L'aérodrome de Lyon-Bron a 100 ans !

- temps de lecture approximatif de 12 minutes 12 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

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L’aviation en région lyonnaise fête ses 100 ans en 2010. Le premier meeting aérien régional s’est déroulé à Villeurbanne du 7 au 15 mai 1910 et l’aérodrome de Lyon-Bron a été inauguré le 13 novembre 1910.
Le centenaire du terrain d’aviation est marqué par une exposition à la Médiathèque de Bron et par l’ouverture d’un musée de l’aéronautique régionale le 27 septembre 2010 au Fort de Bron avec une avant-première le 18 septembre pour les Journées européennes du patrimoine.
L’occasion nous est donnée d’un survol commenté de l’histoire d’un aérodrome né quasiment avec l’avion, sept ans après premier vol des frères Wright dans les collines de Kitty Hawk en Caroline du Nord, Etats-Unis.



Sommaire

1. 1910 : naissance de l’aviation en région lyonnaise

- La Grande semaine d’aviation de Lyon

- Naissance de l’aérodrome de Bron

2. Lyon-Bron : une base militaire

3. Lyon-Bron : un aéroport civil

- L’aviation commerciale de l’Entre-deux-guerres

- L’aéroport civil de 1945 à 1975

- La reconversion de Lyon-Bron à partir de 1975

4. Lyon-Bron : un lieu de mémoire

21. 1910 : naissance de l’aviation en région lyonnaise2
[actu] La Grande semaine d’aviation de Lyon [actu]
Début 1910, Edouard Herriot, maire de Lyon sollicite Jules Grandclément, maire de Villeurbanne, afin d’organiser une fête de l’aviation, suite à une demande du Comité de développement et d’encouragement de l’Aviation. Cette manifestation, appelée « Lyon Aviation » ou « Grande semaine de l’aviation de Lyon » se déroule du 7 au 15 mai 1910 dans le quartier de la Poudrette à Villeurbanne (actuel quartier des Brosses).

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Lyon Aviation1910
Carte postale BM-Lyon

Malgré de mauvaises conditions météorologiques, les organisateurs rentabilisent leur meeting suite aux remboursements d’assurances pour intempéries et 100 000 entrées le dernier week-end. L’aviation naissante a rencontré son public et ceci va donner des idées et susciter des vocations.

[actu]Naissance de l’aérodrome de Bron [actu]
Le 21 juin 1910, Amédée Bouchet de Fareins, directeur de la Société régionale de banque et de crédit, écrit au maire de Bron Philippe Goy. Il lui demande les conditions d’obtention de 40 à 50 ha de terrain sur la commune pour l’implantation d’un aérodrome. Ces terres agricoles se trouvent au bord de la route nationale 6 (route de Grenoble), à l’est du Fort de Bron (c’est toujours son emplacement actuel)..

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L’aérodrome vers1910
Carte postale BM-Lyon

Après avoir pris possession des terrains, Amédée Bouchet de Fareins demande officiellement l’établissement à Bron de l’École nationale d’aviation dirigée par Messieurs Albert Kimmerling et Roger Sommer. Ce dernier est reconnu comme l’instigateur du projet.
L’école et le terrain sont inaugurés le 13 novembre 1910, en présence des officiels : Edouard. Herriot, le préfet Lutaud, Philippe Goy. La presse est sur place ainsi que de nombreux curieux. Un premier meeting est rapidement organisé aux premiers beaux jours de 1911, du 28 mai au 13 juin, mais il connaîtra moins de succès que celui de la Poudrette l’année précédente.

22. Lyon-Bron : une base militaire2

A partir de 1911, l’Armée, qui s’intéresse de plus en plus aux potentialités militaires de l’avion, installe à Bron des groupes d’officiers qui passent le brevet de pilot pour étudier cette future nouvelle arme. Ce sera dès lors le développement rapide du Centre d’Aviation de Bron.
Toute activité civile est arrêtée pendant la guerre de 1914-1918. L’aérodrome devient une base militaire et sera utilisé pour des essais de prototypes et pour la formation des pilotes montant au Front. Eloigné des premières lignes, le terrain n’est pas bombardé. Il est cependant endeuillé par la disparition du pilote Edouard Lumière, frère cadet des célèbres Louis et Auguste Lumière, qui se tue en 1917 en essayant un biplan anglais Spowith. Le 35e régiment d’Aviation s’installe à la fin des hostilités sur environ la moitié de la superficie de l’aérodrome. Les terrains réquisitionnés par l’Armée sont acquis définitivement par l’État le 17 mai 1922.

