La place des Jacobins se révèle

- temps de lecture approximatif de 28 minutes 28 min - Modifié le 17/06/2016 par Département Lyon et région

La place des Jacobins, une des plus anciennes de la ville, est le centre d'union de plusieurs quartiers et est donc très fréquentée, aussi bien par les touristes que par les Lyonnais. Régulièrement encombrée par le trafic et le stationnement, cet espace n'est pas vraiment accueillant notamment pour les piétons et les cyclistes. D'autre part, la fontaine s'est fortement détériorée au cours du temps. Mais, les travaux de réhabilitation attendus depuis longtemps ont commencé et c'est une importante métamorphose qui se profile.

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Persp Herriot
© J. Osty et associés


Sommaire

1. Un projet d’aménagement ambitieux

2. Les nombreuses vies de la place des Jacobins

3. Petite histoire de fontaines

4. Gaspard André : un architecte fécond

5. Quatre personnages en quête de rajeunissement

21. Un projet d’aménagement ambitieux2

Située au cœur de la Presqu’île, la place des Jacobins joue un rôle majeur d’articulation entre les quartiers environnants. Pas moins de 12 rues convergent vers la place : Edouard Herriot (au nord et au sud), Gasparin, Emile Zola, Childebert, Confort, du Port du temple, Fabre, de l’Ancienne Préfecture, Mercière, de Brest, de Tournes.
Dans ce secteur se concentrent divers usages, diverses activités. La rue Mercière avec ses bars et ses nombreux restaurants est très fréquentée, surtout le soir ; la place des Célestins plus calme et résidentielle est aussi le lieu où se rendent les amateurs de théâtre ; et enfin, le carré d’or que constituent les nombreux commerces haut de gamme implantés dans ce périmètre. La proximité de la place Bellecour et de la rue de la République, lieux particulièrement fréquentés, a aussi, sans doute, un impact sur la place en tant que lieu de passage et de shopping. Par ailleurs, une piste cyclable relie notamment la Presqu’île, dont la place des Jacobins, à la Part-Dieu.
C’est dans un grand projet de requalification de la Presqu’île, des Terreaux au Confluent que s’inscrit le réaménagement de la place. Le projet était en gestation depuis 2002-2003, mais la réhabilitation de la place qui fait partie des quartiers historiques de la ville de Lyon classés en 1998, au patrimoine de l’humanité par l’Unesco était souhaitée par beaucoup, depuis très longtemps. C’est le cabinet de la paysagiste Jacqueline Osty qui a remporté le concours au cours de l’été 2007. Les premiers ateliers de concertation ont démarré en 2008.
Devenue une sorte de rond-point bruyant livré aux automobiles, les piétons avaient du mal à tout simplement traverser la place. La fontaine quant à elle a besoin d’être restaurée. La réhabilitation d’envergure qui démarre est donc bien accueillie, même si les travaux peuvent gêner provisoirement commerçants et passants.

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Persp Mercière
© J. Osty et associés

Les points forts du projet d’aménagement :

- Végétalisation de l’ensemble de la place jusque là entièrement minérale.
- Création d’un vrai espace piétonnier avec un vaste plateau central libéré des places de stationnement.
- Diminution du nombre de voies où rétrécissement de certaines pour tenir compte des pistes cyclables
- Sélection de matériaux de qualité (pierres calcaires lumineuses, barrettes de métal doré)
- Déplacement du stationnement, situé au centre, sur le tour de la place qui accueillera aussi les pistes cyclables.
- Nouvelle mise en lumière de la fontaine

Voir : un visuel de la place actuel sur le site de la ville de Lyon

Le projet est présenté en détail sur le site du Grand Lyon, voir :

Objectifs principaux d’aménagement

Un projet au cœur de la presqu’île

Une place repensée

Une histoire d’or et d’eau

Un projet de matières et d’équilibres

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Persp nocturne
© J. Osty et associés

Eté 2011, les premiers travaux ont débuté. Depuis, le bruit des marteaux-piqueurs se fait entendre sur le pourtour de la place et de grandes grilles cernent la fontaine.
En juillet, il s’agissait de travaux préparatoires, le réseau de gaz (GrDF) en sous-sol a été déplacé, les canalisations en acier ont été remplacées par des nouvelles en plastique (polyéthylène). Le réseau ErDF sera également rénové et amélioré. L’important local technique situé sous la fontaine va être réaménagé. Toute l’étanchéité et l’éclairage seront refaits. Pour permettre un travail par étage, un échafaudage va être monté autour de la fontaine, le calcaire déposé sur la pierre va être enlevé. Les margelles seront conservées mais, les bassins refaits.
Devant l’école Jules Fabre, les trottoirs ont déjà été élargis et des ralentisseurs posés. D’autres trottoirs sont d’ors et déjà agrandis notamment dans la partie est.

