Il y a 150 ans que la Savoie est devenue française !

- temps de lecture approximatif de 16 minutes 16 min - Modifié le 17/06/2016 par FGrignoux

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En 1860, aux termes du Traité de Turin, la Savoie (c’est-à-dire les deux départements actuels) rejoint la France, en compagnie du comté de Nice. Elle fait partie des derniers territoires rattachés au sol national. Une opportunité pour mettre en lumière une histoire originale et méconnue. Remonter le temps, évoquer les commémorations successives, n’est-ce pas aussi permettre de mieux comprendre et apprécier les Pays de Savoie d’aujourd’hui ?



Sommaire

1. La Savoie en 1860

- Comment la Savoie est devenue française
- Chronologie des dernières étapes de l’annexion

2. Les commémorations

- 1910
- 1960
- 2010

3. Les Pays de Savoie aujourd’hui : quelques perspectives

21. La Savoie en 18602

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Blason de la Savoie

C’est une histoire singulière et complexe que celle de la Savoie appelée Sapaudia au Moyen-âge, devenue un comté au 11e siècle, puis un duché en 1416. Berceau de la Maison de Savoie

, elle fait partie des Etats du même nom, appelés ensuite Etats sardes lorsqu’au 18e siècle, le duc de Savoie devient roi de Sardaigne. De 1792 à 1814, la Savoie a connu une première annexion par la France. En 1815, elle est restituée, avec Nice, au royaume de Piémont-Sardaigne. Chambéry a longtemps été la capitale des ducs de Savoie avant de laisser la place à Turin. L’abbaye de Hautecombe demeure leur nécropole.
En 1860, le royaume de Piémont-Sardaigne s’étend sur les 2 versants des Alpes et comprend : la vallée d’Aoste, le Piémont, Gênes à l’est, la Savoie et le comté de Nice à l’Ouest, la Sardaigne en Méditerranée.
La Savoie occupe un territoire essentiellement alpin et contrôle les passages vers l’Italie et la Suisse. N’appelle-t-on pas les ducs de Savoie « les portiers des Alpes » ? Cette situation lui a valu de tout temps d’être convoitée, occupée et de garder une place stratégique en Europe malgré la petitesse de son territoire. Voyageurs, colporteurs, marchands, pèlerins, contrebandiers, armées de passage ou d’occupation… Beaucoup de monde passe par la Savoie. Elle compte environ 540 000 habitants, en majeure partie des paysans vivant dans des conditions difficiles. Ils parlent souvent le français, aux côtés du franco-provençal. L’Eglise catholique joue un grand rôle. L’émigration est importante. Nombreux sont ceux qui partent tenter leur chance jusqu’en Amérique. Vers 1860, l’exil saisonnier ou définitif se pratique couramment en direction de Paris et des grandes villes françaises. Ainsi à Lyon, les Savoyards travaillent-ils souvent dans l’industrie textile. Ces migrations constituent une manne pour l’économie savoyarde et favorisent les échanges.

[actu]Comment la Savoie est devenue française[actu]

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Napoléon III et Cavour

C’est l’aboutissement de plusieurs années d’évolution de la « question savoyarde » au milieu de la politique internationale de l’époque. L’ensemble de l’Europe est alors touché par un grand mouvement de construction des identités nationales. La Savoie se trouve progressivement au cœur de tractations territoriales qui vont changer son destin. L’unification de l’Italie se dessine avec le Risorgimento. Le roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel II, et Cavour, le chef de son gouvernement oeuvrent pour créer un royaume d’Italie. Pour cela, ils ont besoin de l’appui politique et militaire de la France afin de libérer la péninsule italienne de l’emprise autrichienne. L’aide de Napoléon III se négocie au prix d’une cession de territoires. La Savoie, province frontière, périphérique de l’Italie naissante devient alors, avec Nice, un instrument d’échange. Le 21 juillet 1858, lors de l’entrevue secrète de Plombières dans les Vosges entre Napoléon III et Cavour, l’empereur promet son aide en échange de la Savoie et de Nice. Les victoires de Magenta et de Solferino sur les Autrichiens suscitent l’enthousiasme dans le duché. Cependant, dans un premier temps, Napoléon III hésite, ne réclame pas la contrepartie de son soutien.
Dans la même période, en 1859, une vive campagne d’opinion se développe. Pro et anti-annexionnistes s’affrontent à l’aide de journaux comme le Courrier des Alpes ou le Patriote savoisien. Des caricatures et des brochures, pour ou contre l’annexion, fleurissent en Savoie, en France, en Italie et à Turin. En février 1860, des pétitions apparaissent en faveur d’un rattachement de la Savoie du nord à la Suisse. En mars-avril 1860, les appels à l’empereur se multiplient pour demander l’annexion à la France. La perspective d’un éclatement du vieux duché, les pressions exercées par d’autres pays européens entraînent un ralliement massif à la cause française. Napoléon III réclame alors « les versants français des montagnes », évoquant les frontières naturelles du pays.