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L’aérodrome en 1939
Maquette 1/2000e P. Biard / SLHADA

Bron devient en partie une base militaire, une des plus modernes à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
Dès le début de l’offensive allemande, l’aérodrome est la cible de la Luftwaffe (armée de l’air allemande). Le 10 mai 1940, un premier bombardement fait peu de dégâts mais 16 victimes. Le bombardement du 2 juin 1940, par contre, détruit quelques bâtiments et fait de nouveau 6 victimes. Puis la Luftwaffe occupe le terrain de 1942 à fin août 1944, Bron subissant les bombardements alliés, dont les plus terribles les 30 avril et 14 août 1944 occasionnent des dégâts considérables et un grand nombre de victimes. L’aérodrome est libéré le 3 septembre 1944 et rapidement remis en état pour accueillir les avions alliés.

La paix revenue, l’Armée de l’Air renonce rapidement à l’utilisation du terrain à des fins militaires. Le 28 avril 1956 la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon reprend la concession du terrain.

23. Lyon-Bron : un aéroport civil2

[actu]L’aviation commerciale de l’Entre-deux-guerres[actu]
Dès 1920 le premier vol commercial de Paris à Lyon atterrit à Bron avec 500 Kg de fret et sac postaux et 2 passagers. En 1922, la Compagnie des messageries aériennes (CMA) met en place deux voyages hebdomadaires Lyon-Genève (en 1 heure contre 5 en train). La compagnie Air Union ouvre en 1926 la liaison Paris-Lyon-Marseille. Le voyage Paris Lyon, en 3 heures, coûte 500 francs de l’époque (équivalent à 225 euros en 2005).
Les bons résultats d’exploitation de ces lignes encouragent l’État à donner en 1929 la concession

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Rêves d’ailleurs (années 30)
Carte postale BM-Lyon

d’exploitation de l’aéroport à la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon (CCI), qui fait construire une aérogare ultramoderne. Le bâtiment est inauguré le 14 décembre 1930 par le président de la CCI Louis Pradel.

En 1933, les avions de la toute nouvelle compagnie Air France se posent et décollent de Bron sur les lignes Paris-Lyon-Marseille, Lyon-Genève et Lyon-Cannes.

L’aéroport de Lyon Bron poursuit son essor à l’instar de celui de l’aviation commerciale jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

[actu]L’aéroport civil de 1945 à 1975[actu]
Ces années voient Lyon-Bron, aéroport unique de Lyon, bénéficier du développement et de la démocratisation du transport aérien, ce qui conduit la CCI à construire une nouvelle aérogare, inaugurée en 1959, remplaçant celle de 1930 qui est démolie. La piste gazonnée devient bétonnée (dès 1940) et sans cesse rallongée pour accueillir des avions de plus en plus gros : de 1050 mètres avant 1940 à 2600 mètres en 1960. .
Parallèlement, Bron reste dans la tradition avec l’organisation de meetings aériens. Celui de 1952 restera dans les mémoires

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Timbre Postal
Maryse Bastié

car il verra la disparition de la célèbre aviatrice Maryse Bastié lors du crash en démonstration aérienne d’un bimoteur Noratlas, alors qu’elle est montée comme simple passagère.

[actu]La reconversion de Lyon-Bron à partir de 1975[actu]
La décision de construire un nouvel aéroport est prise à la fin des années 1960, afin de pallier la saturation progressive de l’aéroport de Lyon-Bron. Le nouvel aéroport international de Lyon-Satolas (renommé Saint-Exupéry en 2000) est mis en service en avril 1975. Dès lors, Lyon-Bron se tourne vers l’aviation d’affaire et privée. En 2010, c’est le troisième aéroport d’affaires français en termes d’activité.
L’aviation de tourisme est aussi très présente, Lyon-Bron comptant sept aéroclubs regroupés au sein d’une association : le CICLB (Centre Inter Clubs Lyon Bron).

24. Lyon-Bron : un lieu de mémoire2

L’aérodrome centenaire, né avec l’aviation, est aussi un lieu de mémoire. Les bâtiments d’origine ont tous disparu. Les bâtiments des années 1930 ont subi des bombardements sévères. Il reste cependant deux hangars aux formes caractéristiques et un autre près de l’aérogare, le bâtiment Caquot. Contrairement à une idée généralement répandue, ils ne sont pas classés et donc ne sont pas protégés.

Aussi, une association particulièrement dynamique tente de protéger ce patrimoine et notamment le Bâtiment Caquot promis à une prochaine démolition.

Cette association est la SLHADA

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Un cockpit de bombardier anglais
Musée SLHADA

(Société Lyonnaise d’Histoire de l’Aviation et de Documentation Aéronautique) qui ouvre son nouveau musée au Fort de Bron le samedi 18 septembre 2010 à 14h30 pour les Journées européennes du patrimoine. Un musée riche de pièces de collections sur l’aviation en général et sur l’aéroport de Bron, mais aussi d’une documentation très importante : 2 000 ouvrages et 6 000 photographies. Il est ouvert au public les après-midi des premiers dimanches du mois à compter d’octobre 2010.

