Le roi est mort !

- temps de lecture approximatif de 10 minutes 10 min - Modifié le 11/10/2019 par Département Civilisation

L'assassinat d'Henri IV - tout comme le nom de Ravaillac - est un des événements de l'histoire de France les plus connus des Français. Depuis ce fameux 14 mai 1610, les hypothèses les plus diverses quant aux motivations du meurtrier se sont succédées. A-t-il agi seul ? Est-il seulement le bras armé d'un complot ? Un vaste sujet de recherche pour les historiens, mais il se pourrait bien que le mystère ne soit pas élucidé de sitôt...

Henri IV
Henri IV

Les ouvrages qui ont été inspirés par ce souverain sont extrêmement nombreux ; le “bon roi Henri” est le plus souvent décrit comme un brillant homme d’Etat. C’est notamment lui qui a mis fin à plusieurs décennies de combats en abjurant le protestantisme et en promulguant l’édit de Nantes. Mais certains biographes s’attachent aussi à montrer son caractère autoritaire et centralisateur.
Le nombre de biographies des rois et reines de France est tel que l’on peut lire toutes sortes de portraits, plus ou moins flatteurs, parfois romancés, et toutes les interprétations sont possibles. Nous avons retenu quelques titres concernant Henri IV parmi les parutions les plus récentes, avant d’aborder les liens du roi avec Lyon, et de suivre ses traces parmi les collections du Fonds ancien de la bibliothèque.

Le roi

Henri IV, par Jean-Pierre BABELON, Fayard
- Cet homme du passé n’a pas fini de défier les générations dont il sollicite sans cesse la curiosité. Son regard insistant et ironique continue à nous provoquer. Henri IV n’est ni un commandeur de pierre ni un saint de vitrail, ce n’est ni un héros ni un doctrinaire. C’est par la vigueur exceptionnelle de sa faculté d’existence qu’il nous tient en haleine, par l’accumulation des contrastes de son caractère, par la manifestation sans faux-semblants de ses qualités et de ses défauts, et par l’insolente affirmation de soi-même.

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Ed. du Seuil

Henri IV, par Janine GARRISSON, Seuil
- L’émergence du protestantisme dans un corps social pétri de catholicisme fait éclater une gigantesque crise politique qui culmine avec l’arrivée sur le trône d’Henri de Navarre. La France allait-elle accepter de vivre sous un roi protestant ? Chacun sait comment, parfois sans panache, le Béarnais a triomphé des obstacles. Cet ouvrage s’attache à chercher, sous le personnage débonnaire et bien français que la tradition et l’historiographie ont régulièrement reproduit, l’homme au vrai, ses rêves, ses espoirs, ses violences et ses passions et, surtout, ses volontés politiques.

Dictionnaire Henri IV par Jean-Claude CUIGNET, préfacé par Jean-Pierre BABELON, Grancher
- Pour compléter les biographies existantes, ce dictionnaire très fouillé dresse le portrait d’un roi, de son règne et aussi un portrait de la France du XVIe : la vie quotidienne, les élites, les bas-fonds, les affrontements politiques et bien sûr les différentes théories entourant la mort d’Henri IV. Comprend également des chronologies, des extraits de correspondances et textes littéraires de l’époque, des généalogies…

 La mort du roi

L’assassinat d’Henri IV : 14 mai 1610, par Roland MOUSNIER, préfacé par Arlette JOUANNA, Gallimard – Les journées qui ont fait la France
- L’auteur ne se contente pas de traiter des éléments déjà connus : il s’intéresse au régicide et au tyrannicide (dans quelle mesure Henri IV pouvait-il être considéré comme un tyran par ses sujets ?). R. Mousnier esquisse également un tableau de l’ensemble du règne : pour éclairer le sens et la portée de cet événement inouï, il interroge aussi les passions politiques et religieuses qui travaillaient à l’époque tous les ” Ravaillac de cœur ” dont le moine régicide se serait fait sans le savoir l’instrument involontaire. Balayant l’image du ” bon roi Henri ” aimé de ses sujets, ce livre décrit les tensions, les frustrations, les ressentiments suscités par la personne et la politique du monarque.

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Perrin

L’assassinat d’Henri IV : mystères d’un crime, par Jean-Christian PETITFILS, Perrin
- Cet assassinat reste et restera une énigme. Mais à qui profite le crime ? J.C. Petitfils tente de reconsidérer l’ensemble des pièces du dossier, sans en négliger aucune, et de les analyser rigoureusement. Des sources inexplorées ou négligées font apparaitre des indices troublants…

La grande peur de 1610 : les français et l’assassinat d’Henri IV, par Michel CASSAN, Champ Vallon
- L’évènement et ses suites immédiates sont envisagés à l’échelle du pays. Sont étudiées la circulation de la nouvelle, sa transformation en information officielle et sa manipulation, sa réception par la population. Le basculement général et concomitant du royaume pendant 4 à 5 semaines dans la peur l’est aussi.

