A Romans, il est question de chaussures

- temps de lecture approximatif de 28 minutes 28 min - Modifié le 17/06/2016 par Département Lyon et région

Mocassins, babouches, sandales, ballerines, bottines ou escarpins s'exposent à Romans jusqu'au 30 avril 2011. L'exposition "Portraits de chaussures - histoires de pieds" offre un regard singulier sur la chaussure du 17e au 21e siècle. Une partie des modèles est issue des merveilleuses collections du Musée international de la chaussure qui siège tout naturellement à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, où le cuir et la chaussure sont plus qu'une tradition : une véritable culture.

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1. La ville

- Une cité édifiée autour d’une abbaye
- Premiers pas vers l’industrialisation de la chaussure : les éléments déclencheurs
- Romans capitale de la chaussure de luxe

- Les années 2010 : diversification des activités – la chaussure est toujours présente
- Patrimoine, gastronomie, fêtes

2. Le Musée international de la chaussure

- Un bâtiment prestigieux, de riches collections
- Chaussures insolites
- Le musée et la mode
- Expositions

3. La chaussure, quelques ouvrages

21. La ville2

[actu]Une cité édifiée autour d’une abbaye[actu]

Romans est née au Moyen-âge, vers 837, de la fondation d’une abbaye bénédictine par l’archevêque Barnard, près d’un gué de l’Isère. Au XIe siècle, les chanoines remplacent les moines, l’église devient collégiale.

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Fonds cartes postales BML

Au Moyen-âge et jusqu’à la Révolution, Romans est une grande ville commerciale et artisanale. Située entre Vercors et Vivarais dans le couloir rhodanien, elle occupe, au fil des siècles, une place majeure dans la vie économique, religieuse et politique du Dauphiné.
Le pont sur l’Isère construit en 1049 lui permet de devenir le lieu de passage obligé entre Lyon et Marseille. De l’autre côté du fleuve, Bourg-de-Péage, cité soeur, naît au XIe siècle suite aux échanges commerciaux qui se créent entre les deux rives.
Le commerce du drap est au XVIe et XVIIe siècles la première activité. La draperie romanaise s’exporte jusqu’au Proche-Orient. Les riches marchands se font construire des hôtels particuliers de style gothique flamboyant aux abords de la collégiale. On peut les admirer en flânant dans les ruelles, ils sont aujourd’hui restaurés.

[actu]Premiers pas vers l’industrialisation de la chaussure : les éléments déclencheurs[actu]

C’est dans le quartier de la Presle, à l’ouest de la ville, que tanneurs et mégissiers s’installent dès la fin du XIVe siècle. Bovins et ovins élevés dans la région fournissent les peaux ; les eaux du canal de la Martinette et de la rivière Savasse permettent leurs trempages. Elles sont tannées grâce aux écorces de chênes et de châtaigniers qui viennent des forêts voisines dont celles du Vivarais, du Vercors ou du Diois. Douze à dix-huit mois sont nécessaires pour obtenir un tannage végétal correct. Les peaux sèchent ensuite sur les balcons à claire-voie. En effet, la chaussure a été très longtemps une production artisanale, souvent réalisée à domicile ou dans les « galères » groupant quelques ouvriers.
La chaussure se présente comme une activité de remplacement ; elle recrute une grande partie de ses ouvriers parmi ceux que la disparition de la draperie et la décadence des autres productions textiles, notamment la soierie, laissent inactifs.

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Entre Romans et le cuir c’est une vieille histoire. Longtemps les tanneurs tiennent le haut du pavé, puis les cordonniers. Le travail de la chaussure peut donc s’appuyer sur une connaissance vieille de plusieurs siècles du travail en tanneries et mégisseries.
En 1803, la Tannerie Roux est créée. Aujourd’hui, elle est toujours implantée à Romans et reste leader dans son secteur. Spécialisée dans la fabrication de produits haut de gamme pour la maroquinerie de luxe, l’habillement et l’ameublement. Elle a pour clients au XXe siècle, des maisons prestigieuses : Dior, Vuitton, Cartier, Gucci, Hermès.
En 1854, F.-B. Guillaume un Romanais introduit la fabrication mécanique de chaussures clouées. Un autre évènement particulièrement décisif est l’arrivée du chemin de fer, en 1864. Il facilite l’approvisionnement en matière première et surtout l’expédition des chaussures de Romans et des chapeaux de Bourg-de-Péage aux clients de plus en plus éloignés.
A partir de 1870, on assiste à une intensification de la production de chaussures ; sa fabrication passe du niveau artisanal au niveau industriel. Des ateliers et des usines s’ouvrent par dizaines. L’invention de la machine Blake permettant de coudre la tige sur la semelle contribue largement également au démarrage d’une production massive.

