1099, Jérusalem conquise

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Il y a 910 ans les croisés mettaient à sac la ville de Jérusalem. La prise de la ville est un évènement fondateur des croisades. Cette longue période des croisades ( 1096 à 1291) voit se développer, paradoxalement, au sein du monde médiéval, des liens économiques, sociaux, culturels. Il existe, à la même époque, un autre terrain propice aux échanges : les terres européennes conquises par les Arabes. La Sicile et l'Espagne, Al-Andalus, vont donner au monde méditerranéen le rayonnement que l'on connait aujourd'hui

La 7e croisade © Wikipedia
La 7e croisade © Wikipedia

Les croisades
Regards croisés
Al Andalus : un espace favorable aux échanges et rencontres artistiques, culturelles et scientifiques
Ce que la culture doit aux Arabes
Les relations entre Orient et Occident dans le temps long de l’Histoire

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Les croisades 

La méditerranée, jadis lac romain (I°-IV° siècle), puis musulman (IX°-X° siècle), sans cesser d’être une voie d’échanges, devient aux XI° et XII° siècles un lieu de compétition et d’affrontement entre les trois grandes entités politico-religieuses qui occupent ses rives : les aires musulmane, byzantine et occidentale.
A la veille des croisades la division politique constitue la règle dans l’Occident chrétien ; la même division affecte le Proche-Orient musulman, où les oppositions politiques se doublent de divergences religieuses. L’expansion chrétienne se manifeste en Espagne, où la division d’al-andalus en territoires musulmans rivaux facilite la reconquête des royaumes chrétiens à peine moins divisés. La poussée chrétienne est également sensible en Sicile. L’Empire byzantin est affaibli. En 1071, les Turcs seldjoukides se sont emparés d’une partie de l’Asie mineure. L’empereur byzantin a besoin de l’appui militaire de l’Occident. Il délègue des observateurs au concile de Plaisance (mars 1095), chargés de demander l’envoi de mercenaires au nom de la solidarité chrétienne. C’est le point de départ de l’appel à la croisade d’Urbain II…

D’après Le temps des croisades, Les collections de l’Histoire, N° 4, février 1999

Les croisades, ce sont des évènements historiques que l’on pourrait situer de 1096 ( arrivée des premiers croisés à Constantinople) à 1303 (abandon par les templiers de l’ïlot de Rouad , en face de Tartous, actuellement en Syrie), dans un espace géographique qui va de Tunis à Istanbul. Les huit croisades ne constituent pas un ensemble homogène.

Lorsqu’ils parviennent sous les murailles de Jérusalem , le mardi 7 juin 1099, la plupart des croisés ont quitté leur foyer depuis près de trois ans…

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1099, Jérusalem conquise, par Guy LOBRICHON
Le 15 juillet 1099, une armée venue de France et d’outre-Rhin entre dans Jérusalem, au terme d’un assaut meurtrier. Les croisés mettent à sac la sainte cité et une grande partie de sa population musulmane est impitoyablement massacrée. Les croisades marquent un évènement nouveau dans l’histoire. Pendant plus de quatre siècles et demi, personne n’avait songé à reprendre Jérusalem, possession des Arabes depuis 638 et des Turcs depuis 1077.

« Quelle mouche a donc piqué les hommes de l’Ouest en 1095 ? Comment a pu germer l’idée folle, absurde peut-être, de monter pareille entreprise ? D’autres n’étaient-ils pas d’avantage justifiés à revendiquer la Cité sainte ? Pourtant, c’est une horde de chrétiens de l’Ouest, princes, chevaliers et prêtres, qui traverse toute l’Europe, l’Asie Mineure et le Proche-Orient pour arracher Jérusalem à ses occupants. L’appel du pape Urbain II, en 1095, a été entendu. Il y eu un « rêve de Jérusalem », tous les chroniqueurs contemporains l’attestent. Mais pourquoi à ce moment-là, en cette fin de XI[^e^] siècle, et quel a été finalement le gain de cette coûteuse équipée ? »

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Jérusalem 1099, par Pierre AUBE, Ed. Actes Sud
Les murailles cédèrent enfin.
Ce fut une ruée sauvage, enragée, telle qu’on n’en avait pas vu depuis un millénaire exactement, dans une cité trop promise que les musulmans, depuis bientôt quatre siècles qu’ils s’en étaient rendus maîtres, appelaient – et nomment toujours Al-Quds : la Sainte. Une folie de meurtre où chacun, au fond, se révèle. Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, se précipite sur la juiverie ; Tancrède, le Normand de Sicile, vers l’esplanade du Temple où il s’empare de la mosquée El-Aqsâ ; Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et ses Provençaux, vers la citadelle, qu’on appelait la tour de David.

