Des dispositions pour le handicap, pour une société inclusive.

Les personnes atteintes d’un handicap appartiennent encore à la catégorie des stigmatisés.

- temps de lecture approximatif de 8 minutes 8 min - Modifié le 24/09/2021 par Entshukdigubg

Longtemps nommés « anormaux », les personnes en situation de handicap ont été victimes de politiques discriminatoires des gouvernements et de réflexes d’exclusion par la société. Puis elles ont intéressé les médecins et les psychologues dans l’optique de les rééduquer et de les « ré-adapter » à une norme. Depuis les années 1970, un mouvement incontestable de reconnaissance et d’intégration du handicap a vu le jour grâce aux approches de travaux sociologiques et anthropologiques. Ce mouvement s’accompagne d’une légifération qui reconnaît à la personne handicapée un statut d’égalité et de dignité. Grâce à la psychanalyse, la personne handicapée entrevoit des possibles. Julia Kristeva, psychanalyste, romancière et mère d’un enfant autiste, depuis longtemps préoccupée par cette problématique sociale du handicap, est en France une des personnalités les plus engagées pour changer le regard des gens valides sur les plus vulnérables.

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Le rôle de Julia Kristeva dans l’élaboration de la loi

  • En 2002, Julia Kristeva écrit une lettre au président et propose la création d’une grande instance destinée à défendre les lois et projets autour du handicap. De fait en 2003, elle participe à la création du CNH.

 

 

     que le pays des droits de l’ homme tardent à élaborer une véritable politique du lien, un accompagnement personnalisé du handicap

  • Selon la psychanalyste, les handicaps sont multiples : moteur, sensoriel,  psychique et mental, et singuliers. Chaque handicapé vit sa situation de manière unique et est exposé à une discrimination impartageable.

 

  • En 2005, l’engagement des chercheurs et soignants en faveur du handicap donnera lieu à l’ élaboration d’une nouvelle loi, (loi 2005-102 sur le handicap). L’article 114  de cette loi définit la notion de handicap. Cette loi est fondamentale pour l’égalité des droits, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. Elle reflète  l’évolution du regard de la société sur le handicap.

 

  • En France, près de 10 millions de personnes seraient en situation de handicap. Nous sommes encore dans une société intégrative et loin de l’inclusion. L’intégration est le terme qui traite de la simple reconnaissance et l’inclusion, celui où la personne se voit reconnue dans sa pleine utilité sociale. Nous sommes éloignés de ce nouveau paradigme. En effet, le handicap est la première discrimination retenue avant l’origine et la santé (pour l’embauche, l’attribution d’un logement…).

 

Les pratiques en faveur du handicap et la loi de 2005 :

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L’  article L114-Code de l’ action sociale et des familles : «constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant.» Définir le handicap, c’est entrer dans le corps et les esprits. Au-delà de la définition proposée par la loi, c’est à l’irrémédiable que le sujet handicapé est confronté. La personne handicapée est exposée à des manques ou à des déficits qui ne s’améliorent que dans certaines limites, qui risquent même de stagner, voire de s’aggraver.

 

 

Pourtant des solutions existent pour que la personne handicapée participe à la vie en société. C’est ce que nous apprend E. Zucman  dans son livre Personnes handicapées, personnes valides : ensemble, semblables et différentes (Elisabeth Zucman.-Erès, 2012). En tant que  médecin, elle analyse l’expérience riche et intense qu’est la rencontre avec des personnes handicapées, avec leur famille et ceux qui partagent leur quotidien. La rencontre du handicap crée de la peur, de l’ignorance et un sentiment d’anxiété. Ce sentiment diminue avec l’avancée en âge de la personne en situation de handicap et de sa famille. Il y a une sorte de rééquilibrage progressif. Cependant, toute la réflexion passionnante de l’auteur montre que cet équilibre pourrait être atteint bien avant la maturité familiale.  Les solutions sont éthiques, ce sont celles du vivre ensemble, de la confiance et des moyens que la société est disposée à mettre en faveur du handicap.

 


Handicap et éducation : pour une plus école inclusive

 

Loi de 2005 énonce que : tout jeune en situation de  handicap doit être scolarisé, dans l’établissement scolaire le plus proche de chez lui.

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Selon le Ministère de l’Education nombre d’élèves scolarisés handicapés augmente. 427.000 élèves en handicap sont scolarisés dont 16 % en établissement spécialisé (médico-social ou hospitalier). Cependant à 18 ans, 20 pour cent d’ entre eux ne sont plus scolarisés et seulement 2 % sont scolarisés à domicile. Malgré les annonces du Ministre J. Blanquer, il reste  3500 élèves en attente d’un auxiliaire de la vie scolaire selon le  Collectif citoyen handicap.

Devant le mécontentement des familles qui estiment que la qualité de la solarisation et les accompagnements proposés ne répondent pas complètement à leurs attentes, le ministre de l’ éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a lancé, en juillet 2018 : le plan 2022 : une école de la République pleinement inclusive. Au-delà des progrès quantitatifs (10 900 postes d’aides aux enfants en situation de handicap, assouplissement des conditions d’accès au métier d’enseignant pour faciliter le recrutement), le ministre vise un “saut qualitatif”.

