Les protestants à Lyon, entre mémoire et avenir

- temps de lecture approximatif de 12 minutes 12 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

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2009 marque le 500e anniversaire de la naissance du grand réformateur français, Jean Calvin. Parmi les célébrations, le rassemblement « protestants en fête » organisé à Strasbourg par la Fédération protestante de France, a constitué l’un des temps forts. A Lyon aussi, de nombreuses manifestations sont programmées. N’est-ce pas l’occasion de mettre en lumière la communauté protestante lyonnaise, héritière de la Réforme et toujours bien vivante ?



Sommaire

1. Les célébrations autour de Calvin

- Une brève évocation de Calvin
- « Lyon 1562, capitale protestante ». Les huguenots lyonnais au 16e siècle

2. Les protestants à Lyon aujourd’hui

- Une communauté bien intégrée
- Les temples protestants

3. Des itinéraires protestants en Rhône-Alpes

21. Les célébrations autour de Calvin2

[actu]Une brève évocation de Calvin[actu]

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Portrait de Jean Calvin
© Bibliothèque publique et universitaire, Genève

Jean Calvin (1509-1564) est avec Martin Luther l’un des principaux initiateurs de la Réforme protestante, condamnée au 16e siècle comme hérésie dans le royaume de France. Né à Noyon en Picardie, humaniste, juriste et théologien, Calvin doit s’exiler après s’être converti et se réfugie à Genève. Il défend les grands principes protestants : la grâce seule, la foi seule, l’Ecriture seule. Il repense les rapports du sacré et du profane, invitant à une éthique de la responsabilité. Il est aussi un écrivain de talent, soucieux de s’adresser au plus grand nombre.

On parle généralement de Réforme ou de Réformation pour désigner le courant religieux créé au 16e siècle par Luther en Allemagne, Zwingli en Suisse et Calvin en France. Il se distingue des autres mouvements de réforme par son ampleur, sa rupture avec l’Eglise catholique de Rome, ses implications politiques et sociales.
Calvin n’est pas venu à Lyon mais s’est toujours intéressé à cette ville à cause de son importance et de sa proximité avec Genève. Il y envoie des pasteurs et, à plusieurs reprises, il prend position comme lors du sac de la ville par le baron des Adrets.

De nombreux livres invitent à connaître Calvin. Sur la toile, divers sites proposent de (re)découvrir le réformateur et recensent les manifestations en cours, comme le site international dédié au jubilé Calvin ou celui de la Fédération protestante de France
Le site de l’Eglise réformée de Lyon renseigne sur les célébrations locales : expositions, conférences, colloques, concerts… Au mois d’octobre 2009, la Compagnie de la Marelle a joué une pièce pleine d’humour : “les fourberies de Calvin”.

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Année Calvin à Lyon

[actu]« Lyon 1562, capitale protestante ». Les huguenots lyonnais au 16e siècle[actu]

C’est certainement la manifestation lyonnaise la plus importante organisée dans le cadre de l’année Calvin, par les Archives municipales de Lyon. Elle met en lumière un épisode de l’histoire de Lyon assez méconnu : la prise de pouvoir de la ville par les protestants d’avril 1562 à mars 1563. Ce grand événement qui s’inscrit dans le contexte des guerres de religion revit ici grâce à des manuscrits, gravures, tableaux, bibles, psautiers… sans oublier l’original du plan scénographique de 1550.

Lyon est alors un grand centre d’échanges et de rencontres de marchands, banquiers, artistes et poètes. Ses 4 foires annuelles, ses librairies et ses nombreux ateliers d’imprimerie favorisent la diffusion des idées nouvelles. C’est d’abord par le livre, l’écrit, que se développe la Réforme. Les protestants représentent environ 1/3 de la population de la ville qui compte plus de 50 000 habitants. Peu à peu, les tensions entre catholiques et protestants s’accentuent.
Dans la nuit du 29 au 30 avril 1562, pour montrer leur force, les protestants prennent le contrôle de la ville. Pour les soutenir, ils font appel aux troupes du redoutable baron des Adrets. Dès lors, les destructions d’églises et les pillages se multiplient. La collégiale Saint-Just est complètement détruite, la cathédrale Saint-Jean saccagée, notamment les statues et le portail d’entrée. Les excès sont tels que Calvin lui-même les condamne depuis Genève.

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Le sac de Lyon par les calvinistes en 1562
(Anonyme, XVIe s.)
Musée Gadagne, Lyon

Un nouveau Consulat, le conseil municipal de l’époque, composé de protestants, se met en place. A la faveur des démolitions et pour faciliter la circulation, il entreprend des travaux d’urbanisme importants, avec la création et l’élargissement de voies publiques dont certaines étaient déjà en projet. Par exemple, la montée du Chemin-neuf et la rue de la Brèche sont ouvertes, le quartier Saint-Nizier aéré. C’est sans doute l’œuvre la plus utile du Consulat protestant. Dans le domaine religieux, les protestants transforment les églises en temples, les biens ecclésiastiques sont confisqués, le culte catholique interdit. En ce qui concerne l’économie, le départ des foires à Chalon-sur-Saône entraîne une baisse de la prospérité de la ville.
L’Edit de pacification d’Amboise en mars 1563 signe la fin de la prise de pouvoir protestante à Lyon. Les huguenots se soumettent au pouvoir royal mais leur culte est reconnu et ils peuvent construire 3 temples dont celui de Paradis (rue des Estableries) aujourd’hui disparu.

L’année 1572 à Lyon est assombrie par la tuerie des Vêpres lyonnaises qui fait suite au massacre de la Saint-Barthélemy à Paris. Parmi les morts, figure le musicien Claude Goudimel qui a mis en musique de nombreux psaumes. La fin du 16e siècle marque un retour à la paix et à l’ordre royal avec la promulgation de l’Edit de Nantes en 1598 et, en point d’orgue, le mariage à Lyon d’Henri IV et de Marie de Médicis en décembre 1600.

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Le temple de Paradis, Lyon
(J.J. Perrissin, vers 1565)
© Musée international de la Réforme de Genève

Pour en savoir plus :

Lyon 1562, capitale protestante, sous la direction d’Yves Krumenacker, Olivétan

Les monuments d’art de la Primatiale de Lyon détruits ou aliénés pendant l’occupation protestante en 1562, par Léopold Niepce, H. Georg

Lyon 1562 : capitale protestante et seconde Genève, dans : Bulletin municipal – Lyon, 2 nov. 2009

Histoire des protestants à Lyon, par Roland Gennerat, Au jet d’ancre

Quand Lyon rugit : les colères de Lyon du XIIe au XXe siècle , par Bruno Benoit et Raymond Curtet, Ed. lyonnaises d’art et d’histoire

Dictionnaire historique de Lyon, Ed. Stéphane Bachès

22. Les protestants à Lyon aujourd’hui2

[actu]Une communauté bien intégrée[actu]

Elle regroupe plusieurs églises de sensibilité différente : l’Eglise réformée de Lyon, la plus importante avec 5 paroisses et 3 aumôneries, l’Eglise évangélique luthérienne, l’Eglise évangélique baptiste, l’Eglise anglicane, d’autres églises évangéliques. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des protestants ont participé aux mouvements de résistance. Le pasteur Roland de Pury s’est particulièrement illustré. Résistant, participant à la rédaction des Cahiers de Témoignage chrétien , il est arrêté par la Gestapo au temple de la rue Lanterne, en pleine cérémonie, et envoyé à la prison Montluc. Sa détention a eu un grand retentissement.

La communauté protestante continue de manifester sa vitalité par de nombreuses œuvres sociales comme l’Entraide protestante, le centre Pierre Valdo, l’Armée du Salut, la Cimade. La Clinique (ou Infirmerie) protestante a été créé en 1844 par un groupe de chrétiens réformés évangéliques de Lyon pour venir en aide aux femmes malades les plus démunies. Actuellement, cet établissement, devenu clinique médico-chirurgicale, occupe de nouveaux locaux à Caluire depuis octobre 2000.

L’œcuménisme a remplacé les luttes confessionnelles. Les troubles et les violences du 16e siècle paraissent bien loin. Aujourd’hui, un dialogue s’est instauré avec les autres églises chrétiennes, ainsi qu’avec les communautés juive et musulmane. En 1982, la création de Radio Fourvière en témoigne. Les protestants sont associés dès le début à cette radio devenue RCF (Radios chrétiennes de France) Lyon Fourvière. Lors de certains grands événements, protestants et catholiques se retrouvent comme après les attentats du 11 septembre 2001 aux USA : une célébration commune a eu lieu à la cathédrale Saint-Jean. En juillet 2009, s’est tenue à Lyon la 13e assemblée de la Conférence œcuménique des Eglises européennes.
Les diverses églises protestantes tendent à se rapprocher et lancent des actions communes. En été 2009, a eu lieu à Lyon le « Grand Kiff », rassemblement de plus de mille jeunes protestants, réformés, luthériens et évangéliques. Réformés et luthériens de France envisagent un projet d’union pour 2013…

[actu]Les temples protestants[actu]

Les manifestations célébrant Calvin permettent de découvrir les lieux du culte protestant à Lyon. Ils ne présentent pas d’unité architecturale mais certains font partie intégrante de notre patrimoine

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Le Temple du Change, Lyon
Gonedelyon
(Wikimedia-license GNU)

- Le temple du Change
Situé au cœur du Vieux-Lyon, il constitue l’un des piliers du patrimoine historique de la ville. C’est le plus ancien temple en activité. Il n’a pas été conçu pour cet usage : à l’origine, il abrite la Bourse, appelée loge du Change. Edifiée par l’architecte Simon Gourdet, dit Girard au 17e siècle, elle est agrandie et embellie par Jacques-Germain Soufflot en 1748-1750. Depuis 1803, par décret de Napoléon Bonaparte rétablissant le culte réformé, elle est devenue temple protestant. Monument historique classé, cet élégant édifice accueille aussi des concerts. En novembre 2003, le temple du Change a fêté le bicentenaire de son ouverture au culte réformé.

- Le Grand Temple ou temple des Brotteaux
Inauguré le 1er mai 1884, ce temple de style néo-byzantin est l’œuvre de Gaspard André, architecte lyonnais à qui l’on doit aussi le théâtre des Célestins et la fontaine des Jacobins. Sa façade monumentale le long du quai Victor-Augagneur, est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. L’orgue a été crée par la maison Merklin § Kuhn de Lyon. Le Grand Temple abrite le secrétariat de l’Eglise réformée de Lyon, le presbytère et des salles de réunion. L’association Orgue et musique s’emploie à développer la vie musicale dans ce lieu de culte.

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Grand Temple, Lyon
(A. Forest)

- Le temple des Terreaux ou temple de la rue Lanterne
De style néo-gothique, il est l’œuvre de l’architecte Philippe-Manlius Bailly. Il a été construit en 1857 pour l’Eglise réformée évangélique de Lyon créée par le pasteur Adolphe Monot (1802-1856), après sa rupture avec le Consistoire de Lyon.

- L’Eglise luthérienne de Lyon
Construite en 1893 par l’architecte François Clermont dans un style composite, cette église s’élève rue Fénelon dans le 6e arrondissement.

Pour aller plus loin :

Le grand temple de Lyon, œuvre de Gaspard André et son orgue , Eglise réformée de Lyon

L’œuvre de Soufflot à Lyon , Université Lyon II, Presses universitaires de Lyon

Réveil : mensuel protestant réformé régional, Centre, Alpes, Rhône

Réforme : chaque semaine, un regard protestant sur l’actualité

Base de dossiers de presse Rhône-Alpes

Quelques sites :

- Le site du Musée virtuel du protestantisme français

- Le site Huguenots de France et d’ailleurs

23. Des itinéraires protestants en Rhône-Alpes 2

Dans la région, le Dauphiné et le Vivarais demeurent fortement marqués par le protestantisme. Deux musées permettent d’en savoir plus :

- Le Musée du protestantisme dauphinois
Installé dans une ancienne demeure du 15e siècle devenue temple au 17e siècle, il est situé au cœur du village médiéval du Poët-Laval dans la Drôme. Il est l’un des rares temples français ayant survécu à la Révocation de l’Edit de Nantes. Crée en 1961, ce musée retrace l’histoire du protestantisme en Dauphiné, de la Réforme à nos jours.

- Le Musée du Vivarais protestant
Il se trouve dans une maison forte du 15e siècle, au Bouchet de Pranles en Ardèche, dans le cadre du rude plateau des Boutières. C’est aussi la maison natale de Pierre et Marie Durand, figures emblématiques du protestantisme ardéchois. Le musée témoigne de la vie des huguenots vivarois au 18e siècle.

Quelques livres :
Chemins huguenots de l’Ardèche, Patrimoine huguenot d’Ardèche, Réveil publications

Itinéraires protestants dans la Drôme, par P. Bolle, H. Desaye, Réveil

- Le baron des Adrets, traces de son passage à Lyon Voir

- Eglise Saint-Just Voir

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