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Au commencement

Diane Arbus

Dernier ouvrage édité en français sur Diane Arbus, celui-ci porte son regard exclusivement sur les sept premières années de l’œuvre de l'artiste, de 1956 à 1962. À l’issu d’un enseignement auprès de Lisette Model, Diane Arbus prend confiance en elle et décide de s’engager dans un travail photographique personnel. C’est en 1956 qu’elle appose le n° 1 sur une bobine de pellicule 35 mm.

Les ouvrages en français consacrés à l’œuvre de Diane Arbus sont peu nombreux. La publication de ce dernier livre est d’autant plus intéressante qu’elle montre des clichés, pour la plupart inédits, datant de la période où l’on assiste à la mise en place des fondamentaux de sa démarche artistique. En outre, le livre fait mention des recherches scientifiques récentes effectuées sur les dates et les titres des clichés faisant partie des archives conservées depuis huit ans au Metropolitan Museum of Art, à New York.

Le livre présente 105 photographies de Diane Arbus avec une grande sobriété, qui se remarque dès la couverture, laissant à peine deviner son titre inscrit en gris clair sur un blanc immaculé. Les photographies se découvrent une par une, isolées sur la page de droite, avec, en partie basse, la seule mention du titre et de l’année, la page gauche étant le plus souvent laissée vierge. L’ordre de succession des clichés retenu est simplement l’ordre chronologique. Mais le choix des photographies est des plus surprenant pour Diane Arbus ; les photographies qui ouvrent et ferment la collection ne représentent pas des personnes, mais des objets. La première est celle d’un journal tombé sur la chaussée dont le vent agite les feuilles ; notons que Diane Arbus exerce son activité professionnelle principalement dans la presse, à partir des années 60. La dernière est celle d’un défilé de rochers montés sur des chariots à roulettes. La photo de la quatrième de couverture n’en est pas moins déroutante : le personnage photographié, habillé d’un imperméable transparent, a ses pieds orientés à l’opposé de sa tête.

Les pages de garde, quant à elles, montrent des halos lumineux aussi énigmatiques, qui sont en fait des agrandissements de l’ampoule qui éclaire la photo précédente.

Au fil des pages, on saisit la détermination de Diane Arbus d’isoler les sujets photographiés du fond qui pourrait distraire l’attention du regardeur, de ne pas chercher à réaliser une belle composition ou de soigner sa technique, mais plutôt de saisir l’expression paroxystique du sujet, au moment même où il se sait photographié. Elle se singularise ainsi de ses pairs, Walker Evans, Garry Winogrand, Lee Friedlander, en ne se mettant pas à distance du sujet, mais en cherchant le contact, se rapprochant en cela plutôt de Lisette Model ou d’August Sander.

On perçoit dans le livre la quête effrénée de Diane Arbus pour témoigner de ses semblables dans leurs différences, pour accroître sa collection comme un entomologiste, en s’attachant à produire une description précise, dénuée de tout sentimentalisme. A l’âge de 16 ans, Diane Arbus écrivait dans une dissertation de philosophie :

« Il y a et il y a eu et il y aura un nombre infini de choses sur terre. Des individus tous différents, souhaitant tous des choses différentes, connaissant tous des choses différentes, aimant tous des choses différentes, ayant tous une apparence différente. Tout ce qui a été sur terre a été différent de toutes les autres choses. C’est ce que j’aime : la différence, le caractère unique de toute chose et l’importance de la vie … Je vois quelque chose qui semble merveilleux; je vois le divin dans des choses ordinaires. »

Si les photographies iconiques de Diane Arbus appartiennent à la période suivante, où elle utilise un appareil photo de moyen format procurant une image carrée plus riche en nuances, celles qui hantent ce livre révèle bien la genèse de son œuvre.

 

 

 

 

 

Voir dans le catalogue de la BML

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