17 mai : Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - par Gadji

Chaque année, cet événement lancé par le Français Louis-Georges Tin, président du Comité IDAHO, est un moment de convergence dans plus de 60 pays, des actions de lutte menées contre l'homophobie, la lesbophobie la biphobie et la transphobie. C'est l'occasion de rappeler la nécessité de combattre ici ou ailleurs nombre de préjugés qui sont à l'origine de discriminations à l’égard des personnes LGBT.

Rainbow flag -
Rainbow flag - Une campagne nécessaire contre les discriminations

Rapport sur l’homophobie 2017

La dernière édition du rapport annuel de SOS Homophobie https://www.sos-homophobie.org/rapportannuel, réalisé à partir de signalements de victimes via une ligne d’écoute anonyme , un tchat d’écoute et un formulaire en ligne,  a été publiée il y a quelques jours. Il fait état d’une triste réalité : après 2 années consécutives de baisse, les actes homo- et transphobes sont à nouveau en hausse (+ 19,5 %). « Les personnes trans sont parmi les premières victimes de cette hausse (+ 76% de témoignages). La haine envers les personnes lesbiennes, gay, bi-e- s et trans (LGBT) persiste, s’amplifie et s’ancre toujours aussi profondément dans notre société », développe l’association dans son rapport. Une problématique à laquelle répond la campagne 2017 de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie en mettant en lumière les réalités des personnes trans.

Affiche de la campagne 2017

Nous ne disposons pas en France de statistiques officielles sur l’homo/transphobie et ce rapport est le seul outil qui permette d’en prendre la mesure. En effet, si la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) a vu son champ élargi en 2016, elle ne rend toujours pas publiques les plaintes déposées auprès de la gendarmerie et de la police. Il faut également tenir compte du fait que, comme dans le cas des violences familiales et conjugales, bon nombre d’actes ne sont pas dénoncés. Cependant, le recoupement entre les plaintes et les témoignages auprès de diverses associations dont SOS-Homophobie, laisse à penser que les actes LGBTphobes sont encore bien plus nombreux que les 1575 recensés dans ce rapport.

Comment expliquer cette recrudescence des actes LGTBphobes?

Les récentes lois en faveur des LGBT, comme l’autorisation aux transsexuels de changer plus facilement de sexe à l’état civil, pourraient, tout en ayant offert un signal de reconnaissance, avoir aussi facilité la prise de parole des victimes.

Mais on peut aussi y voir en miroir l’influence d’une minorité très habile dans l’usage des réseaux sociaux dont on a pu constater la virulence à l’occasion des hommages rendus à Xavier Jugelé, tué le 20 avril lors de l’attentat des Champs-Elysées. Derrière l’écran, il y a bien sûr des individus isolés, pas toujours foncièrement homophobes mais encouragés à propager aussi des propos haineux et dégradants. La porosité entre certains mouvements comme La Manif pour tous, Sens commun et les discours LGTPhobes pourrait également concourir à une forme de légitimation de l’homo- et transphobie.

« Il y a en France une homophobie qui est ancrée, qui persiste, et chaque discours transphobe ou homophobe dans la bouche de médias ou de politiques stimule l’homophobie ou la transphobie chez les gens. Et ça légitime, ça libère leur parole » déplore le président de SOS Homophobie. (« La campagne électorale a favorisé la recrudescence de l’homophobie », L’Obs, 11 mai 2017)

Aucun lieu n’est exempt des actes homophobes : lieux publics, école, travail, voisinage, famille…. L’homophobie revêt différentes formes : insultes et violences physiques, isolement provoqué par le rejet de la famille, sans compter les violences plus sournoises telles que les discriminations au logement, à l’embauche, lors de démarches administratives quotidiennes.

« […] bien enracinée dans la société, elle a ressurgi à l’occasion de faits d’actualité comme le débat sur l’ouverture du don du sang aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, le drame d’Orlando, ou encore la polémique sur les affiches de prévention contre le VIH » explique encore le rapport.  Depuis l’abrogation du délit d’homosexualité (deux alinéas datant du régime de Vichy) dans le Code pénal en 1981, la route est longue…

Paradoxalement, des sondages montrent que les Français sont de plus en plus favorables à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux lesbiennes (et aux célibataires) et s’affirment à l’aise avec les familles homoparentales. Un signe d’espoir pour l’avenir ?

En dehors de nos frontières, l’homophobie montre actuellement son visage le plus odieux. Une vague d’agressions à l’encontre de toute personne soupçonnée d’être homosexuelle, a été déclenchée depuis un mois en Tchétchénie. Une centaine de personnes ont été détenues et torturées ( Le calvaire des homosexuels tchéchènes, Le Monde). Les témoignages de victimes qui nous parviennent témoignent de la violence de ces actes homophobes.

