Samarcande

perle de l’Orient, centre de l’univers, joyau de l’Islam, miroir du monde…

- temps de lecture approximatif de 20 minutes 20 min - Modifié le 18/05/2020 par Bib4

Excursion au cœur de l’Asie centrale, dans la capitale de Tamerlan

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20150525_103645 Samarcande, Regestān

Samarcande, Samarkand, Samarqand, Semerkand, Самарканд, سمرقند

Située dans la province de Samarcande en Ouzbékistan,

Samarcande, Regestān

39° 40′ 07″ Nord, 67° 00′ 00″ Est

 

Chère lectrice, cher lecteur, bonjour !

Avez-vous envie de prendre la Route de la Soie tout en restant chez vous ?

Avec quelques photos, quelques souvenirs, je vous propose une « visite-carte postale ». Rien à voir avec les merveilleux récits d’Ella Maillard, de Peter Hopkirk ou plus proche de nous, de Sylvain Tesson. Non, non ! Une petite excursion d’une journée.

 

Allez hop !

Je vous emmène en Ouzbékistan !

Sachons d’abord que cette ville de Samarcande est située dans un de ces «fameux » pays en stan (Ouzbeki, Tadjiki, Kazakh, Afghani, Kirghizi), plus précisément dans le pays des Ouzbeks, à 6 457 km de Lyon (soit environ à 77 heures de route selon un itinéraire calculé par Google). On peut donc s’y rendre en voiture (bonne chance !), en train (attention, le transsibérien n’y passe pas. Le plus confortable est, pour le moment le TGV ouzbek à partir de la gare de Tachkent), en bus, en vélocipède (hé oui !), en taxi collectif, en avion (liaison directe tous les jours à partir de Moscou par la compagnie Aeroflot), mais plus du tout juché sur un chameau de Bactriane dans une caravane (dommage… mais, cela évite le mal de mer ; de toute manière, tous les caravansérails sont fermés en Ouzbékistan.)

Samarcande, Regestān

Bref tous les chemins mènent à Samarcande, ou presque. Si ce n’est que l’Ouzbékistan est l’un des pays les plus enclavés au monde (on doit traverser 2 pays avant de sentir l’air marin). Donc : on oublie barque et galère !

Samarcande est une oasis aux confins du désert de Kyzyl Koum, dominée par le massif de l’Altaï, dans la vallée du Zeravchan. Site habité depuis le VIe siècle avant JC, son histoire est aussi ancienne que celle de Rome ou de Babylone.

Sachons également qu’il existe la ville russe, la ville soviétique, la ville moderne, et la vieille ville ouzbek (enfin, ce qui n’a pas encore été rasé par le gouvernement de Tachkent, au nom du développement touristique).

Ah oui ! Important. Les habitants ne parlent pas le français, à part quelques guides.

A Samarcande, oasis dans une ancienne république soviétique, le russe est encore bien souvent la langue de travail ; l’ouzbek est celle de l’école et de l’administration ; le russe, le chinois, le coréen et l’anglais sont celles des touristes (par ordre de fréquence), l’ouzbek, le tadjik, le tatare, le kazar, et le russe sont les langues du quotidien.

Une dernière chose avant de partir : oubliez l’Europe, l’Occident ! Lâchez prise !

Autre pays, autres mœurs, autre fonctionnement au quotidien, autres schémas de pensée.

Tout se fait, certes, mais pas du tout comme chez nous. C’est bien pour cela que nous y allons, non ?

 

Khiva, mosaïque de la route de la soie

Khiva, mosaïque de la route de la soie – détail

 

Bienvenue en Asie centrale !

Bienvenue à Samarcande !

