre de « ville internationale ». Le projet de la mosquée de Lyon est désormais considéré comme d’intérêt général pour la ville, et non plus comme une simple concession aux intérêts particuliers des musulmans de la ville ou de la région.
-  Pour que les musulmans, français ou non puissent avoir un lieu de culte…
-  … dont ils n’aient pas honte (3) ce qui implique que le site d’implantation soit un site digne, dans le centre ville, et non relégué aux confins de la ville comme il en avait été question. Tels sont les principes évoqués par l’adjoint de Michel Noir.

Michel Noir signe le permis de construire en juillet 1989. L’ACLIF retrouve son rôle de porteur du projet et doit rassembler en deux ans les conditions nécessaires à la pose de la première pierre. Malgré des conflits internes dans l’association, qui obligent en août 1991 la mairie de Lyon à prolonger le projet d’un an, l’ACLIF annonce, quelques semaines avant l’expiration définitive du permis de construire, un début de financement et la réactivation du comité pour la construction de la mosquée, confirmée par la Préfecture. La cérémonie de la pose de la première pierre est relatée dans la presse locale comme un succès, même si l’absence de représentant de la ville de Lyon ou d’élu lyonnais est notée ; la présence de 3 000 personnes et de représentants des cultes et pays musulmans est néanmoins remarquée. En deux ans, la mosquée est construite et, le 30 septembre 1994, elle est inaugurée.

La destruction de la mosquée de Charvieu-Chavagnieu en 1989

En 1989, alors que Michel Noir signait le permis de construire de la Mosquée de Lyon, à Charvieu-Chavagneux dans l’Isère, la mosquée était détruite par un bulldozer à l’initiative du Maire de la ville.

Les raisons du rejet de la communauté musulmane sont à rechercher dans l’histoire de l’intégration des différentes vagues migratoires qu’a connues la ville. En 1995, les étrangers représentent environ 21% de la population. Ce microcosme reflète assez bien l’histoire de l’immigration en Rhône-Alpes et de l’intégration progressive des différents arrivants. Selon Jacques Barou (« Pont-de-Cheruy, microcosme de l’immigration en France », Hommes et Migration, n° 1186 avril 1995), une telle manifestation d’intolérance aurait de quoi surprendre, dans une ville où plus de la moitié des citoyens a un ascendant qui a connu des difficultés de l’immigration et peut juger, à travers le récit de ses souvenirs, de ce qu’éprouvent ceux qui viennent d’arriver. En bonne logique, les nombreux chrétiens orientaux d’origine grecque, russe ou arménienne qui se sont efforcés, avec succès d’ailleurs, de maintenir leur pratique religieuse sur les lieux de leur immigration, devraient pouvoir comprendre que d’autres immigrés puissent avoir le même objectif pour le culte qu’ils ont amené avec eux. Mais entre les vagues migratoires, la logique aura toujours plus été la concurrence et le mépris réciproque que la compréhension et l’entraide (4). Surtout que les dernières vagues migratoires ont amené sur place de nombreuses familles turques originaires du plateau anatolien. Encore fortement sous l’emprise de la culture traditionnelle, ces familles rencontrent de nombreuses difficultés d’adaptation et ont tendance à se replier sur elle-même. Selon les responsables du centre d’accueil et d’aide administrative que gère l’ADATE (Association Départementale d’Accueil des Travailleurs Etrangers) à Pont-de-Cheruy, il est actuellement extrêmement difficile à un ménage turc d’obtenir un logement dans la zone alors que les industries locales continuent à fournir, à travers la sous-traitance et l’intérim, de nombreux emplois précaires qui n’attirent que les migrants les plus récents. Selon l’article de Jacques Barou c’est au nom de la mémoire de ses concitoyens d’origine arménienne et grecque, victime de l’intolérance de l’empire Ottoman, que le maire de Charvieu-Chavagneux avait expliqué son refus de la présence d’une mosquée dans sa commune.

Bibliographie

Jacques Barou « Pont-de-Cheruy, microcosme de l’immigration en France », Hommes et Migration, n° 1186 avril 1995

Battegay Alain, « Mosquée de Lyon : la construction d’un symbole », Hommes et Migrations, n° 1186, avril 1995

La mosquée de Lyon , dossiers de presse de 1979 à 1994

 L’architecture religieuse dans la région Rhône-Alpes, dossiers de presse 1977-1992

  Que sais-je du Coran ? Conférence sur le Coran donnée le 23/09/1994 à la Bibliothèque Municipale de Lyon par le professeur A. Chirane , Grand Muphti de la Mosquée de Lyon, peu de jours avant l’inauguration de la Grande Mosquée de Lyon.

