A redécouvrir

Béatrice et Bénédict / Hector Berlioz (1992)

- temps de lecture approximatif de 2 minutes 2 min - Modifié le 01/07/2016 par Civodul

Berlioz compose Béatrice et Bénédict à l'automne de sa vie, c'est déjà un homme usé, miné par la maladie. On ne trouve pourtant dans cet opéra ni tristesse ni aigreur mais c'est bien plutôt le triomphe de l'amour et de la jeunesse qui y est joyeusement célébré.

 

S’inspirant du drame de Shakespeare « Beaucoup de bruit pour rien » Berlioz n’en retient que l’intrigue secondaire centrée sur Béatrice et Bénédict, « gais et spirituels, qui se déchirent dans de brillantes joutes oratoires alors que tout semble pourtant devoir les rapprocher ». Leur entourage n’aura de cesse que les deux jouvenceaux, d’abord inconscients de leur amour réciproque n’acceptent enfin cette douce tyrannie.

Le propos est léger, dans la lignée des comédies shakespeariennes pleines de verve et d’humour et Berlioz, qui fut critique musical autant que musicien, l’agrémente de saillies parodiques à l’attention des musiciens qu’il moque aimablement (personnage satirique de Somarone qui brocarde les travers de l’académisme musical). En d’autres temps cette charmante comédie se fût peut-être appelée opérette car tous les ingrédients en sont réunis (dialogues parlés, légèreté de l’intrigue, intermèdes comiques) … quoiqu’on oserait à peine le vocable tant la musique en est noble et altière. L’ouverture splendidement orchestrée est une merveille de grâce et de fantaisie, quelques airs (tantôt d’une vaillance virile avec Bénédict, tantôt d’un charme délicieusement féminin avec Héro) sont magnifiques. Remarquables également sont les ensembles, pour lesquels Berlioz semble avoir été divinement inspiré : le duo bucolique d’Héro et Ursule est une splendeur vocale, tout comme le long trio féminin dramatique qui semble faire pendant au trio masculin bouffe accompagné par un orchestre bondissant. Comédie certes mais, comme l’a exprimé un critique « le rire qui parcourt l’opéra a trop souvent l’amertume des larmes ». L’ambivalence de l’atmosphère, la variété des situations et des ambiances musicales concourent à faire de Béatrice et Bénédict un chef-d’oeuvre d’originalité et de poésie.

La version proposée par l’Opéra National de Lyon est de toute beauté. La distribution vocale est impeccable (Sylvia McNair est une Héro d’une adorable fraîcheur, Jean-Luc Viala un Bénédict d’une mâle assurance tout à fait convaincante.) Les chœurs, comme toujours excellents font merveille, autant dans la crudité des scènes de ripaille que dans la douceur des commentaires de l’heureux hyménée. L’orchestre plein d’allant, de grâce et d’élégance sous la baguette avisée de John Nelson n’est pas en reste et contribue à la réussite de ce bel enregistrement de 1992 (déjà !). A redécouvrir absolument.

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