1914-1918 : La chanson dans la Grande Guerre

- temps de lecture approximatif de 27 minutes 27 min - Modifié le 06/09/2019 par GLITCH

Média et air du temps, instrument de propagande, de réconfort ou de révolte, la chanson fut une actrice à part entière de la Grande Guerre

14-18, la guerre en chansons
14-18, la guerre en chansons 14-18, la guerre en chansons

I. La chanson : média et phénomène de société

La vie musicale en France au début du XXè siècle est d’une grande richesse : goguettes, cabarets et café-concerts, sociétés orphéoniques, harmonies et fanfares : la musique est alors une pratique éminemment collective.

Dans les campagnes, on joue, on chante des airs traditionnels ou des chansons lors des fêtes civiles, religieuses ou agricoles, dans les banquets d’associations, au son des harmonies et fanfares bigophoniques. Le musicien Wilhem fonde en 1833 le mouvement orphéonique qui fédère des milliers de sociétés musicales rassemblant choristes et souffleurs un peu partout dans le pays.
Cherchant dans l’esprit de son fondateur l’union des cœurs à travers celle des voix, il participe d’une sociabilité musicale et chansonnière, tout comme le mouvement plus ancien des goguettes, réunions de chanteurs amateurs où se créent nombre de chansons, dans un registre souvent grivois et parfois contestataire.

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Goguettiers vus par Daumier

La Lyre Joyeuse d’Avoine

 

 

 

 

 

 

 

Dans les villes, les café-concerts puis le music-hall inventent les variétés : sur scène défilent numéros de cirques, saynètes dansées, extraits d’opérettes et chansons dans une ambiance bruyante et enfumée où les chanteurs doivent donner de la voix pour se faire entendre. A Paris, les cabarets de la rive gauche comme Le chat noir se destinent à un public plus littéraire, plus bourgeois et programment surtout de la chanson, promouvant des artistes comme Aristide Bruant ou Yvette Guilbert.

Chargé de recenser et de censurer la littérature de colportage au Ministère de la Police, Charles Nisard écrit en 1867 à propos des seules goguettes de Paris et sa région :

« En supposant au minimum que quatre cent quatre-vingts sociétés n’aient chacune que vingt membres ; cela fait neuf mille six cents chansonniers, chacun d’eux fait une chanson au moins tous les mois, on a donc tous les ans cent quinze mille chansons nouvelles« .

La chanson parle de tout -ou presque. Evènements de l’actualité, inventions, modes, personnalités… tout ce qui fait la vie quotidienne est traité en chansons. Tout comme la presse la chanson est un véritable média, véhicule d’informations, d’opinions et d’humeurs collectives.

« Les œuvres écoutées par la foule agglomérée, sujette à des sortes de commotions électriques, exerçaient une influence rapide et communicative bien plus profonde que celle du livre ou du journal,qui n’agissent jamais que sur des individus isolés »
écrit Maxime du Camp,
(Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie durant la seconde moitié du XIXe siècle (1875)

Ou comme l’écrira plus tard Boris Vian, la chanson est un « commentaire permanent à l’existence sous toutes ses formes » (cité dans l’article en ligne Le chant des possibles)

Colportée encore par les chanteurs de rue, diffusée en masse sous forme de feuillets et autres partitions petit format, bientôt dupliquée et amplifiée par l’industrie du disque en plein essor, chantée sur scène ou entre goguettiers, la chanson contribue à dire et à faire la société. Même si l’apparition du 78 tours vers 1910 et plus tard la radio vont favoriser les pratiques individuelles et domestiques, la chanson implique encore « la proximité chaleureuse, la présence physique, le lien corporel entre les participants, et non une structure d’écoute séparée, médiatisée, privatisée, comme ce sera le cas par la suite, dans l’ère industrielle de la musique et du spectacle. » (Chanson sociale et chanson réaliste, par Catherine Dutheil-Pessin)

II. Chansons d’avant guerre : un air de revanche

La défaite de 1870, la perte de l’Alsace et Lorraine hantent la mémoire collective. La fièvre patriotique est entretenue dans l’armée, les écoles , et le pays est agité d’un désir de revanche qu’incarnent des mouvements politiques comme le boulangisme ou les Ligues et qui s’exacerbe avec l’affaire Dreyfus.

 

Porteurs de flamme

Paul Déroulède, écrivain et fondateur de la Ligue des Patriotes, est une des plumes les plus fécondes de ce mouvement. Un de ses recueil « Les chants du soldat » (1872) sera distribué et utilisé dans les écoles, et parmi ces chants Le Clairon restera longtemps le symbole de cette chanson qui sublime le courage du soldat français :

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Partition du « Clairon »

L’air est pur, la route est large,
Le Clairon sonne la charge,
Les Zouaves vont chantant,
Et là-haut sur la colline,
Dans la forêt qui domine,
Le Prussien les attend
(…)

Il est là, couché sur l’herbe,
Dédaignant, blessé superbe,
Tout espoir et tout secours ;
Et sur sa lèvre sanglante,
Gardant sa trompette ardente,
Il sonne, il sonne toujours.

 

De nombreuses chansons expriment ce désir de revanche exaltent la nécessité et l’imminence d’une nouvelle guerre.
Une chanteuse, Amiati, s’est faite spécialiste de ce répertoire de la chanson revancharde, passage obligé de tout spectacle de café-concert de la fin du XIXè :

Alsace et Lorraine (Amiati, 1871)

Mais le grand jour où la France meurtrie
Reformera ses nouveaux bataillons,
Au cri sauveur jeté par la patrie,
Hommes enfants, femmes, nous répondrons.
Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine
Et, malgré vous, nous resterons Français
Vous avez pu germaniser la plaine
Mais notre cœur vous ne l’aurez jamais

Le fils de l’allemand (Amiati, 1882)

Va passe ton chemin, ma mamelle est française
N’entre pas sous mon toit, emporte ton enfant
Mes garçons chanteront plus tard la Marseillaise
Je ne vends pas mon lait au fils d’un Allemand.

