Démocratie : rêver, penser, agir ensemble

Le développement personnel, se changer pour changer le monde ?

- temps de lecture approximatif de 4 minutes 4 min - Modifié le 27/02/2017 par Département Civilisation

Le développement personnel n’est pas qu’un phénomène d’édition : les ressources humaines en entreprise, l’éducation se sont emparées de son discours. Dans les sociétés occidentales, si les religions traditionnelles et leurs promesses de Paradis sont en recul, nombreux sont les ouvrages, les stages, les sites et associations qui font miroiter, moyennant travail sur soi et accompagnement par des coaches, mieux-être, amélioration des relations à autrui, voire bonheur, ici et maintenant. Se changer pour changer le monde, tel est le nouvel impératif.

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Dans le cadre de l’évènement Démocratie : rêver, penser, agir ensemble la bibliothèque de Lyon a reçu mercredi 8 février le sociologue bruxellois Nicolas Marquis, auteur de Du bien-être au marché du malaise : la société du développement personnel  et de Le changement personnel : histoire, mythes, réalités. Au travers des enquêtes qu’il a menées auprès de lecteurs, d’auteurs et d’éditeurs de développement personnel, il met en évidence que le fort désir d’autonomie des individus trouve un écho dans les ouvrages de psychologie populaire qui leur assurent que changer, en mieux, est possible et qu’ils ont prise sur leur destin.

 

Visionner l’intégralité de la conférence de Nicolas Marquis :

 

Le développement personnel, une vieille histoire

Héritier de la psychologie humaniste née en Californie dans les années soixante et des différents courants qui suivirent (Analyse Transactionnelle, Programmation Neurolinguistique, Psychologie positive etc.) le développement personnel fait partie des outils de connaissance de soi en vogue aujourd’hui et recouvre des domaines variés, psychologie, soins du corps, spiritualité.

Cette préoccupation pour une vie « bonne » n’est pas l’apanage des sociétés dites « post-modernes ». Ce souci de mener une vie en accord avec soi-même est un fil rouge présent dans toute l’histoire de la philosophie.

Au XXe siècle, après la désillusion occasionnée par les révolutions et les totalitarismes, et alors que se mettaient en place  la société de consommation et la mondialisation, on a vu surgir différents mouvements comme le New Age, alliant spiritualité et mode de vie. Les sociétés s’avérant sécularisées mais non désacralisées, les sectes et les religions sans Dieu fleurirent, la quête du salut fit place à la quête du bonheur, comme le montre Jean-Louis Schlegel dans son ouvrage Religions à la carte

 

Les ouvrages de Paulo Coelho (L’alchimiste, Le pèlerin de Compostelle), ceux de Miguel Ruiz (Les accords Toltèques), par exemple, contribuèrent à mettre au goût du jour et pour un nouveau public, spiritualité et pèlerinages, en dehors de toute appartenance religieuse.

Dans le même temps, la découverte des autres traditions spirituelles, et leurs techniques corporelles comme le yoga, la sophrologie, la méditation offraient aux sédentaires urbanisés les armes pour lutter contre le stress de la vie citadine.

Quelques décennies plus tard, les baby-boomers parvenus à l’âge de la retraite, et ayant devant eux la perspective de belles années de vie, constituent un public fidèle et prosélyte. Les stages et formation se multiplient, les adeptes du livre, du coach ou de la technique qui a changé leur vie devenant à leur tour les témoins et porte-parole de leurs bienfaits.

Avec un sens de la formule évident, ces ouvrages s’adressent au lecteur sur le mode impératif (ou infinitif à valeur jussive) pour l’inviter à changer pour être lui-même !

 

 

La convergence des neurosciences et des spiritualités orientales, les découvertes concernant les mécanismes neuronaux, et les expériences scientifiques auxquelles s’est livré le moine Matthieu Ricard ont accéléré le rapprochement entre spiritualité et techniques de bien-être : désormais la méditation n’a plus comme but l’accès de chacun à une transcendance, mais bien l’accroissement de son propre être, la prise en charge de son stress et son adaptation aux conditions de vie actuelles. Connue tout d’abord sous le terme de Mindfullness à son arrivée sur les territoires francophones, la Pleine conscience est une forme de méditation préconisée par un nombre croissant de praticiens. Elle a désormais son congrès (à Biarritz, au printemps, c’est déjà une promesse de mieux être…). L’Université, elle, propose même un  Master 2 de Coaching-développement personnel en entreprise.

 

 

Le marché du développement personnel est ainsi devenu un  secteur florissant de l’édition. Les ouvrages de psychologie populaire ont enregistré une hausse de plus de 14 % de chiffre d’affaires entre mai 2015 et avril 2016, les thématiques évoluent, recyclant les préoccupations sociales et politiques à l’ordre du jour : sobriété dans la consommation, protection de la nature et place des  animaux, coaching des enfants et parentalité. Cette porosité des secteurs oblige éditeurs, libraires et bibliothécaires à faire tomber les barrières entre les différentes disciplines, et à imaginer de nouvelles présentations de leurs collections.

 

Critiques du développement personnel

Cette nouvelle forme de lecture, voire de croyance populaire suscite de nombreuses critiques. Didier Vrancken, dans Le travail sur soi vers une psychologisation de la société, s’interroge sur les nouvelles souffrances occasionnées par cet appel au changement permanent et à l’insatisfaction  qui en résulterait.

Par ailleurs, en incitant chacun à travailler sur lui-même, à changer son mode de fonctionnement et de relation aux autres, en somme, en devenant quelqu’un d’autre, les ouvrages et coaches de développement personnel l’assurent qu’il parviendra à un état supérieur de bien-être, d’empathie envers ses proches, d’adaptation à son environnement etc. Mais cette préoccupation de son propre bien-être, voire de son petit bonheur domestique n’implique-t-elle pas un repli sur soi, une désaffiliation du collectif ?

Robert Ebguy, auteur de Je hais le développement personnel relativise le pouvoir de formatage qui serait celui du DP, et du coaching. Pour lui, ces techniques ne s’adressent qu’à une facette de l’individu, celle de son adaptation à la société, mais ce n’est pas le tout de l’individu. Méditons cette pensée positive…

 

 

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