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Jérôme Lalande

- temps de lecture approximatif de 11 minutes 11 min - Modifié le 07/06/2017 par Laurent D

Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande (également connu comme Jérôme Lalande) né à Bourg-en-Bresse le 11 juillet 1732 et mort à Paris le 4 avril 1807, est un astronome français.

Jerome de Lalande 1798
Jerome de Lalande 1798

Eléments biographiques

1732 Naissance de Jérôme Lefrançois le 11 juillet à Bourg-en-Bresse. Son père Pierre Lefrançois y dirige l’entrepôt des tabacs pour la Bresse et la Dombes.

Dès son enfance, Jérôme manifeste un goût très vif pour les sciences exactes, spécialement pour l’astronomie. A six ans, il cherche à s’en faire instruire par son père, voulant savoir comment les étoiles sont attachées au ciel.

Elevé par des parents pieux, élève au collège des Jésuites de Bourg, Jérôme compose dès l’âge de 10 ans des romans mystiques et même des sermons qu’il débite en chaire.

Entre fin 1743 et début 1744 apparition dans le ciel de la plus spectaculaire comète observée depuis un siècle. Le phénomène ne laisse pas Jérôme insensible.

Ses parents l’envoient à Lyon au grand collège de la trinité, dans lequel un observatoire a été installé. Le père Béraud, son professeur de mathématique, lui donne le goût de l’astronomie.

1748 Jérôme envisage de se faire jésuite mais les pleurs de sa mère lui font renoncer à cet état.

Jérôme est envoyé à Paris par son père pour y étudier le droit. Pendant les quatre années que durent ses études Jérôme se forme à l’observation astronomique auprès de  Joseph Delisle chez qui Il loge, et de Pierre Charles Le Monnier dont il suit les cours de physique au collège royal.

Jérôme adopte le nom de Lefrançois de La Lande.

1751 Il est licencié en droit et reçu avocat. Rappelé à Bourg par ses parents, il se fait inscrire au barreau. Il semble ne devoir être désormais qu’un astronome amateur; mais bientôt Le Monnier propose à son ancien élève de partir pour Berlin afin de déterminer la parallaxe de la lune et sa distance avec la terre. Il lui faut convaincre les parents de Jérôme qui s’y opposent (…) Berlin est habité par moitié de Français et il y a de quoi rassurer Madame votre mère, puisque le roi de Prusse y a fait bâtir des églises catholiques…

Le jeune et inexpérimenté Lalande fait merveille. il fréquente les cercles académiques berlinois, où il rencontre entre autres, le roi Frédéric II, Voltaire, La Mettrie. « Transporté dès l’âge de 19 ans à l’école du roi de Prusse et des philosophes dont il était environné, j’appris à m’élever au-dessus des préjugés ».

De retour à Bourg Lalande plaide plusieurs causes, pour complaire à son père dont l’ambition n’est pas d’avoir un fils académicien.

 

1753 admis à l’Académie Royale des Sciences de Paris, Lalande rend compte de sa mission à Berlin et ses observations sont publiées dans Les Mémoires de l’Académie de Paris.

Il entreprend, avec Clairaut, un grand travail sur les comètes, qu’il prolonge pendant plusieurs années.

1755 Décès de Pierre Lefrançois. Jérôme Lalande prolonge son séjour à Bourg pour soutenir sa mère.

1759 Il réforme les éphémérides annuelles de l’almanach La connaissance des temps. Le volume pour 1760 le premier que Lalande a préparé contient un avertissement prévenant qu’il a choisi de nouvelles tables, les meilleures à ce moment.

 1761 Lalande commence son enseignement d’astronomie au collège de France en tant qu’héritier spirituel de Delisle alors très âgé.

1764 Publication d’un Traité d’astronomie en 2 volumes. Lalande destine cet ouvrage surtout aux jeunes astronomes : « Je déclare sans peine qu’il doit y avoir beaucoup de fautes dans mon ouvrage […] D’ailleurs je n’ai pas pris beaucoup de peine pour chercher une faute ; il y avait trop de temps à perdre et trop d’ennui à éprouver … ». Le livre devient immédiatement classique, il est traduit dans les principales langues de l’Europe.

1765 Il passe une année entière en Italie. Il est accueilli de la manière la plus distinguée par les plus grands personnages, notamment par le pape Clément XIII. Il publie à la suite de ce séjour dans la péninsule Voyage d’un François en Italie…L’ouvrage obtient un succès immédiat. Chateaubriand compte parmi ses lecteurs: « Le voyage de Lalande en Italie est encore ce qu’il y a de mieux et de plus exact sur la Rome des arts et sur la Rome antique (…) Ce n’est pas trop mal pour un astronome qui mangeait des araignées ».

1766 Lalande et  Helvétius fondent la « Loge des Sciences » pour grouper les francs-maçons adonnés aux études et recherches scientifiques.