Une des chansons les plus connues de ce répertoire est sans doute « Un oiseau qui vient de France », créée en 1885 par Soubise et Boissière, au lyrisme naïf et vibrant :

 

Il venait de la plaine en fleur,
Et tous les yeux suivaient sa trace,
Car il portait nos trois couleurs,

 Qui flottaient gaiement dans l’espace. 

Mais un soldat vise et fait feu,
Un long cri part et l’hirondelle,
Tout à coup refermant son aile,
Tombe expirante du ciel bleu !

L’ami bidasse

D’autres chansonniers, dont le célèbre Fragson, appellent les jeunes conscrits à leur devoir patriotique dans l’attente de la revanche

En avant les p’tits gars (1913, Fragson)

Tu viens d’avoir vingt ans
Et c’est l’âge où la France t’appelle
Embrasse tes parents
Car il faut les quitter pour elle

En avant, mon p’tit gars, c’est la vie
Va-t-en gaîment
Au régiment
Et redis en chemin
Ce refrain

Allons enfants de la Patrie
Faisons résonner le pavé
L’ jour d’espérance est arrivé !

Un répertoire spécifique dédié à la chanson de soldat se crée, qui met en scène « l’ami bidasse », sympathique et gaulois, et les joyeusetés de la vie de régiment. Le comique troupier est à la mode, et propulse les premières « vedettes » de la chanson, comme Bach ou Polin, dont le disque commence à fixer les prestations :

Nous sommes les trouffions (Polin, 1911)

Dans le beau métier militaire
Le dimanche pour se distraire
On va se promener le long des trottoirs
Jusqu’à l’heure de la soupe du soir
Alors on regarde aux terrasses
Les gens qui mangent des choses cocasses ;
On se dit ça doit être fameux
Et on en mange avec les yeux
Ca nous donne faim et en rentrant
On trouve le rata épatant !

Nous sommes les pauvres trouffions
Qui dans les poches n’ont pas le rond
Marchant mélancoliquement, nonchalamment ;
Et quand on passe devant les restaurants,
Aux ceinturons nous ajoutons deux crans
Nous reniflons, puis nous repartons
Nous sommes les pauvres trouffions

Dissonance, dissidence

Quelques voix dissidentes se font entendre, dans la longue tradition de la chanson sociale, qui des sans-culottes aux canuts et à la Commune, de la Carmagnole (1792) à L’Internationale (1871) en passant par le Temps des Cerises (1866) tisse en chansons le fil rouge des aspirations ouvrières.
Un des hérauts de cette chanson contestataire de l’époque est Gaston Montéhus, qui chante le refus des soldats du 17è régiment d’infanterie de marcher contre les vignerons du Languedoc en révolte, en 1907 :

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Gloire au 17è (Montéhus, 1907)

Légitim’ était votre colère,
Le refus était un grand devoir.
On ne doit pas tuer ses père et mère,
Pour les grands qui sont au pouvoir.
Soldats, votre conscience est nette :
On n’se tue pas entre Français ;
Refusant d’rougir vos baïonnettes
Petit soldats, oui, vous avez bien fait !

 

 

Il écrit aussi cette chanson, interdite et pour laquelle il fut condamné pour « incitation à l’avortement » :

La grève des mères (Montéhus, 1905)

Refuse de peupler la terre !
Arrête la fécondité !
Déclare la grève des mères !
Aux bourreaux crie ta volonté !
Défends ta chair, défends ton sang !
À bas la guerre et les tyrans !
Pour faire de ton fils un homme,
Tu as peiné pendant vingt ans,
Tandis que la gueuse en assomme
En vingt secondes des régiments.

III. La guerre est déclarée

La chanson, média universel dans la France de 1914 devient un front moral de la guerre. Par un travail systématique de censure, les pouvoirs publics aident à promouvoir une chanson patriotique souvent sans nuances, censée galvaniser les « pt’its gars » du front, et entretenir pour les civils, à l’arrière, l’idée d’une guerre nécessaire, héroïque et bien vécue par les soldats.

De l’œil et des ciseaux

Toutes les chansons nouvellement créées, mais aussi celles du répertoire existant, sont soumises à un examen préalable des services de police :

« Les chansons écrites en France au cours de la première Guerre mondiale (…) sont toutes déposées aux archives de la Préfecture de police de Paris, du fait de la censure préalable. (…) Il y a là près de 12000 textes… »
(Chanson et société, Calvet, p.119)

L’étude Censure, secret et opinion en France de 1914 à 1919 de O. Forcade, fait état de 25000 chansons visées par la censure durant cette période. Extrait d’un PV de police :

L’enquête à l’effet de rechercher l’origine d’une chanson antimilitariste adressée le 7 octobre 1917 par un sieur André CH…. à son frère Gilbert CH…..interceptée par le Contrôle Postal de Troyes, a établi que cette chanson avait été copiée et remise à André CH. par le jeune Raoul R.(…)
Ce jeune homme interrogé a déclaré avoir entendu chanter la dite chanson à la « Maison du Peuple »(…)au cours de réunions de socialistes (…). Il n’a pu toutefois désigner les noms de ceux qui l’avaient chantée.
Bonnetier, Raoul R. jouit d’une mauvaise réputation. Ses parents, honorablement connus ignorent ce fait. Ils passent pour avoir des sentiments très patriotiques.
[La chanson] s’est répandue depuis à Conflans-sur-Seine et à Marcilly-sur-Seine où elle est en vogue actuellement.
Transmis à Mr le Chef de Bataillon chef du SR en lui faisant connaître que je fais exercer une surveillance spéciale dans cette région, où semblent se trouver des éléments antimilitaristes et pacifistes.
Le Commissaire Spécial, Chef de Sûreté

Hardi les pioupious !

