Biodiversité et végétalisation à Montchat

- temps de lecture approximatif de 8 minutes 8 min - Modifié le 09/06/2021 par Shuy

Après cette période de confinement, le besoin de sortir, de respirer le grand air se fait sentir pour chacun d’entre nous ! La Ville de Lyon, grâce à la direction des Espaces verts, propose une quarantaine de balades, visites, ateliers ouverts à tous avec notamment, les Rendez-vous de la biodiversité (19 mai-5 juin) ayant pour objectif pour cette 10ème édition de donner au plus grand nombre de Lyonnais l’envie de devenir acteur pour la biodiversité en ville.

Montchat, pied d'arbre végétalisé - S.B-R, mai 2021

Parmi les projets participatifs proposés lors de ces Rendez-vous de la biodiversité, chaque Lyonnais peut semer un mélange des graines de fleurs sauvages adaptées au climat lyonnais distribué par la mairie et faciliter ainsi le travail des insectes pollinisateurs.

Une autre proposition est faite à chaque habitant désirant devenir un observateur bénévole pour la réalisation d’un atlas des oiseaux nicheurs lyonnais. Aidée par la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) la Ville de Lyon souhaite recenser les oiseaux nicheurs et compléter sa base de données. 

On sème un peu, passionnément… – Ville de Lyon 2021

Afin de promouvoir la biodiversité à Lyon, la direction des Espaces verts de la Ville a supprimé depuis 2008, l’utilisation des produits phytosanitaires au profit de méthodes alternatives pour l’entretien de ses parcs et jardins municipaux : paillages et végétalisation avec des plantes couvre-sols, lutte biologique avec introduction d’insectes prédateurs, méthodes alternatives de désherbage, création de pelouses et de prairies naturelles. Elle participe également au programme Gestion Raisonnée de l’Arrosage Automatique Lyonnais (GRAAL) visant à maîtriser les consommations d’eau pour l’arrosage.

En cessant de faucher et de tondre la flore sur la voie publique, on peut également protéger un certain nombre d’insectes qui y vivent en leur permettant de boucler leur cycle naturel. L’augmentation du nombre d’insectes est bénéfique pour les oiseaux.

Au-delà du bien-être psychique et corporel qu’elle procure aux habitants, la végétation a une véritable utilité en ville. Elle permet de lutter contre le réchauffement climatique, absorbant une partie des gaz à effets de serre et des polluants, dans le sol, dans l’air et dans l’eau. Elle permet aussi de réguler la température en période de canicule et facilite la pollinisation.

Tout au long de l’année, la végétalisation de la ville de Lyon s’appuie ainsi sur l’action des habitants, à la fois par leur pratique et par leur mobilisation. Voici deux exemples :

  • Les jardins de trottoir ou micro-implantations florales (MIF) se sont d’abord développées en 2003 dans le quartier de la Guillotière (7e arrondissement). Constatant que de la végétation pousse dans les fissures des trottoirs, l’idée est lancée par le service des Espaces verts et des artistes lyonnais d’agrandir ces fissures pour y jardiner. Cette initiative est alors appelée « À l’assaut des trottoirs ». Les micro-implantations florales nécessitent une intervention des services municipaux car il faut réaliser une incision dans le trottoir de 60 sur 15 centimètres.

    Micro-implantation florale – S.B-R, mai 2021

    Elles sont conçues pour être ensuite entretenues par les riverains. Les aménagements peuvent être sophistiqués avec la clôture du petit rectangle dans certains cas, la présence de tuteurs, de panneaux. Ces pratiques de jardinage urbain supposées éphémères vont s’installer de façon pérenne dans l’espace urbain. La mairie de Lyon a fait le choix de « l’accompagnement » des espaces jardinés en encadrant cette activité. Elle fournit terre, végétaux adaptés, propose un guide du jardinier pour les jardins de rue et des fiches conseil. Une charte de végétalisation de l’espace public est mise en place. Sans valeur juridique, elle est davantage un cahier des charges, recensant aussi les initiatives et les coordonnées des habitants. En la respectant les Lyonnais améliorent leur cadre de vie, favorisent la présence de la nature et de la biodiversité et embellissent leur rue. ils participent également à un projet commun avec leurs voisins et créant des liens sociaux ils contribuent à la convivialité de leur quartier. Comme mentionné sur cette cartographie des jardins collectifs et jardins de rues à Lyon, plus de 150 pieds d’arbres participent aussi à la végétalisation des rues.