Les pistes cyclables bénéficieront d’un marquage clair au sol. Le kiosque à journaux sera conservé, les sanitaires seront installés à l’entrée de la rue Mercière. Les taxis seront garés au nord.

L’aménagement de la voirie relève du Grand Lyon, la réfection de la fontaine de la Ville.

Le Progrès, dans un article du 20 mai 2011, présente un calendrier des travaux et des aménagements annexes. On peut lire, à propos de la végétalisation, dont beaucoup se réjouissent, qu’est envisagée la plantation de « lilas des Indes, magnolias, cladastris, poiriers, ainsi que des haies taillées en buis ».
La rénovation de la fontaine, l’une des plus belles de la ville, devrait s’achever en mars 2012, celle de la place, six mois plus tard, donc, un calendrier court. Cette mutation achevée, la place devrait retrouver quiétude et majesté, c’est-à-dire être un lieu qui devrait susciter (et ce sera nouveau) l’envie et le désir de s’arrêter, de s’approprier enfin cet espace.

Les mercredis 21 et 28 septembre, 5, 12, 19 et 26 octobre 2011, de 17 à 18 heures, visite du chantier de restauration de la fontaine. Rencontre avec le chef de projet, le spécialiste qui nettoie les pierres, le fontainier, le sculpteur de pierres ou encore l’architecte, selon les dates. RV à 16 h 50 4, place des Jacobins, groupes de 10 personnes. Inscription au : 04 72 77 46 02.

22. Les nombreuses vies de la place des Jacobins2
Tout au long du Moyen âge, la principale artère de la presqu’île (voie des marchands) passait ici, depuis la rue Mercière vers la rue Confort, reliant le pont de Saône et le pont de Rhône. C’est aux religieux Jacobins ou Frères prêcheurs de l’ordre de Saint-Dominique que la place doit son nom. Ils s’y installent à la fin du XIIIe siècle et bâtiront leur église gothique avec cloître, au sud de la place, à la suite de la chapelle de Confort. Le grand claustral occupé par un vaste jardin s’étend pratiquement jusqu’à l’emplacement de Bellecour. Dans ce couvent, le Pape Jean XXII est élu en 1316, et, en 1348, c’est ici que le dauphin Humbert céde le Dauphiné à la France. Ce tènement est occupé aujourd’hui par deux vastes maisons que sépare la rue Gasparin.
L’église du couvent qui date du XVe siècle est construite grâce aux libéralités des florentins qui dominent le commerce et la banque lyonnaise. Elle est démolie en 1818.

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La place triangulaire, 1550
en haut, à gauche


La place est créée en 1556 en vertu des lettres patentes du roi Henri II qui impose la reconversion du cimetière des moines en marché et la démolition des murs de clôture. On érige en 1609, au milieu de la place, un obélisque pyramidal en l’honneur du mystère de la Trinité et de Henri IV. Sur la partie supérieure est gravé le nom de Dieu en diverses langues. Auparavant, la place avait en son milieu une croix élevée sur une colonne disparue au cours du XVIe siècle, puis un puits avait été creusé. En 1603, attestée sous le nom de place Confort, elle est alors plus petite et de forme triangulaire. Rabelais, dans Pantagruel évoque les « bavards de Confort » : il s’agit de ceux qui s’assemblent sur la place pour y débiter des sornettes autrefois nommées « baves ». Elle conserve cette appellation jusqu’à la Révolution où elle devient place de la fraternité, en 1794, période qui sonne le glas pour l’ordre des frères et leurs bâtiments claustraux. A partir de 1818, la place est remaniée jusqu’à sa forme à peu près carré actuelle. En 1835, sous Louis Philippe, l’ancien claustral devient la préfecture aménagée par l’architecte Chenavard. A cette occasion disparaissent les chapelles et les tombeaux des grandes familles florentines, Gadagne, Orlandini, Médicis, Pazzi, Panciatichi. Dès cette période, la proximité de la préfecture aidant, ce quartier prend de l’importance et tend à devenir un pôle urbain fondamental, appelant une liaison entre la place des Terreaux, centre du pouvoir municipal, et la place Confort, centre du pouvoir départemental. La place prend le nom de place de la préfecture en 1858.

