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Katabasis

R. F. Kuang

Dans la même lignée que son livre Babel, R.F. Kuang vient questionner le monde universitaire en y ajoutant de la magie.

L’autrice nous propose de suivre Alice et Peter dans un descente aux Enfers afin de sauver leur carrière universitaire de magiciens. Entre voyage en Enfers et souvenirs de la vie universitaire, la lectrice plonge dans la psychologie humaine avec toutes ces nuances, des plus claires ou plus sombres.

Tout d’abord, un des éléments les plus intéressants du roman est la critique du monde universitaire. Dans ce monde, on étudie autant les langues, la philosophie, les mathématiques que la magie. Et l’on va justement suivre la vie de deux doctorants en magie, Peter mais surtout Alice. A travers leurs souvenirs et leurs pensées, R.F. Kuang nous embarque dans un monde fait de guerres d’égos, de statuts, de pouvoir. Elle montre le rythme de vie infernal, les demandes impossibles, le poids des rumeurs, l’angoisse et l’anxiété. Elle peint avec justesse la noirceur et la violence du système universitaire.

Alice et Peter se retrouvent ainsi dans une compétition dévoyée, entre attirance et rivalité, soumis à leurs directeur de thèse. Avec une grande finesse, l’autrice développe la relation ambiguë qu’entretiennent Alice et Peter, ainsi que celle qu’ils ont avec leur directeur de thèse Grimes. On sent la tension, la complexité, les malentendus, l’emprise. Parfois difficiles à apprécier, les personnages n’en sont que plus réalistes. L’autrice montre toute la fragilité du cœur humain, notamment celui d’Alice.

Le résultat est ici que la logique classique ne sait que faire de l’affirmation: Peter et Alice sont amis.

En effet, on sent à quel point le but ultime d’Alice d’obtenir une titularisation en magie, de faire partie de ce monde universitaire, d’avoir la reconnaissance de son directeur qui est pour elle un géant, lui fait perdre de vue la personne qu’elle est. Alice est moralement ambigüe car pleinement humaine et faillible. Toutes ces décisions et comportements ne sont pas justes mais on comprend qu’elle est aussi façonnée par son époque et le milieu académique. Ainsi elle oscille entre ambition et culpabilité, réflexion féministe et pression sociale, adulation et haine. Au début, Alice semble certaine de son objectif mais cette quête aux Enfers va se transformer en quête de soi. Les Enfers vont pousser Alice à revenir à son essence, à se retrouver et à être honnête avec elle-même.

Je m’appelle Alice Law.
Parfois, je suis très intelligente, mais la plupart du temps non.
Parfois, j’ai été bonne, parfois mauvaise.
Tôt ou tard, je mourrai.
Mais avant cela, j’essaierai, j’essaierai très fort, de me débrouiller pour que ma vie ne soit pas inutile.

L’autre aspect très intéressant du roman est justement ce voyage aux Enfers. R.F. Kuang crée un monde avec une grande cohérence qui vient mettre en regard différentes conceptions des Enfers. Alice et Peter font appel à différentes théories et mythologies pour comprendre, expliquer et se diriger dans ce nouveau monde. La lectrice va retrouver Dante, Orphée, le roi Yama. On a, part ailleurs, des petits clins d’œil sympathiques à Alice aux pays des merveilles.

Ensuite, et comme toujours avec cette autrice, le world building est très précis et pensé. Tout le système de magie est expliqué. Tout comme dans Babel, la magie n’est pas prégnante mais est en lien avec des domaines universitaires. Là où la traduction était au cœur de Babel, dans Katabasis on retrouve les langues, la logique, les mathématiques et la philosophie. Cette finesse de l’écriture permet une totale immersion et un réalisme fort. Toutefois cela rend aussi la lecture plus difficile. Effectivement, certains passages sont un peu obscurs, très foisonnants et denses. On a beaucoup de références, de concepts, de théories, de raisonnements qui sont parfois difficile à saisir. Autre petit bémol, dans la dernière partie du roman certains points, certaines sujets ou pistes ouvertes restent non résolus ou flottants.

Ainsi, R.F. Kuang propose un récit plein de péripéties et de réflexions psychologiques. Grâce à une plume incisive, la lectrice est plongée dans cette aventure où les dangers du monde universitaires côtoient ceux des Enfers. Si vous souhaitez vous lancez dans une lecture un peu complexe, prenante, magique, mais surtout psychologique, foncez.

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