A redécouvrir

Os Mutantes

- par Luke Warm

50 ans plus tard, le premier album des brésiliens Os Mutantes reste d’une modernité étonnante

Os Mutantes
Os Mutantes

1968 fût une année de bouleversements socialement, politiquement mais également musicalement dès lors que les musiciens essayaient de coller au vent de liberté et de contestation qui soufflait sur les sociétés occidentales.

Au Brésil, le dictature sévit depuis alors 4 ans et se durcit année après année. Contre cet ordre nationaliste et le traditionalisme qui guide alors la création musicale, plusieurs artistes inventent le tropicalisme introduisant l’électricité et le psychédélisme dans une musique brésilienne ronronnante, ouvrant la bossa nova à la pop et à l’avant-garde musicale, essayant d’ouvrir un Brésil recroquevillé aux influences étrangères et aux mouvements libertaires.

Les figures les plus prégnantes de ce mouvement resteront sans doute Caetano Veloso et Gilberto Gil notamment au travers du manifeste discographique tropicaliste, Tropicália ou Panis et Circencis, auquel participe aussi le groupe Mutantes qui sert aussi de backing band à Gilberto Gil depuis l’année précédente.

Tropicália ou Panis et Circencis ne précède que de quelques jours le premier album éponyme du groupe appelé alors Os Mutantes. Os Mutantes est un trio formé en 1964 par les frères Baptista auquel s’adjoint la chanteuse Rita Lee et qui se nommera successivement Wooden Faces, Six Sided Rockers et O Conjunto avant de s’arrêter définitivement sur Os Mutantes.

Particulièrement inventif, le trio compose une pop psychédélique ouverte aux influences de la musique concrète et aime expérimenter en studio respectant ainsi l’esprit du tropicalisme : foncièrement brésilien (dans la langue, dans les rythmes, dans les instrumentations) mais ouvert sur le monde.

Épaulé à l’écriture par Gilberto Gil, Caetano Veloso ou Jorge Ben, le groupe s’épanouit au sein d’arrangements piochant aussi bien dans la pop baroque sous acides des Beatles (Panis et Circenses, Ave Genghis Khan), la musique concrète (samplant des sons environnementaux ou une bombe aérosol sur Panis et Circenses ou Adeus Maria Fulô), le rock psychédélique (la guitare fuzz ou le feedback de A Minha Menina ou Bat Macumba), une pop pastorale –bonjour la flûte– très frenchy (sur l’inoxydable reprise de Françoise Hardy Le premier bonheur du jour) ou un swing exotica (Senhor F).

A la fois totalement dans l’air du temps et inoxydable.

Os Mutantes ne retrouvera jamais la flamme de ce premier jet malgré des albums recommandables avant une fâcheuse dérive vers le rock progressif.

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