Musique

In the Moog for love

Une petite histoire du synthétiseur Moog

- Modifié le 27/09/2017 par Département Musique

Il y a quelques mois disparaissait Jean-Jacques Perrey, star du moog qui collabora notamment avec Air. Le groupe versaillais utilisera probablement l’instrument pour son concert exceptionnel à l’Auditorium de Lyon le 23 mai. L’occasion de revenir sur l’histoire de ce qui est probablement le synthétiseur le plus aimé au monde.

moog
moog

Robert Arthur « Bob » Moog

dessin représentant Robert Moog de profil

Robert Moog

Le Moog, comme beaucoup d’autres synthétiseurs (Hammond, Buchla,…) porte le nom de son concepteur, Robert (Bob) Moog. Dès son enfance, le new-yorkais aime fabriquer des radios, des amplis,… avec son père mais ce qui le passionne vraiment, c’est le Theremin, l’un des premiers instruments électroniques inventé par Lev Termen (Léon Theremin). A l’âge de 20 ans, en parallèle de ses études (deux licences puis un doctorat de physique), il crée donc son entreprise pour commercialiser les Theremin qu’il conçoit et fabrique. Il en vend d’ailleurs un à Raymond Scott, génial musicien et inventeur, qui s’en inspirera pour fabriquer son propre instrument, le Clavivox.

Robert Moog jouant du theremin

Robert Moog jouant du theremin

Dorénavant installé à Trumansburg à 300km au nord de New-York, Bob Moog, qui est aussi un pianiste accompli, mène ses expériences et a l’intuition que l’utilisation du transistor, inventé en 1947, peut révolutionner la musique. Il crée alors des modules autonomes (que l’on peut relier) sur lesquels se côtoient boutons à tourner, prises à brancher ou interrupteurs à activer et qui ont chacun une fonction dans le traitement du son (vibrato, tremolo, feedback, résonance,…) et qui sont associés à un clavier, et grâce à un peu d’ingéniosité et beaucoup de génie, invente le son élastique si caractéristique de ce qui  deviendra l’un des tous premiers synthétiseurs, le Moog. Nous sommes en 1963. Le temps de peaufiner son invention, il faut attendre fin 1965 pour voir la commercialisation de ses trois premiers synthétiseurs : les Synthesizer I, II et III, stars du premier catalogue édité en 1967.

Catalogue de 1967 de Moog Company

Catalogue 1967

D’abord destinés à la musique classique et contemporaine pour Bob Moog, les Synthesizer attirent pourtant d’abord Sun Ra, les Byrds, les Beatles (le moog est omniprésent sur l’album Abbey Road sur « Maxwell’s silver hammer », « I want you (she’s so heavy) », « Because » et surtout sur « Here comes the sun »), les Rolling Stones (Mick Jagger en joue dans le film Performance), les Monkees, Frank Zappa, Van Morrison ou les Doors mais aussi les compositeurs de musiques de films (On achève bien les chevaux, Au service secret de sa majesté) ou de publicités.

Mais le succès mondial  et la reconnaissance du grand public viendra d’un pianiste avec qui Bob Moog avait l’habitude de travailler pour améliorer ses synthétiseurs qui propose le crossover ultime : du Bach joué au Moog sur l’album Switched-on Bach. Et c’est un succès planétaire, « le seul disque de platine jamais enregistré en musique classique. Glenn Gould, véritable incarnation de la musique du maître allemand et gardien reconnu de son temple, décrète qu’il n’a jamais entendu une plus belle exécution des Brandebourgeois, que ce soit en disque ou en concert » Laurent de Wilde, Les fous du son, p.391

pochette du disque Switched-on-Bach

Switched-on-Bach

Lauréat de 3 Grammy Awards, Walter Carlos profite du succès de Switched-on Bach pour financer une opération qui lui tient à cœur depuis plusieurs années qui lui permettra de faire correspondre son sexe biologique à son sexe de genre et de se faire appeler dorénavant Wendy. Wendy Carlos continuera à composer avec succès pour le cinéma : Orange mécanique, Shining, Tron

 

Mais la consécration arrive avec un nouveau modèle, le Minimoog, synthétiseur compact (et non plus modulaire) qui intègre automatiquement les combinaisons des différents modules les plus usitées et sa légendaire molette sur le côté du clavier, le pitch bend.