 

Trois priorités ont été dégagées :

  • renouer la confiance avec les familles ;
  • soutenir les enseignants et l’ensemble de l’équipe éducative avec l’appui du secteur médico-social ;
  • revaloriser le métier d’accompagnant et reconnaître leur place au sein de la communauté éducative.

 

Il est prévu que les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) se verront proposer des contrats à durée déterminée de trois ans renouvelables une fois et un contrat à durée indéterminée au bout de six ans.  En 2020, 80 000 emplois pérennes ont été créées. Une formation initiale de 60 heures leur a été proposée. Mais en juin 2021, le constat est amer. Les AESH sont sous payés, en grève. Ils gèrent parfois douze élèves à raison de cinq heures par semaine par élève. D’ où un fort mécontentement des parents. A quand des éducateurs spécialisés à la place des AESH ?

 

Pour aider les enseignants et les élèves, l ’Onisep a publié trois annuaires très utiles qui présente 1000 établissements spécialisés dans l’accueil des élèves en situation de handicap :

Annuaire handicap visuel, 2017

Annuaire handicap moteur, 2017

Annuaire handicap auditif, 2017

 

Déségrégation et accompagnement total (PUG 2021)  d’Hugo Dupont témoigne des avancées certaines de notre système éducatif en faveur de l’ enfant handicapé.

La circulaire de 2017 du gouvernement a par exemple ordonné la fermeture progressive des établissements spécialisés du secteur médico-éducatif pour les enfants handicapés.  Cette mesure constituerait pour certains une évolution majeure dans l’histoire de l’accompagnement des enfants handicapés en France car elle s’inscrit dans une politique d’intégration de ces enfants en milieu ordinaire.

Mais elle a suscité beaucoup d’interrogations de la part de beaucoup d’associations sur le handicap : s’agit-il d’une politique d’intégration ou d’une politique de désintégration du secteur médico-social ?…

D’où la  prudence à employer les concepts d’intégration ou d’ inclusion. Les enseignants et les parents sont d’ailleurs opposés à l’inclusion totale de certains handicapés dans le système scolaire classique et pour le maintien des unités  d’accueil. Le débat est ouvert…

 

Claudine Blancou permet aussi de prendre conscience de cette évolution. Une classe pas comme les autres :  au temps des Clis (devenues Ulis)  et des Rased ou AESH, une institutrice accueille un enfant trisomique puis un jeune autiste dans sa classe. Nous sommes en 2001, les premières classes inclusives voient le jour. Une équipe pédagogique se met en place, incluant les parents, un pédopsychiatre, d’autres enseignants malgré l’opposition de l’inspecteur d’académie. L’enseignante livre ici le récit d’une classe pilote où chaque élève, porteur de handicap ou non, s’est épanoui pendant de nombreuses années.

 


Couple et handicap

L’ AAH (allocation adulte handicapé) est une aide pour les démunis. Lorsque la personne handicapée est en couple, l’aide est diminuée en fonction des revenus du conjoint. Un projet de loi propose que le calcul de l’allocation ne soit basé que sur la situation unique du bénéficiaire. Cependant, le gouvernement a bloqué le vote.

L’association France Handicap n’est pas d’accord et voit cette allocation comme “une allocation d’existence, qui doit permettre à la personne de vivre indépendamment des revenus de son conjoint”.  Un tollé général s’installe dans l’opinion publique et le statu quo est maintenu.

Un nouveau défi est lancé à la nouvelle génération éducative. Les personnes en situation de handicap éprouvent comme tout individu le besoin de fonder un couple et de devenir parent. Elles précèdent la société dans bien des situations. Elles ont revendiqué le droit à l’affection, la sexualité ou à la fondation d’une famille. La génération actuelle sera celle qui a eu accès à la mixité et à la sexualité. Ce qui n’est pas sans susciter des inquiétudes chez les familles accompagnantes et chez les éducateurs.

 

Mais les personnes handicapées ne peuvent pas toujours  vivre leurs aspirations affectives et sexuelles comme elles l’avaient imaginé . Dans son guide, En couple et handicapés , Bertrand Morin jette un regard bienveillant sur ces couples. Il  aborde les questions de la fondation du couple : composition, désirs, émotions, frustration, intimité, sexualité et traite ensuite la question du particulière du handicap par des cas vécus.

 

Ma vie pour deux lance cependant un message d’espoir. Philippe Croizon est connu  dans le monde du handicap comme un sportif de haut niveau. Soutenu par sa femme et sa famille, il traverse la Manche à la nage (juste chaussé de palmes, n’oublions qu’il est quadri-amputé !)  Grâce à l’amour de sa femme, il enchaine les records. Son épouse devient aidante familiale. Un couple modèle et un message d’espoir !

 


Beaucoup de sujets sur le handicap pourraient être abordés car les problématiques sont nombreuses et des progrès restent à poursuivre. Cependant, la loi de 2005 a constitué une avancée majeure, notamment dans la prise en charge financière et la scolarisation des handicapées.

Aujourd’hui les personnes en situation de handicap peuvent faire entendre leur voix, pour revendiquer leur différence et une culture à part entière.

 

Pour aller plus loin :

 

 

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