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Se défendre

Une philosophie de la violence

Elsa Dorlin

Des résistances esclaves au ju-jitsu des suffragistes, du ghetto de Varsovie aux Black panthers ou aux patrouilles queer, Elsa Dorlin retrace une généalogie de l'autodéfense politique.

Dans son livre réédité en 2017, Elsa Dorlin vient montrer une histoire des systèmes d’auto-défenses mis en places par les opprimés. Le livre vient poser une réflexion salutaire autour de la violence subie physique ou morale et de la réponse nécessaire pour y survivre.

Le livre s’ouvre donc avec le récit glaçant de la torture d’un condamné en Guadeloupe. Glaçant car la victime est rendue participante de son propre tourment.

Dans ce type de dispositif, le condamné périt parce qu’il a résisté. […] Il s’agit de conduire certains sujets à s’anéantir comme sujets, d’exciter leur puissance d’agir pour mieux les pousser à leur propre perte. Produire des êtres qui, plus ils se défendent, plus ils s’abîment.

Une forme de contrôle sur le corps inédite qui ne peut que choquer par sa violence. Mais s’il est là question de violence physique et donc plus marquante, le reste du livre montrera que beaucoup de violences psychiques fonctionnent selon le même mécanisme. Une personne devenant ainsi actrice de sa propre perte.

L’autrice parle ensuite de Rodney King, jeune afro-américain brutalement arrêté et emmené à l’hôpital suite aux blessures résultants de l’arrestation. Lors du procès des policiers l’ayant arrêté, ceux-ci expliqueront s’être senti en danger face au jeune homme et s’être simplement protégés. Le jeune homme lui explique s’être débattu par peur de mourir. Et c’est donc en se défendant qu’il devient indéfendable, chacun de ses gestes prouvant l’argumentaire adverse.

Deux exemples qui résument parfaitement le propos que veut souligner le livre. Celui du condamné dont les réflexes de survie, d’autodéfense menaient à sa propre mort. Celui de Rodney King, indéfendable parce que s’étant défendu.

Au sein des pages de son livre, Elsa Dorlin va présenter de nombreux exemples similaires. Celui des suffragettes opprimées qui vont utiliser les arts martiaux pour mieux se protéger. Celui des juifs du ghetto de Varsovie qui choisiront de se défendre et de mourir en combattant. Enfin celui du mouvement des Black Panthers au Etats-Unis qui s’armeront pour tenter de survivre.

« Se défendre » parle de la violence dans notre société et de ses mécanismes. Physique, morale ou systémique la violence est omniprésente. Mais comment alors s’en défendre ? C’est tout l’objet de ce livre qui permet d’entamer une réflexion plus que nécessaire sur le sujet.

Voir dans le catalogue de la BML

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