Rhône-Alpes : une région pleine d’énergie… nucléaire

- temps de lecture approximatif de 19 minutes 19 min - Modifié le 05/07/2016 par Bibliothèque municipale de Lyon

Le 23 mai 2014, l'ex-centrale nucléaire Superphénix invite à l'apéritif les habitants des alentours. L'objectif de cette Fête des voisins originale est de faire connaissance avec les riverains et d'informer sur le chantier de démantèlement en cours.

Centrale du Bugey
Centrale du Bugey Marcos Quinones, fonds Lyon Figaro
 Nombreux sont les Rhônalpins qui vivent dans le voisinage d’une centrale nucléaire car cette grande région en matière d’énergie électrique est la première région européenne de production d’électricité d’origine nucléaire. Vont de pair des compétences et des emplois dans ce secteur, tout comme dans celui du démantèlement grâce à l’expérience de Creys-Malville. Le secteur de la recherche n’est pas en reste non plus avec le CENG, actuel CEA de Grenoble.

Sommaire

1. La première région nucléarisée de France

  • Le parc nucléaire rhônalpin
  • Un fort impact économique

2. Vers une évolution du secteur nucléaire ?

  • Superphénix : une déconstruction en cours
  • Du CENG au CEA Grenoble

Pour en savoir plus

 

 

1. La première région nucléarisée de France

Le parc nucléaire rhônalpin

Première région productrice d’électricité en France avec 20,6% du total national (nucléaire et hydroélectrique confondus), Rhône-Alpes s’appuie sur une capacité de production nucléaire représentant un quart des installations françaises : 14 réacteurs sur 58. Ils se répartissent dans les 4 centrales rhônalpines (19 existent en France) : 4 au Bugey, 4 à Cruas-Meysse, 4 au Tricastin et 2 à Saint-Alban.

Les réacteurs ont été construits à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avec une durée de vie théorique de 40 ans. Entre-temps, les centrales ont évolué et tous les équipements ont été renouvelés, à l’exception de la cuve et de l’enceinte. Ces dernières font l’objet d’une révision décennale supervisée par l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) : elles sont toutes déclarées aptes au service. Les centrales rhônalpines n’appartiennent pas à celles dites de 3ème génération (EPR en construction à Flamanville) ni de « 4ème génération » (procédé de fusion et non de fission lié au programme de recherche ITER (International thermonuclear experimental reactor), à Cadarache, en région Provence -Alpes-Côte d’Azur).

En matière de sécurité, chaque site fait l’objet de nombreux contrôles et d’un rapport annuel émis par l’ASN. La division de Lyon est chargée d’évaluer le niveau de sûreté nucléaire et de radioprotection en Rhône-Alpes et en Auvergne. Publié fin avril 2014, le rapport 2013 conclut à un niveau « globalement assez satisfaisant » mais distingue des disparités entre les installations. Les « bons élèves » sont le Tricastin, Saint-Alban et Cruas-Meysse (qui a relevé son niveau depuis 2012). En revanche, le site du Bugey est pointé du doigt : ses performances en matière de sécurité sont considérées comme en retrait et des anomalies (de niveau 1 sur 7), sans danger pour la population, ont été constatées. EDF se doit d’améliorer son organisation. L’ASN a également sommé Areva d’en faire autant concernant l’usine FBFC de Romans-sur-Isère (Drôme), qui fabrique des produits entrant dans la composition des combustibles.

Les 4 sites rhônalpins

@ Centrale du Bugey (Ain)

Implanté sur la commune de Saint-Vulbas, le site occupe une superficie de 100 hectares sur la rive droite du Rhône, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Lyon. La centrale du Bugey est dotée de 4 unités de 900 MW chacune, mises en service en 1978 et 1979. Sur le même site, EDF déconstruit une unité de production de la filière UNGG (uranium naturel graphite gaz), mise en service en 1972 et arrêtée en 1994 : Bugey 1. La centrale de Bugey produit en moyenne chaque année l’équivalent de 40% de la consommation en énergie de la région Rhône-Alpes.

Entre février et juin 2011, l’installation connaît sa 3ème visite décennale avec un double objectif de contrôle : examen de conformité pour vérifier le respect des normes et évaluation de sûreté prenant en compte l’évolution des connaissances et le retour d’expériences nationales et internationales. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a rendu un avis favorable à la poursuite de l’exploitation du réacteur n°4, en fonctionnement depuis 1979, pour 10 années supplémentaires.

Près de la centrale du Bugey, l’actualité concerne le projet de construction de l’Iceda (installation, conditionnement, entreposage des déchets activés). Cette plateforme conditionnera, dans un vaste entrepôt de 8000 m2, une partie des déchets nucléaires des 9 réacteurs d’EDF en cours de déconstruction (dont celui de Bugey 1). Le site a été choisi en raison de la proximité d’une voie ferrée (acheminement des déchets) et de la disponibilité d’un terrain proche de la centrale nucléaire. Commencés en 2010, les travaux ne sont pas terminés : ils ont été suspendus par décision de justice (permis de construire en violation avec le Plan local d’urbanisme (PLU) de Saint-Vulbas). L’association « Sortir du Nucléaire » organise régulièrement des manifestations contre ce projet, comme en avril 2014.

Présentation de la centrale du Bugey (EDf)

@ Centrale du Tricastin (Drôme et Vaucluse)

Le site nucléaire du Tricastin s’étend sur une surface de 600 hectares répartie sur quatre communes, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Pierrelatte dans la Drôme, Bollène et Lapalud dans le Vaucluse. Il comprend de nombreuses installations nucléaires dont les plus imposantes sont la centrale du Tricastin, l’ancienne usine Georges-Besse d’Eurodif (qui a cessé son activité le 7 juin 2012) et la nouvelle usine Georges-Besse II. Après 33 ans d’activité, le site Georges-Besse a répondu à la demande de près de 100 réacteurs nucléaires dans le monde, soit un quart de la demande mondiale, en utilisant le procédé de diffusion gazeuse, technologie la plus performante à l’époque de sa construction. Le nouveau site Georges-Besse II (Areva) prend progressivement le relais et atteindra sa pleine capacité en 2016. L’usine en production depuis avril 2011 utilise la technologie d’enrichissement par centrifugation, procédé moins consommateur en électricité et en eau de refroidissement.

Le site du Tricastin possède 4 réacteurs de 900 MW chacun. Une brève du Midi Libre du 27 avril 2014 résume la centrale à un chiffre marquant : celui de 25 TerraWh (25 000 Giga watts heure) qui correspond à la quantité d’électricité produite en 2013, soit 5 % de la production nucléaire d’EDF. C’est l’équivalent de la consommation d’environ 3,5 millions d’habitants et la réponse aux besoins énergétiques de 45 % de la région Rhône-Alpes.

La centrale du Tricastin est notoirement connue pour avoir permis la création de la ferme aux crocodiles de Pierrelatte, site touristique le plus visité de la Drôme. En 1993, les frères Fougeirol, habitants de la commune, ont l’idée de construire une serre de 4200 m² destinée à accueillir des crocodiles, animaux dont la vie nécessite un climat tropical. Les rejets thermiques émis par la centrale sont utilisés pour maintenir à l’intérieur de la serre une température élevée et constante. Entre 1994 et 2012, jusqu’au changement de procédé de chauffage consécutif à la fermeture de l’usine Eurodif, le Tricastin chauffe donc la célèbre « ferme aux crocos ».

Une autre anecdote est associée à cette centrale : en 2010, les viticulteurs des « Côteaux du Tricastin » obtiennent un changement d’appellation d’origine contrôlée (AOC) pour dissocier leurs vins souffrant de l’association avec le complexe nucléaire. La désaffection des clients s’est en effet accentuée après des incidents survenus en 2008, malgré plusieurs analyses démontrant l’absence de radioactivité suspecte dans le vignoble. La démarche commerciale a conduit à rebaptiser les vins en « Grignan-Les Adhémar », du nom de la famille régnant sur la région au XIIe siècle.

Présentation de la centrale du Tricastin (EDF)

@ Cruas-Meysse (Ardèche)

Implanté sur les communes de Cruas et de Meysse, le site occupe une superficie de 148 hectares sur la rive droite du Rhône à l’ouest de la ville de Montélimar. Cette centrale de bord de fleuve est dotée de 4 réacteurs de 900 MW chacun. En 2013, la centrale de Cruas-Meysse a produit 26,96 milliards de kWh.

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La centrale est facilement reconnaissable, notamment par les automobilistes qui empruntent l’autoroute du Sud, en raison de la fresque qui orne l’une des tours de refroidissement : représentant un enfant qui verse de l’eau à l’aide d’un coquillage, elle lui confère un air sympathique.