 

1768 De par son évolution philosophique Lalande est accepté au sein de la grande loge maçonnique de France « A mesure que j’ai fait des progrès dans la philosophie, la maçonnerie m’est devenue plus précieuse, puisque son objet est de réunir les hommes au culte des vertus qui font leur bonheur (…) Il représente à Paris les loges de sa province natale : 1° la loge de Belley, en Bugey, les Trois Souhaits; 2° celle de Bourg-en-Bresse, les Élus; 3° celle de Pont-de-Vaux, en Bresse, Saint-Jean du Croissant.

 

1773 Querelle entre Lalande et Cassini autour d’une annonce,  La disparition de l’anneau de Saturne, publiée par Lalande dans la Gazette de France du 23 juillet.

Gazette de France du 23 juillet

 Lalande participe activement à la fondation du  Grand Orient de France. Il est l’un des commissaires nommés pour la révision des statuts et des règlements.

Publication de son Abrégé d’astronomie.

1776 création par Lalande, avec le soutien d’Anne-Catherine de Ligniville Helvétius, de la Loge des Neuf sœurs qui s’inscrit dans le renouveau de la maçonnerie en France. Voltaire en devient membre honoraire en 1778, quelques jours avant sa mort.

1777 Il importe de répandre parmi les francs-maçons, et aussi du grand public, de sérieuses notions sur le caractère de la Franc-Maçonnerie, ses principes, son histoire. Lalande se charge de cette  publicité et fait paraitre son Mémoire historique sur la Maçonnerie. Ce même travail, sensiblement retouché en vue d’autres lecteurs, est inséré dans le tome troisième du supplément de l’Encyclopédie, où il forme l’article Franc-Maçon.

1779 Lalande renonce à la présidence de la loge des Neuf Sœurs. Il est remplacé par  Benjamin Franklin.

Lalande rencontre Mme du Pierry, c’est le début d’un grand amour, puis d’une amitié  indéfectible.

1785 Les disciples de Lalande ne sont pas seulement des hommes. Des femmes instruites deviennent ses élèves et coopèrent à plusieurs de ses ouvrages. C’est ce qui lui donne l’idée de publier l’Astronomie des dames.

1789 La révolution produit une suspension presque complète de la vie maçonnique en France. La loge des Neuf Sœurs se substitue au début de l’année 1790 à la « société nationale des Neuf Sœurs ». Elle a pour devise cette pensée de Voltaire :

« Qu’il ne soit qu’un parti parmi nous, Celui du bien public et du salut de tous »

Durant cette période Lalande ne souhaite pas jouer de rôle politique particulier, il estime ne pas pouvoir servir mieux son pays que comme savant et professeur. Au plus fort de la terreur il n’interrompt pas son cours d’astronomie et fait paraître son traité de la navigation maritime.

 1792 Lalande fait bâtir un observatoire à Bourg en Bresse.

1793 Il est nommé à la direction du grand observatoire de Paris.

1794 Pour Lalande le renversement du joug religieux est l’un des principaux bienfaits de la Révolution. Il se rallie au  culte philosophique dont son ami  Sylvain Maréchal, l’un des plus fervents partisans de l’athéisme durant la Révolution Française et auteur du Dictionnaire des Athées anciens et modernes, est un des promoteurs.

1795 Création de l’Institut de France. Lalande en est l’un des membres illustres.

1797 Une dispute se répand dans les journaux au sujet de l’Athéisme entre Lalande et Jean-François Laharpe qui vient de publier Du fanatisme dans la langue révolutionnaire, ou la persécution suscitée par les barbares du XVIIIe siècle contre la religion  « La Harpe confond encore les athées avec les ennemis de la morale et des autorités ; rien ne peut expliquer ce délire de la calomnie, que la peur qui affaiblie les organes. »   

1799 Mort de Sylvain Maréchal. Lalande décide de compléter le Dictionnaire des Athées anciens et modernes et fait paraître une notice dédiée à son ami. Cette publication provoque la colère de Napoléon. Lalande écrit alors : « le premier de tous les axiomes qu’il importe aux hommes de comprendre, c’est que la science est la véritable gloire, et la paix le véritable bonheur : Or, il n’y a que les philosophes qui puissent propager la science, et peut être diminuer un jour le nombre des monstres qui gouvernent et ensanglantent la terre, c’est-à-dire, ceux qui font la guerre. La religion en a tant produit, qu’il est permis d’en désirer la fin. » Napoléon, par l’entremise du président de l’Institut de France enjoint Lalande, au nom du corps, de ne plus rien imprimer : (…) mon premier devoir est d’empêcher que l’on empoisonne la morale de mon peuple (…) sur ce je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte garde. »

 1801 Publication de l’Histoire céleste française rassemblant les observations de près de 50 000 étoiles.

1802 Lalande propose de fonder à l’Institut un prix pour encourager les astronomes : une médaille ou l’équivalent en numéraire.