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Place de la Préfecture
Phot. Louis Froissard
Fontaine de 1853
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Inondations de Lyon, 1856
Place de la Préfecture
Phot. Louis Froissard

Sous le Second Empire, le préfet Vaïsse nommé par Napoléon III, dont les objectifs sont semblables à ceux d’Hausmann, fait détruire dans la partie nord de la presqu’île les rues étroites et sinueuses, les maisons insalubres ; tout est démoli pour être remplacé par de larges artères rectilignes. Il fait ainsi percer les actuelles rues de la République (1855-1857), Gasparin et Edouard Herriot (1860) et fait détruire la préfecture. Ses axes, et les nouveaux immeubles construits alors confèrent à la presqu’île la physionomie qu’elle a conservée. Sur les façades, on remarque la finesse et la variété des composantes ornementales, les fenêtres systématiquement très rapprochées, parfaitement alignées sont traitées avec un grand raffinement et toujours la signature lyonnaise des stores (jalousies), sous les lambrequins. Pour honorer l’impératrice Eugénie de Montijo, la place devient place de l’Impératrice de 1868 à 1870.

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La place, ca 1900
Fonds photographes en R-A


Typique de l’urbanisme du XIXe siècle, c’est depuis 1871 qu’elle porte le nom de place des Jacobins.
Au moment de la percée de la rue Gasparin de beaux immeubles sont édifiés sur les cotés est, nord et sud de la place. A l’est un ensemble symétrique est traité avec pompe : demi-colonnes corinthiennes, beaux balcons, cariatides (filles de celles du Louvre). Coté sud, on peut voir aussi deux atlantes barbus et robustes.

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A l’est de la place
Colonnes et cariatides

La place a peu évoluée depuis 1870, à l’exception d’un immeuble plus haut que les autres de 11 étages, construit après guerre. La structure générale des immeubles est conforme au goût monumental du XIXe siècle. Le côté ouest est composée de trois maisons plus basses dont une, au centre (le n° 4), réalisée par Bossan, présente une façade très décorée et une étonnante porte ouvragée en bois clair. Au sud-est, se distingue aussi la rotonde d’un bel immeuble au toit en ardoise.

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A l’ouest
Porte au n° 4
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Au sud-est
Rotonde

Pour en savoir plus :

La place des Jacobins à Lyon par Gilbert Gardes, extrait de Centre presqu’île, n° 13, 1987

Places de Lyon par Charles Delfante et Jean Pelletier, Ed. Bachès, 2009

Façades lyonnaises : 2000 ans de création architecturale et de confluence culturelle par Nicolas Jacquet,2008

L’architecture à Lyon, T. 2 Lyon et le Grand Lyon : de 1800 à 2000 par Jacques Beaufort, 2001

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Pendant les travaux

23. Petite histoire de fontaines2

Avant le monument qui nous occupe, 4 fontaines furent successivement élevées sur son emplacement. Une, de courte durée, de 1760 à la Révolution, est composée d’une naïade montée sur un piédestal à consoles renversées. Ensuite, une pompe pourvue d’un balancier dit « à poire » que les gens du quartier lançaient à tour de bras pour obtenir l’eau nécessaire à leurs ménages. Le grincement continuel du balancier incommodait fortement un habitant du voisinage, le sieur Danton. Il légua donc à la ville une somme importante pour l’édification d’une fontaine monumentale qui, dit-il, « permettra aux habitants du quartier de s’approvisionner, à toute heure du jour, d’eau jaillissante. La ville accepta le legs, mais n’accomplit pas immédiatement la condition. En 1853, la pompe est remplacée par une fontaine en fonte dessinée par Michel Lienard et fondue par la maison Barbezat, elle finira place de la pyramide à Vaise. Puis, un préfet du Second Empire, songeant à la somme laissée sans emploi, a l’idée de s’en servir pour construire un monument à la gloire de son prédécesseur Vaïsse. T. Desjardins réalise la fontaine mais son projet est rogné par une commission d’examen. Elle est composée de 4 fontaines ornées des statues des 4 saisons. Vers 1875, les marchands de la place qui lui reprochaient d’obstruer la perspective de leurs magasins ont gain de cause : il est décidé de la transporter sur la place Perrache. Le cercle des fontaines constitue l’enceinte extérieure du monument de la République. Les statues des saisons sont posées dans les niches de l’orangerie du parc de la Tête d’Or.