  Les étrangers dans la région Rhône-Alpes , dossiers de presse couvrant les années 1974-1992 édités par la Bibliothèque Municipale de Lyon.

  Base dossiers de presse Rhône-Alpes : cette base met à la disposition du public les dossiers de presse contenant des articles postérieurs à 1992.

(1) Battegay Alain, « Mosquée de Lyon : la construction d’un symbole », Hommes et Migrations , n° 1186, avril 1995, p.26

(2)Battegay Alain, « Mosquée de Lyon : la construction d’un symbole », Hommes et Migrations, n° 1186, avril 1995, p.27

(3)Battegay Alain, « Mosquée de Lyon : la construction d’un symbole », Hommes et Migrations, n° 1186, avril 1995, p.28

(4)Jacques Barou « Pont-de-Cheruy, microcosme de l’immigration en France », Hommes et Migration, n° 1186 avril 1995, p.10-14


Le logement

Faute d’un accès généralisé à l’ensemble du parc de logement, des regroupements s’opèrent sur quelques programmes ; de petites villes, des zones rurales, des quartiers, voient affluer des étrangers, qui ont besoin d’un cadre adapté. Cependant, il faut prendre en considération le travail effectué par les différents centres d’accueil d’étrangers présents dans la région. La presse régionale a souvent mis en avant la tâche difficile de ces centres qui souffrent de capacité d’accueil et de financements parfois limités.

Le travail des centres d’accueil

Julie Litas dans un article intitulé « Un foyer de travailleurs immigrés dans le Vieux Lyon » du Le Progrès , publié le 7 mars 2002 , explique que les foyers d’immigrés sont une spécificité française. A Lyon ce premier foyer a été créé en 1963 sous le nom d’Accueil et de Rencontre. Il fait aujourd’hui partie de l’ARALIS (1), une grosse structure qui gère de nombreux foyers. Les activités de l’association sont assurées par quatre salariés à plein temps dont le champ d’action est très divers : accueil, formation, emplois, aide juridique, animations destinée aux femmes maghrébines. Cette initiative à reçu le soutien de nombreuses associations privées, confessionnelles et laïques, qui ont contribué à l’aménagement des locaux du centre d’hébergement. Les travaux de remise à neuf sont achevés en 1980. Cinq appartements indépendants remplacent désormais l’ancienne structure de 15 chambres. Les parties cuisine, salle de bain et toilettes sont communes.

Le 13 janvier 1988, Lyon-Figaro publie un article intitulé « Lyon terre d’asile ». A l’occasion d’une exposition organisée par les Nations-Unies, le journal fait le point sur la situation des demandeurs d’asile en Rhône-Alpes. Ils sont environ 7 000 à bénéficier d’un statut dans le Rhône et 375 demandeurs d’asile se sont présentés à la préfecture depuis le 1er janvier 1987.

L’article met en valeur le travail effectué par la CRARDDA (Comité Rhodanien d’Accueil des Réfugiés et de Défense du Droit d’Asile), seul organe indépendant de France Terre d’Asile, dans l’encadrement des réfugiés. Cependant, l’accueil pose problème sur le terrain. De plus, un demandeur d’asile sur deux est débouté dans sa démarche, et ce parfois au bout de 4 ou 5 ans de vie en France.

Le 17 novembre 1990, Lyon-Figaro, à travers un article intitulé « L’asile sans le sou », met en évidence les problèmes rencontrés par les structures d’accueil des étrangers. Une communauté d’accueil des réfugiés, chargée par l’État de s’occuper de l’insertion de 40 Albanais arrivés à Caluire au mois d’août 1990, dénonce la politique d’asile du gouvernement français : L’État n’a pas tenu ses engagements. Dans une lettre adressée en début de semaine à Claude Evin, ministre de la Solidarité, Jean Costil, président du CRARDDA, demande des explications sur la totale absence de soutien du gouvernement dans la mission que ce dernier lui avait pourtant confiée.