Dans ces conditions, seul le répertoire édifiant et belliqueux propre à soutenir l’engagement militaire passe la rampe des salles de spectacle et de l’enregistrement discographique.

Verdun, on ne passe pas (Bérard, 1916)

Les ennemis s’avancent avec rage,
Énorme flot d’un vivant océan,
Semant la mort partout sur son passage,
Ivres de bruit, de carnage et de sang ;
Ils vont passer… quand relevant la tête,
Un officier dans un suprême effort,
Quoique mourant, crie : À la baïonnette
Hardi les gars, debout, debout les morts !

 

Etonnante, cette autre chanson de Bérard, sur un air à boire ou à danser :

La valse bleu horizon (Bérard, 1917)

C’est la valse « bleu horizon »
Qui vous fait passer des frissons
Valse guerrière
Glorieuse et fière
Nos soldats, le cœur plein d’entrain
Sous le feu, narguant le destin,
La chantent au son du canon
La valse « bleu horizon »

Ca va barder !

Un des principaux promoteurs de cette chanson de guerre pendant le conflit sera le barde breton Théodore Botrel, chantre de la Bretagne chouanne et de la France traditionnelle, rendu célèbre par La paimpolaise . Enrôlé par le ministère de Guerre afin se rendre « dans tous les cantonnements, casernes, ambulances et hôpitaux pour y dire et chanter aux troupes ses poèmes patriotiques » (Barrès, Préface aux « Chants du bivouac »), il écrira de nombreuses chansons, réunies notamment dans ses « Chants du bivouac », publiés en 1915

On y trouve par exemple :

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C’est ta gloire qu’il nous faut

Quand, par delà la frontière,
On insulta le drapeau,
Dans un élan de colère
Nous chantâmes aussitôt :

C’est la guerr’, la guerr’, la guerre.
C’est la guerre qu’il nous faut !

 

 

Botrel écrit aussi une de ces chansons typique d’une certaine vision de l’arrière -des « embusqués », disent les poilus, qui transforment les horreurs du front en mignardises sympathiques.

Ma p’tite mimi (Botrel, 1915), joue ainsi sur le registre de l’érotisation familière des armes :

 

Illust : Botrel en tenue, 35.6 ko, 359x563

Botrel en tenue

Quand elle chante à sa manière
Taratata, taratata, taratatère
Ah que son refrain m’enchante
C’est comme un z’oiseau qui chante
Je l’appelle ma Glorieuse
Ma p’tite Mimi, ma p’tite Mimi, ma mitrailleuse
Rosalie me fait les doux yeux
Mais c’est elle que j’aime le mieux
Plein d’adresse
Je la graisse
Je l’astique et la polis
De sa culasse jolie
À sa p’tite gueu-gueule chérie
Puis habile
J’la défile
Et tendrement je luis dis
« Jusqu’au bout, restons unis
Pour le salut du pays »

 

 

Autre thème classique de la chanson de guerre, la haine du « boche », ennemi absolu, dépouillé de toute humanité à force de cruauté, ramené à l’état de bête sale et nuisible.

Botrel, toujours, dans la Kaiseriole (1914)

Ils traitent les vases de Sèvres,
Les vases du Japon, si mièvres,
Les vases de Rouen, les biscuits
Comme s’ils étaient tous… de Nuits ;

Bien que surpris à l’improviste
Nous les pourrions suivre à la piste :
Levons les pieds ! Pouah ! quelle odeur !
Enfin ! ! cela porte bonheur !

Vincent Scotto ne s’embarrasse pas, en 1916 :

Les boches c’est comme des rats
Plus on en tue et plus y’en a !
(…)
Les boches ah les sales bêtes
Faut toujours qu’ça vous embête

Et dans une tonalité nettement plus dramatique, cette chanson de Cami et d’Abzac :

La troisième couleur (1916)

C’était un tout petit enfant
Un bambin de trois ans à peine
Près de lui tomba sa maman
Percée par les balles prussiennes
Et courroucé d’être battu
L’officier au casque pointu
Aux soldats donna l’ordre atroce
De fusiller le pauvre gosse

Soudain l’officier blémissant
Pousse un cri de rage et de haine :
Car sur ses habits bleu et blanc
Le sang français du pauvre enfant
Pour braver les prussiens encore
Formait le drapeau tricolore

A l’unisson

L’Union sacrée qui réunit toutes les forces politiques et syndicales autour de l’effort de Guerre semble se réaliser aussi dans le monde de la chanson : témoin le surprenant revirement du « rouge » Montéhus. Mettant en suspens ses accents pacifistes d’avant-guerre, et après avoir en son temps chanté Clairon de malheur (ca. 1906) il reprend l’air du Clairon, de Deroulède dans sa
Lettre d’un socialo (Déroulède – Montéhus, 1914) :

Qu’il sache que, dans la fournaise
Nous chantons « La Marseillaise »
Car dans ces terribles jours
On laisse « L’Internationale »
Pour la victoire finale
On la chantera au retour