En décembre 1876, La municipalité décide d’ouvrir un concours pour la décoration de la place des Jacobins et pour celle de la place de Lyon. Deux seconds prix ex aequo sont attribués : à Gaspard André pour son projet « art » pour la place des Jacobins et à Paul Pascalon pour son projet « Lugdunum » pour la place de Lyon (place de la République). Abraham Hirsch, architecte en chef de la ville, confie la direction des travaux de la fontaine des Jacobins à Gaspard André.

La fontaine majestueuse offre aujourd’hui à la place son identité. En marbre blanc, donc solide, de type pyramidal, elle est composée de quatre étagements de bassins et de vasques circulaires et tréflées. Au centre s’élève une construction de plan carré proche de celle de la fontaine des Innocents à Paris.

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La fontaine avant travaux

Le monument devait comporter les statues de quatre artistes lyonnais : Flandrin, Audran, Delorme et Coustou. Certains, au départ, auraient préférés que le choix se porte sur des hommes qui se sont illustrés dans toutes les disciplines, mais on opte pour le projet d’André. Les quatre artistes lyonnais sont représentés en pied sous les quatre voutes du temple de l’art. Chacun porte un costume de son époque et tient ses attributs professionnels. C’est le sculpteur Degeorge, lyonnais comme André et ami intime de celui-ci, qui réalise les quatre statues, mais son praticien est Busque sauf pour le Flandrin qui est exécuté ailleurs.
A son sommet, le temple est surmonté d’un petit édicule à rotonde de style néo-Renaissance qui abrite le trépied d’Apollon et s’inspire du monument des Jules à Glanum (Saint-Rémy de Provence). Quatre griffons guettent aux points cardinaux.

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Sirène
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Sirène et cariatides

Eugène Delaplanche dessine les sirènes et Busque les sculpte. Sœurs de celles de la place de la Concorde à Paris, opulentes et sensuelles, elles semblent, selon Edouard Aynard, quelque peu dépaysées dans l’œuvre sobre et délicate d’André.

Campagne et Lavigne, deux modeleurs réputés, réalisent l’ornementation proposée par Flachat et Cochet et agréée par André. Le monument porte une devise en frise : « la Ville de Lyon aux artistes qui l’ont illustrée ». Une faune et une flore abondante (lions, tortues, anguille, homard, lierre, etc…) et une variété d’effets d’eau rendent l’ensemble vivant.

Effort de synthèse, cette fontaine qui fait flèche de tout style marque la volonté de l’artiste de créer un style nouveau à l’aide des meilleures composantes des styles anciens. (…) Ce monument dont l’architecture s’inspire des fontaines du XVIIe siècle (type pyramidal), de l’art romain (monument des Jules à Glanum, pyramide de Vienne), dont la décoration est empruntée au quattrocento (cordons de fruits), à la Renaissance milanaise (décor de la base des colonnettes), au XVIIIe siècle (sirènes), etc… est un véritable témoin esthétique qui matérialise l’un des aspects le plus connu et le plus décrié du goût du XIXe : l’éclectisme. C’est pourtant une très belle réussite. (in : Gardes : l’art et l’eau à Lyon).

Le 14 juillet 1885, la fontaine monumentale est inaugurée les eaux jaillissent. Les statues, elles, trop grandes sont recoupées et enfin mises en places en février 1886.

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Lion et sirènes

Voir :
Notes historiques sur la fontaine des Jacobins, par Joannès Mollasson, 1886
- Une critique parfois sévère mais très humoristique faite par Gaspard André lui-même
Cette étude est extraite de la Revue du Lyonnais (février 1886) et consultable en ligne à partir de notre site.

. L’art et l’eau à Lyon, par Gilbert Gardes, 1975
. Le Monument public français : l’exemple de Lyon, par Gilbert Gardes, 1986
- Ces ouvrages offrent (entre autres) une étude détaillée des 4 fontaines

24. Gaspard André : un architecte fécond2

Né le 16 mars 1840, 13 rue Juiverie, à Lyon, il est le fils d’un menuisier d’origine suisse devenu entrepreneur en bâtiments. Son père, en s’associant avec son frère, construit à Lyon des îlots entiers, d’abord rue Sala et rue Sainte-Hélène, puis rue Impériale. En novembre 1856, Gaspard est admis à l’Ecole des Beaux-arts de Lyon. Il suit en 1858 les cours d’architecture d’Antoine Marie Chenavard, puis, il entre à l’Ecole des Beaux-arts de Paris et gagne en 1865 le second Grand Prix de Rome. Un séjour en Italie le conforte dans son goût pour l’architecture italienne de la Renaissance.

