Parcours musical

Inspired by Bach

- Modifié le 19/01/2017 par Département Musique

C’est peu dire que Johann Sebastian Bach fut une source d’inspiration pour des millions de musiciens de toutes époques, de tous styles. Par delà les siècles son empreinte demeure, indélébile, inépuisablement féconde.

Nous avons choisi de présenter dans cet article quelques exemples d’œuvres librement inspirées des compositions du Cantor. Dans un désordre allègrement rhapsodique, pour une sélection tout subjective et sans idée de hiérarchie. Non pas Bach seulement interprété ou transcrit,  mais plutôt Bach réinterprété, retranscrit, remixé, transplanté, greffé, poursuivi et bien attrapé, métamorphosé,  accomodé, assaisonné.  Bach imaginé, pour tous les goûts, Bach par le menu, ou à la carte.

 

First, but not least,  “Le” prélude

Ce qui veut dire bien sûr le fameux premier prélude du premier  Livre du Clavier bien tempéré, qui a inspiré Maurane et tant d’autres  … Se décline également en  Ave Maria très chic, spécial mariage, en chansonnette populaire tendre par Nana Mouskouri, en version vocalisée par Bobby Mc Ferrin …

 

Nicolas Godin, fondateur du groupe Air propose dans son premier album solo « Contrepoint » une lecture très personnelle de la cantate pour alto BWV 54 « Widerstehe doch der Sünde » …

… dont voici le matériau d’origine.

 

 

Le compositeur chinois exilé et hydrophile Tan Dun compose sa Water passion d’après le Passion selon Saint-Mathieu. Il incorpore dans son œuvre de nombreux bruits d’eau qu’il investit d’une charge spirituelle symbolique. Par ailleurs il crée un poème symphonique sur les 4 lettres de B.A.C.H., pour orgue et orchestre.

 

Moins métaphorique et plus métamorphique, le saxophoniste Fabrizio Cassol nous livre un spectacle-ballet également inspiré de la Passion selon Saint-Matthieu. On y voit réapparaitre les avatars improbables, ectoplasmes cependant bien identifiables, des principaux airs et chœurs, mâtinés d’influences blues, gospel, jazz malien  :

Voici le matériau d’origine, dont il subsiste au moins la tonalité.

 

Frida Boccara, dans « cent mille chansons » s’inspire librement d’un autre air de la Saint-Mathieu  : « Mache dich mein Herze rein ».  Il faut avouer que son interprétation vibrante, un peu braillée à la Michelle Torr, quoique fort éloignée de l’original, est finalement assez émouvante.

En voici le (sublime) point de départ.

 

A tous les apprentis pianistes qui ont travaillé Le Petit Livre d’Anna-Magdalena, ce clip vintage rappellera quelque chose :

 

Heitor Villa Lobos (1887-1959), tout imprégné des musiques traditionnelles de son Brésil natal et de Bach, son compositeur fétiche, compose la fameuse série des «Bachianas brasileiras », la plus célèbre étant la Bachiana brasileira n° 5, pour violoncelles et voix.


Un peu plus à l’est, ou beaucoup plus à l’ouest, dans  Bach to Beirut  le Trio Rhéa reprend à sa manière orientale le 2ème  prélude en ut mineur du Clavier bien tempéré dans un arrangement de Wassim Soubra. Le piano est ici rejoint par oud et percussions orientales.

 

 

 

  • Bach donne envie de chanter

The Swingle Singers est un groupe vocal formé à Paris en 1962 par Ward Swingle. Le concept initial est d’interpréter des airs instrumentaux classiques, arrangés par Ward Swingle en scat. Leur re-création de la badinerie extraite de la suite pour orchestre n° 7  fut un must, elle demeure dans toutes les mémoires et toutes les oreilles.

Dans le même esprit la  chanteuse et pianiste de jazz azérie Aziza Mustafa Zadeh, qui relève la gageure de jouer et chanter en même temps, vocalise admirablement sur la courante de la partita   n° 6 BWV 830.

La chanteuse et compositrice éclectique Tori Amos reprend dans « Night of hunters », en en conservant habilement le caractère élégiaque, le beau thème de la sicilienne de la Sonate pour flûte, BWV 1031 dans sa ballade Edge of the moon.