Il change même les paroles de l’Internationale dans La guerre finale

vous les gueux vous les gens d’misère
les risque tout les anarchos
crions toujours guerre à la guerre
et pour l’abattre prenons l’flingot

IV. Chansons de soldats

Au front, sur les premières lignes, le silence de l’attente et le fracas des bombardements éloignent toute musique. Mais sur les lignes arrières, les soldats passent le temps et se distraient en chanson.
On chante les airs célèbres à Paris ou les chansons traditionnelles, on les adapte sur des paroles créées pour l’occasion, recopiées à la main dans des cahiers de chansons, diffusées sur les feuillets imprimés et petits formats, feuilles de chou et presse de tranchée. Les instruments sont souvent fabriqués sur place avec les matériaux du bord

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Au cabaret du front

Donc, on chante : tranches de vie (la nourriture, le confort, les femmes…), dissertations patriotiques, loufoqueries.. Le quotidien des poilus se fait récit, image chantée : on dit sa peine, on en rit aussi, on évacue la peur, on extrait du chaos infernal et absurde des vignettes drôles, tendres, acides, amères ou pittoresques : il y a dans cette activité une forme d’hygiène et de « survie mentale » en même temps qu’un délassement, « madeleine de Proust chargée des souvenirs de la paix » (Chansons de la grande guerre, Serge Dillaz)

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Parfois c’est tout un théâtre qui se bricole et une revue qui s’improvise, on recrée l’ambiance du café-concert ou de la veillée de village, on s’amuse, on met en scène et on évacue en même temps le quotidien des tranchées, en recréant les distractions de la vie civile.

 

« Les théâtres surgissent dans les villages en ruines ; même pour quelques heures, le moral y puise, non pas des motivations, mais l’évasion »
(Revenez-y : chansons du front, Mauduit, in La musique au fusil, Ribouillault, 1996)

Du pinard et des chansons

Face à la profusion des textes et chansons produites sur le front, l’Etat lance en plein conflit (1915) un concours de chanson du soldat : plus de 12000 manuscrits furent reçus « tous plus plats les uns que les autres, pas une chanson chantable » d’après les compte-rendus officiels (Une heure de musique avec les chansons de la guerre, J. Germain (1930) in Ribouillault, op. cit.p.124)

Omniprésent et donc stratégique, le divertissement du poilu fait l’objet de soins attentifs de l’administration militaire. Souci du moral des troupes, mais également souci de superviser les épanchements théâtraux ou chansonniers des soldats.
Marches militaires et hymnes cocardiers sont servis avec le rata. Mais le poilu n’est pas forcément friand de musique obligatoire : le déplacement de fanfares militaires pour remonter le moral des troupes n’a pas toujours le succès escompté… :

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Concert militaire

« Quand les musiques militaires que nous détestions reçurent l’ordre de nous distraire officiellement et de nous remonter le moral, elles furent systématiquement boycottées. Le soldat fit la grève parlée. On dut l’obliger à la présence(…) »
(Témoignage d’un converti, Ghéon, in Ribouillault, op. cit. p.64).

 


Alors l’armée demande aux vedettes de l’époque de se produire, notamment dans le cadre du Théâtre aux armées de la République. Botrel le national, on l’a vu plus haut, mais aussi le fantaisiste Bach, qui va populariser LE tube des tranchées : La Madelon. Cette chanson créée en mars 1914, fut pourtant d’abord un échec, mais la guerre en fera un standard du répertoire militaire :

Quand Madelon vient nous servir à boire
Sous la tonnelle on frôle son jupon

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Partition de la Madelon

Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sévère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !

Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend et que l’on épousera
Mais elle est loin, bien trop loin pour qu’on lui dise
Ce qu’on fera quand la classe rentrera
En comptant les jours on soupire
Et quand le temps nous semble long
Tout ce qu’on ne peut pas lui dire
On va le dire à Madelon
On l’embrasse dans les coins. Elle dit : « Veux-tu finir… »
On s’figure que c’est l’autre, ça nous fait bien plaisir.

Nostalgie et gaillardise, la Madelon incarne une figure à la fois désirable et tutélaire, prodigue d’ivresse et de bons soins, amie de chacun et mère de tous, sorte de Marianne des soldats qui éconduit ainsi son soupirant : Et pourquoi prendrais-je un seul homme / Quand j’aime tout un régiment ?(…) Tu n’auras pas ma main / J’en ai bien trop besoin pour leur verser du vin

La chanson expose également le thème de la misère sexuelle qui finit par devenir récurrent dans la chanson de soldat.
Ainsi Vincent Scotto chante-t-il crûment Le cri du poilu (1916)

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A nos poilus qui sont au front
Qu’est c’qui leur faut comme distraction
Une femme, une femme

Qu’est c’qui leur f’rait gentiment
Passer un sacré bon moment
Une femme, une femme
Au lieu d’la sal’ gueule des allemands
Ils aim’raient bien mieux certain’ment
Une femme, une femme
Cré bon sang qu’est-c’qu’y donn’raient pas
Pour t’nir un moment dans leur bras
Une femme, une femme

 

Chanteurs engagés

A côté de l’officiel « Théâtre aux armées » pour lequel sont enrôlés de nombreux artistes, la guerre de 1914 voit également naître des initiatives comme « La chanson aux blessés » œuvre caritative fondée par la chanteuse Eugénie Buffet (1866-1934), dite la « Cigale nationale »

Un soir (…), j’eus l’idée de distraire mes poilus en leur chantant une chanson. (…)la Chanson n’est-elle point ce qui berce le mieux la douleur ? La chanson n’est-elle point le plus sûr remède offert aux maux qui nous accablent ? Ah ! quelle magnifique intuition j’avais eu là (…) ! Cette première chanson,(…) fut pour tous, ces pauvres enfants, quelque chose d’inoubliable… Quelle joie, quelle récompense et quelle fête ! Dès lors, ce fut tous les soirs, après la soupe, que je les endormais ainsi… et ils m’écoutaient, ravis, avec des étonnements dans les yeux, immobiles sous leurs draps, et ils souriaient, de ce bon et pâle sourire que donne l’espoir au cœur de la souffrance ; puis, bercés, soulagés, calmés, ils s’endormaient ; et j’étais heureuse… Cette action bienfaisante de la chanson sur les blessés n’était pas douteuse »  »
Ma vie, mes amours, mes aventures« , 1930

JPEG - 15.7 koAffiche du Théâtre aux armées
 

Un autre chanteur vedette de l’époque, Mayol après avoir d’abord pris « l’engagement sacré » de ne plus chanter avant la victoire, donne de lui-même des récitals sur le front. Il raconte :

« Ces braves territoriaux (…) paraissaient heureux comme des enfants, pleins d’une joie naïve et saine, pour avoir, simplement, entendu une chanson. Quel poignant contraste entre la tristesse de cette salle quand nous y étions entrés, et la gaîté débordante qui l’animait maintenant !
Il me parut que l’effet moral constaté sur ces bonnes gens ne fut pas étranger à la liberté qu’on nous accorda enfin de chanter, dans d’autres dépôts d’abord, puis dans les hôpitaux »

Félix Mayol, « Mémoires » cité dans « La grande guerre des musiciens », Symétrie, 2009

Si Mayol se défendra d’avoir voulu faire œuvre de propagande « Oh ! rassure-toi, je n’ai jamais chanté « le bonheur des tranchées », « la joie d’être poilu », « l’orgueil de se faire tuer », ah non ! », il n’en demeure pas moins que le répertoire en vogue dans ces représentations plus ou moins officielles évitait soigneusement l’anti-militarisme, le pacifisme ou la description crue des horreurs des tranchées.

Sous le clairon, Craonne

Ce répertoire là, traqué par la censure, et bien sûr jamais enregistré à l’époque, fut l’œuvre le plus souvent anonyme des soldats eux-mêmes.
On peut retrouver ça et là des textes de chansons écrites par tel régiment. Par exemple, ce cahier du 137e rassemble quelques textes et airs chantés en 1915 et 1916, au ton nettement plus sombre et amer. Pour autant, pas d’antimilitarisme ou d’appel à l’insoumission, mais des chroniques touchantes et dures sur le quotidien et le moral des soldats.

La chanson qui symbolisera cette révolte face à la guerre, après les hécatombes de Verdun -alors que des mutineries éclatent sur le front et que gronde la révolution russe de 1917- sera la Chanson de Craonne, écrite par un soldat inconnu sur l’air d’une bluette de 1911 Bonsoir m’amour :

Adieu la vie, adieu l’amour,
Adieu toutes les femmes.
C’est bien fini, c’est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C’est à Craonne, sur le plateau,
Qu’on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C’est nous les sacrifiés !

C’est malheureux d’voir sur les grands boul’vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c’est pas la mêm’ chose.
Au lieu de s’cacher, tous ces embusqués,
F’raient mieux d’monter aux tranchées
Pour défendr’ leurs biens, car nous n’avons rien,
Nous autr’s, les pauvr’s purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr’ les biens de ces messieurs-là.

Ceux qu’ont l’pognon, ceux-là r’viendront,
Car c’est pour eux qu’on crève.
Mais c’est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s’ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l’plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !

Une autre chanson de soldat reprend cette thématique pacifiste et rouge, articulant refus de la guerre et émancipation ouvrière :

Non, non, plus de combats (anon. 1917)

Les canons, les fusils, les baïonnettes,
Ce ne sont pas des outils d’ouvrier,
Ils en ont, mais ceux-là sont honnêtes
Et de plus ne sont pas meurtriers.
L’acier d’un couteau de charrue
Vaut mieux que celui d’un Lebel,
L’un produit tandis que l’autre tue,
L’un est utile et l’autre criminel

https://www.youtube.com/watch?v=jhmLsDcQIdA

Mais beaucoup d’autres disent simplement la condition lamentable et terrible du soldat…

Les pluies (Il pleut bergère)  carnet de chants d'un poilu

Le pétrole ou l’essence
Dans son panache ardent
Chante aux cris de souffrance
Des hommes se tordant
(…)
Il pleut du feu bouchère
Egorge tes moutons

 

 

 

Dans les tranchées de Lagny
(Sous les ponts de Paris)

Aux environs de Lagny
Lorsque descend la nuit
Le brave troupier est couché sur la terre
Dans son sommeil il oublie la misère
Si la paix revenait sous peu
Comme nous serions heureux
Plus de massacres nous r’verrions nos pays
Qui sont loin de Lagny

V. La victoire en chantant

Après la victoire, les flonflons de la chanson cocardière entonnent un air triomphal :

Ils ont rendu l’Alsace et la Lorraine (Gesky, 1919)

Quand le bien-aimé tressaille d’aise
Au bruit des fers de nos chevaux
Entends vibrer la Marseillaise
Au bord du Rhin roulant ses eaux

Nos régiments, dans les rues de Saverne
Chantent gaiement nos airs nationaux
Et leur gaîté, dans les vieilles tavernes
A fait pâlir les sinistres bourreaux

La cantatrice Marthe Chenal, engagée comme infirmière et chanteuse au front, « incarnation vivante de la Marseillaise« , peut entonner le 11 novembre 1918 l’hymne national sur les marches de l’Opéra de Paris devant la foule.

D’autres rendent hommage au poilu, soutier et forçat de la victoire par-dessus tous.

Qui a gagné la guerre ? (Bérard, 1918)

C’est à l’ouvrier que revient toute la gloire
Hurle un mécano qui f’sait les munitions
L’ député répond : J’ai forcé la victoire
Faisant des discours, votant les restrictions
Partout, on glorifie le Tigre
Et Wilson, Foch, Pétain et Gouraud
Tous ces grands-là, faut pas qu’on les dénigre
Et pourtant, le glorieux, le plus beau

C’est le Poilu, soldat de France
Qui, sans peur, marchait au combat
Bravant la lutte et la souffrance
Le Poilu était toujours là !
Le sac au dos, couvert de terre
Oui, c’est lui qui fit nos succès
C’est lui qui l’a gagnée, la guerre,
Le Poilu, le soldat français !

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« A l’arrière », dessin de Weiluc

 

 

 

Pourtant le pays a parfois du mal à reconnaître et accueillir ses soldats, mutilés, gueules cassées, assombris par la guerre. Gêné devant le vivant rappel de ce qu’il n’a pas vécu dans sa chair, « l’arrière » se détourne du poilu, préférant les plaisirs de la paix retrouvée et l’effervescence à venir des « années folles ».

 

 

 

 

 

Montéhus, décoré de la Croix de guerre en 1918 pour son ralliement, retourne à son inspiration socialisante et écrit en 1922

La butte rouge (Montéhus, 1922)

La butte rouge, c’est son nom, l’baptême s’fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin.
Aujourd’hui y’a des vignes, il y pousse du raisin.
Mais moi j’y vois des croix portant l’nom des copains …

Et à la fin, une chanson chante une autre chanson, parce qu’elles aussi firent la guerre…

La Madelon de la victoire (Boyer, 1918)

Sur les marbres et dans l’histoire
Enfants vous verrez gravés
Les noms rayonnants de gloire
De ceux qui nous ont sauvés
Mais en parlant de vos frères
N’oubliez pas Madelon
Qui versa sur leur misère
La douceur d’une chanson


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21 thoughts on “1914-1918 : La chanson dans la Grande Guerre”

  1. Thiry dit :

    vas-t-en à valence à cologne te vetir du casque prussien
    Mes petits gars sachez le bien
    ce jour là mourut la cigoogne
    C’est ainsi que se termine la chanson que je recherche.

    elle commence ainsi :sur le toit d’une maison une cigogne a fait son nid…
    le paisible asile…

    1. GLITCH dit :

      la chanson que vous recherchez est « La Cigogne de Strasbourg ».
      Voici une image de la partition, sur laquelle figurent les paroles

      https://medihal.archives-ouvertes.fr/medihal-01461471/image

  2. VIGIER Marc dit :

    je recherche une chanson de 14-18 que mon père chantait quand dans les années 1940 j’étais gamin.
    Elle commençait par: un jeune enfant qui n’avait plus de père, et se terminait par:
    et sur le front une balle meurtrière le coucha sur le ventre
    quand au village on apprit la nouvelle tout le monde se mit à pleurer
    sur sa tombe on écrivit ces mots……..
    ce sont les seules paroles que me reviennent.
    Merci

    1. GLITCH dit :

      Malheureusement nous n’avons pas retrouvé de chanson contenant les paroles citées. Pourtant le début ressemble à un mot près (« Un jeune enfant qui n’avait pas de mère… ») à une chanson de 1912, intitulée « Dans les cieux », chantée par Mayol.
      Les paroles sont reproduites ici :
      https://www.paroles.net/mayol/paroles-dans-les-cieux-l-aviateur
      et la partition est consultable sur Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k882515w/f5.image.r=cieux%20joceb.

      Il se pourrait que la mélodie, composée par Auguste Alteirac ait été reprise plus tard -ainsi que l’incipit- pour une chanson patriotique, mais aucune des chansons que nous avons pu consulter, et dont il est crédité comme compositeur, ne contient les paroles que vous rapportez…

      1. VIGIER Marc dit :

        merci pour votre réponse
        Malheureusement un cousin qui connaissait bien les paroles est maintenant décédé.
        Je tente de remettre le texte mais………….la mémoire fait défaut.

  3. M. DERMAUD dit :

    Bonjour
    Auriez vous svp des informations sur la chanson ou le poeme « On ne danse pas ici » sur Verdun :
    Pardon messieurs et mesdemoiselles
    Si j’interromps ainsi vos jeux

    Hors d’ici ceux qui ont eu la trouille
    Et qui maintenant viennent voir Verdun.

    Mon arrière grand mère récitait le poème

    Merci pour vos informations.

    1. GLITCH dit :

      Bonjour

      nous avons trouvé ce qui semble être le texte complet sur ce site. L’auteur du blog indique que ce texte est anonyme. Pourtant, il existe bel et bien une chanson intitulée « On ne danse pas ici », parue autour de 1919 sous la plume de Gaston Montéhus et Georges Krier (auteurs par ailleurs de la fameuse « Butte rouge »). La partition est recensée sur le site Le temps des chansons, vous pouvez la retrouver en tapant le titre de la chanson sur le formulaire de recherche. Il n’est par contre pas possible de vérifier que le texte de la partition correspond bien à celui donné plus haut. Enfin, la BNF ne possède ni édition imprimée ni enregistrement de ce texte.