[actu]Romans capitale de la chaussure de luxe[actu]

C’est autour de 1865 que démarre l’essor de la chaussure à Romans. Suivent des périodes plus ou moins fastes. Une décroissance sérieuse se concrétise dans les années 1970.

A la fin du XIXe siècle, Romans apparaît comme l’un des premiers centres français de l’industrie de la chaussure, ses articles possèdent alors une renommée nationale. En 1903, après Fougères en Bretagne, la ville dauphinoise est le centre le plus important en France.

Les grands noms de la chaussure

En 1895, Joseph-Marie Noël Fénestrier devient fabricant de chaussures. Après un bref mandat de maire de Romans en 1900, il fait construire une vaste usine où il applique les méthodes de production les plus modernes. Il produit en série des chaussures pour hommes de qualité en cousu Goodyear dont le succès est immédiat, commercialisées sous la marque Unic. Il meurt en 1916. En 1926, l’entreprise compte 3 usines, 800 salariés produisant 1200 paires par jour grâce à son fils qui maintient la renommée de l’entreprise, jusqu’à son décès en 1961.

Charles Jourdan naît en 1883 à Bourg de Péage. A 20 ans, il part, dans le cadre du compagnonnage, faire son tour de France dans les principales fabriques de chaussures. En 1917, il ouvre son atelier et, en 1922, son usine à Romans et crée la marque Séducta. Par la suite, il est secondé par ses trois fils. Au cours des années 60, la marque s’internationalise avec l’ouverture des boutiques à Londres, Munich, New York, Los Angeles, Miami, Tokyo. La griffe devient symbole de l’élégance française épicée d’un grain de folie. Dans les années 80, Karl Lagarfeld confie à Charles Jourdan la réalisation de ses chaussures. Malgré les difficultés rencontrées dans les années 2000, grâce au renforcement de son équipe de création et l’aide de designers de renom comme Patrick Cox en 2004 ou encore Josephus Melchior Thimister en 2005, la société espère se relancer. Mais en décembre 2007, elle est placée en liquidation judiciaire, l’usine du boulevard Voltaire ferme définitivement.

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Chaussure Charles Jourdan

Kélian est la dernière née des trois grandes entreprises. Les trois frères créent la société Kélian en 1960 et s’installent à Bourg-de-Péage. Cette création s’effectue dans une période où l’industrie de la chaussure est en régression en France, mais les raisons du succès résident notamment dans la fabrication de chaussures tressées pour femmes et une créativité affirmée.
Toutefois, Stéphane Kélian comme Charles Jourdan subit de plein fouet la tourmente qui sévit dans l’industrie de la chaussure de luxe comme dans le secteur du luxe dans son ensemble.

Robert Clergerie : voir ci-dessous : les années 2010

- Ce qui a constitué le principal atout de la chaussure de Romans c’est sa renommée de chaussure de qualité, due à la haute qualification du personnel ouvrier et de luxe due à l’imagination des créateurs. Parmi les créateurs : Perugia, Roger Vivier ou Patrick Cox chez Jourdan. Michel Vivien chez Clergerie ou encore Alain Tondowski chez Kélian.

