La permaculture, la nature pour modèle

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - par MCB

Réchauffement climatique, pollution, réduction de la biodiversité, autant de phénomènes qui poussent à rechercher des méthodes de culture moins nuisibles pour l’environnement. Et si la nature nous montrait la solution pour nourrir tous les hommes de la planète de manière durable ? C’est ce que prône la permaculture, concept basé sur l’imitation de la nature.

Ferme de Sourrou en Dordogne
Ferme de Sourrou en Dordogne

La permaculture s’exerce du potager au jardin d’agrément, du champ au balcon. Elle s’appuie sur les savoirs anciens et les connaissances scientifiques modernes. Mais elle est plus qu’un mode de culture, elle est aussi un mode vie qui repose sur une profonde réflexion pour la mise en place d’une société durable. Alors qu’est-ce vraiment que  la permaculture ? Comment s’organise-elle ? Comment utiliser ce mode de culture dans le jardin?

De la recherche d’un mode de culture durable et productif…

Le mot de permaculture est la contraction de l’anglais « permanent agriculture » (agriculture permanente en français). Les biologistes australiens Bill Mollison (1928-1916) et David Holmgren posent les bases de ce concept dans le livre Permaculture one paru en 1978 dans un contexte de crise pétrolière.

Leurs travaux sont nés d’un constat : l’agriculture moderne produit beaucoup mais elle demande aussi beaucoup d’énergie et d’espace. De plus, elle abîme les sols. Bill Mollison et David Holmgren proposent un mode de culture alternatif qui reproduit les conditions favorables des écosystèmes naturels tout en obtenant des rendements, en économisant les ressources (eau, énergies fossiles, etc.) et en limitant la charge de travail.

L’idée de départ est d’observer et d’imiter ce qui marche dans la nature. Les écosystèmes naturels sont en effet productifs et résistants. Ce sont des foyers de biodiversité et d’interactions, c’est-à-dire d’actions réciproques d’espèces les unes sur les autres. Tout se recycle et tout s’autorégule sans intervention humaine. Le milieu le plus remarquable est la forêt qui est très fertile grâce à l’humus.

La permaculture s’inspire d’autres expériences comme celles de l’agriculture traditionnelle des peuples premiers, de l’agroforesterie, de l’agriculture biologique, de l’agro-écologie et de l’agriculture naturelle.

…à une philosophie de vie

Au fil du temps, on est passé d’un système agricole novateur à une réflexion sur de la transition écologique et la mise en place de sociétés humaines durables. L’idée d’une « agriculture permanente » s’est transformée en idée de « culture de la permanence » dans tous les domaines : l’agriculture, l’énergie, l’habitat, la santé, etc. Elle incite notamment à produire et à consommer localement.

La permaculture est une philosophie de vie où tout est lié. Humains, plantes et animaux vivent en harmonie dans un environnement sain et auto-suffisant. Cette philosophie repose sur une éthique en 3 volets :

  • Prendre soin de la Terre car elle est la base de toute vie.
  • Prendre soin des êtres humains : satisfaire les besoins de chacun tout en permettant à l’environnement de prospérer.
  • Partager équitablement les ressources et les éventuels surplus de production avec son entourage.

Cette idée de partage se rapproche de la sobriété heureuse de Pierre Rabhi.

Des méthodes pour s’organiser…

La permaculture s’appuie sur différents outils qui découlent de l’éthique : les principes et le design. En 2002, le co-fondateur de la permaculture David Holmgren a défini 12 principes qui sont des lignes directrices et qui se concrétisent au niveau local avec le design.

Le design est la méthode de conception et d’aménagement de l’espace cultivé. Cette méthode est composée de différentes phases : phases observation du site à aménager, d’analyse, de planification du travail, de réalisation et d’évaluation.

L’espace est organisé en fonction des associations entre les plantes et l’interaction avec le climat, le relief, les animaux, les constructions et l’humain. On regroupe par exemple les végétaux qui ont les mêmes  besoins. On fait voisiner des plantes et les animaux qui éloignent des ravageurs et des maladies d’autres plantes (le souci protège la tomate d’un ver parasite). On dispose les plantes qui demandent beaucoup de soins près des habitations. Cette organisation est formalisée dans un plan d’implantation des cultures et des bâtiments.

Un projet bien conçu dès le départ permet au système de culture de fonctionner avec un minimum d’intervention humaine.

