« I have a dream »

- temps de lecture approximatif de 13 minutes 13 min - Modifié le 11/10/2019 par Département Civilisation

Le 4 avril 1968, Martin Luther King mourait, assassiné. Une journée de deuil national fut décrétée pour ses funérailles. Le monde entier pleura cet apôtre de la non-violence qui fit le rêve d'une Amérique en noir et blanc. Quarante ans plus tard, à l'heure de la candidature de Barack Obama, le personnage de Martin Luther King est au coeur de la campagne présidentielle américaine. Que sont devenus les grands combats du révérend King ? et qu'aurait-il pensé de la société d'aujourd'hui ? Les candidats à l'investiture à l'élection présidentielle se penchent depuis plusieurs mois sur le sujet, car l'enjeu est de taille : conquérir l'électorat afro-américain.

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Le combat de Martin Luther King

Martin Luther King Jr. est l’un des leaders charismatiques de l’histoire américaine. Conscience de la nation, il incarna la lutte des minorités pour l’égalité civique, le combat contre la ségrégation, et fut l’un de ses nombreux martyrs.

Aux Etats-Unis, la mémoire de Martin Luther King est honorée par des monuments, des parcs, des rues et même par un jour férié, le 15 janvier, jour anniversaire de sa naissance. Depuis 1986, en effet, Martin Luther King Jr. est entré au panthéon des héros de l’Amérique, rejoignant Christophe Colomb, George Washington et Abraham Lincoln.

Les États-Unis, terre ouverte à des millions de réfugiés, ont fermé les yeux, pendant longtemps, sur le scandale de la ségrégation. La défense des Noirs et de leurs droits a souvent été le fait de pasteurs noirs des Églises protestantes, particulièrement de l’Église baptiste, la plus modeste dans la hiérarchie confessionnelle américaine. C’est dans cette tradition que s’inscrit la lutte prophétique de Martin Luther King entre les années 1950 et 1960. Sa grande victoire, à lui et à tous ceux qui se battaient à ses côtés, aura été le vote des droits civiques de 1964 et 1965.
Admirateur de Gandhi, non violent et souvent incompris des Noirs radicaux, il a su mobiliser des millions d’hommes et de femmes contre l’oppression raciste. Sa mort marque un tournant dans l’histoire américaine.

Martin Luther King Jr., un homme et son rêve, par Marie-Agnès COMBESQUE, Ed. du félin.
Une autobiographie de l’homme célèbre pour son rêve d’un monde délivré des démons du racisme. Le pasteur Martin Luther King Jr., arrière-petit-fils d’esclave, a porté se rêve jusqu’à son dernier souffle. Assassiné en avril 1968, il était devenu l’homme à abattre pour le FBI, et il est aujourd’hui le symbole du plus grand mouvement politique et social que l’Amérique au connu au XX° siècle.

Martin Luther King, l’apôtre de la non-violence, en coédition avec les dossiers Archives du Monde 2

Site du memorial situé à Atlanta et créé par la veuve du Pasteur.

Site de l’Université de Stanford dédié à la collecte et à la diffusion de documents historiques concernant le pasteur King et les mouvements auxquels il a participé.

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Freedom. Une histoire photographique de la lutte des Noirs américains, Ed. Phaidon.
Cet ouvrage propose un voyage photographique au cœur de la lutte des Noirs américains. Une lutte qui s’est exprimée aussi bien par des actes modestes de courage personnel que par de vastes revendications en faveur de la morale et du droit.

Les grandes figures du mouvement noir

Nombre de leaders se sont battus pour une affirmation et une reconnaissance de la communauté noire, voici quelques grandes figures de ce mouvement à (re)découvrir.