Croisades et croisés au Moyen Âge par Alain DEMURGER
L’auteur de ce petit livre se propose de faire le point sur le sujet, en recourant -on lui pardonnera- à une métaphore culinaire :
« Que faut-il pour réussir une mayonnaise ? Un bol et une cuillère de bois, un jaune d’œuf, de la moutarde et de l’huile. On mélange jaune d’œuf et moutarde dans le bol et l’on ajoute peu à peu l’huile, le tout étant vivement battu à la cuillère, salé et poivré. Et l’on obtient un objet culinaire complètement nouveau : la mayonnaise. Que faut-il pour qu’il y ait croisade ? Un contexte favorable de réforme, un pape inspiré, l’idée de la libération des Eglises d’orient, la guerre sainte, le pèlerinage pénitentiel, la rémission des péchés et Jérusalem. De cet amalgame (lui aussi divin car inspiré par Dieu !) naît la croisade : une idée neuve, un objet historique nouveau. »

Pour une vision globale, Atlas des croisades, par Jonathan RILEY-SMITH, Ed. Autrement

Regards croisés 

Les croisades vues par les arabes, par Amin MAALOUF, Ed. J’ai Lu
Juillet 1096 : il fait chaud sous les murailles de Nicée.
A l’ombre des figuiers, dans les jardins fleuris, circulent d’inquiétantes nouvelles : une troupe formée de chevaliers, de fantassins, mais aussi de femmes et d’enfants, marche sur Constantinople. On raconte qu’ils portent, cousues sur le dos, des bandes de tissu en forme de croix. Ils clament qu’ils viennent exterminer les musulmans jusqu’à Jérusalem, et déferlent par milliers. Ce sont les ” Franj “.
Ils resteront deux siècles en Terre sainte, pillant et massacrant pour la gloire de leur dieu. Cette incursion barbare de l’Occident au coeur du monde musulman marque le début d’une longue période de décadence et d’obscurantisme. Elle est ressentie aujourd’hui encore, en terre d’islam, comme un viol.

Chroniques arabes des Croisades, textes recueillis et présentés par Francesco GABRIELI, Ed. Sinbad
Francesco Gabrieli a non seulement rassemblé des textes traduits en français par les orientalistes du XIXe siècle, mais également des textes arabes publiés mais non traduits, et des textes manuscrits inédits à ce jour. Epopées, chroniques, portraits, tous les genres se succèdent afin d’éclairer les événements majeurs : siège de Tyr, prise et reconquête de Jérusalem, chute de Damiette, bataille de Tibériade, rencontres sous les murs d’Acre, sans oublier de longues années de paix armée, d’interminables négociations. Sont aussi précisés les grands profils : Baudouin II, Saladin, Nûr ad-Dîn Zinkî, saint Louis, Coeur de Lion, les Templiers, Frédéric Barberousse, Baïbars… Par la richesse de la matière, l’abondance des précisions, l’historiographie arabe des Croisades soutient la comparaison avec celle des chrétiens du Moyen Age. Mais on y voit se renverser notre échelle des valeurs.

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L’Occident médiéval face à l’Islam : l’image de l’autre, par Philippe SENAC
Dès le VIIe siècle, aux portes d’un Occident encore barbare se dresse une civilisation très élaborée : celle que l’Islam a bâtie.
Comment cet ” Autre ” fut-il perçu par nos lointains ancêtres ? Pour le savoir, Philippe Sénac a scruté les images qu’en donnent les miniatures, les chapiteaux, les sculptures, les chansons de geste. Il y a vu le Sarrasin sous les traits les plus démoniaques : barbare, cruel, laid, pervers, docile aux enseignements immoraux de son prophète Mahomet, l’Antéchrist. A quelques rares exceptions près, l’Occident médiéval a refusé de connaître l’infidèle, dont il a fait un bouc émissaire s’opposant trait pour trait au chrétien idéal, jusqu’au jour où le commerce, la politique, la diffusion du savoir ont pris le pas sur la légende et le mythe.

Chrétiens et musulmans au temps des croisades : entre l’affrontement et la rencontre
Recueil de textes proposant une approche des croisades attentive à repérer, au-delà des affrontements, une réalité quotidienne de vie commune des chrétiens et des musulmans durant près de deux siècles. Etudes sur les pélerinages occidentaux à Nazareth, sur les Druzes, Nosayris et Assassins vus par les sources occidentales médiévales, sur quelques figures féminines des croisades…

La période des croisades ne peut se résumer à une suite d’agressions belliqueuses entre les Francs et les Musulmans. Ces deux siècles ont connu des périodes de paix ou de trêves, plus ou moins longues, où des contacts se sont noués, selon l’amitié, le commerce…

L’ouvrage de John TOLAN, Les Sarrasins : l’Islam dans l’imagination européenne au Moyen Âge permet d’appréhender la crainte, mais également et surtout, l’admiration des chrétiens face à l’Islam.
Dans ce livre l’auteur tente de comprendre pourquoi l’Autre est qualifié par nos sources de « perfide », alors que cela ne fait aucun doute qu’il attire autant par son luxe que par son faste (les palais de l’Alhambra à Grenade, pour ne citer qu’un exemple) et surtout sa science. Dans son introduction John Tolan prend pour exemple le franciscain Riccold de Monte Croce (XIII[^e^] siècle) qui exprime toute l’ambivalence, l’attirance et la répulsion que la chrétienté latine du Moyen Âge éprouve pour le monde islamique. Venu à Bagdad pour y prêcher le christianisme, il est partagé entre l’effroi et l’admiration face à la beauté, l’opulence et la science orientale : “Là est le lieu où ces Sarrasins ont leurs plus grandes écoles et de grands maîtres. Où se trouvent de nombreux religieux sarrasins. Où se rencontrent leurs diverses sectes”.