Le 11 avril 2003, Lyon-Figaro fait le point sur les projections pessimistes de Forum réfugiés. Cette association de Villeurbanne vient en effet de dresser le tableau noir de l’asile conventionnel dans le département du Rhône, sur la foi des chiffres du 1er trimestre de 2003. Près de 700 personnes, majoritairement originaire du Caucase, des Balkans et de l’est de l’Europe, ont déposé ces trois derniers mois une demande de statut de réfugié à Lyon. Cette mise en alerte de Forum réfugiés intervient moins de trois mois après l’appel unitaire formulé par 9 associations lyonnaises pour la création avant l’automne de 15 000 places en CADA (Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile) sur tout le territoire français, très largement déséquilibré en matière d’accueil.

Les difficultés engendrées par les politiques locales en matière d’immigration

A travers un article du 10 août 1990, Lyon-Figaro présente un aspect des problèmes soulevés par la question de l’immigration : « Le maire hors la loi ». Alors que la Préfecture et l’OPAC du Rhône souhaitent installer un couple d’Afghans à Saint-Symphorien-d’Ozon dans le Rhône, le maire s’y oppose et fait murer l’entrée de l’appartement choisi. Cet article est complété par un autre du 11/08/1990 intitulé « Le Maire s’accorde un répit », où il reconnaît ses obligations d’accueil.

Le 22 février 1997, Lyon-Figaro publie un article intitulé « Hébergements des étrangers : le maire anticipe la loi Debré ». A Charvieu-Chavagneux les immigrés et leurs enfants français ont renoncé depuis longtemps aux certificats d’hébergement systématiquement refusés, pour recevoir la visite de parents ou d’amis venant de l’étranger. Ces certificats doivent être signés par le Maire.

La politique gouvernementale et ses répercussions en Rhône-Alpes

Le 19 avril 2003, un article publié dans Lyon-Figaro intitulé « La grève de la faim en voie de banalisation », traite des difficultés qu’engendre la gestion des dossiers au cas par cas, ainsi que le définit la politique sur l’immigration du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. Ce jour là, une manifestation place des Terreaux montre l’importance qu’ont prise les grèves de la faim de demandeurs d’asile à Lyon, à la veille d’une réforme du droit d’asile qui est effective à compter du 1er janvier 2004 et qui vise à supprimer le principe d’asile territorial.

Dans le Rhône, 2 000 personnes ont déposé une demande d’asile territorial en 2003. Ils sont en revanche 2 400 à s’être engagés dans une démarche dite conventionnelle (asile politique). La capacité d’accueil lyonnaise compte 2 000 places. D’ici 2004, la Préfecture s’est fixée comme objectif de réduire au maximum le stock de demandes d’asile territorial, c’est-à-dire de n’en laisser que 400 en survivance. Environ 300 personnes sont expulsées par an par la Préfecture du Rhône sur le millier d’arrêtés qu’elle signe.

Le 14 mai 2003, à travers un article intitulé « Asile : le diocèse lyonnais prend position », Lyon-Figaro traite de la situation, particulièrement significative depuis quelque mois, des limites de la politique d’immigration en France. Bien que favorable au projet de loi Sarkozy qui vise d’ici le 1er janvier 2004 à fusionner les procédures de demande d’asile conventionnel et d’asile territorial et à en réduire les délais, le diocèse de Lyon reste tout de même sceptique quant aux véritables intentions du gouvernement.

Un article du Monde édition Rhône-Alpes, « Les responsables de foyers d’immigrés rejettent les amalgames », explique les difficultés rencontrées par les responsables de ces centres face à une politique nationale visant à les détruire. De plus, Sandrine Blanchard explique que les populations des centres évoluent. Aujourd’hui, ceux-ci n’accueillent plus uniquement des travailleurs mais également deschômeurs, des Rmistes, des jeunes en rupture familiale, des femmes seules avec enfants, qui volontairement ou par défaut, choisissent le foyer comme une étape transitoire pour se « reconstruire » et accéder, à terme, à une habitation autonome. Cependant, ces centres sont devenus pour les travailleurs immigrés dorénavant à la retraite ou au chômage, des lieux d’habitation définitifs.

Bibliographie

Sandrine Blanchard. « Les responsables de foyers d’immigrés rejettent les amalgames », in Le Monde, édition Rhône-Alpes, 23 avril 1996

Julie Litas. « Un foyer de travailleurs immigrés dans le Vieux Lyon » , in Le Progrès, 7 mars 2002

Les étrangers dans la région Rhône-Alpes, dossiers de presse couvrant les années 1974-1992 édités par la Bibliothèque Municipale de Lyon.

Base dossiers de presse Rhône-Alpes : cette base met à la disposition du public les dossiers de presse contenant des articles postérieurs à 1992.