  4. Ménéguz Roland dit :

    Bonjour,

    Félicitation pour votre travail dont l’étendue montre la diversité et les contradictions dans lesquelles se sont trouvées les gens pendant ces années.
    Je cherche les couplets d’une chanson dont je n’ai que quatre couplets et dont le premier est : J’irai plus à la guerre lon la, j’irai plus à la guerre, lon la lur lu ré car je n’ai rien gagné. », présenté comme traditionnel de Bretagne dans ma source.
    Merci de votre attention,
    R. Ménéguz

    1. GLITCH dit :

      Bonjour
      cette chanson est effectivement recensée sur le Portail des cultures de Bretagne.
      Vous pouvez en retrouver une description détaillée et l’écouter ou la télécharger en ligne.
      Nous avons également retrouvé les paroles sur le site de la Compagnie Beline, de Lyon :

      J’irai plus à la guerre, lon la, j’irai plus à la guerre,
      Lon la lure luré, car je n’ai rien gagné (bis).

      J’ai r’çu trois coups de lance, lon la, j’ai r’çu trois coups de lance,
      Lon la lure luré, que l’Anglais m’a donné (bis).

      J’en ai un à la tête, lon la, j’en ai un à la tête,
      Lon la lure luré, l’autre dans le côté (bis).

      Et l’autr’ qui touche au cœur, lon la, et l’autr’ qui touche au cœur (e),
      Lon la lure luré, j’suis là et j’en mourrai (bis).

      Allez chercher le prêtre, lon la, allez chercher le prêtre,
      Lon la lure luré, il faut se confesser (bis).

      J’n’ai pas besoin du prêtre, lon la, j’n’ai pas besoin du prêtre,
      Lon la lure luré, car j’ai jamais péché (bis).

      J’ai jamais trompé d’filles, lon la, j’ai jamais trompé d’filles,
      Lon la lure luré, contre leur volonté (bis).

      Rien que la belle Hélène, lon la, rien que la belle Hélène,
      Lon la lure luré, encore elle le voulait (bis).

      Et merci pour votre retour.

  5. JULIEN dit :

    Recherche le titre d’une chanson d’après la guerre 14-18 comprenant ces paroles :
     » Vous navez pas vécu les heures glorieuses de le victoire !
    Vous qui n’avez pas vu tomber au champ, l’ennemi vaincu ! … »
    Merci.

    1. GLITCH dit :

      Bonjour
      toutes nos recherches n’ont rien donné, Si vous n’avez pas d’information supplémentaire à nous communiquer sur cette chanson, nous vous suggérons d’adresser votre question sur ce forum dédié à la guerre de 1914-18.

  6. Prunet dit :

    bonjour,
    je recherche les paroles que me chantait ma grand mère. C’est une chanson pendant la grande guerre de 1914-18 avec comme musique le temps des cerises.
    merci

    1. GLITCH dit :

      Bonjour

      la mélodie du Temps des cerises (1868) a été réutilisée à de nombreuses reprises. La chanson que vous recherchez est peut-être une « chanson de tranchées », c’est-à-dire sans auteur connu, et sujette à de multiples variantes, de texte et de titre, selon les aléas de la retranscription et du bouche à oreille. Il pourrait s’agir de cette chanson connue sous les titres de Fleur de tranchée, ou Fleurs des tranchées, ou Fleurs de Nieuport, ou encore Le bouquet d’Ypres. Elle figure dans plusieurs cahiers de chansons de poilus comme ici ou .
      Vous trouverez en ligne une première version des paroles sous le titre Le bouquet d’Ypres, et une autre sous le titre Fleur de tranchée (la liste n’est pas exhaustive).

  7. Pultier Marguerite dit :

    Bonjour,
    Je recherche quelques infos sur une chanson que mon grand-père, né en 1911, chantait dans les banquets. Elle commence ainsi :
    Ecoutez l’aventure d’un jeune cordonnier, qui pour vivre à son aise voulu se marier,
    Le jour qu’il se marie, il reçu un contrat? de partir pour l’armée, servir son régiment,
    ????
    Mais au bout du 5ème?, il revient au pays, et ce jour là de même? sa femme se remarie…..
    Je n’ai aucune idée de la date de la chanson, et vous remercie par avance des indications que vous pourrez me donner.
    Marguerite

    1. GLITCH dit :

      Bonjour

      cette chanson semble être un traditionnel breton, que l’on trouve sous différents titres, Le sabotier, ou Le cordonnier, ou encore Le jeune cordonnier. Elle est qualifiée selon les sources de rond (musique à danser), et de chant à répondre (paroles alternées entre un meneur et l’assemblée). Le site de la mairie de Sarzeau(Morbihan) l’a mise au menu des commémorations de la guerre de 1914-18, et la décrit comme « chant à répondre, qui circulait sur feuilles volantes également, pour faire la leçon dans les campagnes ». Le site du Cercle celtique d’Arradon indique que « les paroles chantées sur un rond de Loudia ont été trouvées dans le recueil des « Chansons de l’Oust et du Lié », oeuvre du cercle celtique de Loudéac ».
      Comme bien souvent pour un chant traditionnel, les paroles connaissent des variantes que nous vous laissons découvrir sous ces liens :
      http://www.sarzeau.fr/medias/2018/10/centenaire-chanson-agathe-louis-le-cordonnier.pdf
      https://fr.calameo.com/read/002611000434bdef0faf7
      http://chalhadichal.free.fr/fusion_chd/chd/textes/cord_txt.html

