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Tchangodei / Red : Race track blues (2004)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 01/07/2016 par Alfons Col

Enregistré en 2004 sur son propre label Volcanic records , "Race track blues" est un album à part dans la discographie de Tchangodei.

Enregistré en 2004 sur son propre label Volcanic records , « Race track blues » est un album à part dans la discographie de Tchangodei. Pianiste d’origine béninoise mais installé à Lyon depuis plus de 30 ans, Tchangodei a connu une carrière internationale toute en restant dans sa ville d’adoption, multipliant les collaborations avec des stars du jazz de passage. Les très remarquables disques qu’il enregistre avec Archie Shepp, Steve Lacy, Louis Sclavis ou encore Mal Waldron dénote de sa carrure internationale.

La rencontre avec le guitariste Red, installé à Lyon depuis peu, donnera lieu à l’enregistrement de ce disque de blues viscéral, dans lequel chacun d’eux témoigne de son vécu et de son héritage musical. Le blues torturé constituait déjà une des musiques qu’affectionne Red (Olivier Lambin de son vrai nom) le voyage à travers toutes les musiques enracinées (blues, folk…) étant devenu sa raison d’être. Il a l’habitude de les triturer en y incorporant des samples et des effets électroniques.

Le pianiste lyonnais quant à lui, connaît évidemment le jazz sur le bout des doigts. Son jeu ample, intimiste et lyrique peut s’orienter vers un jeu plus grave, aux tonalités mineures. Son chant aux multiples intonations nous fait découvrir un artiste empreint lui aussi de cette musique devenue universelle, la traduction musicale d’un état d’âme partagé par tous.

Leur collaboration, devenue complicité tout au long des morceaux, donnera treize titres de blues foutraque dans lesquels les deux musiciens convoquent autant les origines du blues rural épuré et sauvage et la modernité d’un blues urbain, électronique et parfois angoissant. Mais la folie du duo n’a pas de règles. On peut entendre sur le même morceau des effets électroniques accompagnant un blues acoustique et mississippien (Bassouba) et une soudaine improvisation pianistique : Johnny Cash jouant avec Tricky, Tom Waits rencontrant Moby pendant que Burial remixe Mississippi John Hurt.

Le mélange parfois déconcertant reste d’une étrange modernité.
L’album s’ouvre sur « Factory blues », un electro-blues très efficace : le chant parlé-chanté et grave de Tchangodei soutenu par un riff de guitare rapide et efficace fait penser aux derniers sursauts d’un Gil Scott Heron.

« Rayures et Larsen blues » nous propose un univers déjà différent, un marimba hypnotique s’invite sur une rythmique de hip hop (avec craquements de vinyls) sur laquelle Tchangodei pose une voix fluette et enjouée.
Blues bancal encore sur le titre qui donne son nom à l’album, sometimes I feel alone miaule Tchangodei sur des nappes de slide stridantes.

Duo avec le contrebassiste Henry Texier, « Saint Lyon blues » revêt une atmosphère angoissante. Sur un fond sonore assourdissant les deux musiciens improvisent, seule la voix chaude et narrative du pianiste est là pour nous rassurer.

Un deuxième collaboration avec le contrebassiste « Bidonville blues » referme cet album riche et habité avec une fois encore une atmosphère sombre et déstructurée, empreinte de free jazz, musique qui fut l’origine de la rencontre du duo.

Après la domination des guitar-heroes, le « bastard blues » sera-t-il l’avenir du genre ?

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