De la loi Solidarité et renouvellement urbain au Plan de cohésion sociale ; un article daté du 20/06/2006. Le feuilleton des débats sur l’éventuel démentellement de l’article 55 de la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (de décembre 2000), s’est finalement terminé par l’annonce du retrait de l’amendement visant à assouplir l’application du quotas des 20% de logements sociaux….

Des tentes pour les sans-logis, à Lyon aussi ; un article daté du 16/01/2007. A l’initiative des Enfants de Don Quichotte des tentes ont été installées mi décembre 2006 le long du canal Saint-Martin pour les sans-logis ; cette action a vite été suivie par de nombreuses villes de province, dont Lyon, où une soixantaine de tentes ont été dressées place Bellecour…

Nouveaux bidonvilles à Lyon : Rroms, une population en marge ; un article daté du 30/08/2007 . Depuis quelques années l’agglomération lyonnaise assiste à la renaissance de bidonvilles. Qui en sont les occupants ? Principalement des Rroms de Roumanie et d’ex-Yougoslavie, qui vivent en marge de la ville…

Vaulx-en-Velin n’est plus une banlieue ! ; un article daté du 14/02/2008. Sartrouville, Minguettes, Vaulx-en-Velin, mais aussi Clichy et plus récemment Villiers-le-Bel…Depuis près de 25 ans, l’actualité française se fait l’écho des éruptions de colère, des émeutes qui ont lieu sur le territoire de la République. Nous avons pris l’habitude de parler des évènements de nos banlieues…


(1) Afin d’accueillir les travailleurs d’origine étrangère, la Maison de l’Afrique du Nord est créée à Lyon, en 1951. A cette période, la préfecture du Rhône, les municipalités de Lyon et de Villeurbanne engagent la lutte pour éradiquer les bidonvilles où vivent les populations migrantes. Dans cette volonté, les membres de la Maison de l’Afrique du Nord ont un rôle déterminant tant pour les travailleurs isolés que pour les familles. L’origine des migrants se diversifiant, elle devient la Maison du travailleur étranger, puis ARALIS (Association Rhône-Alpes pour le Logement et l’Insertion Sociale) en 1994 . En 2006, ARALIS gèrait 36 établissements dont 15 foyers, 18 résidences sociales, 244 logements diffus et 1 établissement dédié à l’accueil d’urgence, offrant une capacité d’accueil de 4168 lits.


L’emploi

Manque de qualification, méconnaissance des règles, du droit du travail, vulnérabilité, situation d’urgence, autant de facteurs qui font que les immigrés sont particulièrement représentés dans cette situation (petits boulots légaux ou illégaux). L’emploi précaire est par ailleurs souvent synonyme de sous-qualification et son développement compromet les efforts de la politique d’intégration. Le bâtiment et la confection sont les terrains de prédilection du travail « au noir », les entreprises donneuses d’ordre n’étant pas toujours très rigoureuses en matière de sous-traitance. D’ailleurs, à travers un article daté du 14 février 1989, Lyon-Figaro met l’accent sur un trafic de main-d’œuvre : « Filature : Important trafic de main-d’œuvre à Vienne. ». Il ressort de cet article que la communauté turque constitue un réservoir de bras pour les entreprises du bâtiment de la région lyonnaise.

Une immigration de main-d’œuvre

Les populations d’origine maghrébine et turque sont caractéristiques d’une immigration de main-d’œuvre plus récente, datant surtout des années 1960 aux années 1980. Elles comptent beaucoup de familles nombreuses et sont très fréquemment logées en HLM. Majoritairement ouvrières, elles sont particulièrement touchées par le chômage. En 1999, 38 % des immigrés de la région sont originaires d’un pays du Maghreb ou de Turquie, proportion supérieure à la moyenne nationale. L’Algérie est le pays d’origine le plus fréquent au sein de la population immigrée régionale.