 

catalogue Minimoog

Si le succès est total, renforcé par le hit planétaire du titre « Popcorn » composé par Gershon Kingsley au Minimoog, et repris par Hot Butter, il sera aussi trop tardif pour sauver de la faillite l’entreprise R.A.Moog, rebaptisée Moog Music après son rachat.

Dépossédé de son entreprise et de son nom, en délicatesse avec la nouvelle direction, Bob Moog quittera Moog Music quelques temps plus tard mais continuera à assouvir sa passion pour les synthétiseurs et les theremins jusqu’en 2002, date à laquelle il récupère son nom et reprend la production des Minimoog (stoppée depuis 1981) avec un nouveau modèle, le Voyager.

Bob Moog ne profitera malheureusement pas longtemps de cet incroyable retour puisqu’il décède le 21 août 2005 d’un cancer foudroyant du cerveau.

photo de Robert Moog

Robert Moog

 

La star du Moog : Jean-Jacques Perrey

Gershon Kingsley, compositeur de « Pop corn » est également connu pour ses collaborations régulières avec Jean-Jacques Perrey, star française du Moog décédé le 4 novembre 2016 à 87 ans. Jean-Jacques Perrey avait entamé sa carrière musicale derrière Charles Trenet et Edith Piaf pour lesquels il jouait de l’ondioline, un ancêtre du synthétiseur inventé en 1941 par Georges Jenny. C’est  d’ailleurs en tant que démonstrateur pour Ondioline qu’il voyage jusqu’aux Etats-Unis où il commence par composer des jingles publicitaires. De sa rencontre avec Gershon Kingsley et le Moog, verront le jour deux albums, The In Sound From Way Out et Kaleidoscopic Vibrations avant deux albums solo : The Amazing New Electronic Pop Sound of Jean-Jacques Perrey, puis Moog Indigo en 1970 dont est extrait le devenu célèbre « E.V.A. ». Jean-Jacques Perrey utilisait les techniques des expérimentateurs des musiques concrètes pour les appliquer à la pop music.

De retour en France, redevenu anonyme, il se consacrera aux jingles ou aux musiques pour la télévision parfois sous le pseudonyme de Pat Prilly (le nom de sa fille, non musicienne mais inspiratrice de ses compositions).

Mais la meilleure personne pour parler de son parcours et de son œuvre reste Jean-Jacques Perrey lui-même dans le documentaire Prélude au Sommeil – J.J. Perrey et la Musique de Gilles Weinzaepflen (52 min – 2008 – France).

Jean-Jacques Perrey n’a jamais connu un grand succès, surtout après son retour en France mais son influence rayonna sur les scènes hip-hop et electro notamment à partir des années 90 et sa collaboration avec David Chazam (sur l’album Eclektronics) qui le remit sur le devant de la scène.

Quelques exemples :

  • 1991, le duo Gangstarr et son producteur Dj Premier sample E.V.A sur « Just to get a rep »
  • 1996, les Beastie Boys sortent un album instrumental hommage à Perrey & Kingsley et reprenant largement le visuel (et le titre) de The In Sound from Way Out!

