Les Rencontres d’Arles : photographie et transverses

- par T. O.

Pour les passionnés de l'image, les Rencontres de la photographie d’Arles sont un rendez-vous annuel immanquable. Abordons ces rencontres à l’aune de la transversalité…

© Yann Gross. The Junggle Book
© Yann Gross. The Junggle Book

Initialement nommées « Rencontres internationales de la photographie d’Arles », les Rencontres d’Arles ont été fondées en 1970 à l’initiative de trois passionnés : le photographe Lucien Clergue, l’écrivain Michel Tournier et l’historien Jean-Maurice Rouquette.


Un festival de l’émergence, couplé d’un intérêt patrimonial fort

 

À travers plus de soixante expositions installées dans divers sites arlésiens, les Rencontres tentent de lier un double objectif : d’une part, rendre compte des nouvelles tendances et des enjeux actuels de la photographie, d’autre part, valoriser le patrimoine photographique mondial. Rappelons-nous de la valise mexicaine de Robert Capa contenant des négatifs de la guerre d’Espagne. Retrouvé à Mexico après avoir été considéré comme perdu depuis 1939, ce magnifique témoignage fut exposé lors de l’édition 2012 du festival.

Dans la même veine, Sid Grossman (1913-1955) est mis cette année à l’honneur. Photographe dont le nom n’aura pas laissé autant de traces que son homologue américain, cet activiste et sympathisant communiste fut pourtant à l’initiative du collectif de la Photo League. Cette association de photographes marqua le genre du photoreportage et plus largement de la photographie américaine à partir des années 30, en prônant une image capable d’être à la fois poétique et politique.

 

 l’Hybridité sous toutes ses formes

 

Sam Stourdzé, Directeur des Rencontres depuis deux ans, marque un souhait affirmé de rendre le festival transversal. L’an passé, le duo inattendu Martin ParrMathieu Chedid avait initié une exposition à la scénographie hétéroclite. Fan ou pas fan de projections photographiques visibles depuis un transat et sous une ambiance musicale planante, l’intérêt de l’exposition avait été la découverte de clichés noir et blanc des débuts du photographe. Ces images, loin des grands formats que nous connaissons de ses dernières expositions, préfiguraient déjà tout son travail ironico-critique sur la société de consommation.

pj harvey

Cette année, le pluridisciplinaire sera notamment à l’affiche avec le duo PJ Harvey/Seamus Murphy. L’auteure et le photojournaliste poursuivent ici une collaboration débutée en 2011 autour de l’album Let England Shake.
A Arles, l’exposition « The Hollow of the Hand » (le creux de la main) s’apparente au récit visuel et poétique de plusieurs voyages réalisés par les deux artistes, notamment au Kossovo et en Afghanistan.
PJ Harvey résume cette alliance ainsi :

« Je voulais sentir l’air, le sol, rencontrer des gens issus de pays qui me fascinaient. Avec mon ami Seamus Murphy, on était d’accord pour construire un projet ensemble : je collecterais les mots, il collecterait les images. Nous suivrions nos instincts pour savoir où aller”.

L’exposition de Stéphanie Solinas est également à relever, avec un travail qui retrace l’histoire de la Halle Lustucru, une usine arlésienne aujourd’hui délaissée. Pour ce faire, la photographe s’est appuyée de la « méthode des lieux » (titre de son exposition), principe mnémotechnique basé sur l’association de ce que l’on veut mémoriser, avec des souvenirs de lieux connus.

 

Murs d’images ou pages de photos

 

"Ribeirinhos" fish, hunt and collect fruits to feed their family. Every morning Daniel goes fishing in a lagoon close to his house. From top to bottom : Piraña, Fasaco, Sungaro, Tucunare.Débordant d’originalité, d’une liberté de ton et de composition rares, le livre de photographie prend un véritable essor. Les Rencontres, qui ont toujours montré un intérêt marqué pour ce genre, accentuent cette année leur focus. Outre le Cosmo-Arles books consacré aux nouvelles pratiques éditoriales, relevons le Dummy Book Award prize, un prix décerné à une maquette de livre photographique en vue d’une aide à la publication. Avec son projet The Jungle book, le photographe Yann Gross, lauréat de l’année passée, présentera cette année son travail au mur.
The Jungle book reprend le parcours de Francisco de Orellana (découvreur de l’Amazone à l’Occident au XVIe siècle, des Andes à l’océan Atlantique). Un thème qui, comme le précise la photographie, lui permet « d’aborder les questions d’exploitation des ressources ou de l’accélération de l’hybridation des cultures. »
Affichée, mise en page ou encore projetée, l’image se déclinera donc cet été sur une multitude de support, pour convenir à tous les goûts.


Pour aller plus loin
– le site des Rencontres de la  photographie d’Arles

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *