La légende Léonard de Vinci

- Modifié le 18/10/2018 par Anne Laure COLLOMB

On oublie volontiers que Léonard de Vinci, au-delà de l’exécution de la Joconde, tant réputée, fut un créateur, un inventeur de formes, de matières et un observateur de la nature environnante. Grâce à elle ou plutôt à travers elle, Léonard s’adonna à diverses expérimentations qui, témoignages de son effervescence créatrice, participèrent à l’élaboration d’un mythe, celui d’un artiste au génie universel.

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L'Annonciation, Musée des offices, Florence, source : wikimedia

La fortune critique

Au XVIe siècle déjà, dans Les Vies, le peintre et théoricien Giorgio Vasari participa à l’élaboration de cette légende en écrivant qu’« on voit l’influence céleste faire pleuvoir les dons les plus précieux sur certains hommes, souvent avec régularité et quelquefois d’une manière surnaturelle on la voit réunir sans mesure en un même être la beauté, la grâce et le talent et porter chacune de ces qualités à une telle perfection ».

Des premiers biographes donc aux études contemporaines menées par des grands noms de l’Histoire de l’Art comme Erwin Panofsky ou Daniel Arasse, Leonard de Vinci apparaît certes comme un inventeur brillant ayant joué un rôle dans divers domaines mais aussi comme un homme de son temps qui adapte et reprend des expériences ou idées déjà formulées à son époque.

Lors de l’émission La Fabrique de l’Histoire, pouvant encore être écoutée sur France Culture, Patrick Boucheron et Ana Sconza expliquent comment la légende de Léonard s’est constituée et diffusée, et ce de son vivant, mais aussi comment il fut peu considéré aux XVIIe et XVIIIe siècle jusqu’à sa « redécouverte » au XIXe siècle. Depuis, la légende d’un Léonard de Vinci inventeur et précurseur, alimentée au cours du XIX et XXe siècle, a été quelque peu déconstruite par les Historiennes et Historiens de l’Art.

Retour sur sa formation

leonard de vinci  Il en est ainsi de Daniel Arasse qui dans Leonard de Vinci étudie aussi bien sa formation, ses talents de peintre et de dessinateur que des aspects moins connus comme sa contribution aux décors éphémères, à l’architecture, à l’art des machines tout en les inscrivant, les resituant dans le contexte particulièrement fécond de la Renaissance.

Ainsi, né en 1452 à Vinci, petite ville de Toscane où il demeure jusqu’en 1468 – date à laquelle sa famille s’établit à Florence – il débute en 1469 sa formation dans l’atelier d un peintre, sculpteur et orfèvre Andrea Verrocchio. Bien qu’inscrit en 1472 à la corporation de Saint Luc, il est documenté auprès de son maître jusqu’en 1476.

De son séjour florentin, on retient les multiples dessins d’architectures, en plan et en élévation, les premiers intérêts pour tout ce qui est hydraulique avec notamment les projets de canalisation de l’Arno entre Pise et Florence et de nombreuses œuvres dont la peinture de L’Annonciation réalisée en 1472 dans l’atelier de Verrocchio et atribuée à Léonard de Vinci, le dessin en 1473 du Paysage de la vallée de l’ArnoMusée des Offices, Florence-, La Madonne à l’œillet vers 1473 – Alte Pinakothek, Munich – où le Portrait de Ginevra Benci, entre 1474 et 1476 – National Gallery of Art, Washington.

 

musée des offices, Florence, source : wikimedia

 

En 1481, lorsque Leonard de Vinci s’installe à Milan, il poursuit ses différentes recherches et perfectionne sa technique du sfumato, superposition de glacis qui, par son effet « embrumé », « vaporeux » adoucit les contours et donne un effet de contrastes évanescents. Durant son séjour, il s’adonne à diverses pratiques, se révèle un remarquable organisateur de fêtes et de décors éphémères, un artiste préoccupé autant par les problèmes d’architecture que les projets techniques et militaires. De cette période mais aussi des suivantes, qu’il s’agisse des séjours vénitiens, florentins, romain ou de son installation en France,  nous retiendrons la production particulièrement abondante de dessins.

Les dessins de Leonard de Vinci comme un précieux témoignage

A l’inverse des peintures, peu nombreuses, à peine quinze et souvent inachevées (ce qui explique  la transaction record réalisée par Christie’s New-York le 15 novembre 2017 avec la somme de  450,3 millions de dollars déboursée pour une œuvre, Le Salvatore Mundi, provenant d’une propriété privée), les dessins abondent.

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Dernièrement, Carlo Pedretti a consacré un ouvrage Léonard de Vinci : l’art du dessin (2017) dans lequel sont reproduites de simples esquisses mais aussi des œuvres parfaitement achevées.

Par ailleurs, le catalogue d’exposition Leonard de Vinci : dessins et manuscrits (2003) permet de confronter « deux formes d’écritures », celles du peintre et du savant.

Il importe en effet d’insister sur cet élément car, hormis les esquisses préparatoires aux peintures et aux fresques, il existe près de 6000 feuilles de dessins techniques pouvant être partagés en grands domaines : les  armes et machines de guerre, les machines hydrauliques, les machines volantes ou les appareils destinés aux divertissements et la mécanique générale.

Ces dessins, reliés dans des codex, désormais numérisés, sont consultables en ligne.

Le site réalisé par des étudiant-es, De Vinci l’inventeur, localise chacun d’entre eux et décrit en quelques lignes les caractéristiques de ces carnets de notes.

Ainsi, le Codex Arundel et le Codex de Madrid traitent de sujets aussi divers que l’anatomie, l’optique, la physique, l’architecture tandis que le Codex Forster comporte essentiellement des études d’ingénierie hydraulique.

Ces carnets illustrent également l’activité de Leonard de Vinci dans le domaine militaire et dans sa participation aux grands chantiers de son époque.

A ce propos, Pascal Brioist dans Léonard de Vinci, homme de guerre rappelle l’intérêt de Léonard pour la guerre, soulignant sa fascination pour la question militaire bien éloignée de l’image du penseur méditatif que l’on tend à donner de lui.

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Quant à Andrea Bernardoni et Alexander Neuwhal c’est un autre aspect qu’ils étudient dans Construire à la Renaissance : les engins de chantier de Léonard de Vinci (2014) : l’artiste curieux qui parsème ses dessins de vis, leviers, plans inclinés, poulies.

 

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A l’inverse des autres carnets, le Codex Windsor apparaît comme le plus grand recueil d’anatomie avec 600 dessins.picture

Cette pratique est amplement documentée dans Léonard de Vinci : Anatomies (2010) par Domenico Laurenza qui étudie notamment la dissection à Florence et à Rome

Vous pourrez accéder à tous ces codex via le site Léonard Digital, réalisé par la Bibliothèque Communale Léonard de Vinci.

 

En guise de conclusion et en attendant l’exposition qui aura lieu au Louvre à l’automne 2019, si vous souhaitez découvrir les œuvres de Léonard de Vinci, nous ne pouvons que vous conseiller de vous plonger dans les ouvrages de Pietro C. Marani (2003),  Kenneth Clark, (2005) ou Jérémie Koering (2007).

Certains musées comme le  Museo leonardiano ou le Château du Clos Lucé proposent des reconstitutions de ses modèles.

A noter, actuellement à Lyon à La Sucrière, l’exposition Da Vinci qui ne nous a pas totalement convaincues car si elle a le mérite de présenter de nombreuses reproductions faites à partir des dessins, elle a le défaut de ne pas proposer de prototypes manipulables qui rendraient compréhensibles les mécanismes à tout public, manque donc cet esprit « curieux » inhérent à l’œuvre de Léonard.

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