Hommes et femmes ouvriers de la chaussure

L’histoire de la chaussure à Romans c’est aussi bien sûr celles des Romanais qui ont vécu au quotidien cette aventure qui les a façonnés. Des périodes de crise alternent avec des périodes de prospérité. En 1903, le nombre d’ouvriers est de 6000. Dès 1893 se constituent la Chambre syndicale des ouvriers en chaussures de Romans-Bourg-de-Péage et le syndicat des coupeurs qui forment une sorte de caste.
Romans a connu plusieurs grèves dures, par exemple en 1916, en 1918 ou encore en 1924 où 5000 grévistes tiennent tête pendant 5 semaines au gouvernement du Bloc national et à la troupe, le 2e Dragon chargée de briser le mouvement. Cette grève est suivie d’une forte répression qui longtemps marque les esprits. Chaque lutte est accompagnée d’un grand élan de solidarité de la part de la population montrant que tout dépend dorénavant de cette industrie. Au cours de la Première Guerre mondiale, les femmes prennent le relais des hommes dans les usines. Les sirènes, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, appellent les ouvriers au travail dès 6h30. A cette époque, on pouvait alors voir les vélos descendre en rang serrés les boulevards Gambetta ou Saint-Nicolas.

En 1945, 130 unités de toute taille sont déclarées, 204 en 1948, année culminante, et 195 en 1949. A partir de cette date, le nombre d’entreprises décroît rapidement, les emplois quant à eux, tout en restant à un niveau important, amorcent une lente dégradation. Pendant la période allant de 1970 à la fin du siécle, on assiste à une série de fermetures d’usines entraînant derrières elles des centaines de licenciements.
Déjà fragilisée la mono-industrie de la chaussure de Romans ne résiste pas à la crise mondiale des années 1980. La concurrence étrangère lui est fatale.

La dernière évolution de l’industrie de la chaussure ne se situe plus dans les modes de fabrication mais dans la façon dont les entreprises se capitalisent. Ce sont désormais les entreprises internationales et les capitaux de même nature qui lorgnent sur des entreprises à forte notoriété et parfois “dégraissent” les effectifs. Les articles peuvent être fabriqués à moindre coût dans les pays émergents.

Si, en 1921, on compte 6000 actifs dans le cuir sur l’agglomération, et en 1969, encore 5000, en 2008, on n’en compte plus qu’environ 400.

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“Jazz” création Bruno Frisoni, 2004,
Coll. Musée de Romans

[actu]Les années 2010 : diversification des activités – la chaussure est toujours présente[actu]

La fin du XXe siècle marque le terme de la grande industrie de la chaussure. Mais, aujourd’hui après la fermeture de Jourdan en 2007, plusieurs entreprises fabriquent encore ou de nouveau des chaussures, à Romans. Parmi les principales :

Robert Clergerie est le
dernier grand nom de la chaussure de luxe à Romans. Ancien cadre de Jourdan, il achète en 1978 l’entreprise UNIC- Fenestrier. Il la revend en 1996, la reprend en 2005 et en fait alors un modèle d’innovation et de gestion. En 2011, la maison dont le siège est à Romans compte 241 salariés et 22 boutiques en France, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en Suisse en Belgique et en Russie. Elle produit environ 110 000 paires de chaussures par an et compte même parmi ses clientes la First Lady Michelle Obama. Son atelier de style a un fort pouvoir de création qui lui vaut, plusieurs années, d’être élu « Designer of the year ». A 76 ans, faute d’héritiers intéressés pour prendre le relais, Robert Clergerie, en avril 2011, passe la main. Il cède 90 % du capital de sa société à des investisseurs chinois Li & Fung associés à un ancien dirigeant du groupe LVMH, Jean-Marc Loubier. L’entreprise est très saine, rentable, et même en croissance. Aucun licenciement, ni aucune délocalisation n’est prévu. Robert Clergerie reste actionnaire à hauteur de 10 %. Voir reportage TF1

D’autres entreprises sont installées à Romans ou à proximité :
Laure Bassal, Romans industrie, Ydea, Max Vincent, Magic Feet, Jean Tchilinguirian, etc.

Le groupe Archer conçoit et fabrique grâce au savoir-faire romanais, dans ses ateliers, une gamme de chaussures éthiques sous la marque « Made in Romans ». Par ailleurs, l’un des principaux objectifs du groupe est d’offrir aux grandes marques locales ou nationales un service de sous-traitance de qualité tout en pratiquant une économie sociale et solidaire. Il travaille ainsi aujourd’hui pour le groupe Royer qui tente de relancer à Romans une activité de fabrication des marques Kélian et Jourdan. 90 % des fournitures du groupe Archer sont achetées dans un rayon de 20 km.