Présentation de la centrale de Cruas (EDF)

@ Saint-Alban (Isère)

La centrale nucléaire de Saint-Alban est implantée dans le département de l’Isère sur la rive gauche du Rhône, à 50 km au sud de Lyon. Elle occupe une superficie de 180 hectares, sur les territoires des communes de Saint-Alban-du-Rhône et de Saint-Maurice-l’Exil. Cette centrale de bord de fleuve est dotée de deux unités de production de 1300 MW couplées au réseau électrique national en 1985 et 1986. Chaque année, la centrale produit en moyenne près de 18 milliards de kWh, ce qui équivaut à 30 % de la consommation de la région Rhône-Alpes.
De sa mise en service à fin 2013, la centrale nucléaire de Saint-Alban/Saint-Maurice a produit près de 436 milliards de kWh.

Présentation de la centrale de Saint-Alban (EDF)

Un fort impact économique

Toutes les activités de la filière nucléaire sont présentes en Rhône-Alpes, hormis l’extraction de minerai. Le poids économique du nucléaire dans la région est ainsi porté encore par une filière complète, tout un environnement industriel sous-traitant. Rhône-Alpes intervient dans les activités d’ingénierie et de production de biens d’équipement, la conception de combustibles et leur conditionnement en amont de l’exploitation, la production d’électricité mais aussi dans les activités de déconstruction. En matière d’ingénierie, sont ainsi implantés en région lyonnaise le Service des études et des projets thermiques et nucléaires (Septen), important service d’EDF, tout comme Areva (maintenance de réacteurs et conception de combustibles). Installée en Savoie et en Isère, la Compagnie européenne du Zirconium (Cezus) fabrique ce métal utilisé pour créer les gaines contenant les pastilles d’uranium. Dans la Drôme, FBFC, premier producteur mondial d’assemblage de combustibles, approvisionne le monde entier en pastille d’uranium. D’autres entreprises régionales, tels que Velan (pompes, vannes et robinets) et le caladois Réel (machines), fabriquent des composants.

Au total, comme l’indique l’article du Tout Lyon Affiche du 23 août 2013, la filière de l’énergie nucléaire en Rhône-Alpes représente un volume d’emplois de l’ordre de 20 à 30000 personnes, dont entre 6000 et 9000 dans les activités de sous-traitance réparties dans 90 à 120 établissements.

Parmi les cartes de compétences de la région, il faut également compter avec la déconstruction de centrales nucléaires. L’unité Cidev d’EDF est un centre d’ingénierie pour la déconstruction (études et pilotage d’opérations). Et sur le terrain, c’est bien sûr le chantier de démantèlement de « Superphénix », à Creys-Malville qui sert d’expérimentation à grande échelle.

Les centrales rhônalpines ont une conséquence directe en matière d’emploi, dans une filière qui annonce au Mondial des Métiers 2014 une perspective d’embauche d’environ 30000 personnes d’ici 2016. Les sites rhônalpins figurent chacun parmi les premiers employeurs de leurs départements : le Bugey compte près de 1250 agents EDF et plus de 400 salariés prestataires permanents ; ils sont plus de 1700 personnes à Cruas-Meysse, environ 1294 au Tricastin et 878 agents ainsi que 440 prestataires d’entreprises partenaires à Saint-Alban. Ces 4 centrales nucléaires représentent donc presque 6000 emplois directs.

Une étude INSEE publiée le 28 janvier 2013 – unique dans ce secteur – s’est concentrée sur l’impact des sites nucléaires du Tricastin et de Marcoule (Gard) et met en valeur une forte part de l’emploi indirect (59%) : leur activité fait vivre environ 50000 personnes dans une aire géographique regroupant 209 communes. Outre les emplois directs (deux sites, EDF, Areva, Commissariat à l’énergie Atomique) s’ajoutent ceux des entreprises de sous-traitance, de prestation de services ou fournisseurs ainsi que les emplois induits par la consommation des ménages dont les revenus proviennent de cette industrie. L’effet global des deux sites est évalué à près de 19000 salariés qui font vivre 50000 personnes, soit 2,6% de la population des 4 départements concernés (Drôme, Ardèche, Vaucluse et Gard). Ce sont bien logiquement les communes proches des sites (Saint-Paul-Trois-Châteaux, Pierrelatte, Bagnols-sur-Cèze, Pont-Saint-Esprit, Bollène, Bourg-Saint-Andéol et Laudun-L’Ardoise) qui en tirent le plus gros bénéfice en terme d’emplois : la part de la population concernée dépasse les 20% et atteint même 35% à Saint-Paul-Trois-Châteaux.