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Gaspard André
A. Storck éd.

Il est âgé seulement de 33 ans quand la ville de Lyon lui confie la construction du théâtre des Célestins, achevé en 1877 mais qui brûle en mai 1880 et qu’il reconstruit alors à l’identique. Son architecture riche rappelle – sous une taille moindre – celle du presque contemporain opéra de Garnier à Paris. Bel exemple de théâtre à l’italienne où le spectacle n’est pas seulement sur la scène, la salle répond à cette règle d’or : entendre, voir, mais surtout être vu, n’oublions pas qu’on ne faisait pas encore l’obscurité pendant la représentation. En 2003-2005, le théâtre a fait l’objet d’une profonde rénovation.

Gaspard André poursuit, le succès aidant, la voie qui s’ouvre alors devant lui. Membre très engagé de l’Eglise réformée, il est chargé de bâtir un nouveau temple sur l’actuel quai Augagneur, inauguré en 1884. La façade néo-romane est décorée selon la tradition de trois grands vitraux. C‘est de 1872 à 1884 qu’il édifie la fontaine de la place des Jacobins. Il fera bâtir également à Lyon, l’église Saint-Joseph (1878-1883) rue Masséna, l’Ecole de la rue Tronchet (1880-1887) ainsi que de nombreux monuments funéraires. La variété des styles de ses réalisations pourrait surprendre mais c’était le sujet qui imposait le style.

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Théâtre des Célestins
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Le temple, quai Augagneur

Dans les environs de Lyon, il construit plusieurs maisons de plaisance. Celle de la Perrollière destinée à l’industriel lyonnais Félix Mangini et la villa Saint-Pierre à Ecully.
Parmi les projets dessinés, mais non réalisés par lui, il faudrait citer les projets d’hôtellerie sur les bords d’un lac suisse, de l’Académie et du théâtre de Génève, du théâtre d’Aix-les-Bains, du casino d’Evian, du nouvel opéra comique de Paris, d’un monument à la gloire de Lyon destiné à la place Perrache et l’Athénée (Université) de Lausanne, l’œuvre qu’il estimait comme son œuvre maîtresse et qui a été réalisée d’après ses dessins.

Il a eu la chance de pouvoir exercer sa profession comme un art et de choisir ses projets et ses travaux.
Passionné par sa discipline, laissant à Lyon des œuvres majeures, grand architecte de sa génération, c’est aussi un homme engagé. Il est ainsi membre, à partir de 1872, puis président (1893-1894) de la Société académique d’architecture de Lyon, membre du conseil d’administration de la Société de l’Enseignement professionnel du Rhône, membre (1885) puis président (1891) du conseil d’administration de l’Ecole nationale des Beaux-arts de Lyon et architecte du consistoire protestant de Lyon.
En 1870, après la déclaration de guerre, il s’engage dans la légion des mobiles du Rhône appelée à barrer la route aux prussiens qui ont pris Dijon.

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La fontaine monumentale

Amateur de théâtre et d’art, aux gouts volontiers éclectiques, Gaspard André a su adopter l’humour lyonnais et devenir membre assidu sous le nom de Johannes Mollasson de la réunion de bon vivants et humoristes de l’Académie (savante autant que réjouissante) du Gourguillon.

La rue Gaspard André à Lyon relie, dans le 2ème arrondissement, le quai à la place des Célestins.
Un buste de lui se trouve aujourd’hui au Théâtre des Célestins.
Un important fonds Gaspard André, déposé en 1970, figure dans les collections des Archives municipales de Lyon qui ont célébré en 1996 le centenaire de sa mort et ont publié : Gaspard André, architecte lyonnais : 1840-1896 : éléments réunis pour l’exposition du centenaire par Gérard Bruyère et Noëlle Chiron,1996

Voir aussi :
L’œuvre de Gaspard André, Lyon : A. Storck, 1898
- Bel ouvrage de très grand format, illustré de très nombreuses planches montrant les réalisations et les projets de l’architecte et qui a pour éditeur scientifique Edouard Aynard.