  8. Braud Marcelle dit :

    Je recherche une chanson dont les premières paroles étaient : dans une école de l’Alsace le petit Paul avait six ans, au moment de faire la prière l’enfant ne voulut pas parler’, le Maître d’ecole en colère voulut le forcer à prier etc.. je serais vraiment contente de la retrouver. Merci

    1. GLITCH dit :

      Bonjour

      nous n’avons pas retrouvé cette chanson dans nos livres, catalogues ou bases de données en ligne, en revanche un.e internaute l’a publiée sur ce forum. Voici les paroles proposées :

      C’était dans une école d’Alsace
      Où l’on apprenait l’allemand
      Parmi les enfants de la classe
      Le petit Paul avait six ans

      Au moment de lire la prière
      L’enfant ne voulait plus parler
      Le maître rouge de colère
      En allemand le forçait à prier

      Un Allemand a tué mon père
      Répétait toujours cet enfant
      Je veux apprendre ma prière
      En vrai français mais pas en allemand

      Le maître rougit du langage
      Que vient de tenir cet enfant
      Il lui dit qu’il fallait être sage
      Et bien apprendre l’allemand

      J’apprendrai la lecture française
      Répétait toujours cet enfant
      Oui je veux aller à l’école
      Dans un pays où l’on parle français

      L’enfant retourne à sa chaumière
      Et dit à sa mère en rentrant
      Donne-moi la carte routière
      Que mon père avait dans le temps

      Sa mère lui dit « Mon petit Paul
      Tu veux te mettre à voyager ?  »
      Non je veux aller à l’école
      Dans un pays où l’on parle français

      Je quitte le pays de l’enfance
      Mais pas pour n’y plus revenir
      Je n’emporte point, je garde l’espérance
      Mon cœur a tant de souvenir

      Faisons des canons pour la France
      J’aurais mes 20 ans accomplis
      Pour mieux chanter la Marseillaise
      Ce chant de gloire quand j’aurai mes 20 ans

  9. JALLABERT dit :

    e recherche un chant de la 1ère guerre mondiale # Dans un petit village de LORRAINE une fillette ayant 15 ans a peine de ses grands yeux regarder les soldats

  10. GLITCH dit :

    Bonjour

    nous pensons avoir identifié le chant en question. Il s’agirait de la chanson « Le beau sergent« , du compositeur Hervé Florimond, dit Hervé, sur des paroles de Villemer et Delormel. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un chant de la guerre de 14, puisqu’il a été édité en 1880. Plutôt une chanson revancharde d’après la défaite de 1870. Vous en trouverez la musique et les paroles sur la partition numérisée sur Gallica, accessible via ce lien. Vous pouvez aussi en écouter une interprétation en ligne, par le baryton Lionel Peintre, via ce lien.

  11. houdusse dit :

    je cherche une chanson,dont je connais le début, c,était

    Maman est si jolie
    Que j’ai bien peur qu’un jour
    Des méchants pris de folie
    me l’arrache à mon grand amour
    pourtant j’ai cru comprendre
    et voir en ses grand yeux que c’est dans son coeur, moi qu’elle aime le mieux.

    1. GLITCH dit :

      Bonjour
      nous avons retrouvé la chanson que vous cherchez. Elle apparaît dans le corpus des « chansons perdues » recensé par Pierre Valray, qui nous a transmis les paroles ci-dessous et que nous remercions vivement. Pierre Valray a également enregistré les 400 titres de cette sélection de titres rares et inédits de la fin du XIX°siècle et du premier quart du XX° siècle. Vous pouvez commander tout ou partie de ses enregistrements sur son site, et en avoir un aperçu (audio notamment) sur le site Du temps des cerises aux Feuilles mortes

      1er couplet

      C’était un bambin
      Aux grands yeux profonds
      Aux cheveux bouclés et tous blonds
      Très intelligent pour son âge
      Et sage aussi comme une image
      Il n’avait jamais connu son papa
      Tombé dès le début là-bas
      Mais il adorait sa petite maman
      Et le coeur gros songeait souvent.

      1er refrain

      Maman est si jolie
      Que j’ai bien peur qu’un jour
      Un méchant pris de folie
      Ne l’arrache à mon grand amour
      Pourtant je crois comprendre
      Et voir en ses grands yeux
      Que c’est en son coeur tendre
      Moi qu’elle aime le mieux
      .

      2ème couplet
      En effet la mère au passé songeant
      Ne vivait que pour son enfant
      Et le comblait de ses tendresses
      De ses baisers, de ses caresses
      Mais elle souffrait d’un horrible mal
      Ce fut certain jour l’hôpital
      Et le cher gamin tandis qu’on l’emportait
      En sanglotant tout bas disait :

      2ème refrain
      Maman est si jolie
      Que dès le petit jour
      Des méchants me l’ont ravie
      Emportant mon si grand amour
      Pourtant j’ai cru comprendre
      En voyant ses grands yeux
      Qui me disaient d’attendre
      Qu’elle m’aime encore mieux.

      3ème couplet
      Mais les meilleurs soins furent superflus
      Et la maman ne revint plus
      Le gosse ne comprenant guère
      Chaque jour réclamait sa mère
      Quelques temps après enfin on lui dit :
      Elle est allée au paradis
      Il savait non loin un champ d’aviation
      Il y fut et plein d’émotion :

      3ème refrain
      Maman est si jolie
      Que le bon Dieu l’autre jour
      En cachette l’a choisie
      Et là-haut la garde toujours
      Sur ton oiseau étrange
      Monsieur le pilote je veux
      Que tu m’emmènes chez les anges
      La retrouver dans les cieux

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