Et si vous voulez sortir des sentiers (aériens) battus, nous vous invitons à consulter un Point d’Actu original présentant quelques machines volantes autres que l’avion. Vous ne regarderez plus jamais votre tondeuse à gazon de la même manière !

Pour en savoir plus :

Ouvrages

BORGÉ Guy et Marjorie. Histoire de l’aviation lyonnaise de 1880 à 1960, Lyon, Bellier, 2007, 215 p.

JANNON Hubert. Histoire de l’aviation villeurbannaise 1880-1910, Lyon, Bellier, 2009, 147 p.

FOREST Marcel. Bron au fil des ans, Lyon, Bellier, 1997, pp. 117-124.

MATHEVET Paul, SLHADA. Cinquante ans d’aviation commerciale sur l’aéroport de Lyon-Bron, Lyon, Ed. lyonnaises d’art et d’histoire, 2006, 173 p.

LARGE Emmanuel. 100 ans d’aéronautique lyonnaise, Châtillon-sur-Chalaronne, La Taillanderie, 1998, 153 p.

Périodiques

Le terrain d’aviation de Bron au cours de la Seconde Guerre mondiale. Les cahiers de la SLHADA, numéro spécial, Lyon, SLHADA, 1994, 110 p.

Histoire de l’aviation en Rhône-Alpes. Les cahiers de la SLHADA, numéro spécial, Lyon, SLHADA, 1998, 89 p.

MATHEVET Paul. Le début de l’aviation dans le département du Rhône, in Rive gauche, septembre 2010, pp. 19-28.

2Notices biographiques2
2Maryse Bastié (1898-1952)2

Maryse Bastié apprend à piloter auprès de son second mari Louis Bastié et obtient son brevet en 1925. Malgré le décès de Louis en avion en 1926, elle continue à voler et commence une remarquable carrière de femme pilote de records : record d’endurance (37 h 55 mn de vol !!) en 1930, record de distance en 1936, 2976 km, qui lui vaudra la croix de Chevalier de la Légion d’honneur. Elle s’engage à la libération de Paris comme auxiliaire féminine de l’Armée de l’air. Elle est promue en 1947 au grade de Commandeur de la Légion d’honneur pour titres de guerre exceptionnels et faits de résistance. En 1951, elle entre au service des relations publiques du Centre d’essais en vol. C’est à ce titre qu’elle prend place à bord d’un Noratlas (bimoteur français), présenté au meeting de Lyon-Bron du 6 juillet 1952, qui s’écrase en tuant tous ses occupants. Retour au texte

2Amédée Bouchet de Fareins (1870-1932)2

Après des études de Droit à Dijon, il s’inscrit comme avocat à la Cour de Bourg-en-Bresse mais ne plaide pas et préfère se lancer dans les affaires. C’est en tant que délégué de la Société régionale de banque et de crédit de Lyon qu’il loue des terres agricoles à Bron pour y créer l’aérodrome en 1910. Il est mobilisé en 1915 mais renvoyé dans ses foyers rapidement pour santé fragile. Les revers de fortune, dûs entre autres au Krach de 1929, achèvent d’affecter sa santé fragile et il décède en 1932 à 52 ans. Retour au texte

2Albert Louis Kimmerling, (1882-1912)2

Issu d’une famille de banquiers genevois de Lyon, il bénéficie de la double nationalité franco-suisse. Passionné de courses automobiles, il entre en 1909 comme mécanicien chez le célèbre avionneur Gabriel Voisin où il obtient rapidement le brevet de pilote d’avion, puis chez Roger Sommer en 1910. Il part en Afrique du Sud (par bateau), inaugurant l’aéronautique dans ce Pays. A son retour il participe au meeting d’inauguration de l’aérodrome de Bron et prend la tête l’École nationale d’aviation de Bron. Il se tue lors d’essais sur un monoplan biplace Sommer le 9 juin 1912 à Mourmelon. Retour au texte

2Roger Sommer (1877-1965)2

Après des études à l’École des arts et métiers de Châlons-sur-Marne, il se dirige vers l’aviation. Il bat le record du monde de durée de vol en 1909 (2 h 27 mn15 s !). Il se lance ensuite dans la construction d’avions. On lui doit la création de l’École nationale d’Aviation de Bron mais aussi les écoles de pilotage de Douzy (Ardennes) et Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne, Marne). Puis il quitte le monde aéronautique en 1912 pour se consacrer à l’usine familiale du travail du feutre, à la suite du décès d’Albert Kimmerling selon certaines sources. Retour au texte

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