La ferme de Bec Hellouin en Normandie est une illustration de l’aménagement en permaculture. Créée en 2006 par Perrine et Charles Hervé-Gruyer, cette ferme est une des pionnières en France.

…à la mise en pratique de la permaculture au jardin

Il n’existe pas de techniques spécifiques à la permaculture. C’est le permaculteur qui choisit ses propres façons de faire en fonction de sa situation. Toutefois, la plupart des guides reviennent souvent sur la culture sur buttes ou la spirale végétale car elles sont efficaces pour produire beaucoup sur de petites surfaces et faciles à mettre en place. Mais avant tout, le pivot de la permaculture est de prendre soin du sol (prendre soin de la Terre, conformément à l’éthique).

L’essentiel du travail d’entretien est fait par les micro-organismes et les vers vivants dans les 10 à 30 premiers centimètres de la couche supérieure du sol. Cette faune draine et aère la terre par ses galeries. De plus, elle décompose les matières organiques en humus nourrissant les plantes.

 

Afin de préserver le sol, on bannit les pesticides et les engrais chimiques au profit des engrais verts. On ne retourne pas la terre avec une bèche, on l’ameublit avec une griffe ou une grelinette afin de ne pas détruire l’habitat de la micro-faune. On couvre le sol avec des déchets végétaux et du paillage. En fait, on crée un sol de sous-bois.

La terre n’est jamais nue pour éviter l’évaporation de l’eau, le lessivage des sols et la prolifération des herbes indésirables.

 

La butte est une surface surélevée par rapport au niveau du sol. Elle permet d’augmenter la surface de culture en utilisant les pentes et expose plus de plantes à la lumière du soleil. Elle permet aussi de moins se baisser pour travailler la terre et préserve le dos du jardinier. Cette technique de butte peut être associée à la culture en lasagne.

 

 

La culture en lasagnes est basée sur la superposition de différentes couches de matières organiques. Elle peut se pratiquer partout, quel que soit le sol d’origine : terre de mauvaise qualité, espace envahi de mauvaises herbes et même sur du béton.

La terre est améliorée par la décomposition des déchets verts accumulés pour former la lasagne. Elle permet donc de recycler des déchets, de cultiver sur un sol ingrat. En plus, on économise du travail humain car il n’est pas nécessaire de désherber la parcelle auparavant.

 

La spirale est devenue emblématique de la permaculture car elle est relativement simple à ériger et sa forme est omniprésente dans la nature, de la coquille de l’escargot au serpent enroulé sur-lui-même. La spirale est également un symbole culturel très ancien.

La spirale végétale est une petite construction en colimaçon de pierres sèches. Sa structure en pente crée différents microclimats dans un espace réduit. Elle offre à chaque plante un emplacement optimal selon ses besoins en sol, en eau ou en luminosité. Elle est le plus souvent destinée à y faire pousser des plantes aromatiques. Mais elle peut accueillir d’autres végétaux (légumes, fleurs, plantes médicinales, plantes mellifères pour attirer les pollinisateurs…).

 

La permacuture est applicable encore sous serres, en tunnels et châssis. Elle permet de récolter presque toute l’année. Cette technique repose sur la chaleur du soleil (effet de serre). Elle ne demande donc aucun apport de chaleur avec des appareils électriques ou à énergie fossile.

 

En guise de conclusion, la permaculture laisse chacun libre de se forger sa propre expérience, et si vous n’avez pas de jardin, vous pouvez tout de même pratiquer sur votre balcon .

 

Pour aller plus loin :

Permaculture. 02 : aménagements pratiques à la campagne et en ville, Bill Mollison, 2011

La révolution d’un seul brin de paille : une introduction à l’agriculture sauvage, Masanobu Fukuoka, 2013

La promesse de la permaculture : une démarche novatrice pour stopper le réchauffement climatique, construire un avenir plus résilient, revitaliser nos communautés, Jono Neiger, 2017

Débuter en permaculture, Alice Delvaille, 2018

Le guide de la permaculture au jardin : pour une abondance naturelle, Carine Mayo, 2014

La permaculture dans un petit jardin : créer un jardin auto-suffisant, Kurt Forster, 2014

Les 4 saisons du jardin, revue éditée par Terre vivante

Et pour les enfants : C’est quoi la permaculture ? : observe, comprends, imite, Mathilde Paris et Marion Tigréat, 2019

 

 

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