Samarcande, Mosquée Bibi Khanoum

Au programme :

  • Visite de la nécropole Shâh-e-Zindeh
  • Promenade dans le bazar
  • Visite de la Mosquée Bibi Khanoum
  • Remontée du bd Tachkent d’échoppe en échoppe, le long des jardins, jusqu’au Regestān
  • Déjeuner dans un tchaïkhana
  • Visite du mausolée de Tamerlan
  • Découverte d’un atelier de fabrication de papier
  • Visite du mausolée du Prophète Daniel
  • Visite du musée archéologique
  • Découverte de l’observatoire du prince-savant Ulugh Beg
  • Et début de soirée, après une douche revigorante, au Platan

Mais pourquoi commencer la visite d’une ville par une nécropole ? Pour la lumière du matin ? Pour éviter la chaleur du midi ? Pour éviter la foule de pèlerins, de touristes, de curieux ? Pour attirer l’attention du lecteur ? A vrai dire, un peu pour toutes ces raisons à la fois !

La nécropole Shâh-e-Zindeh

est située à flanc de colline au nord-est de la Samarcande actuelle, témoignage de la prospérité et de l’harmonie culturelle de l’empire timouride. Shâh-e-Zindeh « roi vivant », la rue cimetière comme le nomme les autochtones, dont les premières constructions dateraient du XIème siècle. Cet ensemble était un des centres spirituels et religieux majeurs de l’Islam en Asie Centrale. Dans les temps anciens, le visiter équivalait à un pèlerinage à La Mecque.

Samarcande, nécropole Shâh-e-Zindeh

Un peu d’histoire…

Avant d’être une nécropole musulmane, ce site était déjà vénéré par le culte de Zoroastre.

Les mausolées ont été édifiés autour du sanctuaire de Qutham Ib Abbasn, cousin du prophète Mahomet. Lors de l’invasion de l’Asie centrale par les troupes de Gengis Khan, les mongols ont rasé la ville de Samarcande, à l’exception de ce tombeau. Par la suite, les aristocrates timourides construisirent les tombeaux sur les ruines de précédentes tombes entourant celle du Saint.

Nous entrons dans la nécropole par le sud en traversant un portail monumental (Pishtak), construit par Ulugh Beg en 1453. Puis nous traversons un portique (Tchortak) et arrivons à la mosquée et la médersa Davlet Kouchbegi.

Nous devons nous arrêter dans l’iwan de la mosquée. En effet, depuis l’implosion de l’URSS, la nécropole est de nouveau un important lieu de pèlerinage.

Samarcande, La nécropole Shâh-e-Zindeh, rue cimetière

Maintenant, armons-nous de courage et surtout de concentration pour gravir les 40 marches de l’Escalier du Paradis. En effet, les marches sont de hauteurs inégales ! La coutume veut qu’elles doivent être comptées à l’aller puis au retour. Si le compte diffère, la personne malencontreusement distraite risque de ne pas monter au paradis et doit les remonter 40 fois à genoux en récitant un verset du Coran à chaque marche !

Samarcande, nécropole Shâh-e-Zindeh

En haut de ces 40 marches, un portail ouvre sur l’allée funéraire le long de laquelle sont alignés les mausolées.

Ils ont tous été construits sur le même plan architectural : une salle à coupole. Ce qui change est la taille et la décoration intérieure et extérieure (de qualité exceptionnelle et d’une grande variété).

Et maintenant une légende…

Et comme partout à chaque coin de rue à Samarcande, on découvre une légende…

Samarcande, portique de l’entrée de la nécropole Shâh-e-Zindeh

Koussam était un missionnaire musulman, cousin du prophète Mahomet. En 676, il était parmi les conquérants arabes venus convertir à l’Islam les adeptes de Zoroastre. Peu enclins à se convertir, les autochtones le décapitèrent pendant sa prière. On raconte que surpris, il ramassa alors sa tête, et descendit au fonds d’un puits menant au Paradis. Dès lors, c’est du fond de ce puits, qu’il préside une cour d’Ames. Ainsi, est-il devenu le roi vivant, Shâh-e-Zindeh.

Toutefois, tous les historiens sont unanimes : ce Saint Homme n’a jamais mis un pied à Samarcande ! Mais cela reste une belle légende !