Voir l’étude sur le site de l’INSEE : Les sites nucléaires du Tricastin et de Marcoule : un impact important sur plus de 200 communes

Le dernier facteur financier, non des moindres, est celui qui impacte les budgets des communes portant les sites nucléaires. En effet, la présence de ces gros employeurs, ancrés fiscalement par la contribution économique et territoriale sur les communes concernées, procure à ces dernières une aisance financière enviée.

2. Vers une évolution du secteur nucléaire ?

Les militants écologistes rappellent le danger des géants nucléaires. Rhône-Alpes est la terre fondatrice de la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité), créée par Michèle Rivasi à Valence (Drôme) en mai 1986 suite à l’accident de Tchernobyl. La région héberge aussi les antennes du réseau Sortir du Nucléaire ou de NégaWatt qui prônent la transition énergétique. Ces associations ne font pas l’objet de ce dossier. En revanche, force est de constater que la Région met à profit des changements d’orientation politique pour renforcer ses compétences dans les domaines de déconstruction d’installations nucléaires d’une part, et de la recherche d’autre part.

Superphénix : une déconstruction en cours

JPEG - 532.6 koEn décembre 1976, la société NERSA (centrale nucléaire européenne à neutrons rapides société anonyme) décide la construction de la centrale de Creys-Malville, en Isère, dite « Superphénix ». En mai 1977, le décret d’autorisation de création est accordé et le projet véritablement lancé. Conçu pour une puissance électrique de 1200 MW, Superphénix appartient à la famille des surgénérateurs, réacteurs à neutrons rapides (RNR) dont le fluide caloporteur est le sodium. C’est l’époque de la montée en puissance de la technologie des RNR, développement motivé par la crise des énergies fossiles dès le début des années 1970. Le site de Creys-Malville, près de Morestel, est choisi pour ses qualités géologiques et sismotectoniques.

Superphénix fait l’objet de débats et d’oppositions de la part de mouvements antinucléaires mais aussi de certains ingénieurs (favorables au choix d’un générateur moins puissant de 600 MW). Les travaux sont cependant menés à bien de 1974 (premiers terrassements) à 1984, année du remplissage de la cuve du réacteur qui commence à fonctionner dès 1985. L’intérêt du surgénérateur est sa capacité de produire son propre « carburant » : à partir de l’uranium dit fertile se forme une quantité de nouveau plutonium qui dépasse celle du plutonium consommé par la fission nucléaire dans le même temps. Technologiquement innovant, Superphénix ne connaît finalement qu’un court temps de fonctionnement (1985-1998), ponctué d’incidents nécessitant des arrêts (en 1987, 1990, 1994 puis 1996).

Au début des années 1980, la politique nucléaire française était confirmée mais, à la fin des années 1990, l’époque a changé : le 19 juin 1997, le Premier ministre Lionel Jospin annonce officiellement la fin de Superphénix. L’autorisation de mise à l’arrêt définitif du réacteur est prononcée par décret le 30 décembre 1998. Les équipes en place doivent faire le deuil de leur outil de travail et d’une technologie alors qu’un projet ambitieux se met en place, celui de la déconstruction du géant nucléaire. A un échec retentissant (non rentabilité de Superphénix au regard des coûts associés) succède une entreprise de longue haleine et créatrice de nouvelles compétences dans un secteur stratégique, le démantèlement d’installations nucléaires.

Après les années de construction, viennent celles tout aussi longues et planifiées du démontage progressif de Superphénix, dont les opérations sont ponctuées de successives « Mises Hors Service Définitive » (la MSHD la plus symbolique étant l’arrêt du réacteur en 1999). Mi-2014, le taux de déconstruction de la centrale a dépassé les 50% pour un chantier qui devrait se terminer en 2028. « La déconstruction des centrales nucléaires appartient à une histoire au long cours qui dépasse de loin les générations de sa construction », souligne Christine Bergé dans Superphénix : déconstruction d’un mythe.

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Le chantier est l’occasion unique de mettre en œuvre des procédés innovants : EDF a fini la transformation des milliers de tonnes de sodium liquide (substance inflammable au contact de l’air et de l’eau) présent dans le surgénérateur nucléaire, grâce à un procédé de transformation du sodium en soude créé par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Autre innovation, Areva a utilisé pour la première fois un robot suisse, « Charli », pour effectuer des découpes laser dans la cuve du réacteur, ce qui constitue une première mondiale puisque le robot téléopéré doit résister à un environnement très contraignant (niveau de radiation et température élevés, présence de sodium, d’aérosols et d’argon).