  • 1996, le groupe de rap House of Pain sample “E.V.A.” sur « Fed Up (Remix) »
  • 1996, Ice T sample “E.V.A.” sur “The lane”
  • 1996, Primal Scream sample “E.V.A.” pour la BO de Trainspotting
  • 1997, Jean-Jacques Perrey collabore avec Air sur “Cosmic bird”

  • 1997, Roni Size sample “E.V.A.” sur « Hi-potent »
  • 1997, A Tribe Called Quest sample “E.V.A.” sur “Same ol’ thing”
  • 1997, Dj Krush sample “E.V.A.” sur “Skin against skin”
  • 1998, Jean-Jacques Perrey collabore avec David Chazam sur l’album Eclektronics (puis en 2014 sur ELA)

  • 1998, Dr Octagon sample “E.V.A.” sur “3000”
  • 1999, Blackalicious sample « The little ships » sur “Reanimation”
  • 1999, Jean-Jacques Perrey participe à la compilation At home with the groovebox sur Grand Royal, le label des Beastie Boys

  • 2008, Dj Shadow et Cut Chemist sample « E.V.A. » sur « Chilled »
  • 2012, Homeboy Sandman sample « Brazilian flower » sur « Let get’em”
  • 2014, Pusha T sample « E.V.A. » sur « Lunch money »

Sachant que le premier sample connu (avant même que la notion de sample existe) d’un titre de Jean-Jacques Perrey est l’œuvre des Beatles qui utilisent « Baroque Hoedown » sur leur disque de Noël de 1968. « Baroque Hoedown » sera adapté ensuite pour sonoriser les parades des parcs Disney…

 

Moog selecta (en 40 titres)

Vous ne connaissiez peut-être pas le Moog mais vous en avez pourtant forcément déjà écouté :

Pour aller plus loin :

  • ce documentaire sur le Moog (2004) – exclusivement disponible en anglais

  • Le documentaire (sortie prévue dans quelques semaines) sur Bob Moog, Electronic Voyager
  • La Fondation Bob Moog
  • Le Moogfest, festival annuel consacré au Moog, créé en 2004 et se déroulant en Caroline du Nord où Bob Moog passa les 30 dernières années de sa vie. En 2017, le festival accueillera entre autres Flying Lotus, S U R V I V E, Animal Collective, Suzanne Ciani,…
  • Acheter l’un des derniers nés de la firme Moog music pour moins de 30€, au lieu de 10 000€ : l’appli du Moog Model 15

 

Dans nos collections :

  • Les fous du son de Laurent de Wilde vous permet de découvrir l’histoire de ces inventeurs qui ont révolutionné la musique que ce soit Robert Moog, Leon Theremin, Raymond Scott, Donald Buchla, tous évoqués ici mais aussi Martenot, Zinovieff, Edison…
  • Best of Moog, compilant le meilleur des hits 60s et 70s au Moog
  • La bande originale du documentaire Moog
  • Moog cookbook, album de reprises frappadingues de classiques rock au moog par le duo casqué The Moog Cookbook (dans lequel on retrouve notamment Robert Manning Jr, ex Jellyfish, Imperial Drag et musicien pour Air)
  • The dark side of the moog 8 de Pete Namlook et Klaus Schulze, 8ème volume d’un projet fleuve initié en 1994 et achevé en 2008 avec le 11ème volume
  • The out sound from way in ! : the complete Vanguard recordings, coffret de Jean-Jacques Perrey regroupant les albums The In sound from way out (1966), Kaleidoscopic vibrations (1967) , The amazing new electronic pop sound of J.J Perrey (1969) et Moon indigo (1970), soit le meilleur de Jean-Jacques Perrey seul ou avec Gershon Kingsley.

 

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2 thoughts on “In the Moog for love”

  1. tof dit :

    Merci pour cet article ma foi très instructif. Juste une petite remarque : il aurait été judicieux de parler un peu de Keith Emerson, génial musicien qui nous a quitté récemment et qui était un utilisateur éclairé du Moog notamment. RIP Keith et un grand merci pour la musique que tu nous as laissés ! Avis aux autres abonnés de la bibliothèque, n’hésitez pas à emprunter les cds d’EMERSON LAKE & PALMER, de grands disques à consommer sans modération.

    1. Département Musique dit :

      Bonjour, merci de votre intérêt pour cet article. En effet, Keith Emerson était un grand utilisateur du Moog mais aussi de bien d’autres synthétiseurs. Un titre d’Emerson Lake & Palmer apparaît d’ailleurs dans la playlist proposée dans l’article.

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