Kashink : artiste activiste en 6 artistes

ARTISTE SOUS INFLUX-ENCES #1

- temps de lecture approximatif de 13 minutes 13 min - Modifié le 22/10/2021 par AGdG

"Nulle ne se promène impunément sous les palmes" **************************************************************** Allons nous promener impunément sous les palmes, dans l’air électrique inspiré de l’artiste KASHINK, sur les traces de ses influences artistiques.

Kashink devant I Was the Night, Bibliothèque de la Part-Dieu, 2021 © A.D
Kashink devant I Was the Night, Bibliothèque de la Part-Dieu, 2021 © A.D

 “ELLE EST DESCENDUE EN MOI SI AVANT”

Créer de nulle part, l’art stérile, l’art exempt de souffles dans le cou n’existe pas.

Nulle ne se promène impunément sous les palmes (…) J’ai lu tel livre ; et après l’avoir lu je l’ai fermé ; je l’ai remis sur ce rayon de ma bibliothèque, – mais dans ce livre il y avait telle parole que je ne peux pas oublier. Elle est descendue en moi si avant, que je ne la distingue plus de moi-même. Désormais, je ne suis plus comme si je ne l’avais pas connue.” De l’influence en littérature, André Gide. Allia, 2010.

Personne n’est une île en soi.

Du point de vue des sciences cognitives, le savoir “situé” de l’une des penseuses les plus stimulantes de notre époque, la philosophe et biologiste, Donna Harraway donne déjà le ton.

En art, chaque artiste se construit un peu, beaucoup, sur les épaules de géants, dans le creux d’un roman, dans les jupes de ta mère, sous les gouttes d’une peinture.

L’influence est ce flux provenant d’astres qui modifient d’autres astres. En littérature et en art en général, André Gide désigne les influences choisies, désirées comme électives car elle donne la sensation d’avoir trouvé un parent.

“Rien de pareil avec cette intime connaissance, qui n’est plutôt qu’une reconnaissance mêlée d’amour – de reconnaissance vraiment ; qui est comme le sentiment d’une parenté retrouvée.”
André Gide

Comme des talismans, des amants, des concrétions, des dealers magiques, des extensions, des transformateurs, des territoires, des questions offertes à nous même.
La richesse d’âme.

“Ceux qui craignent les influences et s’y dérobent font le tacite aveu de la pauvreté de leur âme. […] Un grand homme n’a qu’un souci : devenir le plus humain possible, – disons mieux : DEVENIR BANAL. ” André Gide

KASHINK sous INFLUXences

Kashink  est une artiste activiste, d’une aura et d’une authenticité rares. Son art est urbain et son œuvre est indépendante, subtile, cash, pop, engagée.

Dans le cadre de la programmation culturelle  A corps à et à Cris à la Bibliothèque municipale de Lyon, elle a réalisé une peinture inédite I was the night dans la bibliothèque de la Part-Dieu dans  le cadre de l’exposition En corps elles autour du corps de la femme. Un dossier sur l’Influx a été crée à l’occasion.

 

Kashink nous a fait l’honneur de parler de sa vie et de son œuvre lors d’une rencontre.
Ici, elle s’est prêtée au jeu et nous a donné 6 noms d’artistes chers à son cœur, chers à son œuvre.

 

6 artistes pour un portrait sous influences

 

FERNANDO BOTERO (1932-…)

Peintre et sculpteur colombien, Botero subjugue Kashink alors qu’elle n’est qu’enfant.
Lors d’une exposition avec ses parents, elle est frappée immédiatement par ces corps “hors normes”, séduite par leurs rondeurs, “leur abondance à la Rubens”.

 

“J’aime les choses moelleuses”
Kashink

Dans son œuvre, l’influence de Botero se retrouve dans son parti affirmé de contrer les normes de représentations des corps, lissées, photoshoppés, inexistants, idéalisés. C’est la cas de son œuvre “la grande odalisque” pour Amnesty international.

Elle détourne la fameuse “Grande Odalisque” d’Ingres. Elle crée ce personnage au genre fluide, à la peau surréaliste et granuleuse contrairement  à la peau sans défaut de la femme d’Ingres.

Comme l’ont fait les Guerrilla Girls.

C’est aussi faire place au corps consigné par les normes à la discrétion, à la fragilité tout en étant un peu forte quand même.

Les personnages de Kashink ne sont pas de simples décorations. Aussi, a-t-elle beaucoup travaillé sur ses personnages : des visages sortis tout droit de son imaginaire pur.  Elle s’est beaucoup interrogée sur l’art de rue dont la seule raison d’existence semble être parfois formelle, sans discours. Ces visages ont du contenu, ils sont politiques.

Ils incarnent la vision de Kashink : son engagement contre les normes, la grossophobie, les diktats de genre, l’identité figée.