Al Andalus : un espace favorable aux échanges et rencontres artistiques, culturelles et scientifiques

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Al-Andalus est le terme utilisé par les auteurs arabes du Moyen Âge pour désigner l’Espagne musulmane. Dans les pays où l’Islam s’est implanté dès le VII[^e^] siècle c’est-à-dire l’Espagne, la Sicile et les Baléares l’image de l’Autre parait beaucoup plus nuancée. La civilisation hispano-musulmane est à l’origne de réalisations artistiques et intellectuelles majeures : la mosquée de Cordoue, la pensée d’Averroès, l’Alhambra de Grenade…

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  • Pendant la période des croisades une véritable effervescence culturelle rayonne en Espagne et s’étend tant en Orient qu’en Occident. On pourrait penser que les croisés qui séjournèrent si longtemps au Levant ont largement contribué à faire connaître à l’Occident chrétien les grandes œuvres traduites en arabe ou produites par les Arabes eux-mêmes. Force est de constater qu’il n’en est rien. Les croisés rapportent dans leurs pays des aspects séduisants de la vie orientale, des façons de se vêtir ou de se nourrir, des motifs décoratifs, des objets d’art, des étoffes.Au XII[^e^] siècle la conquête chrétienne avance en Espagne du nord. L’idéal de la reconquête s’impose rapidement, soutenu par les royaumes chrétiens qui poursuivent leur offensive, elle finit par cantonner la domination musulmane dans le sud est de la péninsule, en Andalousie.
  • L’Espagne musulmane, par André CLOT
  • Pierre GUICHARD, grand spécialiste de l’Espagne musulmane et de ses relations avec le monde chrétien, nous offre dans son livre Al-Andalus une vision d’ensemble de la civilisation andalouse, de sa naissance à la reconquête chrétienne, en passant par les différents régimes politiques musulmans : les taifas, l’émirat omeyyade puis les empires Almoravides et Almohades.
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  • Al-Anadalus représente dans l’imaginaire médiéval la soif de savoir qui s’empare d’un Occident où ne survivent plus que des brides de la science antique. Les esprits éclairés sont fascinés par les trésors des bibliothèques arabes. Tolède devient un lieu de rencontre entre langues et religions, populations et cultures. Le philosophe Averroès, né à Cordoue en 1126 et mort à Marrakech en 1198, symbolise les échanges culturelles.- Les rencontres d’Averroès dédient dans Autour d’Averroès : l’héritage andalou un chapitre à l’art et un autre à la musique.

L’art de la méditerranée : renaissance en Orient et en Occident 1250-1490

L’Andalousie arabe

L’art arabo-normand : la culture islamique dans la Sicile médiévale

Andalousie : art et civilisation

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Ce que la culture doit aux Arabes…

Ce que la culture doit aux Arabes d’Espagne de Juan VERNET
Cet ouvrage nous offre un inventaire, siècle par siècle, des apports de la culture musulmane dans divers domaines comme : l’héritage antique, les techniques de traductions, les sciences, les arts.
Les Arabes connaissent et maitrisent le grec contrairement aux Occidentaux qui au cours des différentes invasions du Haut Moyen Âge ont perdu l’usage de cette langue. Il faut attendre la Renaissance du XIIe siècle pour voir arriver en Europe les penseurs grecs, notamment Aristote.
Les premières traductions de l’arabe au latin se font vers le milieu du IXe siècle, comme celle du mathématicien Euclide (nous la devons à Abélard de Bath qui se fonde sur la version arabe d’al-Hajjâj Yûsuf b Matar). Les Musulmans font également connaitre à l’Occident Hypocrate, mais surtout Galien, sans oublier les médecins arabes tels Ibn Serapion le Vieux, Mésué…

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Qantara, magazine des cultures arabes et méditerranéenne, Institut du monde arabe
A signaler dans le numéro 71 du printemps 2008 , un dossier passionnant sur “Les Arbes et la Grèce”

Et également deux documentaires et un CD musique :

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De l’histoire à la fiction : Le film de Ridley Scott (2005) Kingdom of Heaven qui illustre les enjeux pour le maintien d’un équilibre de paix.

Les relations entre Orient et Occident dans le temps long de l’Histoire 

L’Europe et l’Islam : quinze siècles d’histoire

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Histoire de l’islam et des musulmans en France du Moyen Age à nos jours, sous la direction de Mohammed ARKOUN, Albin Michel

La civilisation islamo-chrétienne. Son passé, son avenir, par Richard W Bulliet, Flammarion

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