Les Célestins du couvent au théâtre, Mémoire Active, 2005

On peut voir de nombreux plans, dessins, photos de ses œuvres sur ce site

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Vasques et sirène

25. Quatre personnages en quête de rajeunissement2
A l’abri du temple de la fontaine logent quatre artistes célèbres que Lyon a vu naître et dont la gloire a rayonné sur l’art français :

- Gérard Audran, graveur du XVIe siècle
- Guillaume Coustou, sculpteur du XVIIe siècle
- Hyppolite Flandrin, peintre du XVIIIe siècle
- Philibert Delorme, architecte du XIXe siècle

[actu]Gérard Audran[actu]
Graveur (Lyon 1640 – Paris 1703)

Il se forme d’abord à l’art du dessin auprès de son père à Lyon, puis de son oncle, à Paris. Ses frères, ses cousins et ses neveux gravaient également, mais c’est lui qui absorbe la renommée. Il commence sa carrière en Italie. En 1672, il revient à Paris pour y devenir le plus illustre graveur d’histoire de son temps. Il est logé gratuitement aux Gobelins et nommé graveur ordinaire de Louis XIV qui lui commande la gravure des Batailles d’Alexandre d’après Charles Lebrun, un travail gigantesque, quatre œuvres capitales. « Audran parut et la peinture eut enfin un traducteur ». Parmi ses réalisations, il grave le fameux tableau de Poussin connu sous le nom de « Pyrrhus fauvé ». L’Académie de peinture et de sculpture lui donne le titre le plus élevé que pouvait obtenir un graveur : elle le nomme conseiller. Tous les élèves d’Audran se distinguent des autres graveurs par une science profonde du dessin.

Sur la place des Jacobins, il est représenté jeune, presque adolescent, le pied avancé hors du socle, pour bien montrer quel grand pas il fit faire dès ses débuts à la gravure française.

Il publia en 1683 : Les proportions du corps humain mesurées sur les plus belles figures de l’Antiquité consultable dans Gallica
Pour en savoir plus :
Notice sur la vie et les travaux de Gérard Audran, par Georges Duplessis, 1858

Notice sur Gérard Audran, par V. Denon, ca 1805-1810

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Audran et Coustou

[actu]Guillaume Coustou[actu]
Sculpteur (Lyon 1677 – Paris 1756)

Elève de son oncle Antoine Coysevox, il fait le voyage en Italie et entre à l’Académie dès 1705. Il fait carrière en travaillant avec son frère Nicolas sur les grands chantiers des bâtiments royaux de Louis XIV, à Versailles, à Marly-le-Roi et aux Invalides. A Lyon, il a laissé un buste de François-Paul de Neufville, archevêque de Lyon (1723) et surtout l’allégorie du Rhône en bronze (vers 1719), dieu viril et barbu placé actuellement sous la statue de Louis XIV à cheval, place Bellecour. Son frère réalise lui la Saône.
Les Chevaux de Marly sur le site du Louvre

La sculpture : Pose théâtrale, riche costume, port de tête superbe racontent bien l’époque du Roi-Soleil. Le marteau indique le sculpteur, le Lyonnais est rappelé par le petit modèle du Rhône que l’artiste tient dans ses mains et présente sans doute à nos échevins.
La rue Coustou à Lyon est située sur les pentes de la Croix-Rousse.

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Coustou et Flandrin
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Le Rhône par Coustou
place Bellecour

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[actu]Hyppolite Flandrin[actu]
Peintre (Lyon le 23 mars 1809 – Rome le 21 mars 1864)

Ses deux frères, Paul et Auguste sont également peintres. Un lien très fort unit Hyppolite et Paul qui ont seulement deux ans d’écart. Très tôt les deux frères sont attirés par les sirènes de la capitale où ils s’installent en 1829 et deviennent les élèves d’Ingres. En 1832, Hyppolite obtient le très convoité prix de Rome puis il part pour la villa Médicis. Il est le plus brillant élève de Dominique Ingres, son travail se situe à la charnière du néo-classicisme et du style académique. Il se livre d’abord à la peinture historique, avant de se tourner vers la peinture religieuse. A Paris, il effectue la décoration de la chapelle Saint-Jean-l’Evangéliste à Saint-Séverin puis à Saint-Germain des-Prés où il réalise un des ensembles les plus marquants de peinture murale du XIXe siècle. A Lyon, il décore l’église Saint-Martin d’Ainay. Parallèlement à ses grandes entreprises de décoration religieuse il développe dans la tradition ingresque une oeuvre importante en tant que portraitiste (autoportraits, portraits de femmes, de sa famille, nombreuses commandes).
On peut admirer ses toiles dans plusieurs musées dont le Musée du Louvre, et le Musée des Beaux-arts de Lyon
L’une des œuvres les plus célèbres d’Hippolyte Flandrin est Le Jeune homme nu au bord de mer (1836 ; Paris, musée du Louvre) que l’on peut voir notamment (ainsi qu’une biographie du peintre) sur le site des Archives de France

