Musique moderne

Art & Pop (2)

- temps de lecture approximatif de 9 minutes 9 min - Modifié le 16/03/2021 par pj

Petit retour dans l'univers expérimental et croisé de la pop music et de l’art contemporain.

Que les orchestres se mettent à jouer…

Des groupes comme Sonic Youth ou Throbbing Gristle, dont la proximité avec le monde de l’art contemporain a toujours été réelle et performative, ont été véritablement et musicalement parlant, des passeurs pop de l’avant-garde artistique.

À l’inverse, les sulfureux frères Jake & Dinos Chapman ont été les artistes invités en 2004 et 2015 à coordonner la programmation musicale du festival All Tomorrows Parties et sont devenus curateurs à leur tour. Dinos Chapman est aussi, quant à lui, musicien et dj.

  • Angela Bulloch

Les œuvres d’art sonore de cette artiste canadienne, mettent fréquemment en relation la lumière et le son. Pour autant la musique n’est pas à proprement parler son terrain privilégié. Elle devient pourtant musicienne dans cet extrait de la création multimédia intitulée The Wired Salutation (2013), à l’intérieur de laquelle Angela Bulloch choisit d’intervenir aux côtés de David Grubbs en devenant bassiste d’un groupe de rock le temps d’une performance.

  • Art & Language

Depuis 1968, on ne fait pas plus radicalement conceptuel que ce collectif britannique pionnier, dont les œuvres sont parfois réduites à quelques mots.

Le texte comme analyse critique et œuvre d’art devient le médium privilégié d’Art  & Language –  le rock est ainsi un véhicule auquel se confronte le collectif à plusieurs reprises. Un premier disque en collaboration avec le groupe de rock expérimental Red Crayola est édité en 1976 sous le titre de Corrected Slogans.

Mayo Thompson est un musicien du genre libre. Avec son projet Red Crayola (ou Krayola) il s’entoure pour mieux déconstruire. En 1967, dès l’un de des premiers projets, la géniale cacophonie d’une improvisation amateure se déforme en même temps qu’elle s’élabore avec le groupe. le résultat s’appelle The Parable of Arable Land.

Avec Art & Language, il réalise ensuite plusieurs albums expérimentaux et donc désormais résolument placés sous les auspices de l’art conceptuel.

En 1981 et 1983, paraissent notamment Kangaroo? et Black Snakes, deux excellents albums cosignés The Red Krayola with Art & Language. Une poignée d’autres suivra jusqu’en 2016.

  • Mike Kelley (1954-2012)

Figure essentielle dès les années 80 de l’art contemporain américain et de la perversion des normes, le plasticien a utilisé diverses techniques pour explorer le grotesque.

Fan des Stooges, Mike Kelley se frotte à la musique pour de vrai dès 1974, en devenant batteur  du groupe proto-punk Destroy All Monsters, associé notamment au guitariste Ron Asheton et à Niagara (pas le duo rennais, la chanteuse arty Lynn Rovner).

Proche de Kim Gordon et de Sonic Youth, Mike Kelley est par ailleurs choisi par le groupe pour la conception des visuels de la pochette de l’album Dirty sorti en 1992.

 

Le détournement parodique est pour Mike Kelley, un geste artistique majeur.

Comme peut l’illustrer la vidéo Tijuana Hayride réalisée en 2005.

  • Rodney Graham

Rodney Graham est un artiste canadien, qui lorsqu’il ne réalise pas des pièces conceptuelles sous des formes variées, films ou installations, redevient ou reste le musicien qu’il a sans doute toujours été.

Il fait ses débuts de guitariste avec le groupe UJ3RK5, dont faisait également partie Jeff Wall.

En 1980 quatre titres seulement, entre punk et no wave, sont gravés. Ils n’auront malheureusement pas vraiment de suite, les membres du groupes étant personnellement déjà engagés dans une carrière d’artiste prometteuse.  Un enregistrement live de la même année, Live From The Commodore Ballroom a été édité en vinyle en 2016.

Même si Rodney Graham est davantage connu et reconnu pour son travail d’artiste conceptuel que son œuvre musicale, tout son parcours est pourtant marqué par cette carrière double. Sa présence sur Bandcamp est donc logique.

  • Jeremy Deller

Depuis ses débuts en tant qu’artiste, Jeremy Deller né en 1966, s’attache à faire exposition d’une certaine culture vernaculaire. L’artiste britannique s’intéresse avant tout à la pratique de l’identification culturelle, comme par exemple l’imagerie du fan, tee-shirt, posters et badges. Open Bedroom est une chambre-musée d’ado fan de rock.

