Lyon face au réchauffement climatique

Le cas des îlots de chaleur urbains

- temps de lecture approximatif de 7 minutes 7 min - par Département Documentation régionale

Il y a encore quelques semaines, la France a fait face à une vague de chaleur exceptionnelle pour le mois de septembre. A Lyon le mercure est monté jusqu’à 35°C, un triste record pour cette période de l’année ! L'occasion de nous pencher sur le cas des îlots de chaleur urbains, un enjeu d'importance en situation de réchauffement climatique.

Des étés chauds et caniculaires


Chaque année semble faire tomber des records : les années 2018 et 2019 sont déjà reconnues comme les années les plus chaudes enregistrées à Lyon avec une moyenne annuelle de 14°C, soit 1.5°C de plus que les décennies précédentes (1981-2010). L’année 2020 est bien partie elle aussi pour figurer sur un bien triste podium.

Il y a deux ans déjà un article du journal Le Monde intronisait le Rhône comme champion hors catégorie des canicules à l’échelle française, avec un double record du nombre de jours sous alertes et du nombre d’alertes. Cette chaleur accrue a aussi une incidence sur la diminution constante des précipitations dans le Rhône et la récurrence des sécheresses, qui sont un autre symptôme visible du changement climatique à l’échelle locale.

Le changement climatique est donc bel et bien là et les habitants de l’agglomération de Lyon vont devoir y faire face. Et ce d’autant plus que ces canicules à répétition et ce réchauffement plus généralement ont des conséquences sanitaires importantes, notamment pour les habitants les plus vulnérables. Bientôt l’été de la canicule de 2003 ne sera plus l’exception mais bien la norme. La Métropole de Lyon elle-même dans son Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET), récemment adopté en décembre 2019, nous prévient qu’à l’horizon 2050 Lyon aura la même température moyenne que Madrid et d’ici la fin du siècle celle d’Alger.

Alors quelles sont les pistes initiées par l’agglomération Lyonnaise afin que Lyon ne devienne pas une ville inhabitable en été ?  De fait, si les épisodes de chaleurs sont bien moins supportables en ville qu’à la campagne, s’il y a de si grandes différences de température entre le centre d’une ville et sa périphérie lors de vagues de chaleurs, c’est en raison de ce qu’on appelle les îlots de chaleur urbains ou ICU.

L’enjeu des îlots de chaleurs urbains (ICU)


Ces îlots de chaleur urbains sont des phénomènes de microclimat urbain qui conduisent à un différentiel de température, pouvant aller jusqu’à 5 ou 10°c dans les cas extrêmes, d’une rue à l’autre, et plus particulièrement entre le centre d’une l’agglomération et à sa périphérie. Ainsi la place Terreaux (Lyon), dont la rénovation récente a fait naître une polémique sur la prise en compte des ICU, a un indice de score ICU de 0.79 sur 1 quand le Jardin Saint-Pierre, qui jouxte cette même place et qui représente un véritable havre de fraîcheur pendant les fortes chaleurs, a un indice de 0.4. Pourquoi cette différence ? Les chaudes journées estivales, les surfaces de nos villes très minérales et denses vont absorber et stocker la chaleur. A la tombée de la nuit, la chaleur accumulée est restituée, ce qui donne cette impression étouffante d’augmentation de chaleur.

Le phénomène s’accentue si la circulation de l’air est plus difficile : bâtiments élevés et rues étroites formant des « canyons » empêchant une dissipation de la chaleur. Alors que pendant longtemps la construction des villes et bâtiments était conçue comme outil de protection climatique, leur développement autour de la mobilité individuelle et des déplacements motorisés a fait perdre de vue cet enjeu. D’ailleurs, on estime aujourd’hui que l’espace public lyonnais est occupé de 60% à 80% par l’automobile. Or le bitume des routes et des parkings lors de forte chaleur peut monter jusqu’à 60°C et rendre autant à la tombée de la nuit. Aujourd’hui, la climatisation aggrave cette situation par son système de restitution de la chaleur. On estime que l’essor des climatisations individuelles, alors même qu’il n’est pas encore généralisé, pourrait avoir de lourdes conséquences sur le confort thermique d’une ville dont il fait déjà monter la température d’environ 0,5°C.

Lyon, comme de nombreuses grandes villes, est très peu adaptée au futur qui nous attend ; sa densité, sa minéralité ainsi que l’imperméabilité de ses sols en font une ville vulnérable aux changements climatiques. Les îlots de chaleur urbains sont d’ailleurs considérés par la Métropole de Lyon comme le problème ayant l’impact le plus fort sur la vulnérabilité de l’agglomération. Ce travail de réflexion sur les ICU est entamé dans de nombreuses villes Européennes, pour les cartographier, définir des indices de mesure, identifier les causes et conduire des expérimentations afin d’en atténuer les effets. Dans le même mouvement, la Métropole de Lyon a amorcé depuis environ 10 ans un travail sur les îlots de chaleur urbains avec des acteurs du public et du privé, et notamment de la recherche, et expérimente aujourd’hui des projets autour de la végétalisation de la ville, de sa perméabilité et de ses revêtements, qui sont les trois facteurs susceptibles de faire baisser ces chaleurs contenues.

