Album à redécouvrir

Duetti, lamenti & madrigali / Sigismondo d’India

- temps de lecture approximatif de 1 minutes 1 min - par Civodul

A l'orée du XVIIème siècle Sigismondo d'India, contemporain de Monteverdi, s'éloignant des enchevêtrements polyphoniques de la Renaissance est un des promoteurs d'un nouveau style : la monodie accompagnée, qui préfigure l'émergence de l'opéra. Dans cet enregistrement de 1979 René Jacobs, alors chanteur, nous livrait un florilège touchant et subtil du genre.

La tonalité d’ensemble est grave, voire dramatique. Beaucoup de lamentations et de langueurs à base d’arguments mythologiques, ainsi que le commande l’époque déjà baroque.  Le programme se partage entre une majorité de solos, pour alto ou soprano et quelques duos baptisés, à l’ancienne,  madrigaux. La monodie de l’opéra naissant semble  hésiter encore entre deux options vocales qui seront bientôt clairement différenciées : le récitatif, censé faire évoluer l’intrigue, qui sera plus parlant et moins chantant et l’air qui se souciera plus de séduire l’oreille que de raconter l’ histoire. Et c’est précisément ce chevauchement des genres qui fait le charme de ce récital, chaque « récitatif » étant  merveilleusement mélodieux (la preuve on ne s’ennuie pas une seconde même sans comprendre un traitre mot d’italien) et / ou chaque « air » puissamment évocateur d’un récit. Recitar cantando, arioso,  on emploiera le qualificatif savant que l’on souhaite pour qualifier ce style hybride, élégant et puissamment expressif.

Les chanteurs sont au top : René Jacobs (qui disserta en spécialiste sur le timbre du contre-ténor ) est parfaitement à son affaire, sa voix androgyne, d’une homogénéité diabolique (avec ça et là quelques effets emphatiques qui peuvent paraitre aujourd’hui un peu désuets) est extraordinaire de ductilité et de subtilité dans l’art du récit théâtral. Sa partenaire, la soprano Judith Nelson est tout aussi fascinante et la fusion des voix est admirable .

Et que dire du continuo de luxe (Kuijken à la basse de viole, Christie au clavecin, Junghänel au théorbe) ? La rolls de la basse continue tout simplement.

Bref un bel enregistrement à ne pas oublier.

Madrigale : langue al vostro languir :

 

Lamento di Tancredi : Giunto a la tomba :

Partager cet article

Poster un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *