chanson moderne

Art & Pop

- temps de lecture approximatif de 5 minutes 5 min - Modifié le 21/11/2020 par pj

"Le globe est bleu, monochrome de feu… Le saut d’un homme dans l’espace du vide..." ça vous dit quelque chose ? Des mots invisibles, une chanson de 1984 presque perdue sur l'album de Lizzy Mercier Descloux : "Cri" dédié à Yves KLEIN.

Im-Not-The-Girl-Who-Misses-Much
Im-Not-The-Girl-Who-Misses-Much

Si la chanson de Lizzy Mercier Descloux constitue un point de départ, c’est qu’elle est un exemplaire unique ou presque.

Et que chacun se mette à chanter…

Il est exceptionnellement rare qu’un titre soit consacré à un-e artiste. Le name-dropping, les références et les citations sont donc précieuses dans ce domaine. Heureusement, les croisements de l’art contemporain et de la musique pop, qu’il s’agisse de rock ou de variétés sont multiples – nombreuses sont les irruptions de l’art contemporain dans la pop… et vice-versa.

En voici quelques extraits. Un éventail des possibilités croisées de la pop music et de l’art contemporain. Quelle qu’en soit l’expression et la formulation, ces œuvres ont toutes en commun d’utiliser un matériau musical comme élément principal et structurant, du plus léger au plus conceptuel. Parfois les deux.

Bienvenue dans ce petit univers expérimental et pop !

  • Nam June Paik / Global Groove (1973)

A l’origine de presque tout, lorsqu’on parle de vidéo, il y a l’artiste coréen Nam June Paik. Musicien de formation, il se rapproche du mouvement Fluxus au début des années 60 et installe lors d’une exposition en 1963, une série de téléviseurs préparés, à la façon des pianos de John Cage. Si Global Groove n’est pas à proprement parler un clip, il s’agit néanmoins d’une vidéo musicale. Et pour se convaincre un peu plus, il suffit de voir aussi Beatles électroniques.

  • Dan Graham / Rock My Religion (1982)

L’artiste américain utilise diverses formes d’expression, photographie et peinture surtout. Il est aussi l’auteur de textes critiques autour de concepts rock, écrivant par exemple à propos des Kinks ou du punk dans le recueil Rock My Religion. La vidéo du même titre a tout d’un manifeste et accompagne les concepts de Dan Graham en mêlant différentes textures dans un maelstrom psychédélique, punk, no wave dans une transe anthropologique expérimentale.

  • Laurie Anderson / O Superman (1981)

Plasticienne et musicienne, Laurie Anderson se distingue singulièrement puisque son trajet artistique ne cesse de tresser les images, les performances et les pièces musicales. Elle est par ailleurs l’une des rares artistes à posséder une solide discographie pouvoir prétendre aussi au statut d’icône pop.

  • Joseph Beuys / Sonne Statt Reagan (1980)

En 1980, le grand Joseph Beuys, chaman engagé de l’art contemporain allemand depuis déjà une vingtaine d’années, s’amuse en s’essayant à la chanson politique. Une chanson pacifiste. Le titre fait référence à l’expression populaire (sonne statt regan = soleil au lieu de pluie) en jouant sur la consonance ironique avec le nom du président républicain Ronald Reagan. Si vous réviez d’un Beuys dansant, c’est ici et c’est quelque chose…

  • Andy Warhol / Hello Again + You Might Think (1984)

Il n’est sans doute pas nécessaire de préciser qu’Andy Warhol n’a pas seulement filmé des immeubles ou le Velvet Underground dans le cadre de son Exploding Plastic Inevitable.

Plus légèrement, il est le réalisateur de quelques clips dans les années 80, ici The Cars et leur hit Hello Again en 1984.

Pour le même prix, il existe deux versions légèrement différentes de ce clip, dont l’un plus long est aussi plus explicite. Dans les deux cas Andy le vidéaste joue au barman. On l’aperçoit aussi dans une vidéo de Grace Jones.

You Might Think est également réalisé par Warhol pour le groupe de Ric Ocasek :

  • Keith Haring / I’m Not Perfect But I’m Perfect For You (1986)

A l’évidence, les univers très graphiques et ethno-urbains de Keith Haring et de la grande Grace Jones semblaient faits l’un pour l’autre. La rencontre est donc concrétisée en 1986 avec le clip de I’m Not Perfect But I Am Perfect For You, tout est dit. Comme promis, pour le caméo warholien c’est ici aussi…

  • Gilbert & George / Singing Sculpture (1970)

Lauréats du Turner Prize en 1986, le célèbre couple d’artistes britanniques est au centre de la plupart de ses œuvres. Sans être ni chanteurs ni danseurs, Gilbert & George le deviennent pourtant de façon performative avec Singing Sculpture.

Encore de quoi épater la galerie avec Bend It, Gilbert & George démontrent qu’ils sont aussi des danseurs de musée hors-pairs. De l’art vidéo doublé de l’inimitable humour anglais. Typically British !

  • Pipilotti Rist / I’m Not The Girl Who Misses Much (1986) + Wicked Game (1995)

En deux réappropriations successives de l’univers pop, l’artiste suisse utilise la chanson comme véhicule signifiant et ambigu. En 1986 avec I’m Not The girl Who Misses Much, reprise détournée et débridée des paroles d’une chanson figurant sur le « double blanc » des Beatles Happiness Is A Warm Gun.

Puis en 1995, c’est au tour de Wicked Game, joli tube de Chris Isaak. Les vidéos réalisées sur ces deux chansons intègrent généralement une installation et s’insèrent dans un dispositif plus large que le cadre d’un écran.

  • Tony Oursler / Where Are We Now (2013)

Comment ne pas être touché par le double impact de cette vidéo ? Comme souvent dans le travail de Tony Oursler, un certain malaise vient rapidement hanter l’œil et l’esprit, par la superposition des images projetées et de marionnettes dérisoires et grimaçantes. La chanson magnifique de David Bowie, son visage et sa voix procurent ici le frisson de la familiarité et de l’inquiétude mêlées.

  • Sam Taylor Wood / I’m In Love With A German Film Star (20

Produite par les Pet Shop Boys, la vidéaste et réalisatrice Sam Taylor Wood donne de la voix et reprend une chanson du groupe new wave The Passions, I’m In Love With A German Film Star. Un plan séquence uni que et fixe dans lequel Sam Taylor Wood n’est qu’interprète et modèle, actrice.

  • Candice Breitz / Portraits (2005)

Dans son travail de photographe et de cinéaste, l’artiste sud-africaine utilise la culture pop, notamment issue de la musique populaire et de la chanson. Par leur nature et les sujets qu’elle choisit pour modèles, ses vidéos croisent des problématiques culturelles, politiques ou intimes, pour atteindre une autre dimension.

Deux séries de vidéos présentées en installations avec des portraits de Michael Jackson et Madonna…

  • David Shrigley / Good Song (2003)

Le travail délicat et cru de l’artiste écossais trouve presque exclusivement son expression dans ses dessins au feutre noir, aux traits faussement maladroits et faussement naïfs. Beaucoup d’humour, de poésie et de désillusion font de David Shrigley l’un des artistes contemporains les plus touchants. Sûrement le plus drôle. Sa passion pour le rock est toute britannique et s’illustre dans ce clip réalisé pour Blur.

( A suivre)

Pour en voir et savoir plus :

 

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