Botero, c’est aussi le portrait.
Le portrait, c’est l’un des 5 genres de la peinture classique. Partir d’un terrain conquis par l’académisme, connu de tous et en détourer les frontières fait partie de la démarche de Kashink.
Ces portraits sont sans genre. Kashink est attachée à la fluidité. Fluidité dans l’identité, mouvante, changeante, dans le temps et l’espace. Fluidité dans le geste, à la regarder peindre.

“La peinture que je fais crée une réalité parallèle, une réalité possible”
F. Botero

 

GILBERT & GEORGE

1967 : coup de foudre à la prestigieuse école d’art de Londres, la Saint Martin’s School. Gilbert tombe amoureux de George. Ils ne se quitteront plus et vont entreprendre l’une des plus singulières  aventures artistiques du XXe siècle : deux artistes vont cosigner une œuvre. Comme une seule entité. Du jamais vu.

Dès les années 70, les œuvres de Gilbert & George cognent les biens pensants, les conventions artistiques. L’homosexualité, la peur, le sexe, la religion, la mort sont des sujets récurrents.

Avec l’œuvre “50 cakes of gay”, Kashink s’engage à Miami contre l’homophobie suite aux manifestations contre le mariage pour tous. Cette fresque colossale reprend à nouveau un symbole traditionnel, le gâteau de mariage, qui parle à tous.

A cette occasion, elle a été photographiée par la pionnière de la photographie street art, Martha Cooper.

Et puis ce qui fascine Kashink c’est l’interpénétration entre la vie et de l’œuvre de Gilbert & George. Comme un art total. Le concept de sculpture vivante illustre cette idée, en mettant en scène leur propre corps à la place de statue.

Etre des sculptures vivantes, tel est notre sang et notre destin, notre passion et notre malheur, notre lumière”

Gilbert & George ont métamorphosé leur vie en œuvre d’art, ont consacré leurs vies à l’art. Les moindres gestes de leur vie deviennent ainsi prétextes à la création d’une forme inédite de sculpture : marcher, chanter. Et ce dans l’espace public.

« Deux vies comme une grande et même sculpture » 

Chez Kashink, cette non dissociation de l’art et de sa vie, ce prolongement de sa réflexion via ses œuvres dans sa vie s’illustre par deux traits portés au dessus des lèvres. Une moustache qu’elle porte tous les jours depuis 8 ans. Devant son miroir, tous les matins, elle trace deux traits horizontaux aux dessus des lèvres, à l’eye liner.

Kashink fait une expérience physique de son engagement dans l’espace public, de la pharmacie au café du coin. Elle ne cherche pas à provoquer pour provoquer. Cette moustache, c’est elle, simplement. La première fois qu’elle l’a dessinée, elle s’est reconnu.
C’est un acte fort qui va prochainement faire l’objet d’un livre sous forme de biographie sous moustache.

FRIDA KAHLO (1907-1954)

L’influence de Frida Kahlo chez Kashink prend aussi racine dans une sorte de choc émotionnel, à l’adolescence.

Figure iconique, Frida Kahlo est l’une des artistes femmes les plus connues au monde. Artiste femme : ces deux termes accolés montrent le peu de représentativité des femmes dans l’art. Comme si dire artiste homme était un pléonasme.
Pionnière du féminisme, Frida Kahlo se dresse contre les idées conservatrices de la société mexicaine.  Indépendante, la puissance avec laquelle elle a construit son œuvre et son discours subjuguent.

La représentativité des femmes dans l’art  et le peu de visibilité est une question assez récente dans l’historiographie de l’art.

L’article de Linda Nochlin de 1971 dans Artnews a inité une réflexion depuis lors sur la place des femmes dans l’art en montrant que le monde de l’art est une des institutions qui reproduisent l’ordre socio-sexuel dominant.

Kashink est aussi très attachée à défendre le droit des femmes et leur place dans le marché de l’art, dans la sphère artistique du street art majoritairement masculin. Elle a réalisé la fresque ci-dessous à Paris en 2016. 

Et puis, Frida Kahlo, est aussi ce “ruban autour d’une bombe”, cette artiste puissante et totale qui a fait de sa vie et son corps l’un des sujets centraux de son œuvre. Mais ce qui fascine réside dans l’extrême largesse avec laquelle elle se livre, se donne à voir sans pudeur, de manière peu flatteuse selon les attentes de beauté conventionnelles. Dans les 78 autoportraits dans son œuvre, le corps peut être aimant ou souffrant, en cheveux longs ou veste d’homme. Frida Kahlo le montre dans toute sa complexité. Elle s’explore et se questionne, se livre corps à corps.