    Micro-implantation florale – S.B-R, avril 2021

     

  • Ainsi un projet de vergers urbains vient d’être concrétisé. Chaque arrondissement possède au moins un verger urbain transformant 5 000 m2 d’espaces de gazon en autant d’espaces nourriciers et porteurs de biodiversité. Ilot de fraîcheur, retour de la biodiversité et d’ insectes pollinisateurs en ville, ces vergers urbains doivent inciter les Lyonnais à consommer plus sainement et plus localement. Ils ont notamment comme objectif de servir de supports à des projets éducatifs sur l’écologie et le développement durable intergénérationnel.
Montchat : l’exemple d’un quartier qui met tout en œuvre pour  préserver au maximum sa biodiversité .

D’abord lieu-dit du village de Chaussagne, les terres de Montchat sont cédées gratuitement le 27 octobre 1858, à la Ville de Lyon et au préfet Claude-Marius Vaïsse, par Jean-Louis Richard-Vitton. Au début du XXème siècle, il y a encore de nombreux champs et prés à Montchat mais la vie champêtre d’avant-guerre cède peu à peu la place aux villas, Montchat devenant alors un quartier très actif avec de nombreuses petites entreprises artisanales et commerciales. Aujourd’hui de nombreuses constructions récentes ont envahi le quartier qui reste néanmoins pour l’instant résidentiel et végétalisé.

En descendant du parc Chambovet… – S. B-R, avril 2021

Les micro-implantations florales (MIF) ont progressivement investi Montchat qui devient en 2020 le quartier de Lyon comportant la plus grande concentration de micro-implantation florale, l’embellissement de la rue faisant de la publicité à ces initiatives.

Enorme atout de Montchat : ses deux parcs. Au nord-ouest, le parc Bazin, d’une superficie de 2,5 hectares, occupe l’emplacement d’une gravière remblayée en 1938, et au sud-est, le parc Chambovet, de 4 hectares, s’étend sur le sommet et le versant sud de la balme de Montchat. Cet ancien domaine bourgeois a fait l’objet de projets de construction divers (lycée puis hôpital) jusqu’à voir sa vocation de parc validée en 1994 grâce l’intervention de l’Association « Parc Chambovet ». Puis en 2012, les HCL revendent à la Ville ce parc. Bien que parc urbain, il est caractérisé par son aspect champêtre associant partie boisée et prairie. Les observations de ce lieu, réservoir de biodiversité sont transmises à des chercheurs du Museum National d’Histoire Naturelle.

Parcours Nature au parc Chambovet – S.B-R, avril 2021

Un parcours biodiversité, des panneaux informatifs mettent en évidence la présence d’animaux comme les écureuils roux pour lesquels des passerelles sont construites leur permettant d’aller de parc en parc, de mais aussi de hérissons devenus espèce sentinelle écologique… Avec sa partie occidentale occupée par des jardins ouvriers depuis 1926, il forme, encore aujourd’hui un écrin végétal très qualitatif vivement apprécié de la population montchatoise.

LPO, Comité territorial Rhône de la Ligue de Protection des Oiseaux a rédigé une synthèse de données naturalistes – Lyon, quartier de Montchat en 2019 indiquant que le quartier accueille une biodiversité remarquable. Il est cependant urgent de sauvegarder les réservoirs que constituent actuellement les parcs Bazin et Chambovet, en faisant évoluer leur entretien vers une gestion plus écologique.

Ici, nous protégeons la nature… – S.B-R, avril 2021

Il faut également préserver la valeur écologique du tissu urbain situé entre ces parcs par la promotion de la gestion écologique des jardins privés et la végétalisation de l’espace public. Cette démarche à l’échelle du quartier doit aussi être valorisée au niveau de la Métropole afin que celle-ci prolonge, par un travail sur les connexions écologiques, de Montchat vers l’extérieur rural et vers l’intérieur de la ville où le quartier peut jouer le rôle « d’injecteur  » de biodiversité dans les quartiers plus denses.

Les jardins publics sont devenus des refuges de biodiversité. Suite au confinement l’association Des espèces parmi Lyon a recensé dans un jardin associatif de Montchat, d’une centaine de m2,  plus de 400 espèces végétales ou animales, dont 55 de fleurs sauvages et 25 abeilles différentes. Cette observation va probablement inciter l’espacement des tontes des pelouses laissant à la nature le temps de développer des zones refuges et nourricières pour les petits animaux et les insectes pollinisateurs que sont les abeilles, coléoptères ou papillons….  La survie des espèces de plantes est également préservée car elles peuvent ainsi réaliser le cycle complet de leur vie.

