Jeanne Bardey

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- Modifié le 06/05/2017 par département Lyon et région

Jeanne Bardey née à Lyon le 12 avril 1872, est l’un des plus importants sculpteurs lyonnais du 20e siècle, et la dernière élève de Rodin. N’ayant jamais eu besoin d’exposer pour vivre, elle restera une artiste méconnue jusqu’à la fin de sa vie. Ses œuvres sont actuellement conservées au Musée des Arts Décoratifs de Lyon.

Jeanne BARDEY (Photographie P. Bellingard à Lyon ~1900)
Jeanne BARDEY (Photographie P. Bellingard à Lyon ~1900)

Éléments biographiques

Au commencement, Jeanne Bardey occupe ses loisirs à peindre sans prétention. Elle a comme premiers professeurs, son époux, Louis Bardey, décorateur et professeur à l’École des Beaux-Arts de Lyon, puis le coloriste Jacques Martin, connu pour ses natures mortes et ses portraits.

Soucieuse de développer ses talents cachés, et d’en tirer parti, elle se rend en octobre 1907 à Paris. Elle à 35 ans.

La voici cherchant dans la capitale les exemples qui stimulent, qui permettent de se connaitre, de s’approfondir et de se parfaire ». [1] Elle pousse la porte de l’atelier parisien de François Guiguet, peintre lyonnais réputé,  pour lui demander d’être son élève.

C’est par hasard, et en dehors « des milieux artistiques » ou  « elle ne se trouve jamais »,  qu’elle fait la rencontre précieuse de Rodin . Nous sommes en 1909. Le « maître » séduit et intéressé par le travail de Jeanne Bardey l’accepte comme élève et comme modèle. Il lui révèle qu’elle a « Le don de voir ».

Jeanne Bardey commence à cette époque son travail de sculpteur et compose une œuvre dont l’importance et la qualité égale, selon les critiques parisiens de l’époque, celle de Camille Claudel.

Elle ne songe guère à exposer: « A quoi bon ? » dit-elle, « On est perdu dans la foule. Plus tard, je verrai, quand je serai plus contente de mon travail ».

Rencontre avec Édouard Herriot au salon d’automne de Lyon de 1910.

A la mort de son mari, en 1915, Jeanne Bardey s’installe à Paris avec Henriette, sa fille, sur la demande de Rodin qui n’appréciait guère le va-et-vient constant de son « élève » entre Lyon et la capitale .

En  1916, Rodin a le projet de confier à Jeanne, qu’il tient en haute estime, l’organisation du musée Rodin bientôt crée à l’hôtel Biron. Un an plus tard, il la désigne comme sa co-héritière avec Rose Beuret . Mais ses dernières volontés ne sont pas respectées. Jeanne depuis longtemps en conflit avec l’entourage féminin du sculpteur, est écartée de l’héritage et du musée Rodin.

Après la mort de Rodin en 1917 Jeanne Bardey retourne à Lyon et poursuit son travail d’artiste. Elle expose chaque année avec succès au salon des Indépendants de Paris et au salon d’Automne à Lyon. Ce n’est pourtant qu’en 1921 qu’une exposition lui est entièrement dédiée : « Toutes les faces de l’art plastique et coloré nous sont présentées avec une maîtrise qui se sent libre devant la nature et nous songeons en quittant cette exposition, au mot profond de Balzac : « Un chef-d’œuvre est une victoire française. » [2]

1934 Jeanne Bardey reçoit la légion d’honneur.

Elle meurt à Lyon en 1954. Elle laisse une œuvre importante que sa fille lègue, en quasi-totalité, à la Chambre de commerce et d’industrie de Lyon. Elle est aujourd’hui conservée au Musée des Arts décoratifs.

[1] Madame Bardey : son œuvre (1913)

[2] Les Tablettes (juin 1921)

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Anecdote

En 1914 les époux Bardey font appel à l’architecte lyonnais de Monclos pour la construction à Mornant d’une résidence secondaire, dite la «maison bretonne ». L’une des pièces de la maison est décorée de peintures murales signées Jeanne Bardey. « On y voit des personnages grandeur nature : un nu allongé, une femme et une enfant cueillant des fleurs, une jeune femme en robe blanche ; pour certains d’entre eux la tradition dit que les Mornantais auraient servi de modèle » [3] De nombreuses personnalités ont séjourné dans cette maison de « la Croix du Marchay » ; Édouard Herriot, Mr et Mme auguste Lumière, et Rodin, venu se reposer alors qu’il est souffrant.

[3] Mornant / Département du Rhône, [Comité du pré-inventaire des monuments et richesses artistiques]

Le saviez-vous ?

L’œuvre de Jeanne Bardey est peu visible en dehors de quelques expositions. Il est néanmoins possible d’apprécier l’une de ses productions en se rendant dans le hall du public de l’Hôtel des postes, place Antonin Poncet. Vingt-quatre bas-reliefs, évoquant l’histoire de Lyon, ont été exécutés en intaille dans la pierre dure d’Hauteville. Les huit motifs de la baie centrale ont été confiés à Jeanne et sa fille Henriette. Ils évoquent le XVIe siècle lyonnais : métiers, événements principaux, célébrités : La peste à Lyon – Rabelais, la médecine – L’imprimerie – La banque, le commerce – Les teinturiers en fils de soie – L’architecture, Philibert de l’Orme La poésie et la musique, Louise Labbé

Retro-presse

Jeanne Bardey participait au Salon des Indépendants de 1912, à Paris. Le principe ; pas de Jury : « y expose qui veut et chacun y expose ce qu’il veut, moyennant le simple paiement d’une cotisation ». Dans son édition du vendredi 24 mai le Salut Public rend compte de l’événement. L’article n’est pas tendre avec les artistes lyonnais présents. Au sujet de Henri Matisse : « le chef le plus en vue des Indépendants actuels, qui dessinait et peignait normalement, (il) en est arrivé à ne plus présenter au public que des gribouillages ahurissants qui, exécutés par un enfant de quatre ans, feraient dire de lui qu’il « n’a aucune disposition. » A lire ici [p.2]

Avec la complicité de Edouard Herriot, Jeanne Bardey organise à Lyon, en 1912, une exposition des dessins de Rodin à l’ancien Palais des archevêques. Le presse locale commente « l’événement » avec une distance toute provinciale: « Nous sommes, en province, considérés comme d’espèce légèrement inférieure. De temps à autre on envoie de Paris un tableau pour nos musées, un cheval pour nos courses, une statue pour nos places, une chanteuse pour le théâtre. On ne choisit pas les meilleurs. Nous devons nous pâmer, sous peine d’être traités de simples, de Béotiens. C’est aujourd’hui le tour de M.Rodin… » lire la suite dans le Salut public du 24 mai [p.1]

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