A redécouvrir

Israelis Brünnlein / Johann H. Schein

- par Département Musique

L’influence de la musique italienne chez les compositeurs allemands, depuis la fin de la Renaissance s’est rarement démentie. De Roland de Lassus (1532-1594) à Jean-Sébastien Bach (mort en 1750), en passant par Heinrich Schütz, la musique germanique a su mûrir les fruits d’échanges incessants avec l’Italie.

Israelis Brünnlein
Israelis Brünnlein

Subdivision du choeur, introduction des instruments dans la musique vocale, puis du continuo baroque, rôle du soliste ou théâtralisation du chant.. sont parmi les innovations que les musiciens allemands vont acclimater à leur musique.

Le madrigal italien, florissant au XVIè siècle, est un bel exemple de cette incorporation. Ce genre vocal introduit de nouveaux moyens d’expression qui rendent le texte plus vivant : effectif allégé du chœur (parfois divisé), parties solistes, contrastes rythmiques, accompagnement instrumental, emploi de dissonances et de figuralismes, ces façons de traduire par le chant un mouvement, une émotion.

Heinrich Schein (1586-1630), qui fut plus de 100 ans avant Bach, le Cantor de la Chapelle St- Thomas de Leipzig, donne avec son cycle de madrigaux spirituels Les Fontaines d’Israël (1623), un des plus beaux exemples de l’infusion du madrigal dans la musique luthérienne, en même temps qu’un des premiers manifeste du baroque allemand.
Le musicien y revendique le style d’une « peinture en musique », et la « manière du madrigal italien », tout au long de ces 26 pièces sur des fragments de l’Ancien Testament traduits par Luther.

Les ressources expressives du madrigal profane s’y trouvent magnifiquement enchâssées dans la thématique sacrée, grâce à un art souverain de la nuance qui suit pas à pas les inflexions dramatiques du texte. Le chœur y chante l’espérance et la louange au coeur des vicissitudes de l’existence et des faiblesses de l’âme. L’affliction et l’espoir, la détresse et la joie sont l’occasion pour le musicien de transposer les affects du madrigal profane dans le registre spirituel, donnant aux voix anonymes du texte biblique un corps sensible, d’une émouvante humanité.

Sous la direction de Philippe Herreweghe, l’Ensemble vocal Européen nous offre un objet musical et acoustique parfait. L’esthétique du madrigal se noue à la trame biblique aussi bellement que les voix individuelles au chœur, que les détails à l’ensemble.

Plus de 20 ans après, cet enregistrement n’a pas pris une ride, et il demeure à ce jour le plus complet de l’œuvre (amputée ici de 5 madrigaux). Ce cycle majeur figure au côté des plus belles réussites du maître de la musique allemande de l’époque Heinrich Schütz (1585-1672) dans le domaine du concert spirituel. Il vient s’inscrire dans une trajectoire qui inaugure le baroque allemand et conduira au dramatisme sacré des Passions de Bach.

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