Le Collectif Montchat Nature créé en 2004 par des Montchatois dans un souci de préservation de la biodiversité de leur quartier regroupe habitants, associations, comités… tous indépendants. Dans la perspective d’agir plus et mieux dans des domaines tels que l’écologie, la biodiversité, la solidarité et les animations il vise à produire des projets écologiques, citoyens afin de rendre la vie dans le quartier plus agréable, plus solidaire… Il a rejoint le « Collectif Végétalisons Lyon », qui œuvre à la végétalisation du Grand Lyon.

Nichoirs, siège du Collectif Montchat – S.B-R, avril 2021

Puis en 2017, le Collectif Montchat Nature rejoint le collectif de permaculture territorial « Collectif de Montchat », ce dernier est hébergé à titre gracieux dans les locaux de l’ex-boucherie par le promoteur UTEI, évitant ainsi à ce lieu d’être squatté. N’ayant pas d’existence juridique, le Collectif de Montchat ne peut bénéficier d’aucune subvention. Parmi ses priorités et étant bien conscient de l’expansion démographique constante du quartier, il aimerait imposer à toute nouvelle construction ou rénovation un « Label vert » afin de maintenir la biodiversité du quartier, les nouvelles constructions privent les animaux des cavités naturelles nécessaires pour nicher.  Les Premières Assises du Collectif Montchat Nature eurent lieu en septembre 2019 et furent consacrées spécifiquement à l’écologie et à la biodiversité de Montchat.

 

Le collectif Montchat-Nature, dans le but de conserver le maximum de biodiversité s’associe avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et lance fin février l’opération « 1 semaine, 50 nichoirs. »  Ainsi 25 nichoirs et 25 gites à chauve-souris ont rejoint les 8 refuges LPO déjà installés en 2019. Ils sont positionnés en différents endroits du quartier (écoles, MJC, parc Bazin mais aussi sur des balcons de particuliers) pour accueillir moineaux, hirondelles, rouge-gorge, mésanges, étourneaux et chauve-souris. Une carte la nature à Montchat avec localisation des nichoirs est visible sur leur site. Cette action sera complétée par une semblable à l’automne. Une trentaine de Montchatois volontaires désignés comme Ambassadeurs ont pour rôle de diffuser au quotidien, à leur entourage le respect et l’entretien de la Nature. Les enfants des écoles de Montchat recoivent, de la part de la LPO, des informations visant à leur faire comprendre la nécessité de respecter la nature.

Montchat, gîte pour chauve-souris – S.B-R, avril 2021

Autres actions favorisant la biodiversité à Montchat

  • Depuis 2014, le quartier est l’objet d’une expérimentation visant les mesures d’économie d’énergie en baissant l’éclairage nocturne. De 22 heures à 5 heures, les lampadaires diffusent une luminosité réduite mais suffisante pour les piétons. Des capteurs, installés sur les lampadaires, permettent de détecter l’arrivée d’un véhicule et redonnent lors de son passage l’intensité maximale. Outre l’économie d’énergie réalisée, cette baisse de luminosité est un véritable atout pour favoriser la biodiversité, et luttant contre la pollution lumineuse elle tient compte des besoins de dormance animale et végétale.
  • L’association  » J’aime Montchat », créée fin 2018, veille quant-elle à préserver la biodiversité de ce quartier en promouvant le développement d’un urbanisme responsable et durable respectueux des équilibres, de la biodiversité, et de la nature en Ville. Soucieuse de voir les projets immobiliers s’insérer harmonieusement dans le tissu urbain spécifique de ce quartier, elle porte à la connaissance du grand public cette étude Montchat, la densification problématique d’un quartier « Villageois » et suit actuellement la reconversion du tènement de 2,1 hectares de l’ancienne clinique Trarieux, lieu où furent notamment recenser une trentaine d’espèces d’oiseaux selon une étude réalisée par la Direction des Espaces Verts de la ville de Lyon.

Au coeur de Montchat – S. B-R, avril 2021

  • Le Festival des Glycines : L’Association des Jardins Ouvriers Communaux de Lyon (AJOCL), gérant depuis 1926 des jardins ouvriers de Montchat est à l’initiative du Festival des Glycines dont la 2de édition a eu lieu en avril 2021. Cette plante grimpante orne depuis plusieurs générations les grilles des jardins de nombreuses villas montchatoises, comme on peut le voir sur cette carte. 

 

 

 

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