[actu]Chronologie des dernières étapes de l’annexion[actu]

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Proclamation de Victor-Emmanuel II
© Archives départementales de Savoie

- 24 mars 1860
Après d’intenses tractations diplomatiques, un traité de cession de la Savoie et du comté de Nice à la France, dit Traité de Turin, est signé entre Napoléon III et le roi de Piémont-Sardaigne, Victor-Emmanuel II. Ce dernier « consent à la réunion de la Savoie et de Nice (…), étant entendu que cette réunion sera effectuée sans nulle contrainte de la volonté des populations ». La zone neutralisée de la Savoie du Nord est maintenue.

- 21-22 avril 1860
Un plébiscite est organisé pour ratifier l’annexion. Les Savoyards doivent répondre à la question suivante : « la Savoie veut-elle être réunie à la France ? ». C’est l’une des premières fois où l’on tient compte de la volonté des peuples concernés.

- 29 avril 1860
La Cour d’appel de Savoie à Chambéry proclame les résultats. A une majorité écrasante (plus de 99% des suffrages exprimés), la population se prononce pour le « oui ».

- 14 juin 1860
La Savoie est officiellement remise à la France. Les plénipotentiaires français et sardes signent le « procès-verbal de la remise du territoire formant la province de Savoie » à la France, dans le « salon jaune » du château de Chambéry, l’ancienne demeure des ducs de Savoie.

- 15 juin 1860
Un décret impérial divise la Savoie en 2 départements qui conservent leur nom historique.

- 16-17 juin 1860
Des fêtes populaires se déroulent à Chambéry, Annecy, sur tout le territoire savoyard et en France.

- 14 mars 1861
Victor-Emmanuel II est proclamé roi d’Italie.

L’intégration des nouveaux territoires se fait progressivement avec l’introduction de l’administration française. Le 27 juin 1860, une commission franco-sarde se réunit pour dessiner les nouvelles frontières, « en tenant compte de la configuration des montagnes et de la nécessité de la défense ». Le tracé définitif date du 7 mars 1861.
L’une des premières étapes symboliques, le voyage du couple impérial en Savoie, marque les esprits. Du 27 août au 5 septembre 1860, Napoléon III et son épouse rendent visite à leurs nouveaux sujets. Le voyage s’avère un grand succès, l’impératrice Eugénie croit « assister aux noces éternelles de la France et de l’Empire » en participant sur une gondole à la magnifique fête vénitienne organisée sur le lac d’Annecy le 29 août 1860. Il faut mentionner aussi la parution du livre Nice et Savoie
en 1864. Cet album lithographique a été commandé par l’empereur pour faire connaître aux Français, les nouvelles provinces. A l’occasion du 150e anniversaire, le livre Nice et Savoie, un regard contemporain confronte les gravures de 1864 avec des photographies d’aujourd’hui.