William Edward Burghardt Du Bois

Il est le seul Noir parmi les fondateurs de la NAACP (Association nationale pour le progrès des Noirs), créée en 1909 par des Blancs libéraux. Son ouvrage The Souls of Black Folk (Les Ames noires) le rend célèbre en 1903.
Encyclopédie en ligne Wikipédia

Les âmes du peuple noir, par W.E.B. Du Bois, Ed. La Découverte.
Dans cet ouvrage publié en 1903, l’auteur évoque avec une puissance inégalée l’étendue du racisme américain et donne à voir au monde la réalité de l’expérience quotidienne afro-américaine dans l’Amérique de la ségrégation. Ouvrage de référence, il a inspiré l’essentiel de la conscience collective noire et des mouvements en faveur des droits civiques dans les années 1960, et continue d’avoir un retentissement considérable au sein de la communauté afro-américaine et au-dehors.

Marcus Garvey

Il est le créateur de l’UNIA (Association universelle pour l’amélioration de la condition noire) qui est le premier mouvement international de masse destiné aux Noirs de tous horizons. Il était partisan d’un nationalisme noir et promoteur du mouvement Back to Africa dans les années 1920.

Marcus Garvey : père de l’unité africaine des peuples, par Têtêvi Godwin Tété-Adjalogo, Ed. L’Harmattan

Malcom X

Il demeure l’un des plus célèbres militants noirs américains. Il avait découvert l’importance qu’il y avait à relier le mouvement noir américain à ceux qui ailleurs combattaient la même forme de racisme et d’oppression. Ce recueil retrace l’itinéraire politique de Malcom X. Il éclaire l’évolution d’un homme profondément sensible, marqué par l’amère condition des siens, mais décidé à en finir avec la ségrégation, la misère et le racisme.

Malcom X, Le pouvoir noir, Ed. La Découverte.

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Malcolm X et Martin Luther King. Même cause, même combat, par James H. CONE, Ed. Labor et Fides.
Malcolm X et Martin Luther King symbolisent tous deux, et ensemble, la tradition de résistance dans l’histoire noire : intégrationnisme et nationalisme noir. Ils incarnèrent les dimensions de la lutte afro-américaine pour l’identité. Retenir l’un et rejeter l’autre revient à devenir schizophrène. La lecture du portrait croisé de deux figures charismatiques et religieuses de la résistance à la discrimination donne incontestablement à réfléchir.

Jesse Louis Jackson

Militant des droits civiques aux côtés de Martin Luther King Jr., Jesse Jackson est présent aux côtés du révérend king quand il est assassiné à Memphis. L’année suivante, il est ordonné prêtre baptiste. En 1984 et en 1988, il est candidat à la présidence des Etats-Unis, lors des primaires démocrates. Son objectif est de réunir une coalition arc-en-ciel, nom de son association à but non lucratif, pour les minorités opprimées : Afro-Américains, Hispaniques, travailleurs pauvres, femmes, homosexuels et progressistes blancs. C’est un orateur passionné dans la grande tradition des prêcheurs noirs du sud des Etats-Unis.

Site Internet du pasteur Jesse Jackson, dont l’association milite pour les droits des Noirs aux Etats-Unis

Le Black Panther Party

En octobre 1966, les Californiens Huey Newton et Bobby Seale créent le Black Panther Party (parti des Panthères noires), un an après le déclenchement de la guerre au Vietnam et alors que depuis les émeutes de Watts, une centaine de villes américaines sont secouées par des rébellions noires majeures.
Les membres fondateurs affichent un objectif en dix points. Il s’agit d’obtenir : la liberté, le plein-emploi, un dédommagement financier pour l’esclavage, des logements, une éducation moins partisane, l’exemption du service militaire, la fin de la brutalité policière, la révision des procès injustes, un tribunal avec des juges noirs et une redistribution des richesses.

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Pantheres Noires, l’histoire du black panther party, par Tom Van EERSEL, Ed. l’éqhappée

James Baldwin, écrivain noir américain,

Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de sa génération. Très marqué par la situation des Noirs dans son pays et par son expérience individuelle dans la misère de Harlem, il deviendra une figure du mouvement pour les droits civiques. Le thème de la discrimination est récurrent dans ses œuvres, qu’elle soit d’ordre racial ou sexuel. Baldwin s’emploie à montrer l’isolement du Noir dans la société mais aussi la solitude, conséquence des ambiguïtés qui sont inhérentes à chacun (homosexualité, désir d’être intégré).