Après ce moment empreint de sérénité, encore éblouis par la magnificence des édifices, la variété de décors, nous redescendons les 40 marches (les fameuses, celles qu’il faut compter… vous vous souvenez ?), sortons par ce beau portique construit à la demande de Ulugh Beg.

Clic clac photo !

Retour progressif vers le quotidien ouzbek. Direction le bazar ! Changement d’ambiance.

De la quiétude, nous passons à l’effervescence.

Sur le chemin, nous faisons une halte à la Mosquée des voyageurs, ou la Mosquée Khazret Khezr. De sa terrasse, nous bénéficions d’une vue sur un jardin, le bazar, et en arrière-plan, sur l’ensemble de la Mosquée Bibi Khanoum.

Samarcande, vue de la terrasse de la Mosquée des voyageurs

Mais aussi retour de la cacophonie des divers véhicules, des altercations entre conducteurs, avec bien-sûr un fond musical multilingue ponctué de klaxons. L’Ouzbékistan dans son exubérance automobile ! Hippomobile, aussi ! Et toujours pas de chameau de Bactriane !

Khezr ? Khezr ! On raconte que c’est un Saint Homme de l’Ancienne Perse, le protecteur des voyageurs, exécuteur des vœux des « personnes dignes », protecteur des récoltes et de la fertilité ; il dispense l’eau de vie (l’immortalité, pas moins que ça !) aux méritants. La mosquée actuelle a été érigée sur une mosquée du XIe siècle, elle-même érigée sur un ancien temple zoroastrien… Ouf ! Ce Saint Homme a nourri de nombreuses légendes locales, notamment une histoire avec Alexandre le Grand et un vase brisé… Il a été, également, source d’inspiration pour Ferdowsi dans le Livre des Rois.

le bazar

Nous continuons vers le bazar tout en évitant les voitures, bus, carrioles et autres objets roulants… pour arriver sur une immense place qui ouvre sur le bazar central de Samarcande.

Samarcande, entrée du bazar central

Une fois passées les portes gardées par la police, nous sommes immergés dans un chaos de couleurs, d’odeurs, de bruits, indescriptibles de par leurs variétés, leurs intensités, leur enchevetrement. C’est là que les photos se passent de commentaire. Un moment qu’il faut vivre ou bien imaginer …

Samarcande, bazar central

Une petite information avant de laisser votre imagination s’envoler, ce bazar est très organisé… si si ! Pour notre regard d’européen, c’est un fouilli, une cacophonie. Or les bazars en Ouzbékistan sont très réglementés. Et la police très présente.

Samarcande, bazar central

Après avoir flâné dans les allées, nous traversons tranquillement le bazar. A la sortie des grilles, sur la droite, un grand et long mur de briques vernissées nous conduit à l’époque timouride (XVe –XVIe siècle).

Mosquée Bibi Khanoum

Malgré le passage des siècles, malgré les outrages du climat et des hommes, la  Mosquée Bibi Khanoum est restée un joyau de l’architecture islamique. Un exemple de l’art timouride, alliance de monumentalité, d’harmonie et d’élégance. Et d’une finesse remarquable dans sa décoration.

Samarcande, Mosquée Bibi Khanoum

Revenons sur quelques éléments historiques documentés. L’occasion d’aborder ce personnage encore célébré, admiré dans toute l’Asie centrale (en particulier en Ouzbékistan), Amir Timour ou Timour Leg, c’est-à-dire Tamerlan en Occident.

Après avoir mis à sac l’Hindoustan et Delhi, en 1398, Tamerlan rentre à Samarcande, avec les richesses collectées lors de cette campagne. Il n’allait en Inde que pour piller. Pas pour étendre son empire, ou quelque motif géostratégique, géopolitique. Non, non ! Pillage ! L’objectif était de ramener un butin important pour payer son armée, ses campagnes militaires et surtout la construction de sa capitale Samarcande.