Révélés par le journal russe indépendant Novaïa Gazeta début avril, ces faits ont été depuis largement relayés à l’étranger par les médias et certaines ONG afin d’alerter l’opinion internationale. Une association brésilienne a organisé un mouvement sur Instagram #Kiss4LGBTQRights : des internautes sont inviter à publier des photos de couples en train de s’embrasser, en géolocalisant le cliché au Kremlin, à Moscou. Rapidement, plusieurs milliers de photos ont été publiées sur le réseau social.

La présidence tchétchène nie les accusations et déclare cyniquement : « Vous ne pouvez pas arrêter ou réprimer des gens qui n’existent pas dans la République. L’homosexualité n’existe pas ici […] Si ces personnes existaient en Tchétchénie, la loi n’aurait pas à se soucier d’eux, vu que leurs propres parents se seraient déjà occupés définitivement de leurs cas. » (Source : Le Monde). Le 16 mai, trois associations LGBT françaises (Stop homophobie, Mousse et Comité Idaho France) déposaient une plainte pour « génocide » devant la Cour pénale internationale contre le président Ramzan Kadyrov pour des persécutions commises en Tchétchénie contre les homosexuels. Des chefs de la diplomatie de pays européens, dont la France et l’Allemagne, ont fait part à leur homologue russe de leur «profonde inquiétude» concernant le sort des homosexuels en Tchétchénie.

Malheureusement, la Tchétchénie n’est pas le seul pays homophobe. Selon le rapport 2016 de l’ONG l’ILGA (International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association), 73 états condamnent les relations de même sexe, soit plus d’un pays sur trois.

Les condamnés. Dans mon pays la sexualité est un crime, Philippe Castetbon, H&O

Ce très beau travail photographique accompagné de témoignages très forts, a fait l’objet d’une exposition en 2010. Les 51 autoportraits dénoncent l’enfer que vivent les gays dans les pays où l’homosexualité est interdite par la loi.

Une dernière chance / réal. de Paul Emile d’ Entremont

Ce long métrage documentaire suit le parcours de cinq demandeurs d’asile au Canada qui ont fui leur pays d’origine pour échapper à la violence homophobe. Des témoignages poignants.

Deux regards sur la répression de l’homosexualité en Afrique :

L’homosexualité en Afrique : regard anthropologique et psychologique : l’exemple de la Côte d’Ivoire et du Mali / Jérôme Palazzolo, Christian Mésenge

Cameroun : sortir du nkuta ? / réal. de Céline Metzger

  • Pour aller plus loin

Comprendre l’homosexualité / Marina Castaneda

Comment vivre dans une société qui n’accompagne pas les individus dans la construction d’une identité sexuelle différente de l’hétérosexualité ? Ce document permet de balayer les idées reçues. Un outil pour soi-même quand on se découvre attiré(e) par des personnes du même sexe, pour l’entourage qui vit parfois comme une blessure coupable la différence de l’un des siens, mais aussi pour des travailleurs sociaux et thérapeutes.

L’amour et la loi : homos, hétéros, mêmes droits, mêmes devoirs / Caroline Mecary

Publié à l’occasion des débats sur le mariage et de l’adoption pour tous, cet essai clair, précis (l’auteure est avocate) et passionnant revient sur quinze ans de combat professionnel et personnel mené au nom de l’égalité de traitement des citoyens devant la loi. Au fil des pages, défile la souffrance des lesbiennes et gays qui ont un jour frappé à son cabinet.

  Le travail social auprès des victimes d’homophobie : questionnement identitaire, lien familial, insertion / Frédéric Gal

Ce premier ouvrage consacré au « travail social auprès des victimes d’homophobie » est signé par l’association Le Refuge. Il propose aux professionnels et bénévoles du secteur social, souvent démunis face à la complexité des situations rencontrées, des solutions concrètes pour améliorer la prise en charge des jeunes homosexuels.

J’irai danser à Orlando / Philippe Corbé

Le récit de l’après-attentat d’Orlando par un journaliste de RTL, correspondant permanent aux Etats-Unis, qui a couvert cet évènement de juin 2016 puis ses suites. On y rencontre nombre de rescapés et de proches de disparus. L’auteur relate également les réactions des officiels, notamment un discours d’Obama, le travail de la police, les enterrements, et bien sûr il reconstitue l’évènement par touches à travers le récit de gens qui étaient sur place et qui s’en sont tirés. Il insère aussi ici ou là ses propres souvenirs d’homosexuel raillé ou insulté. Cet essai retrace ainsi de manière très sensible, dans une multitude de chapitres brefs, une histoire de la violence homophobe.

 

 

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