1803 Lalande est nommé grand orateur du Grand Orient

1804 Lalande est reçu par le pape alors que celui-ci est à Paris pour le couronnement du nouvel empereur : « Le pape me disait le 13 décembre 1804, qu’il avait soutenu qu’un aussi grand astronome que moi ne pouvait être athée. Je lui répondis que les opinions métaphysiques ne devaient point empêcher le respect dû à la religion ; qu’elle était nécessaire, quand même elle ne serait qu’un établissement politique (…) »

Au mois d’août 1805 Lalande est de passage à Lyon. Les quatre loges qui sont  en activité dans cet Orient organisent une brillante réception en son honneur. Les loges font imprimer un compte rendu détaillé de la fête.

1807 Dernière visite de Lalande à la loge des Neuf Sœurs. Dans le discours qu’il prononce devant l’assemblée il exprime franchement ses regrets d’avoir perdu les espérances de libertés qu’il a si bien accueillies en 1789.

 Il meurt peu de temps après le 4 avril 1807.

Le spectacle du ciel paraît à tout le monde une preuve de l’existence de Dieu. Je le croyais à dix-neuf ans : aujourd’hui, je n’y vois que de la matière et du mouvement Supplément au Dictionnaire des athées, p. 26.

Les informations et citations de cet article proviennent en grande partie de l’ouvrage: Un astronome des Lumières : Jérôme Lalande 


Dans les collections de la bibliothèque

–  L’astronome : du chapeau pointu à l’ordinateur
–  L’astronomie de la préhistoire à nos jours
–  Eloge historique de De Lalande, prononcé le 4 janvier 1808
–  Jérôme de Lalande
–  Jérôme Lalande : L’homme et le Bressan
–  Jérôme Lalande  : une trajectoire scientifique

–  Œuvres de Jérôme Lalande

En texte intégral

–  Le Franc-Maçon Jérôme Lalande
–  Histoire de l’astronomie au XVIIIe siècle…
–  L’œuvre scientifique de Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande
–  Histoire céleste française, contenant les observations faites par  plusieurs astronomes français…,

 Internet

–  Travaux publiés dans les ouvrages de l’Académie des sciences 
–  L’Observatoire de Paris

Hommage

Au premier étage de la tour Eiffel, Gustave Eiffel a fait graver les noms de 72 savants en hommage aux  savants et ingénieurs qui l’ont précédé ; parmi eux, Lalande.

En 1935, l’union astronomique internationale a donné le nom de Lalande à un cratère lunaire situé sur la face visible de la lune.

Lalande à Bourg-en-Bresse

  • La maison natale de Jérôme Lalande est toujours visible à Bourg-en-Bresse dans l’Avenue Alsace-Lorraine ; une plaque et un médaillon la signalent au passant.
  • En 1792, Jérôme Lalande se fait construire une résidence observatoire au Mail à l’endroit le plus haut de la ville (242 m), où il donne des leçons d’astronomie. L’observatoire est toujours visible boulevard Leclerc.
  • Une statue de l’astronome est visible square Lalande : le buste est posé sur un socle imposant d’Alphonse Muscat présentant Uranie, la muse de l’astronomie.
  • Le plus ancien cadran Analémmatique se trouve devant l’église de Brou, à quelques kilomètres de Bourg-en-Bresse. Il devait permettre de vérifier les heures de travail des artisans et ouvriers employés à la construction de l’église. Craignant de la voir disparaitre Lalande décide en 1757 de le restaurer à ses propres frais. Il est aujourd’hui visible tout contre la façade de l’église, devant le porche.

Anecdote

  • Pour la rentrée de l’Académie des sciences le 21 avril 1773, Lalande propose la lecture des  réflexions sur les comètes qui peuvent approcher la terre. Ce mémoire est destiné à l’assemblée publique de l’Académie et fait partie d’un travail plus considérable sur les comètes en général. Mais étant le dernier de la liste des mémoires à présenter, celui de Lalande ne peut être lu. Ce que Lalande avait dit de ses résultats à une poignée d’amis se transforme très rapidement en rumeur et le bruit coure dans Paris que Lalande avait annoncé une comète : (…) qui dans un an, dans un mois…dans huit jours allait causer la fin du monde ». La panique dans la ville est telle que Lalande croit devoir au public une explication capable de le rassurer. Il publie une courte note dans la Gazette de France du 7 mai 1773. Sans effet. Il juge alors indispensable de publier sans délai la partie incomprise de son mémoire.

  • Lalande s’est rendu célèbre par l’habitude qu’il avait prise d’avoir sur lui une boite, sorte de bonbonnière, d’où il tirait des Araignées qu’il mangeait en public. Anecdote relevée par Chateaubriand dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, livre trentième ; et Roland Barthes,  in Sade, Fourier, Loyola.

Retro presse

 

 

 

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One thought on “Jérôme Lalande”

  1. Je ferai une conférence sur Lalande et Bailly au château de Mongenan à Portets (33)dans le cadre d’une série consacrée aux savants Francs-Maçons de la Loge des Neuf Sœurs au XVIII° siècle. Programme sur le site de Mongenan, rubrique Festivités.
    Cordialement
    Florence Mothe

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