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Fête de l’annexion
© Archives départementales de Savoie

Pour approfondir l’histoire :

La Savoie et l’Europe 1860-2010 : dictionnaire historique de l’Annexion, sous la direction de Christian Sorrel et Paul Guichonnet, la Fontaine de Siloé

150e anniversaire de l’annexion de la Savoie à la France, par Denis Varaschin et Sylvain Milbach, Conseil général de la Haute-Savoie, Direction des archives départementales

1860-2010, chronique d’un attachement , L’Alpe, n°47, décembre 2009

1860, la Savoie choisit son destin, coordonné par Maurice Messiez, Société savoisienne d’histoire et d’archéologie

Aux sources de l’histoire de l’annexion de la Savoie, dir. Denis Varaschin, PIE-Peter Lang

La Savoie de l’annexion : le rattachement à la France, Jean Luquet, Le Dauphiné libéré

L’Histoire, mars 2010

et Historia, mars 2010

22. Les commémorations successives2

Tous les 50 ans, la Savoie célèbre son rattachement à la France. C’est l’occasion d’entretenir la mémoire de l’événement, d’établir un bilan, d’ouvrir des perspectives selon le contexte politique, économique et social de l’époque. Déjà, en 1892, les Savoyards ont fêté l’anniversaire de leur 1ère annexion par la France au moment de la Révolution française. Chaque fois, la visite officielle du président de la République constitue un événement important, symbole d’une reconnaissance réciproque. Fêtes, défilés, sculptures, livres, musique, médailles, plaques, timbres… participent à la célébration. Selon la période et l’usage, le mot qualifiant cette page d’histoire change : il est question d’annexion, de rattachement, de cession ou de réunion. En 2010, il semble que se soit ce dernier nom qui l’emporte

[actu]1910[actu]

Au début du vingtième siècle, la Savoie s’interroge sur sa spécificité au sein de la « mère-patrie ». La mise en valeur des chants et costumes traditionnels illustre cette recherche identitaire. C’est l’époque aussi où les particularismes locaux sont reconnus et recensés. De nombreuses festivités se déroulent à Paris et en Savoie, dont la Fête de la nuit à Annecy. Au mois de mars, une délégation de maires savoyards se rend à l’Elysée tandis qu’en septembre, le président de la République Armand Fallières se déplace en Savoie. On inaugure la statue du général Dessaix à Thonon-les-Bains et celle de Jean-Jacques Rousseau qui a séjourné aux Charmettes, près de Chambéry, entre 1736 et 1742.

[actu]1960[actu]

La situation est bien différente, l’intégration réalisée. L’idée de région commence à s’affirmer. Les 2 départements ont à cœur de mettre l’accent sur « l’or blanc », le tourisme de masse qui se développe, à l’aide des symboles connus de tous : l’edelweiss, le petit ramoneur, la montagne, le chalet. Cette célébration est marquée, en octobre, par la venue, sur fonds de guerre d’Algérie, du président de la République, le général de Gaulle à qui l’on offre l’ouvrage commémoratif Mémorial de Savoie.
1960 constitue aussi le point de départ de nouvelles recherches sur l’histoire de la Savoie dans le sillage de Jacques Lovie et Paul Guichonnet.

[actu]2010[actu]

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Timbre commémoratif
Gravure de Jumelet
© La Poste

A l’heure de l’Europe et avant la réforme territoriale, cet anniversaire suscite un grand engouement. Il se distingue par une profusion de fêtes, colloques, conférences, publications, comme nous pouvons le voir sur le site dédié : 150 ans pays de Savoie. La région Rhône-Alpes qui englobe aujourd’hui la Savoie et la Haute-Savoie, soutient 41 projets.
Comme pour le cinquantenaire et le centenaire, la visite du président de la République, le 22 avril, jour anniversaire du plébiscite, a constitué un moment important. Au cours de la cérémonie ponctuée par la Marseillaise et le chant des Allobroges, l’hymne savoyard, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours affirmant son attachement à la Savoie et l’engagement de l’Etat dans des projets importants (la liaison ferroviaire Lyon-Turin et Annecy 2018 Le Dauphiné libéré, 23 avril 2010)
De nombreuses manifestations se déroulent jusqu’à la fin de l’année. Ainsi à Chambéry, bibliothèques, archives et musées ont travaillé ensemble pour présenter 5 expositions autour de cette célébration. La Haute-Savoie en propose plusieurs itinérantes.
Les télévisions se mobilisent aussi. France 3 a présenté, le 7 avril un numéro des « Racines et des Ailes », spécial Savoie. Sur TV8 Mont Blanc, six émissions thématiques rappellent les grands moments de l’histoire savoyarde.