Du CENG au CEA Grenoble

Troisième Commissariat à l’Énergie Atomique de France, par sa taille et son âge, le CEA de Grenoble a marqué un demi-siècle de science et de technologie et continue d’être une référence mondiale. Depuis sa création, il s’est désengagé de son « socle nucléaire » d’origine et ses axes d’études croisent désormais ceux du pôle de compétitivité Minatec.

Dans les années 50, le nucléaire est une grande cause nationale qui porte le CEA, institution incontournable en matière d’énergie atomique. En 1955, son expansion se poursuit dans la métropole iséroise, ville universitaire et scientifique, et prend la forme du Centre d’études nucléaires de Grenoble (CENG), dirigé par Louis Néel. Inauguré le 26 janvier 1959, le dernier-né des centres de recherche nucléaire français comprend plusieurs spécialités : les piles atomiques et les grands accélérateurs, la recherche atomique, les transferts thermiques, la recherche fondamentale, l’électronique… La fierté et la confiance sont partagées autant par le personnel que par la population, qui accepte l’implantation, au cœur de l’agglomération grenobloise, d’un site regroupant 3 piles atomiques (Mélusine, Siloé et Siloette) dont un réacteur à haut flux.

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L’activité nucléaire du CENG, sous la gestion du « Service des Piles », est localisée à l’ouest du site. Mélusine, innovante pile piscine non enterrée mise en service le 30 juin 1958, porte sa puissance à 8MW. Siloé, fleuron architectural du CENG inauguré en 1963, fonctionne jusqu’à 35 MW. Le dispositif est complété en 1964 par un troisième petit réacteur nucléaire, Siloette (100 kW). La notoriété de Louis Néel, récompensé du prix Nobel de physique en 1970, contribue à asseoir la réputation du CENG qui a trouvé sa voie : le nucléaire au service de la recherche et réciproquement. Pour ne citer que quelques exemples, les métallurgistes travaillent sur le combustible et sur les matériaux de structure pour les centrales électronucléaires et le Service de protection contre les rayonnements (SPR) surveille en permanence l’exposition radiologique des personnels et des installations. La diversification apparaît rapidement : le projet ARC-Nucléar permet notamment d’utiliser les rayons Gamma produits par une source radioactive à des fins de conservation d’œuvre d’art (stérilisation et durcissement de bois ancien puis d’objets divers). L’une des opérations réussies, relayées mondialement par la presse, est celle du traitement par ce procédé de la momie de Ramsès II rongée par la pourriture.

Dans les années 80, le CENG opère une évolution de ses activités même si le nucléaire reste une activité majeure, y compris après l’accident de Tchernobyl (1986). Siloé et Siloette fonctionnent à plein : les agents de la section expérimentation, chargés de la recherche technologique, réalisent des dispositifs d’irradiation instrumentés. Leurs études portent sur la dosimétrie des rayonnements et l’évolution de leurs effets sur les matériaux de construction, le contrôle du combustible irradié, les matériaux de structure…

En parallèle, les techniciens du Laboratoire d’Électronique des Technologies de l’Information (Léti) montent en puissance. De même, l’ouverture au monde industriel se poursuit dans les domaines de la microélectronique, des transferts thermiques et de la métallurgie. La recherche fondamentale conforte sa position internationale tant en physique du solide qu’en biologie. La métallurgie collabore avec le domaine spatial.

Pour finir, la réorientation transforme le centre : 1988 consacre l’arrêt du réacteur Mélusine, 1997 celle Siloé. Devenu CEA Grenoble au milieu des années 90, ses activités se tournent vers la biologie, les microprocesseurs, les nouvelles technologies de l’énergie… Le centre est entraîné dans l’élan du pôle de compétitivité Minatec ; ses programmes convergent ainsi vers les micro et macro-technologies. A partir de 2002, le CEA « dénucléarise » l’ensemble de ses installations nucléaires c’est-à-dire les 3 réacteurs, le laboratoire d’analyse des matériaux actifs (Lama) et la Station de Traitement des Effluents et Déchets (Sted). Les opérations d’assainissement et de démantèlement sont longues (6 ans pour Siloé) mais se déroulent avec succès et confirme l’évolution du CEA qui adopte un nouveau nom en 2010 « Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives ». Désormais, toutes les installations nucléaires sont rendues à d’autres activités non nucléaires. Le site de Grenoble n’en reste pas moins une référence internationale en matière de recherche, symbolisée par exemple par le synchroton, l’accélérateur de particules d’environ 320 m de diamètre, référence internationale.