En ce qui concerne le taux d’activité des immigrés Rhône-Alpes, il se situe dans la moyenne nationale, avec une présence un peu plus marquée de natifs de Turquie. Quant aux femmes, les natives du Maghreb et surtout de Turquie sont particulièrement peu présentes sur le marché du travail. Par exemple, 31% seulement des femmes nées en Turquie ont un emploi ou en recherchent un,alors que la proportion atteint 67% pour celles nées au Vietnam, chiffre supérieur au taux d’activité féminin régional. Bernard Philippe dans un article du journal Le Monde, daté du 17 décembre 1992 fait le point sur « Les étrangers et l’emplois : l’immigration de travailleurs n’a jamais cessé ». Ainsi, selon l’auteur sur cent entrées d’immigrants étrangers, soixante correspondent à une immigration de type familial, quinze concernent des réfugiés politiques, mais vingt-cinq reflètent une immigration de travailleurs de caractère strictement économique. C’est sur cette frange de l’immigration – 25 600 travailleurs étrangers permanents en1991, dont 18 000 provenant de pays hors CEE, – la moins connue car la plus sujette à polémique, que le Haut Conseil à l’intégration a choisi de faire porter ses efforts de transparence.

Le nombre de ces autorisations de travail a évidemment chuté spectaculairement depuis la suspension de l’immigration de travail en 1974. Au début des années 70, entre 100 000 et 200 000 étrangers étaient, chaque année, autorisés à travailler. Ils n’étaient plus que 25 600 en 1991. Parmi eux, moins de 50% sont des Européens (Polonais, Portugais, Turcs), l’autre partie se répartit également entre Asiatiques et Africains, s’ajoutant à un faible pourcentage (10 %) d’Américains. Une autre catégorie d’étrangers est autorisée à séjourner, et parfois à travailler pour une durée inférieure à un an, et sont censés repartir ensuite. Il s’agit de saisonniers (54 000 en 1991, Espagnols ou Portugais à 78 %), de demandeurs d’asile en instance (47 000 en 1991), d’étudiants (22 500 en 1991, dont la moitié vient du Maghreb ou d’Afrique noire).

La catégorie sociale des actifs immigrés

La catégorie sociale des actifs immigrés diffère toutefois sensiblement selon leur pays d’origine. Globalement, lorsqu’ils viennent du Maghreb ou d’Asie, ils sont beaucoup plus souvent ouvriers que la moyenne. En 1999, la proportion d’ouvriers atteint ainsi 70% pour les natifs de Turquie résidant en Rhône-Alpes, 56% pour ceux du Maghreb ou 52% pour ceux du Vietnam. En ce qui concerne les courants migratoires en provenance d’Europe, les profils professionnels sont très diversifiés. Par ailleurs, l’activité économique varie beaucoup selon le pays d’origine. Se sont ainsi essentiellement les natifs du Portugal et surtout de Turquie qui travaillent très fréquemment dans le secteur de la construction. Quant à l’industrie, elle concerne particulièrement la population immigrée en provenance du Vietnam, de Turquie, d’ex-Yougoslavie, d’Italie ou d’Espagne. En revanche, les emplois tertiaires sont très largement prédominants pour les personnes nées au Royaume-Uni, en Suisse, en Allemagne ou dans un pays d’Afrique ne faisant pas partie du Maghreb.

Le chômage

Face aux problèmes de chômage, certains étrangers n’hésitent pas à créer des entreprises artisanales, démarche qui doit être plus fermement épaulée. Certaines associations aident les immigrés à s’insérer dans la vie active : dans un article de Lyon-Figaro du 17 mai 1988 traitant d’événements à Villeurbanne, un article intitulé « Les immigrés politiques en stage professionnel : l’insertion par le travail. » présente le travail de l’ANPA qui organise depuis quatre ans des stages de préformation aux métiers du cuir. Reconnue par l’ANPE, cette formation s’adresse exclusivement aux immigrés politiques de tout bord, tels que des Vietnamiens, des Cambodgiens, des Indiens, et plus généralement des Américains, et des Africains qui bénéficieront à l’avenir d’un métier. Mais surtout ceci leur permet de s’insérer dans la vie quotidienne par le travail. Le stage se compose de cours théoriques et pratiques sur le travail du cuir mais également de cours de remise à niveau en français et en mathématiques.

Bibliographie

FASILD, Atlas des populations immigrées en Rhône-Alpes, INSEE, 2005

Bernard Philippe, « Les étrangers et l’emploi : l’immigration de travailleurs n’a jamais cessé », Le Monde, 17 décembre 1992

Les étrangers dans la région Rhône-Alpes, dossiers de presse couvrant les années 1974-1992 édités par la Bibliothèque Municipale de Lyon.

Base dossiers de presse Rhône-Alpes : cette base met à la disposition du public les dossiers de presse contenant des articles postérieurs à 1992 et jusqu’à ce jour.

Cet article fait parti du dossier Lyon, carrefour des peuples.

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