Reportage réalisé par France 3 sur le groupe Archer

A propos du groupe Royer :

Kélian et Jourdan, des chaussures made in France par BFMTV

Les fabricants de chaussures ont ouvert des boutiques de vente au détail. En 2011, les magasins de vente de chaussures sont toujours très nombreux dans le centre de Romans.
La ville souhaite redynamiser la filière cuir-chaussure du territoire. Depuis le 1er septembre 2010, elle s’est dotée d’une mission cuir-chaussure dont l’objectif est de consolider le tissu industriel et de sauvegarder les savoir-faire.
Par ailleurs, de nouveaux secteurs d’activités se sont implantés à Romans : la mécanique, la plasturgie ou encore l’agro-alimentaire. L’ouverture de l’autoroute Grenoble Valence en 1991 et surtout de la gare Valence-TGV à 10 mn du centre-ville favorise l’implantation de ces nouvelles sociétés. Ainsi,
FBFC premier producteur mondial d’assemblages combustibles pour les réacteurs nucléaires, emploie à Romans 830 personnes.

Marques avenue, vaste espace de magasins d’usines installé dans l’ancienne caserne Bon, dynamise le commerce, dynamisme dont profite également les boutiques du centre-ville.
L’ex-usine Jourdan sera bientôt réaménagée. Le projet doit préserver l’intérêt historique et patrimonial du bâtiment. Sont prévus un hôtel de standing, un restaurant panoramique, des logements, un parking et 2000 m2 de bureaux accueillant prioritairement des entreprises ayant une activité en lien avec le cuir et la chaussure.
C’est évidemment à Romans qu’est implanté le lycée des métiers du cuir de la région Rhône-Alpes. En partenariat avec les entreprises, possédant des moyens matériels performants, ouvert sur l’international, le Lycée polyvalent du Dauphiné propose des formations en maroquinerie et chaussure : CAP, BEP, Bac Pro, BTS

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Musée de Romans

[actu]Patrimoine, gastronomie, fêtes[actu]

Chaque année, fin février, début mars, déambulations, théâtre de rues, bals enflamment la ville. Le carnaval de Romans est très ancien. Il s’est en effet tristement illustré en 1580 en terminant dans le sang. De nos jours, après les défilés on assiste au procès de Carmentran, épouvantail accusé de tous les maux que l’on brûle pour célébrer l’arrivée du printemps.
En septembre, la traditionnelle fête de la raviole et de la pogne de Romans sur Isère permet de découvrir les deux fleurons de la gastronomie locale : la raviole du Dauphiné, petits carrés de pâte farcis de tomme, gruyère, œufs et persil jadis fabriquée à la main par les ravioleuses et la pogne de Romans sorte de brioche en forme de couronne, parfumée à l’eau de fleurs d’oranger. Si on la consommait autrefois uniquement pour Pâques pour célébrer la fin du carême, elle est devenue aujourd’hui la spécialité de Romans dégustée toute l’année.

La foire de Romans ou foire du Dauphiné recréée en 1930 est le grand rendez-vous de l’année (1 30 000 visiteurs pour l’édition 2009). Son rayonnement dépasse largement le cadre local. Elle a lieu la dernière semaine de septembre.
A Romans, les marchés existent depuis Henri IV et les produits locaux, melons, pêches et abricots installés place du marché, près de la collégiale donnent en été à la ville des allures provençales.

Le jacquemart, avec son marteau et son carillon de 18 cloches, est à la fois l’emblème et le symbole de la ville. Il est placé ainsi que l’horloge, au sommet de la tour de l’unique porte restante de la première enceinte élevée au milieu du XIIe siècle. Vêtu de l’uniforme des soldats de la Révolution, installé depuis 1429, il est un des plus anciens et avec ses 2,60 m de hauteur le plus grand automate du pays.
Le calvaire des Récollets réalisé en 1516 constitue un ensemble monumental unique. Quant à la collégiale Saint-Barnard , vers 1840, Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, la décrit comme « la plus remarquable des églises romano-gothiques du sud de la France ».