 

Voici enfin un réjouissant medley réunissant quelques extraits de tubes du Cantor par les King’s Singers.

 

  • Bach donne envie de faire ses gammes et de bosser son instrument

Bach professeur, y a pas mieux pour exercer agilité et vélocité, les guitaristes éclectiques de tous poils ne s’y trompent pas.

Patrick Rondat s’éclate sur la partita pour violon n°1 en si mineur,  BWV 1002

 

 

  • Bach donne envie de swinger

Bach et le jazz, un grand classique. Des tonnes de jazzmen se sont nourris de Bach : Bud Powell, Django Reinhardt, Oscar Peterson,  Jacques Loussier, Francis Lockwood, Raphaël Imbert, Boulou et Elios Ferré,  Dan Tepfer … mille autres sans doute.

Edouard Ferlet au piano, rejoint par Violaine Cochard au clavecin, s’en donnent à cœur joie dans une déferlante d’énergie et de rythme, à cordes pincées et frappées.

 

 

 

  • Bach donne envie d’improviser

A partir du merveilleux thème de la bourrée,  de la suite en mi mineur pour luth BWV 996, véritable corne d’abondance musicale, Jethro Tull folâtre dans des variations et impros jazzy. Un son et un ton nouveaux à l’époque, qui ont fait date (Album « Stand up »  1969) .

Gabriela Montero, pianiste vénézuelienne improvise (parfois génialement inspirée, parfois moins) sur des thèmes de Bach.

 

Raphaël Imbert, dans son projet Bach-Coltrane, propose  de souligner les parentés spirituelles et musicales de Bach et de Coltrane en suivant notamment la trame de la liturgie luthérienne, présente aussi bien chez le cantor que dans les negro-spirituals et les thèmes écrits par Coltrane. Il est révélateur de constater, à quel point les racines de ce qui semble être deux univers antinomiques (le XVIIème allemand et le New-York des années 1960) sont finalement semblables. Comme s’ils n’avaient pas subi le poids du temps et de l’espace.

 

 

  • Bach donne envie de s’éclater, ou l’art de la fougue

Métamorphose d’une œuvre, au-delà de la simple transcription. L’invention  n° 13  devient avec Wayne Marsh et son duo de sax un condensé de swing irrésistible dans lequel les deux voix à présent confiées à deux instruments, se livrent  à une véritable course-poursuite  au tempo frénétique.

 

« Je n’imagine même pas avoir ne serait-ce qu’une fraction de son génie … » scande  ce jeune rappeur  –  sur fond de toccata et avec toute l’agressive déférence qui sied au propos.  Une mini-biographie peu conventionnelle, doublée d’un bel hommage.

 

 

 

La ville de Lambaréné sur le fleuve Ogooué au Gabon est connue pour sa léproserie fondée par le docteur Albert Schweitzer qui était aussi organiste accompli et réputé pour ses travaux sur Bach. C’est le point de départ pour Hughes de Courson et Pierre Akendengue  d’une rencontre inattendue entre Bach et la musique traditionnelle gabonaise.

Le joie tonique du chant africain utilisé pour fêter  les fins de retraite se métisse avec un chœur de la Passion selon Saint-Jean  célébrant avec une jubilation bondissante et syncopée la résurrection du Christ.

(A partir de)

 

 

  • Bach réjouit et  donne envie  de rire

Le regretté et génial  Peter Ustinov interprète une cantate « à la manière de », dans laquelle il endosse tour à tour tous les rôles : basse, ténor, soprano, hautbois nasillard (ou basson enrhumé ?). Un morceau d’anthologie pince-sans-rire, respectueusement irrévérencieux, irrésistible, désopilant, et tellement musical …

 

 

Interprétation toujours, ou comment aborder le sentiment religieux ou une jolie vénézuelienne sur la plage.  John Malkovitch  donne ici  quelques tuyaux.

A tout seigneur tout honneur, voici, pour conclure, arrivant avec sa redingote et sa perruque poudrée le Meister himself, pour un cours de contrepoint.

Avec Alexandre Astier, nous nous instruisons et notre joie demeure. Oui décidément Bach donne envie.

 

 

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