James Baldwin : l’évidence des choses qu’on ne dit pas, par Benoît Depardieu, Ed. Belin.

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Nous, les Nègres, : Malcolm X, James Baldwin, Martin Luther King
Un recueil d’entretiens, diffusés dans les années 60 par une chaîne de télévision américaine, avec trois des figures marquantes des mouvements noirs américains des années 1960 : l’écrivain James Baldwin ; le ” ministre ” Malcolm X, et le pasteur Martin Luther King. Un document irremplaçable pour comprendre les ressorts de la révolte et penser les moyens d’en finir avec l’oppression, car plus de quarante ans après, la question de l’oppression et de la violence qu’elle suscite est toujours présente, dans le tiers monde comme dans les cités ghettos des métropoles du Nord.

Les femmes aussi luttent

Les femmes bien que moins médiatisées sont aussi très présentes dans la lutte contre les discriminations raciales. Les mouvements féministes sont d’ailleurs souvent les portes-paroles des minorités et des opprimés.
Le Black feminism est un mouvement féministe né aux États-Unis dans les années 1960-70, lors du mouvement des droits civiques. Il se caractérise par la volonté d’associer ensemble les critiques du sexisme et du racisme, et d’élaborer un point de vue spécifique aussi bien à l’intérieur du mouvement féministe que du mouvement du Black Nationalism.

Black feminism. Anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000, Ed. L’Harmattan.
Les textes présentés dans ce recueil du Black feminism explorent sur une période de trente ans les thèmes de l’identité, de l’expérience singulière, de la sororité, de la sexualité, comme la place dans les institutions, les coalitions nécessaires et les alliances possibles, les Normes culturelles de rébellion et de lutte, le passage de témoin entre générations.

Rosa Parks : « Non à la discrimination raciale », par Nimrod, Ed. Actes Sud.
L’auteur tchadien Nimrod retrace le fil de cette fameuse journée, le 1er décembre 1955, où Rosa Parks, assise dans l’autobus, refuse de céder sa place à un passager blanc, comme il est d’usage de le faire dans l’Amérique ségrégationniste d’alors. Son geste et son arrestation vont bouleverser le cours de l’histoire comme la vie de Rosa Parks et de sa famille qui paieront cher le courage d’une femme qui a refusé de se soumettre. Mais le mouvement est lancé. La communauté noir, menée par Martin Luther King, appelle au boycotte des compagnies de bus et entame une révolte qui durera 9 ans.

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Angela Davis

Elle est née dans une famille afroaméricaine dans l’Alabama des années 1940, à l’époque de la ségrégation dans le Sud. Dans les années 1960, elle voyage beaucoup. Elle étudie tour à tour à Francfort, à Paris, dans le Massachusetts, en Californie. En 1968, elle adhère au parti communiste américain et au mouvement des Black Panthers, ce qui lui vaut d’être surveillée par le FBI. Elle enseigne en 1969 à l’UCLA – l’université de Californie à Los Angeles – mais en est renvoyée à cause de son activisme politique. Commence alors une cavale au travers des États-Unis : elle est accusée d’avoir participé à une prise d’otages. Elle apparaît sur la liste des femmes les plus recherchées par le FBI. La police politique de J. Edgar Hoover lutte contre les Black Panthers et les communistes. Après deux semaines de cavale, elle est arrêtée dans un hôtel, puis emprisonnée pendant seize mois avant d’être jugée et acquittée. Cette affaire connaît un retentissement international.
En France, Jean-Paul Sartre, Gerty Archimède, Pierre Perret et des milliers de manifestants la soutiennent. Dès sa sortie de prison en 1971, Angela Davis se met à publier. Ses essais autant que ses discours véhéments en font l’une des intellectuelles radicales les plus connues de l’époque : la paix au Vietnam, l’antiracisme, le féminisme constituent son credo. En 1980 et en 1984, Angela Davis se présente aux élections présidentielles américaines comme vice-présidente du candidat communiste Gus Hall.
De nos jours, Angela Davis est professeur d’histoire de la conscience à l’Université de Californie. Elle fait campagne contre la guerre en Irak. Elle lutte contre l’industrie carcérale et la peine de mort aux États-Unis et dans le monde.