Pour en savoir plus :

Les Romanais, Romans et la chaussure : 150 ans d’histoire par l’ACCES Université populaire de Romans, 2001. Consulter aussi la bibliographie en fin d’ouvrage.

Romans : traces d’histoire par Laurent Jacquot, 2008

Romans-sur-Isère et Bourg-de-Péage de A à Z par l’Association Sauvegarde du patrimoine romanais-péageois, 2006

Romans-sur-Isère, éd. A Sutton, 2001

Archer, une histoire romanaise : du passé à l’avenir, une expérience d’économie sociale et solidaire, 2010

Made in Romans, par Jean-Christophe Rey-Robert, 2003

Romans, Bourg-de-Péage, par l’Association Sauvegarde du patrimoine romanais-péageois, 1993

La tannerie romanaise, de 1403 à nos jours, par Annie Roche, 1984

Le Carnaval de Romans par Emmanuel Le Roy Ladurie, 1979

Des articles :

Dans la revue Etudes dromoises, de nombreux articles dont ceux des numéros 45 de 2011, 41, 43 de 2010, 18 de 2004, 2 de 2000, 1 et 2 de 1997. Voir les sommaires

Romans affaires de peaux, par Anne Rouzet in Alpes Loisirs, n° 13, 1996

Romans mag le magazine, en ligne

Les articles du Dauphiné Libéré, édition Romans & Drôme des collines

De nombreux articles parus dans la presse régionale et nationale sont également consultables à la BM grâce aux bases en ligne : Europresse et LexisNexis

 

2Le Musée international de la chaussure2

[actu]De riches collections dans un bâtiment prestigieux[actu]

Pourquoi un musée ? Pour faire le lien entre présent et passé, parce qu’aujourd’hui encore justement savoir-faire et tradition perdurent dans la ville qui doit sa notoriété à la chaussure.

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Le musée de Romans
Ville de Romans/Joël Garnier
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Au Musée de Romans

C’est l’ancien couvent de l’ordre de la Visitation devenu école supérieure de jeunes filles qui abrite, depuis 1971 le musée international de la Chaussure. Construit par étapes du XVIIème au XIXème siècle, ce bâtiment italianisant et ses jardins sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1977. C’est dans ce magnifique écrin que des joyaux sont précieusement conservés. Les 2000 m2 d’exposition présentant 1700 pièces sont fréquentés chaque année par 40 000 visiteurs. L’essentiel de la collection, 16500 pièces, est conservée dans la chaussothèque. En plus des modèles, la collection comprend aussi des outils, des machines et des documents audiovisuels retraçant l’histoire de la mégisserie, de la tannerie et de la chaussure. Stylistes et fabricants, bottiers célèbres, tels Massaro ou encore Roger Vivier, les plus grands noms de la chaussure ont leur vitrine à Romans, au musée.
Des tableaux du XVIIe au XIXe siècle évoquent l’univers de la fabrication ancienne. La création contemporaine est également présente dans le musée grâce aux nombreux dons de couturiers tels que Vuitton, Perugia Paco Rabanne ou encore Hermès.

En 1968, la ville de Romans fait l’acquisition de la très importante collection de chaussures du modéliste parisien Victor Guillen. Cette collection prestigieuse, qui est constituée de 2000 pièces touche 5 continents et recouvre 4 millénaires. Aujourd’hui, le musée s’attache à montrer la chaussure sous l’angle technique, ethnographique et artistique.

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C’est dans les anciennes cellules des religieuses visitandines que l’histoire de la chaussure nous est contée. La collection présentée synthétise la naissance, l’évolution, la transmission, l’assimilation des formes de chaussures et la diversité des matières utilisées, dans un ordre chronologique et géographique de l’Antiquité à 1900. Les 300 modèles exposés ont été sélectionnés parmi les collections du musée dont la prestigieuse collection du Musée national du Moyen Age, Thermes de Cluny, déposée par l’Etat. Ils sont le reflet de la mode de leur époque et de l’art de la cordonnerie.

