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Mon corps n’obéit plus

Yoann Thommerel

Quand tête et corps sont dissociés, quand l’une devient observatrice de l’autre qui lui échappe, quand le corps devient « il » parce qu’il semble n’en faire qu’à sa tête, quand un corps s’habille, parle, mange, boit, se souvient, dort, endure, exprime ses envies, se branle, quand le corps déborde, quand celui des lettres déborde aussi, quand les lettres des mots et les mots débordent des pages,

cela donne Mon corps n’obéit plus de Yoann Thommerel, éditions NOUS.

« Mon corps » déborde et fonctionne en autonomie. La tête n’a plus qu’une fonction, celle d’observer cette dissociation. Mais ce n’est ni d’un trouble dissociatif de l’identité ni d’un trouble de conversion dont est témoin le lecteur. Tout est corps ici. Corps de l’être, corps de lettres, corps social  débordé par des corps qui explosent (ou rejetés par la mer, les frontières), tout est corps qui ne corrobore pas, qui éprouve le formatage, corps hors norme, corps indocile, corps poétique pour lequel le cadre de la page est insupportable. Donc le corps des lettres déborde aussi. Je[u] typographique. Le corps même du poème est impliqué dans cette insoumission, autant que le corps du poète car le corps fait corps avec la langue. La langue ne suffit plus, le « mode vieille école » ne suffit plus. Alors les mots « je déborde encore » closent ce texte performé par l’auteur lors de représentations publiques et imprimé le 30 novembre, jour de la naissance de Jean Eustache qui laissa sur la porte de la chambre où il fut retrouvé suicidé « Frappez fort. Comme pour réveiller un mort ».

 

« Sous ses airs, le poème est la partition d’une vaste

opération dont aucun détail ne semble avoir été

laissé au hasard, des premières échauffourées au

soulèvement général, tout le processus est là, prêt

à l’emploi, on peut déjà sentir à le lire l’odeur agres-

sive des voitures brûlées. »

 

Mon corps n’obéit plus, un « poème-refus » qui passe à l’action.

Béatrice Brérot

 

Voir dans le catalogue de la BML

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