Parmi les autres festivités :
- De nombreux concerts donnés par l’Orchestre des pays de Savoie
- Le 12 juin, sonnerie des cloches de France pour la Savoie : événement rarissime, clin d’œil à 1860 où les cloches avaient déjà sonné pour accueillir les Savoyards dans le giron français
- Le 14 juin, l’événement symbole, un grand déjeuner républicain dans le « salon jaune » au château de Chambéry
- Le 18 septembre, « Chacun Savoie », rassemblant 1860 musiciens et chanteurs

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Le ramoneur, la marmotte et la montagne

Pour en savoir plus :

L’annexion à la France : histoire et commémorations : exposition, Musée savoisien, Chambéry, dir. par Sylvain Milbach, Silvana Editoriale

Le ramoneur, la marmotte et la montagne : exposition, Médiathèque de Chambéry, Silvana Editoriale

Voir l’exposition en ligne sur Lectura.fr

La cuisine à l’Opinel : 25 chefs étoilés, 25 recettes pour célébrer les 150 ans de la Savoie française, par Annie Victor, Françoise Detroyat, Lagon rouge

23. Les Pays de Savoie aujourd’hui : quelques perspectives2

Les 2 départements font partie aujourd’hui de la région Rhône-Alpes avec l’Ain, l’Ardèche, la Drôme, l’Isère, la Loire et le Rhône. En même temps, ils affirment toujours une identité forte dû à une histoire originale et un patrimoine naturel d’exception. A l’heure du 150e anniversaire et dans la perspective d’une nouvelle organisation du territoire français, certains s’interrogent. Faut-il davantage d’autonomie au sein de Rhône-Alpes ? Créer une région Savoie ? Rapprocher, fusionner les 2 départements ? Déjà, en 1973, la question d’une région Savoie s’est posée sous l’impulsion de mouvements régionalistes. Les 2 conseils généraux ont choisi de se rapprocher en septembre 2001 en créant l’Assemblée des pays de Savoie qui élargit les champs de coopération entre les 2 départements (culture, valorisation des produits agricoles, promotion touristique avec Savoie Mont-Blanc…). Elle est un prolongement de l’Entente des pays de Savoie, née en 1983. De leur passé commun, les 2 territoires ont su conserver des liens. A la faveur de la prochaine réforme des collectivités locales, les Pays de Savoie pourraient devenir terre d’expérimentation.

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Lac d’Annecy
© Région Rhône-Alpes / Jean-Luc Rigaux

Ils sont également depuis longtemps une terre de passage, d’émigration et d’immigration, ouverte sur l’ensemble des Alpes et sur l’Europe. Ainsi le Conseil général de la Haute-Savoie participe-t-il au programme européen « traditions actuelles » qui s’intéresse à l’identité culturelle alpine. En 2011, Chambéry, jumelée avec Turin, se rapprochera de la région Piémont pour commémorer la proclamation de l’unité italienne en 1861.
Parmi les grands projets à venir, la liaison ferroviaire Lyon-Turin s’inscrit dans la continuité des grandes percées alpines comme le tunnel ferroviaire du Fréjus inauguré en 1871. Elle vise à acheminer des voyageurs et des millions de marchandises à travers les Alpes, permettant de rééquilibrer les modes de transport actuels au profit du rail.
Dotés d’un des plus grands domaines skiables, les Pays de Savoie se mobilisent pour

Annecy 2018. Après Chamonix 1924, Albertville 1992, pourquoi pas des jeux olympiques d’hiver autour d’Annecy ? C’est Edgar Grospiron, médaille d’or de ski de bosses en 1992, qui a pris la tête de cette candidature.

Pour aller plus loin :

La Savoie en Rhône-Alpes ?, Prospectives Rhône-Alpes, n°587-588, déc. 2000

Quel avenir pour la Savoie ?, par Michel Amoudry, Cabédita

Lyon-Turin : le projet fou qui va bouleverser les Alpes, in : Alpes magazine, janvier 2008

La Savoie, la renaissance, l’écho des vallées, 23 avril 2010

Clin d’œil gourmand : le gâteau du 150ème anniversaire

Musique pour le rattachement de la Savoie à la France Voir

Le drapeau de Savoie Voir

Le département de la Savoie Voir

Le ramoneur savoyard, origine géographique Voir

Guide touristique de la Savoie Voir

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