Cette année-là, il ramena également de Delhi 95 éléphants, qui servirent à l’édification de la mosquée.

Samarcande, Mosquée Bibi Khanoum

Tamerlan aurait fait vœu, en cas de retour triomphal de cette campagne militaire, de faire édifier la plus belle et la plus grande Mosquée du Vendredi du monde musulman. Le 7 mai 1399 débuta la construction de cet ensemble qui prit plus tard le nom de son épouse préférée Saraï Mulk Khanoum, Bibi Khanoum (c’est-à-dire première épouse – fille d’un Kahn mongol). Il donna des ordres au plus réputés et talentueux architectes et artisans iraniens, samarcandais, indiens, puis repartit guerroyer en Egypte et en Turquie. A son retour en 1404, profondément déçu de l’avancement des travaux et de la construction déjà réalisée, il fit pendre haut et court, tous les responsables du chantier. Puis il en reprit lui-même la direction jusqu’à son départ pour son ultime campagne guerrière contre la Chine en 1405.

A l’origine, cette mosquée s’étendait sur plus de 18 000 m². Actuellement, il ne reste plus de cet ensemble que le portail, la grande mosquée, deux petites mosquées d’hiver, le minaret, et le lutrin en marbre gris de Mongolie, commandité par Ulugh Beg et destiné à recevoir un Coran de grande taille.

Samarcande, boulevard Tachkent, Mosquée Bibi Khanoum

En sortant de la Mosquée Bibi Khanoum, prendre à droite, puis après quelques pas faites demi-tour. Ainsi, vous aurez à main gauche une terrasse de café devant la mosquée, en face de vous le bazar, et à main droite la Mosquée des voyageurs, dans un écrin de verdure un peu étonnant. Nous sommes sur le Boulevard Tachkent.

Samarcande, boulevard Tachkent, Mosquée des voyageurs

Boulevard Tachkent

Une avenue piétonne dédiée aux achats des touristes. Une grande allée de pavés gris et rouges, avec de chaque côté des bâtiments regroupant des échoppes, un parc de pins et de sapins (c’étaient les arbres préférés d’Islam Karimov). Cette grande artère piétonnière a été construite après la destruction des ateliers et des maisons qui jouxtaient la Mosquée Bibi Khanoum et le Regestān.

Samarcande, boulevard Tachkent

De cet ancien quartier populaire, il ne reste que l’école où allait Islam Karimov, Président de l’Ouzbékistan, de l’indépendance en 1991 à son décès en 2016. Autant la journée, les touristes déambulent, furètent d’une boutique à l’autre, autant le soir, cet espace est vide, minéral sans vie, abandonné.

Regestān

Au bout de ce boulevard piétonnier, le Regestān de Samarcande se révèle.

Samarcande, boulevard Tachkent, Regestān

Pratiquement toutes les villes d’Asie centrale possèdent un régistan. Regestān est un mot de langue perse :

Reg = sable

stān = place

A l’origine, c’est-à-dire à l’époque de Tamerlan, six grandes artères se rejoignaient sur une place sablonneuse dans le centre de la capitale de l’Empire. C’était un carrefour où se regroupaient marchands, marchandises, chevaux, ânes et carrioles diverses. Et bien entendu des chameaux de Bactriane !

Taper « registan » sur Google… vous avez 1 120 000 réponses en 0,48 secondes. C’est dire la popularité de ce lieu chez nos amis de Google. Bienvenue au club !

Le Regestān de Samarcande est reconnu, de par sa magnificence, comme une des plus belles réalisations de l’art islamique, timouride, même si deux des médersas ont été édifiées après l’époque timouride.

Samarcande, Regestān

A la mort de Tamerlan, en 1405, la capitale de l’empire est transférée à Herat (en actuel Afghanistan). Ulugh Beg, son petit-fils, devient « gouverneur » de Samarcande. Il transforme cette place marchande en un lieu culturel. Ainsi, entre 1417 et 1420, il fait construire une médersa, un caravansérail, un hospice pour les derviches (une Khanaqah) et une mosquée.