Sont exposés aussi des spécimens des plus grands bottiers parisiens. Un espace important dans les salles voûtées et la crypte est consacré à la présentation des modèles de l’année des firmes romanaises : Robert Clergerie, Laure Bassal, Max Vincent, Jean Tchilinguirian…

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Création Patrick Cox ; griffe Jourdan
Coll. Musée de Romans

- Sur le site Joconde (en recherche avancèe, lieu de conservation : Romans) on peut voir 4373 modèles du musée accompagnés de leur fiche d’inventaire. Les collections présentées sont essentiellement des collections de chaussures griffées Der Balian, Jourdan, Clergerie, Ernest, Hellstern, Dior, etc. Se trouve également une importante collection de « tire-boutons » (la collection « Saltron »).
A partir de la page d’accueil on accède aux expositions virtuelles. La collection Victor Guillen est présentée, avec un accès par type de chaussures, par lieu d’exécution, par période ou, par style. Par exemple : “le 18e siècle

Voir : les deux page de la petite plaquette de présentation du muséee, renseignements pratiques

La nuit du musée 2010

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Hellstern Paris vers 1920-1925
Bottes en chevreau.
Coll. Musée de Romans

Le bâtiment abrite également le Centre historique de la Résistance en Drôme et de la déportation

[actu]Chaussures insolites[actu]

A l’intérieur de la collection exposée, certaines chaussures retiennent plus l’attention. On peut citer en suivant un ordre chronologique :
- Les sandales égyptiennes, celles présentées au musée sont en fibre de papyrus. Les premières sandales apparaissent dans l’Antiquité égyptienne ; elles peuvent être confectionnées en cuir, en paille tressée, en lanière de feuilles de palmiers, en joncs ou en roseaux des marécages. Les pharaons et les notables les font fabriquer en or.
- Les bottes de postillon font leur apparition au XVIIe siècle et sont impressionnantes par leur lourdeur et leur aspect extrêmement massif.

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Chaussure à talon central, Manchourie 19e
Coll. Musée de Romans

- Une petite halte en Inde permet de découvrir des sandales de fakir du XIXe siècle réalisées en bois et hérissées de clous. A noter l’absence de cuir, cette matière étant considérée comme impure par la caste des brahmanes.

- Les bottillons pour pieds mutilés des chinoises surprennent par leurs formes particulières. Selon un historien chinois, en 1100 avant J.-C. l’impératrice Ta-Ki aurait eu un pied bot et persuadé son mari de décréter obligatoire la compression des pieds des petites filles pour les rendre semblables à celui de leur souveraine. Une autre tradition ferait remonter cette habitude en 916 après J.-C. à Pékin où l’empereur Li-Yo aurait fait tordre le pied d’une de ses femmes pour le faire ressembler à un croissant de lune, la mode aurait alors été adoptée.

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Chaussure pour pied mutilé
Chine, 19e siècle
Coll. Musée de Romans
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Création Hellstern
Sandales à double talon portées avec un bas en chevreau noir

- La collection Hellstern comporte une vingtaine de modèles « impropres à la marche », touchant au fétichisme du pied, aux formes les plus extravagantes. Ces modèles ont toujours de très hauts talons pouvant atteindre 26 cm de hauteur.

Parmi les découvertes qu’offre la visite, on peut citer les chaussures de Léonardo di Caprio et celles de kate Winslett portées pour le tournage du film Titanic… pour les amateurs du genre.

[actu]Le musée et la mode[actu]

Le musée grâce à la richesse de ses collections constitue pour les stylistes, créateurs et chercheurs une source inépuisable d’inspiration. La variété des formes, des matières, des accessoires offre une panoplie de suggestions. La mode n’est-elle pas un éternel recommencement ? Les dons réguliers des fabricants de chaussure permettent au musée de s’ouvrir à la création contemporaine. Le musée est aussi une vitrine pour les créateurs et fabricants locaux.