Pour en savoir plus

Site EDF sur le nucléaire
Le parc de centrales nucléaires est géré par Electricité de France (EDF) qui propose en ligne une carte et une présentation de chacune d’entre elles. Le site contient également des textes, illustrés de schémas ou vidéos pédagogiques pour comprendre la typologie des centrales, le cycle du combustible, les déchets radioactifs, le nucléaire du futur….
Au sein de chaque centrale, un espace d’information du public a pour mission d’accueillir et informer sur cette énergie. Des visites de groupes sont possibles (sous conditions en raison du plan Vigipirate).

La presse permet de suivre les actualités des centrales : bilans de contrôles, données économiques et statistiques… Elle alerte aussi sur les limites de ce système : les centrales nucléaires rhônalpines sont installées sur les bords du Rhône dont l’eau est utilisée en grande quantité dans le circuit de refroidissement des réacteurs. Les périodes de sécheresse sont une menace pour leur bon fonctionnement.

Les articles mentionnent également les incidents ponctuels qui surviennent dans les centrales. A titre d’exemple, la centrale nucléaire du Tricastin a connu une fuite de tritium le 8 juillet 2013. La pollution à cette substance radioactive a inquiété le réseau Sortir du Nucléaire et été estimée comme relevant d’un « dysfonctionnement grave » par la Criirad. EDF a toutefois assuré que la fuite était cantonnée à l’enceinte géotechnique qui empêche la contamination des nappes phréatiques.
Les bases « Europresse » et « Dossiers de presse » permettent de faire une veille dans ce domaine.

Quelques références issues de ces bases :
Nucléaire : Rhône-Alpes au premier plan, L’Essor du Rhône, 11 janvier 2013
Bugey : le réacteur n°4 repart pour dix ans, Le Tout Lyon Affiches, 17 août 2013.
Fuite de tritium à Tricastin : Sortir du nucléaire dépose plainte contre EDF, AFP, 19 décembre 2013
Sûreté nucléaire : pourquoi deux sites de Rhône-Alpes sont de mauvais élèves, Le Progrès, 30 avril 2014.

Pierrelatte : l’épopée nucléaire d’un village rural (2013)
La commune du pays du Tricastin fait l’objet d’un beau livre illustré qui met en valeur les différentes facettes de Pierrelatte : nucléaire, agricole, patrimoniale… Le village caractérisé par son célèbre rocher, dont la légende dit qu’il aurait été jeté par Gargantua, connaît l’épopée du nucléaire à partir de 1958. En décidant de construire une usine d’enrichissement d’uranium (utile à la fabrication de la bombe atomique), l’État scelle le destin de Pierrelatte et rend la ville mondialement connue. L’ouvrage rappelle les raisons du choix du site, le contexte politique de quête d’indépendance énergétique et militaire, les conséquences pour la commune (augmentation de la population, développement économique…), les réorientations industrielles consécutives à la fin du nucléaire militaire en 1999, le nouveau site Georges-Besse II…

Sur la centrale de Superphénix :

Pour ce dossier, l’ouvrage principalement consulté est Superphénix, déconstruction d’un mythe (2010)
L’ouvrage de Christine Bergé, illustré de photographies de Jacqueline Salmon, est une enquête et un reportage sur le site en déconstruction, avec une forte vision antrhopologique.
En parallèle, le supergénérateur a inspiré de nombreux écrits tout au long de son existence, des années 70 au années 1990, aux partis pris différents voire contradictoires et engagés : articles, revues, ouvrages,. Une recherche dans le catalogue au sujet « centrale de Creys-Malville » permet de les identifier. Le géant technologique isérois a même inspiré un roman : Les cendres de Superphénix (1997).

De Mélusine à Minatec : 1956-2006, 50 ans d’histoires du CENG devenu CEA Grenoble

En complément de cet ouvrage, un article en ligne d’Actu-Environnement est consacré au bilan de l’opération de déconstruction nucléaire : De Grenoble : le CEA satisfait du démantèlement des installations nucléaires (3 mars 2013)

La cinéaste Rebecca Zlotowski s’empare du nucléaire pour en faire la trame de fond de son long-métrage « Grand Central », tourné en Ardèche et dans la Drôme, notamment à la centrale de Cruas-Meysse. France 3 Rhône-Alpes l’évoque sur cette page web.

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