Les deux autres médersas (Chir Dor et Tilla Kari) furent érigées par le gouverneur de Samarcande, Bahadour Yalangtouch en 1619 et 1647 sur les décombres du caravansérail et de l’hospice, laissés à l’abandon.

Tant par leur conception, que par leurs décors, ces 3 édifices forment un ensemble architectural homogène et harmonieux. En effet, les constructions les plus récentes ont repris les caractères de l’architecture et des décors de l’époque timouride.

Le Regestān fut peu à peu abandonné au cours du XVIIIe siècle, période où le khanat a été transféré à Boukhara, les Routes de la Soie ne traversant plus Samarcande.

Samarcande, Regestān

C’est à la fin du XIXe siècle, que le Regestān connut un renouveau par l’installation de boutiques et d’ateliers autour des médersas. En 1875, la place fut pavée et redevint le centre de la ville de Samarcande. Durant la période soviétique, les autorités y organisèrent des manifestations politiques, des procès publics. En parallèle, des campagnes de restauration furent menées pour consolider les édifices, pour leur rendre tout leur éclat. Aujourd’hui, au XXIe siècle, les campagnes de restaurations se poursuivent. Inscrit au patrimoine de l’Unesco en 2001, ce lieu est en passe de devenir une destination touristique classique. De nombreuses activités culturelles y ont lieu, dont le festival international de musique, Chark Taronalari, qui se déroule chaque année impaire. Donc ces photos ont été prises une année ?… impaire !

Tout comme Tamerlan, son aïeul, Ulugh Beg fut un grand bâtisseur. Passionné de sciences et tout particulièrement de mathématiques et d’astronomie, il a fait représenter des étoiles sur le pichtak (le portique) de sa médersa.

Samarcande, Regestān, médersa d’Ulugh Beg

Elle pouvait accueillir plus d’une centaine d’étudiants. Elle était réputée dans tout l’Orient pour l’excellence de son enseignement tant dans les domaines scientifiques que celui de la philosophie.

L’intérieur de la médersa a été rénové, ainsi pouvons-nous admirer l’équilibre architectural, l’élégance et le raffinement des décors.

Médersa Chir dor,

Samarcande, Regestān, médersa Chir Dor

construite au XVIIe siècle, ses architectes et artisans ont essayé d’égaler la monumentalité et l’harmonie de celle d’Ulugh Beg. Le Coran interdisant la symétrie, il ne leur était pas possible de construire une réplique. Ils ont donc à la fois recopié et innové. Ainsi, la représentation stylisée d’animaux brise un tabou : le portique est encadré par la représentation de deux lions. Ce qui d’ailleurs donne le nom à cette médersa, Chir Dor, « qui porte les lions ».

La médersa Tilla Kari

Samarcande, Regestān, médersa Tilla Kari

a été bâtie sur les ruines du caravansérail Mirzoï. A l’origine, elle devait fermer la place. Mais la mosquée de l’époque d’Ulugh Beg n’a pas survécu, laissant ainsi le Regestān ouvert.

L’abondance de dorures dans la décoration a donné son nom à la médersa, Tilla Kari signifiant « doré ».

Très abîmée par un violent séisme au XIXe siècle, qui a notamment détruit son portique, elle a été partiellement reconstruite sans ornementations.

Voilà pour cette matinée ! Et pour se remettre de ce début de visite bien dense, rien de tel qu’une pause-déjeuner dans un Tchaïkhana ! Pas très bon, spécial touristes, je vous l’accorde mais ayant l’avantage d’être en face du Regestān…

Allons voir si le Gour Emir est toujours là…

Rien de tel qu’une petite marche à pied dans les rues de Samarcande pour digérer ce repas et ainsi découvrir une grande fontaine, avec vue sur le Gour Emir et l’Altaï au loin.

Samarcande

Nous passons devant une statue monumentale de … ha ben quelle surprise : Tamerlan !

Poursuivons, poursuivons…

le Gour Emir

A l’origine, ce complexe a été édifié sur ordre de Tamerlan pour son petit-fils préféré et héritier Moukhammed Soultan. C’était son palais. Malheureusement, ce jeune prince tant aimé trouva la mort à 27 ans lors d’une campagne militaire. Désespéré, Tamerlan fit alors transformer cette résidence princière en un mausolée.

Lorsque Tamerlan mourut à son tour, en 1405, il fut décidé de le faire reposer auprès de son petit-fils bien aimé et non pas dans son propre mausolée à Chakhrisabz.

Cette résidence princière est ainsi devenue la crypte de la dynastie des timourides.

Ce mausolée a inspiré de nombreux architectes et souverains moghols, descendants de Tamerlan. le mausolée de Humayun ou le Taj Mahal en sont des exemples.

Samarcande, Gour Emir

Le 22 juin 1941, la crypte a été ouverte. Les experts soviétiques découvrirent les restes embaumés des personnes inhumées. Ce jour de l’ouverture du sarcophage de Tamerlan coïncida avec le début de la Grande Guerre Patriotique. La légende de la malédiction de Tamerlan reprit vigueur : les archéologues en violant la sépulture de Tamerlan et de ses descendants avaient libéré le « mauvais esprit de la guerre » !

Et maintenant taxi ! Ben, oui…Taxi… les chameaux de Bactriane sont en pause…

Ouzbalista, Chameau de Bactriane

une papeterie traditionnelle

Direction la seule papeterie traditionnelle encore en activité dans l’agglomération. Car saviez-vous que le papier de Samarcande était réputé jusque dans les abbayes européennes pour sa qualité et sa finesse.

Koni Ghil, boutique de la papeterie traditionnelle

Cet atelier est une oasis dans l’oasis ! Retour dans le passé….

Dans la banlieue de Samarcande, à Koni Ghil, une papeterie traditionnelle est de nouveau en activité. Les maitres artisans fabriquent le « papier de Samarcande » d’après les anciennes recettes et un savoir-faire ancestral. Très appréciés pour sa finesse, sa solidité…

On raconte que ce sont des prisonniers chinois qui, vers 751, furent obligés de briser le secret de la fabrication du papier. Ce papier avait pour particularité d’être très lisse, brillant, avec une grande densité, ce qui permettait d’écrire sur les deux faces.

Il est fabriqué à partir de coton, de soie et surtout de l’écorce de mûrier. L’utilisation de l’écorce de mûrier est le secret ! Elle lui donne sa texture fine et sa couleur brun clair.

Cette petite visite nous permet de nous poser dans une relative fraicheur, mais surtout dans un espace vert où seul le chant des oiseaux, le bruit de l’eau qui coure, le moulin qui tourne, dérangent les artisans.

Après cette pause bucolique, retour à l’aridité. Et un petit tour en taxi pour aller sur le

Site archéologique d’Afrosiab

La colline d’Afrassyab est située au nord-est de la Samarcande actuelle. C’est le site de la première fondation de la cité de Samarcande.

A l’origine de Samarcande, était Afrassyab, capitale politique et culturelle de la Sogdiane, la « Maracanda » conquise par Alexandre le Grand en 329 avant JC.

Samarcande, site archéologique d’Afrosiab

Une plongée dans les temps anciens, très anciens. Ville fondée au VIe siècle avant JC et qui exista jusqu’en 1220.

Les archéologues fouillent ce site depuis la fin du XIXe siècle. Il s’agit des vestiges archéologiques les plus importants en nombre et en valeur pour documenter et comprendre la civilisation sogdienne, notamment avec le reste du palais et des fresques.