Kashink engage aussi son corps et place la connaissance de soi, dans ces multiples visages, avec ses défauts et ses qualités, comme une voie vers l’Autre, vers les différences. L’interrogation de l’identité, la sienne et celle des autres est au cœur de son travail.

 

LEIGH BOWERY (1961-1994)

Tombée par hasard sur un film documentaire sur arte dans sa jeunesse, Kashink fut éblouie par Leigh Bowery !

 

 

Bouche maquillée surdimensionnée, look entier et implication dans son art, les liens qui explosent de couleurs avec Kashink sont flamboyants !

 

 

 

 

 

 

Performer, styliste, nightclubber, icône qui a influencé la musique, l’art, le cinéma et le monde de la mode, muse et modèle de Lucian Freud,

 

 

 

 

Leigh Bowery, né en Australie, interpelle par son extravagance et sa provocation.

Il marque Kashink par son croisement du masculin et du féminin, sa distorsion des codes.

Il est pour elle « l’incarnation d’un être qui est plein de choses à la fois ».

« Dress as though your life depends on it or don’t bother » (Habillez-vous comme si votre vie en dépendait, ou ne vous déplacez même pas)

« à l’heure des artistes bien sous tous rapports et satisfaits de leur accession aux CSP++, prêts à tout pour le consensus, il est bon de se souvenir de cet homme corpulent, qui – le visage peint d’un vert assorti à sa veste, et recouvert comme elle de gros pois rouges – s’offrit, allongé sur un divan, au regard médusé des visiteurs de la galerie Anthony d’Offay, à Londres, le 11 octobre 1988. »
« Leigh Bowery demeura cinq jours sur ce divan, tournant aussi parfois comme un lion en cage dans la galerie – traversée par un miroir sans tain au travers duquel les spectateurs le regardaient et dans lequel, longuement, il se mirait lui-même sans voir les voyeurs – les sachant là, les ignorant toujours. » numero.com

Partie 1

Partie 2

Il ouvrit « un horizon fait de liberté totale, de créativité extraordinaire, débarrassée du souci de plaire, et même habitée d’une franche envie de déplaire. »

Une liberté de n’être ni homme ni femme, juste soi, ce qui imprègne profondément la vie et l’oeuvre de Kashink.

 Il reste à jamais un des plus grands

EVA & ADELE

Transition parfaite avec Eva & Adèle en couverture du livre de Florence Müller, couple d’artistes allemand(e)s qui ont débarqué de leurs machines à remonter le temps à Berlin après la chute du mur en 1989, se disant jumeaux hermaphrodites du futur.

« Coming Out of Future », Ielles présentent pour la première fois le mot Futuring qu’elles ont inventé dans un timbre imprimé en 1991 à l’occasion de leur performance Hochzeit Metropolis au Martin-Gropius-Bau, Berlin.

 

 

Trinity 2014 – Kashink

 

 

 

En 1989, ielles apparaissent dans des costumes de femmes excentriques, roses ou rouges

 

des chaussures à talons hauts, des sacs à main, avec des têtes rasées et des visages très maquillés.

 

D’allure féminine, ielles prônent une identité de genre qui n’est pas définie par la société, mais qui est librement choisie, à l’mage d’un de leurs slogans : Over the Boundaries of Gender, À travers les frontières de genre.

Kashink est fascinée par leur credo : Ielles pratiquent un art total. « Pas de scission entre vie personnelle et vie artistique ».

La vie comme une performance ! La vie et l’art sont imbriqués : « Wherever we are is museum »

 

La vie et l’art, même combat !

Performance réponse aux institutions irrespectueuses en un combat de boxe mémorable !

NIKI DE SAINT PHALLE (1930-2002)

« J’ai décidé d’être très tôt une héroïne. Qui serais-je ? George Sand ? Jeanne d’Arc ? Un Napoléon en jupons ? Qu’importe ce que je serais !

L’important était que ce fût difficile, grand, excitant. »

Force, générosité, courage et volonté d’être soi caractérisent Niki et Kashink.

« Je n’accepterais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais femme.

NON. Je franchirais les limites pour atteindre le monde des hommes qui me semblait aventureux, mystérieux, excitant. Ma nature optimiste m’y aida»

Cette citation inaugure le catalogue de l’exposition au Grand Palais, Galeries nationales à Paris qui a eu lieu du 17 septembre 2014 au 2 février 2015.

 

Nana, tireuse, fontaine, qui est Niki-Kashink ? Tout ça à la fois, NO limit !

 

Quand on est une femme, … on peut avoir une moustache, …

on peut avoir une identité plus fluide que ce que l’on a l’habitude de voir” Kashink 05/10/21

 

Ceci n’est pas une femme

ceci n’est pas une moustache

ceci est une artiste

ceci est KASHINK !

 

 

 

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