L’assassinat d’Henri IV et le mystère qui entoure sa mort ont suscité de nombreuses publications, et ce dès mai 1610. Le Fonds ancien de la Bibliothèque Municipale de Lyon conserve de nombreux documents (publiés à Lyon, notamment) imprimés à cette occasion, qui témoignent de la réception de la mort du roi.

 Ecrits de 1610

L’assassinat d’Henri IV entraîne la parution de nombreuses pièces de circonstances, qui rendent hommage au souverain disparu ou s’adressent à sa veuve, Marie de Médicis.

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De courts récits relatent les événements importants, et ont également pour fonction de célébrer le souverain disparu. Voici quelques documents, parmi les publications lyonnaises (consultables sur Gallica) :

L’assassinat du roi entraîne enfin la parution de nombreux documents polémiques. Les jésuites, accusés de défendre la théorie du tyrannicide, se voient mis en cause. François Ravaillac n’avait-il pas essayé de rentrer dans la Compagnie de Jésus ? Les collections du Fonds ancien renferment ainsi une Censure de la Sacrée Faculté de Théologie de Paris, contre les impies et exécrables parricides des Roys et des Princes, qui constitue un arrêt contre le tyrannicide.
De nombreux documents polémiques sont également présents dans nos collections, à l’exemple de la Lettre déclaratoire du Père Coton, écrite pour disculper les jésuites, et des pamphlets écrits en réponse, comme l’Anti-Coton.

 L’assassinat du roi : quelques sources

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Des documents juridiques relatifs au procès de Ravaillac se trouvent dans les collections.
Parmi eux :
L’Arrest de la Cour de Parlement, contre le tres-meschant parricide François Ravaillac, publié à Lyon en 1610.
- Cet Acte daté du 27 mai 1610, extrait des registres du Parlement, déclare Ravaillac coupable de régicide, et prononce sa condamnation ainsi que celle de ses proches – ses parents sont exilés, sa famille doit changer de nom. Cette ordonnance d’exécution livre une description détaillée de son supplice.

Les hypothèses concernant la mort d’Henri IV sont diverses. Ravaillac a-t-il agi seul ? Qui a guidé son geste ? Des témoignages comme celui de Jacqueline le Voyer, demoiselle d’Escoman, et celui de Pierre du Jardin, ont pu amener les historiens à formuler différentes théories :

Le Véritable manifeste sur la mort d’Henri le Grand par la demoiselle d’Escoman, publié en 1616, ainsi les Interrogation et declaration de Mademoiselle Descoman (1616), fac-similé de 1970.
- En 1611, Jacqueline d’Escoman accuse l’un des proches d’Henri IV, le duc d’Epernon, et une ancienne maîtresse du roi, Henriette d’Entragues, d’être à l’origine du régicide et d’avoir agi pour le compte de l’Espagne. A l’issue du procès, n’ayant pu prouver ses dires, elle est condamnée pour diffamation et emprisonnée.

La Mort d’Henry le Grand, découverte à Naples en 1608, par Pierre Du Jardin, sieur et capitaine de La Garde,… détenu ès prisons de la Conciergerie du Palais, imprimé à Paris en 1619.
- Le témoignage de Pierre du Jardin met à son tour en cause le Duc d’Epernon. Des historiens comme Jules Michelet (Histoire de France, 1857), puis Philippe Erlanger (L’étrange mort d’Henri IV, 1957), se sont appuyés sur ces documents pour formuler l’hypothèse d’une conspiration menée par le Duc d’Epernon et Henriette d’Entragues, avec la complicité de l’Espagne. Cette thèse a été remise en cause depuis. Jean-Christian Petitfils, dans l’ouvrage cité précédemment, réexamine ces témoignages, et suit pour sa part une piste flamande, impliquant l’archiduc Albert de Habsbourg.

 Henri IV et la Bibliothèque Municipale de Lyon

L’anniversaire de la mort d’Henri IV est enfin l’occasion de souligner le lien particulier qui unit le roi à la ville de Lyon, lien dont les collections du Fonds ancien portent trace. En effet, le roi Henri IV, à la demande de son confesseur, le Père Coton, a fait don de quelques livres à ses armes à la Bibliothèque. Les silos renferment ainsi quelques ouvrages dont les reliures portent la marque du roi.
Les oeuvres du cardinal Toschi (Série de sept volumes), qui proviennent de la bibliothèque de Camille de Neufville, archevêque de Lyon, présentent également des reliures aux armes d’Henri IV. Ces reliures en maroquin rouge, exécutées entre 1605 et 1610, sont particulièrement remarquables.

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Enfin, le Fonds ancien possède une vingtaine d’ouvrages dont les pages de titre portent les armes du roi au lieu de la marque de l’imprimeur. On peut citer, à titre d’exemple, le Discours de la Desfaicte de la garnison de Soissons…, publié à Paris en 1595. A une époque où l’imprimerie royale n’existe pas encore, l’utilisation des armes royales témoigne de la protection du souverain à l’égard de l’imprimeur et de sa publication.

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