Le musée est construit autour des fresques du palais. Son objet est de retracer le quotidien. La vie et les traditions culturelles des habitants, transmises tant par les œuvres d’art que par les objets utilitaires ou funéraires: outils, canalisations, urnes funéraires, jarres… Des scènes ont été reconstituées : intérieur de maison du VIe siècle, autel zoroastrien du VIIe siècle…

Musée ouzbek… lorsqu’il y a des cartels, ils sont en ouzbek, russe, parfois en anglais, et curieusement certains en français. En fait, cela n’a rien de curieux. En effet, une équipe d’archéologues du CNRS, « Hellénisme et civilisation orientale » a mené trois campagnes de fouilles entre 1989 et 1991, en association avec l’Institut d’archéologie de Samarkand et le Musée des arts et des peuples de l’Orient de Moscou.

detail de la fresque des ambassadeurs (chameau de Bactriane !) source : Wiki

Cette coopération franco-ouzbek existe toujours en 2020. Quant aux bornes interactives, elles ne sont pas forcément allumées. L’éclairage est… comme il est !

Cela étant…

Ce musée est passionnant, scientifiquement documenté, et nous fait revivre une civilisation disparue. Cependant, pour prendre toute la mesure de la richesse de ce lieu, il est bon de posséder quelques connaissances de l’histoire antique ou de prendre un guide local qui vous la racontera avec passion.

le tombeau du Prophète Daniel

Toujours sur la même colline, le tombeau du Prophète Daniel est un lieu de pèlerinage multiconfessionnel, autant pour les chrétiens, les juifs que les musulmans. L’afflux de pèlerins de ces trois religions a contraint les autorités à fermer le chemin entre le musée et le tombeau et à construire une nouvelle route. Et hop, un petit tour de la colline !

Puis, après avoir traversé le parking, la rivière Syab, et monté les quelques escaliers d’une des collines d’Afrassyab, nous découvrons la tombe de Daniel (une des tombes).

Samarcande, site du tombeau du prophète Daniel

Oui, Tamerlan en est à l’origine. Oui, bien entendu, il y a une belle légende autour de cette tombe, dont le sarcophage fait 18 mètres de long… On raconte que le Prophète continua à grandir après sa mort, obligeant ainsi à allonger sa tombe régulièrement, et qu’il reviendra lorsqu’il aura atteint une certaine taille !

Tamerlan rapporta à Samarcande les restes du Prophète lors de son retour de la campagne d’Asie mineure en 1399-1404. C’était un butin de guerre pris à la ville de Suse (ou Chouch, en Iran actuel).

Nous terminons cette promenade dans Samarcande par

l’observatoire d’Ulugh Beg

Ce n’est pas bien loin ! Sur la colline d’en face…  à pied ou en taxi. Et bien à pied pour profiter de la douceur de l’air.

Muhammad Taraghay connu sous le nom d’Ulugh Beg

Samarcande, obersvatoire d’Ukugh Beg

était passionné de sciences. Il devint un grand mathématicien et astronome. Grâce à son immense observatoire, il put mener des travaux avec les plus grands savants de son époque et contribua aux rayonnements scientifiques de l’empire timouride.

Il est à l’origine des « tables sultaniennes ». Il s’agit du calcul des positions de plus de mille étoiles dans le ciel. D’ailleurs, certaines portent toujours le nom que leur avaient attribué ces savants.

Et voilà

Retour à la maison d’hôte pour prendre une douche fraiche, se poser quelques minutes avant de repartir pour profiter de la soirée au Platan ! Restaurant à la mode samarcandaise.

Comment dire… ou plutôt faire sentir… la douceur de l’air, la vodka, les chachlicks, les melons, des voisins ouzbeks curieux et sympathiques, la musique

Encore une belle soirée à Samarcande qui se termine. Tout en sachant qu’il vous reste bien d’autres lieux à découvrir dans la perle de l’Orient, le centre de l’univers, le joyau de l’Islam, le miroir du monde…

 

Avec les salutations distinguées d’un chameau de Bactriane,

Ouzbékistan, chameau de Bactriane

Pour aller plus loin

Livres disponibles à la bibliothèque

voici une sélection de livres que vous pourrez emprunter dès que possible

 

 

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