Autobiographie, par Angela DAVIS, Ed. Albin Michel.

Le rêve américain toujours d’actualité

Le rêve de Martin Luther king Jr. est aujourd’hui porté par une nouvelle génération d’hommes et de femmes qui luttent à leur tour pour l’égalité des hommes quelles que soient leurs origines. Dans les années 80, Jesse Louis Jackson a été plusieurs fois candidat à la présidence des Etats-Unis, lors des primaires démocrates. Aujourd’hui, le candidat Barack Obama, engagé dans les primaires de la campagne présidentielle, fait vibrer des foules de toutes couleurs, et on lui prête de sérieuses chances d’accéder à la magistrature suprême. Beaucoup d’américains voient en lui le digne héritier du pasteur noir, Martin Luther King Jr. Quarante ans après l’assassinat de celui-ci., les questions d’exclusion, de racisme et d’inégalité alimentent toujours autant l’actualité.

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La crise de l’identité américaine, par Denis LACORNE, Ed. Gallimard.
Les Etats-Unis, terre d’élection des immigrés, est aussi le pays de l’exclusion, du racisme et de la xénophobie. Allemands, Irlandais, Chinois, Juifs, Hispaniques étaient chacun à leur tour jugés inassimilables… avant d’être tous assimilés. Cet ouvrage jette un éclairage neuf sur les débats qui n’ont cessé d’opposer partisans du melting-pot et tenants du pluralisme culturel. Elle exprime la tension, l’ambiguïté, le caractère indécidable d’une nation imaginée tantôt comme assimilationniste et unitaire, tantôt comme pluraliste et multiculturelle.

La crise du melting-pot : ethnicité et identité de Kennedy à Reagan aux Etats-Unis, par Jean CAZEMAJOU, Ed. Aubier-Montaigne.
L’identité ethnique est aujourd’hui l’un des points névralgiques de la sensibilité américaine. Depuis 1960, elle colore en effet les engagements et les discours de nombreux hommes politiques, inspire les revendications de diverses minorités. Elle a donné naissance à une abondante littérature, s’est inscrite dans le vécu quotidien, a singulièrement renouvelé le comportement, le costume et la musique aux Etats-Unis. Le cinéma, le feuilleton télévisé ont eux aussi étendu leur registre grâce à l’apport considérable d’une conscience ethnique libérée. Phénomène enrichissant aux yeux des uns, régressif et même réactionnaire aux yeux des autres, l’ethnicité n’a pas fini d’alimenter un grand débat contemporain, non seulement à l’échelle de l’Amérique mais à celle de la planète.

Barack Obama refuse d’être le candidat des Noirs. Certains voient en lui à la fois l’héritier de Martin Luther King et des Kennedy, dont le clan, d’ailleurs, lui a apporté son soutien. Noir par hasard mais citoyen de plein droit, il incarne, comme le fit Martin Luther King Jr., la part lumineuse d’un rêve américain qui est aussi celui de tout un peuple.

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L’Amérique de Barack Obama, par François DURPAIRE et Olivier RICHOMME, Ed. Demopolis.
Barack Obama est l’étoile montante du monde politique américain.
Qui est ce jeune avocat, unique sénateur noir américain ? Aujourd’hui candidat à l’investiture du parti démocrate pour les élections présidentielles de 2008, il s’impose comme le rival d’Hillary Clinton. Nouveau Kennedy, il fait rêver les Etats-Unis. Obama incarne le passage d’une Amérique en noir et blanc à une société métissée. Il est aussi un symbole pour les minorités visibles en France.

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