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Mélancolie de gauche. La force d’une tradition cachée

Enzo Traverso

« Comme une ombre, la mélancolie suit les pas de la révolution, se faisant discrète pendant son essor, ressurgissant après son épuisement et l’enveloppant après sa défaite. Les vaincus l’incarnent, mais elle reste inscrite dans l’histoire de tous les mouvements qui, depuis deux siècles, ont essayé de changer le monde. C’est par les défaites que l’expérience révolutionnaire se transmet d’une génération à l’autre. »

Explorer cette « mélancolie de gauche » dans toutes ses dimensions, telle est l’ambition de cet ouvrage.
Enzo Traverso  définit ce qu’il entend par  » gauche ». Ce sont les mouvements qui, dans l’histoire, se sont battus pour changer la société en plaçant le principe d’égalité au centre de leurs projets et de leurs luttes. Elle recouvre donc une multitude de courants politiques mais aussi de sensibilités intellectuelles et esthétiques. D’où le choix de l’aborder autant par l’exposition des idées déposées dans des ouvrages théoriques, qu’à travers des témoignages, des correspondances, des affiches, des peintures, des films ( Eisenstein, Theo Angelopoulos, Chris Marker ou Ken Loach sont sollicités…)
Cette mélancolie de gauche n’est pas nouvelle. Le tournant historique de 1989 l’a simplement révélée. Elle a toujours existé, souterraine. C’est la mélancolie de Blanqui et Louise Michel après la répression sanglante de la Commune de Paris ; de Rosa Luxembourg qui, dans sa prison de Wronke, méditait sur le carnage de la Grande Guerre et la capitulation du socialisme allemand ; de Gramsci qui dans une prison fasciste repensait le rapport entre « guerre de position et « guerre de mouvement » après l’échec des révolutions européennes ; de Trotski dans son dernier exil mexicain, enfermé derrière les murs d’une maison bunker de Coyoacan ; de Walter Benjamin qui , en exil à Pais, ré-élaborait l’histoire du point de vue des « ancêtres asservis » ; de C.L.R. James écrivant sur Melvile depuis Ellis Island où il était en quarantaine, enemy alien dans les Etats-Unis du maccarthisme ; des communistes indonésiens ayant survécu au grand massacre de 1965 ; de Che Guevara dans les montagnes de Bolivie, conscient que la voie cubaine était entrée dans une impasse.
La mélancolie peut être définie comme un ensemble d’émotions et de sentiment qui enveloppent la transition vers une ère nouvelle. C’est la seule manière de faire coexister la recherche d’idées et de projets pour demain avec le deuil et la tristesse qui accompagnent la disparition des expériences révolutionnaires du passé. On ne peut pas se soustraire au bilan des défaites accumulées. Comme le dit l’auteur dans son introduction, en faisant un parallèle avec le mouvement Gay des années 80, « Militons, certes, mais faisons aussi notre deuil : deuil et militantisme. »
Tel est l’esprit de ce très beau livre . Il établit un dialogue fructueux avec les courants de la pensée critique et les mouvements politiques alternatifs actuels . Il dégage ainsi une véritable charge subversive et libératrice.

Voir dans le catalogue de la BML

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