Ite missa est

Musiques de messes non conventionelles

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - par Civodul

La composition musicale dite "messe" est soigneusement codifiée : texte latin figé, ordre immuable des séquences. Les compositeurs mettent naturellement davantage l'accent sur la musique plutôt que sur la liturgie et se concentrent plus volontiers sur l'ordinaire (partie immuable, par opposition au propre qui change en fonction de circonstances particulières). De là une forme standardisée, qui certes a généré des chefs-d'oeuvre, mais dont ont voulu s'affranchir certains musiciens en proposant des formes originales, soit qu'ils renoncent à la langue officielle latine soit qu'ils adoptent des formes non conventionnelles ou ethniques. Voici un petit échantillon de messes qui eurent envie de sortir du rang.

Dès que la liturgie de la messe a été fixée, les compositeurs ont été tentés d’emprunter des thèmes ou mélodies profanes, qui se sont ainsi trouvés recyclés en musique « sérieuse ». C’est le principe de la messe-parodie qui s’approprie un timbre populaire : Missa di dadi,  l’ami Baudichon ou l’incontournable homme armé, pour n’en citer que quelques unes.

Ce procédé éprouvé est repris par Bernard Lallement dans sa Missa Gallica, œuvre originale prenant la forme d’une messe en latin, mais dont les morceaux sont des airs traditionnels français (sauf un provenant du Québec). Rien de nouveau sous le soleil,  biniou et harpe à l’appui, les mélodies  modales des provinces retournent naturellement au giron du plain-chant en un grand cycle des terroirs, car il est connu que tout est dans tout, et réciproquement : d’ailleurs le thème du Kyrie n’est-il pas également le motif principal de la Symphonie cévenole de Vincent D’Indy …

 

  • La Messe glagolitique est composée en 1926 par le tchèque Leos Janacek. Elle reprend une liturgie en vieux slave, notée en alphabet glagolitique. C’est une oeuvre originale qui déborde d’une vitalité profane sympathique, un arrière-goût de joyeuse fanfare Stravinskienne peut-être, une messe cuivrée et pêchue :

 

  • La Missa criolla du compositeur argentin Ariel Ramirez date de 1964, elle abandonne, sous l’impulsion de Vatican II,  le latin pour l’espagnol et, s’adressant aux peuples d’Amérique du sud, incorpore des instruments et rythmes indigènes.

 

  • La Missa tango annonce la couleur. Quoiqu’elle n’innove pas au niveau du texte (latin) elle se démarque rythmiquement et fait la part belle au traditionnel bandonéon, instrument fétiche du tango :

 

 

  • Missa Luba est une version des textes de l’ordinaire du rite romain utilisant des chants traditionnels congolais. Elle a été arrangée par un franciscain belge, le Père Guido Haazen. La première version date de 1958.

 

  • Bob Chilcott, compositeur anglais et ancien membre des King’s Singers propose une version jazz du texte latin :

Autre version jazz anglaise, dans l’esprit du gospel la « Little jazz mass » de Will Todd.

 

  • La Finlande, qui possède le plus grand nombre de groupes de métal par habitant propose une version heavy metal des hymnes. L’instigateur du projet, animé d’une ferveur authentique et communicative,  tourne hostie-siblement le dos à la tradition tiède, car affirme-t-il  « ces textes forts exigent une musique forte » :

 

  • La Missa Gaïa (Earth Mass ou Messe de la Terre) est une composition de Paul Winter (1982). Elle comprend, outre les textes traditionnels de l’ordinaire, des sections spécifiques célébrant la création et particulièrement les animaux, dont certains cris sont habilement incorporés aux mélodies. Un avant-goût de Laudato si’ ,  et une messe aux évidents accents franciscains.

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