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Au musée de la chaussure

[actu]Expositions[actu]

Plusieurs fois par an, le musée présente des expositions temporaires. Par exemple, en 1996 : Chaussure et cinéma : création de l’atelier Pompéï, en 2006, Pierre Yantorny : le bottier le plus cher du monde, en 2008 Regards sur le Japon

En février et mars 2011, juste avant la destruction de l’ancienne usine Jourdan de Romans, le collectif Big David’s Band a envahi quant à lui les locaux de l’usine . Une vingtaine d’artiste, 3500 m2 pour l’exposition : « Luxe cuir et vanité » :
Diaporama

L’exposition temporaire actuellement présentée au musée du 4 décembre 2010 au 30 avril 2011 : Portraits de chaussures- Histoires de pieds (voir flyer et vidéo) s’articule autour de 5 approches : Politique ou apparat ?, Baroque et Rock’n’roll, Sensuelle et désinvolte !, Drôle de bête et Sport et Nature.
Déjà présentée en 2009 en Asie du sud-est (Manille, Banghok et Séoul), elle offre aux visiteurs un dialogue entre les collections du musée (l’histoire de la chaussure, les styles) et la vision d’ artistes contemporains travaillant sur ce thème. La chaussure objet fonctionnel par excellence, mais aussi objet chargé de symboles. Des histoires imaginaires se créent où se mêlent les époques, les styles, les matériaux.

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L’affiche

Pour en savoir plus :

Musée international de la chaussure, Romans , éd. 1992

Portraits de chaussures – histoires de pieds , éd. 2011

23. La chaussure, quelques ouvrages 3


La chaussure sous toutes ses coutures par Annie Campagna, Térence Coudert…, ed. 2008 par le CTC de Lyon
- Une initiation pédagogique, à la conception, étape par étape, des chaussures. Pour une première approche de la technique de fabrication. Avec des définitions claires des termes de la chaussure.

Chaussures : une fête par Linda O’Keeffe, 2005

- Dans un très petit format, plus de 1000 photographies rendent hommage aux femmes et à leurs chaussures. Un aperçu pétillant de la création des grands maîtres du design : André Perugia, Roger Vivier, Salvatore Ferragamo, Vivienne Westwood…

L’art de la chaussure par Marie-Josèphe Bossan, 2004

L'art de la chaussure

- De tout temps la chaussure est un moyen d’afficher son statut social. Elle reflète les modes mais aussi les mœurs et leurs évolutions. L’histoire de la chaussure longue et passionnante remonte à la plus haute Antiquité. Ainsi, à Rome, la sandale était un signe distinctif qui différenciait les hommes libres des esclaves puisque ces derniers n’avaient pas le droit d’en porter. Marie-Josèphe Bossan, conservateur du musée de Romans, présente la chaussure comme objet de civilisation et objet d’art. Une présentation servie par une iconographie remarquable.

Chaussures : langages du style par Valérie Steele, 1999


- Outre les stylistes et les tendances, l’ouvrage explore les relations entre la chaussure, la sexualité et les rôles sociaux. Les talons hauts sont-ils un symbole de subordination ou de prise de pouvoir ? Quelle fascination la chaussure exerce t-elle sur les fétichistes ? Une histoire peu banale de la chaussure contemporaine où tous les avis sont exprimés.



Shoes vintage : collections et créations des designers du XXe siècle par Caroline Cox, 2009
- Un guide de la chaussure haute couture. Les illustrations issues d’archives permettent de visualiser, décennies par décennies, les chaussures les plus mémorables du XXe siècle. Chaque style est replacé dans son contexte culturel. On retrouve bien sûr les grands créateurs : Jourdan, Roger Vivier, Manolo Blahnik, Jimmy Choo, Christian Louboutin…

Baskets par Florence Muller, 1997
- Accessoire indispensable des activités de loisirs et surtout formidable phénomène de mode, leurs formes se déclinent au gré des différentes marques, chaque couche de la société s’y retrouve, elles scellent l’identité des groupes.

Ze tong book par Régine le K et Pierre Riollet, ed. 2003
- Grâce à un photographe et un aquarelliste, une visite dans l’univers des tongues, des “chaussures” pour l’été qui découvrent vraiment le pied.


Documentation régionale, 2011

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