Quelques exemples d’œuvres conservées au Musée des Beaux-arts de Lyon :

Dante et Virgile aux enfers

Voir : une vidéo consacrée à la Pietà

Hippolyte Flandrin est enterré au père Lachaise en 1864 et, dès l’année suivante, une exposition de ses œuvres est organisée à l’Ecole des Beaux-arts de Paris. Une rue du 1er arrondissement de Lyon porte son nom.
Flandrin est dans le temple de la fontaine drapé dans le manteau du paysan romain qu’il porta sa vie durant. La main, tient un crayon et repose sur le cartable. A ses pieds une palette s’appuie sur l’église d’Ainay.
Quelques titres parmi les nombreux existants (voir notre catalogue) :

Les œuvres des Frères Flandrin au Musée des Beaux-arts de Lyon, éd. 1987

Hippolyte & Paul Flandrin : paysages et portraits, éd.2007

Hippolyte, Auguste et Paul Flandrin : une fraternité picturale au XIXe siècle, exposition de 1985 à Paris et Lyon.

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Flandrin et Delorme

[actu]Philibert Delorme ou De L’Orme[actu]
Architecte (Lyon vers 1510-1515 – Paris 1570)

Fils d’un maître maçon lyonnais aisé dont il surveille tout jeune les ouvriers, en même temps qu’il étudie, P. Delorme passe plusieurs années, de 1533 à 1536 au moins, en Italie. A Rome, il tisse des liens avec le cardinal du Bellay pour lequel il construira de 1541 à 1544, le château de Saint-Maur-des-Fossés (Val de Marne), aujourd’hui disparu et où il rencontre très certainement son protégé, François Rabelais. A Lyon, un richissime notable lyonnais ami du cardinal, nommé Antoine Bullioud, lui confie les travaux de ce qui est son chef d’œuvre local : une galerie aux deux cabinets sur trompes dans son hôtel au n° 8 de la rue Juiverie. Il réalise également à Lyon le puits de la cour de l’hôtel d’Estaing, maison du chamarier, 37 rue Saint-Jean.
Très bien intégré à la cour de France, il est doté des revenus de plusieurs abbayes par la faveur royale. Avec le titre de surintendant des bâtiments, il est, pendant le règne d’Henri II, le premier à porter le titre d’architecte du roi. Il intervient dans de nombreux chantiers de la royauté, dont le château de Fontainebleau, le tombeau de François 1er et de Claude de France, la sainte chapelle du château de Vincennes, le château d’Anet pour Diane de Poitiers. A partir de 1567, la régente Catherine de Médicis le charge de tracer les plans des Tuileries.

Jusqu’à sa mort en 1570, il effectue un travail de théorisation architecturale : ses ouvrages font de lui l’architecte humaniste de la Renaissance française par excellence.
Deux ouvrages d’importances : Traité complet de l’art de bâtir, suivi des Nouvelles inventions pour bien bastir et à petits fraiz (1561) et surtout le premier tome de l’Architecture (1567), premier grand traité français en la matière.

Le sculpteur de la fontaine le présente drapé dans un ample manteau renaissance, il tient dans la main un plan des Tuileries

Voir : la galerie sur le site http://www.vieux-lyon.org

Livres et articles dans notre catalogue

Ces quatre statues dont l’état s’est très dégradé vont, heureusement, bientôt retrouver leurs traits, et leur écrin son bel éclat. Après l’importante remise à neuf qui doit s’achever fin 2012, la place entière devrait être réellement magnifiée.

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Fontaine des Jacobins, 8 décembre 2010
G. Bouchacourt

Gérard Bouchacourt est contributeur de la base Photographes en Rhône-Alpes

Documentation régionale, 2011

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