Le documentaire Our Hobby Is Depeche Mode, qu’il a coréalisé en 2006 est à ce titre exemplaire. On y rencontre des fans de diverses origines qui expriment leur amour sans limite pour Depeche Mode. A leurs yeux, le groupe est non seulement le meilleur, mais il est devenu par-dessus tout, partie intégrante de leurs vies quotidiennes.

Dans ses performance musicales, Jeremy Deller conceptualise le rapprochement de musiques a priori éloignées. En 1997, avec Acid Brass, il invite une fanfare à reprendre à son compte quelques fameux hymnes de la techno historique et de l’acid house.

En 2009, dans la performance Steel Harmony, le Steel-drum ou steelpan, instrument emblématique des Caraïbes est utilisé pour un répertoire post-punk paré d’une chaleur sans doute inédite, celui de groupes mythiques de Manchester, Buzzcocks et Joy Division.

Quelques années auparavant, en 2001, Jeremy Deller réalise aussi un clip pour le titre Found That Soul du groupe Manic Street Preachers.

  • Damien Hirst

Peu ou pas de traces de rock dans le travail de Damien Hirst si ce n’est le clip de la chanson Country House qu’il réalise en 1995 pour Blur dont il croise les futurs membres au Goldsmiths College de Londres.

La même année, l’artiste britannique est le lauréat du prestigieux prix Turner et devient illico le plus cher, le plus shocking, le plus riche, le plus célèbre.

  • Doug Aitken

L’artiste américain Doug Aitken conçoit des macrocosmes narratifs dont la vidéo est le principal medium. Si la musique n’est pas l’ingrédient principal de son travail, il réalisera au milieu des années 90 quelques clips pour Fat Boy Slim et ZZ Top entre autres.

En 1998, l’installation vidéo intitulée Hysteria ne montrait que les visages extatiques des spectateurs des premiers rangs de concerts rock – tandis qu’Iggy Pop fait une apparition dans Cathouse, une installation vidéo datant de 1997.

Toujours en 1997, il réalise la vidéo de Rockafeller Skank pour Fatboy slim.

Un an plus tôt, l’artiste avait également imaginé un premier clip pour Fatboy SlimGoing Out Of My Head, extrait de l’album Better Living Through Chemistry.

Un peu d’électonica aussi – celle de Mike Paradinas alias µ-Ziq, dont le morceau The Fear est extrait de l’album Royal Astronomy paru en 1999.

Et en 2003, il réalise la vidéo de NYC pour le groupe post punk Interpol.

  • Martin Creed

Depuis les années 90 et avec de plus en plus d’intensité, Martin Creed réalise lui aussi des performances musicales, des vidéos qui semblent s’insérer parfaitement dans le développement esthétique de son œuvre plastique.

A la manière de Rodney Graham, l’artiste anglais compose et réalise des disques. Il est lui aussi logiquement présent sur les sites de références, Bandcamp et Discogs.

  • Takashi Murakami

Pour faire simple, entre Goldorak et Warhol, Koons et Astro Boy, Murakami ne choisit pas, et ajoute même Hokusai et Kitaro à sa mythologie plastique. Héritier de la culture otaku, le plasticien pop tokyoïte parsème jusqu’à la saturation ses œuvres polychromes.

Il devient dès le milieu des années 90, un des artistes les plus cotés et les plus courtisés du monde de l’art. À partir de 2001 il est la figure de proue du Superflat, genre qui emprunte, cite et recycle la culture pop japonaise.

En 2007, il conçoit l’artwork de l’album Graduation de Kanye West.

 

Il réalise dans la foulée la vidéo pour la chanson Good Morning (2008).

En 2014, un clip pour la chanson It Girl de Pharrel Williams.

Ou encore très récemment, avec un nouvelle vidéo réalisée en 2019 pour la chanson You should me in a crowd de Billie Eilish.

  • Wolfgang Tillmans

Le célèbre et génial photographe allemand, lauréat du Turner Prize en 2000, a depuis longtemps investi les territoires liés de près ou de loin à la musique, sa première passion et à la culture pop, électro ou techno.

Citons un clip pour Lovely Head de Goldfrapp (2000) ou encore ici, cette vidéo réalisée pour un titre de 2002 de Pet Shop Boys.

Depuis 2016, Wolfgang Tillmans a publié plusieurs disques grâce à un label dédié, Fragile.

Parce qu’il n’est plus seulement photographe, Wolfgang Tillmans fabrique aussi les images qu’il greffe à la musique qu’il produit.

  • Ryan McGinley

Le photographe américain Ryan McGinley s’est fait remarquer par l’utilisation quasi maximaliste de nuées post-adolescentes, pastorales et nues publiées par la crème des magazines arty.

Pour Sigur Rós, il réalise plusieurs visuels et également cette vidéo pour l’album Valtari sorti en 2012.

 

Voir aussi Art & Pop (1)

Pour en voir et savoir plus :

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