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Construction d’une pile atomique dans l’Ain

Photographe : Georges Vermard, circa 1965

- temps de lecture approximatif de 3 minutes 3 min - par dcizeron

Georges Vermard nous offre une plongée étonnante sur le chantier de la pile atomique du Bugey, un réacteur emblématique de l’histoire nucléaire française.

La Pile atomique du Bugey, Georges Vermard, Bibliothèque municipale de Lyon, P0702 B04 16 784 00001
La Pile atomique du Bugey, Georges Vermard, Bibliothèque municipale de Lyon, P0702 B04 16 784 00001

Un besoin

Après la guerre de 1939-1945, la relance énergétique en Europe occidentale est prépondérante pour redémarrer l’économie. Les infrastructures ont étés ébranlées durant le conflit : mines noyées, raffineries bombardées, pylônes électriques abattus.  D’autre part, tout au long des Trente glorieuses, la demande énergétique s’intensifie de la part d’une population qui accède au confort et à la grande consommation.

C’est dans ce contexte, en France, que l’Etat prend en main la production d’énergie et planifie son développement. Trois principes déterminent la politique française en la matière : nationalisation  (des Houillères du Nord, d’Electricité et Gaz de France entre 1945 et 1947), diversification et indépendance. Le développement de l’électricité hydraulique et du nucléaire s’inscrivent dans cette politique.

Les pionniers

L’intérêt pour le nucléaire est précoce. Dans les années 1930, les recherches du Prix Nobel, Frédéric Joliot-Curie, intéressent directement l’Etat. Et c’est accompagné de ce même Joliot-Curie que le général de Gaulle fonde Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Bien évidemment l’intérêt de l’Etat pour l’énergie nucléaire est autant civil que militaire.

Dès 1948, une première pile atomique est crée ; elle s’appelle Z.O.E. Ce seront ensuite  les trois réacteurs expérimentaux de Marcoule (Gard), entre 1957 et 1959 puis une série de 6 prototypes plus importants dont celui du Bugey, à Saint-Vulbas. Lors de cette phase de développement, EDF utilise une technologie élaborée en France, dite UNGG.

Constructon de la centrale du Bugey, circa 1965, Georges Vermard, Bibliothèque municipale de Lyon, P0702 B04 16 307 00006

Un échec

La construction de la pile atomique de Saint-Vulbas débute en 1965. Les ingénieurs d’EDF souhaitent alors construire un prototype  beaucoup plus puissant que les précédent, censé se rapprocher des 1000 MWe de puissance. Mais le combustible de ces réacteurs graphite-gaz n’est pas encore au point. Le chantier prend du retard, plus d’un an, et le projet revient à des ambitions plus modestes malgré un nouveau combustible développé à grand frais. Une archive de l’INA témoigne de cette construction.

Le réacteur Bugey-1 est démarré en 1972. La construction aura duré 7 ans. Il fonctionne jusqu’en 1994.

En 1969, le général de Gaulle est parti. Georges Pompidou abandonne la filière UNGG au profit de la technologie américaine PWR ou REP (réacteur à eau sous pression). Quatre nouvelles tranches de travaux sont lancées à Saint-Vulbas, entre 1972 et 1974 ; l’énergie nucléaire représente  désormais une solution peu coûteuse pour contrer les effets du premier choc pétrolier. Ainsi naissent les réacteurs Bugey-2, Bugey-3, Bugey-4 et Bugey-5.

Premières contestations

La construction de la pile atomique Bugey-1 donne lieu aux premières contestations anti-nucléaires en France.  Une première manifestation a lieu devant la centrale en 1970, puis en 1971 une marche pacifique entre Sain-Vulbas et Lyon rassemble entre 15 000 et 20 000 contestataires.

Le Progrès, 11 juillet 1971.

Ces manifestations, où l’on ressent l’influence hippie de la fin des années 1960, croisent des questions environnementales et pacifistes.

La presse nationale relaye leur combat. Le journaliste de presse satirique Pierre Fournier (Hara-Kiri puis Charlie-Hebdo et La Gueule ouverte) installé à Leymant, dans l’Ain devient un acteur majeur de la médiatisation de la contestation.

La Gueule ouverte, N°8, BML 952456

A l’opposé, les scientifiques ne se montrent pas impliqués. Quatre mille d’entre-eux rallieront tardivement le discours anti-nucléaire, en 1974, suite à l’Appel des 400, une pétition contre le programme nucléaire. On trouve alors parmi les signataires, une centaine de chercheurs et de techniciens du CEA en désaccord profond avec leur direction depuis l’abandon de la filière nationale « graphite gaz ».

Face aux critiques, EDF développe un premier discours de valorisation du nucléaire promu au rang d’électricité propre.

Bibliographie :

2 articles de l’Influx traitent de la question du nucléaire en Rhône-Alpes : Rhône-Alpes une région pleine d’énergie nucléaire et ce second article qui propose une présentation de la revue La Gueule ouverte

Un film garde la trace du combat anti-nucléaire à Saint-Vulbas : Bugey-cobaye.

Sur la situation énergétique de la France d’après-guerre voir Percebois (Jacques), Economie de l’énergie, Economica, 1989.

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