Végétalisation, perméabilité et revêtements


Creative Commons-Bibliothèque municipale de Lyon / P0776 001 00054

La Métropole de Lyon conduit dans plusieurs projets phares un certain nombre d’expérimentations qui s’articulent autour de trois leviers d’action : le pouvoir rafraîchissant des arbres, l’économie d’eau et le pouvoir réfléchissant des surfaces, aussi appelé albédo.

Le pouvoir d’ombrage des arbres, au-delà de permettre aux habitants de la ville de se protéger du soleil, permet également l’atténuation de la captation des rayonnements du soleil par les surfaces minérales. Mieux encore, les arbres permettent de réguler la circulation de l’air, essentielle pour la dissipation de la chaleur. Cerise sur le gâteau, avec son pouvoir d’évapotranspiration l’arbre à maturité se transforme en véritable climatiseur naturel. Pour activer ce levier essentiel en matière de lutte contre les impacts du réchauffement climatique, le Service Arbre et Paysage de la Métropole a lancé en avril 2018 le Plan Canopée. Ce projet a débuté par une phase d’analyse qui a permis de cartographier la présence des arbres sur toute la zone géographique, afin de planifier l’implantation d’arbres dans la Métropole. On compte aujourd’hui 3 millions d’arbres recensés sur la Métropole, dont 70% appartiennent au domaine privé. Le plan Canopée vise à accroître la part d’arbres implantés sur le domaine public et prévoit notamment une campagne de plantation de 300.000 arbres d’ici 2030. L’augmentation de la surface végétalisée de la Métropole confirme que l’arbre n’est plus aujourd’hui cantonné à son rôle ornemental, mais est devenu un outil central dans la stratégie de lutte contre les ICU.

On le comprendra, pour être pleinement efficace en ville, l’implantation des arbres doit se faire en synergie avec une utilisation raisonnée de l’eau. La perméabilité des sols favorise une bonne circularité de l’eau, dont l’utilisation raisonnée est d’une importance cruciale pour les années à venir compte tenu de la raréfaction de cette ressource et du nombre croissant de sécheresses. La Métropole de Lyon a initié en 2017 le projet de Ville Perméable qui donne les principaux axes d’action en la matière. On retrouve dans plusieurs projets d’aménagement récents la problématique de la perméabilité des sols. Lors de la transformation de l’esplanade Moncey (Lyon), un parking de 134 places a été transformé en jardin avec l’ajout de 27 arbres et une désimperméabilisation de 3.860 mètres carrés a été réalisées sur les 10.000 mètres carrés de l’esplanade. Un travail similaire a été mené pour la rénovation de la place de Francfort (Lyon) sur laquelle l’implantation de 93 arbres a été combinée avec l’installation de joints poreux afin d’alimenter un réservoir souterrain en terre-pierres de 3.000 m2 faisant office de réserve pour que les arbres y puisent l’eau nécessaire et que le surplus alimente la nappe phréatique. Tout l’enjeu du plan la ville perméable est de créer dans ces aménagements un véritable écosystème, de faciliter la maintenance de la végétalisation mise en place et de permettre aux nappes phréatiques de se remplir.

L’attention portée à la végétalisation et à la perméabilisation de la ville est observable sur un des grands chantiers de transformation d’axe routier de la Métropole, à savoir la requalification de la rue Garibaldi à Lyon. Cette avenue, véritable autoroute urbaine symbolisant le règne de l’automobile dans la ville, est au cœur de l’îlot de chaleur urbain du quartier de la Part-Dieu. Suite à l’ajout de voies réservées à la mobilité douce, la rue Garibaldi a été végétalisée et une noue, fossé de récupération de l’eau de ruissellement des voies non routières, a été installée. De plus, des capteurs de température mesurent l’effet de ces installations en termes de fraîcheur et vérifient les besoins en arrosage des arbres, afin de puiser le cas échéant dans un bassin de récupération de 600 m2. Enfin, un revêtement clair a été posé.

La question du revêtement n’est pas anodine tant les surfaces concourent à créer des îlots de chaleur urbains. Dans le cadre des travaux du quartier de la Part-Dieu, une étude a été réalisée afin de trouver un revêtement qui combine plusieurs des performances thermiques nécessaires à l’usage de la ville en toute saison. L’étude montre que l’utilisation de granit plutôt que d’asphalte permet une diminution de 20°C de la température ressentie. Sur la Place Francfort, dans le même quartier, la Société publique locale (SPL), en charge de la transformation de ce parking de 8500 m2, a testé pas moins de 12 revêtements différents dans son travail sur la chaleur dégagée par cette place.

Aujourd’hui et demain


Si toutes ces expérimentations sont prometteuses et montrent une attention forte de la Métropole au changement climatique, il n’en reste pas moins vrai que le bénéfice des arbres plantés aujourd’hui ne se fera sentir que dans plusieurs années. D’ici là il nous faudra prendre soin de nous et surtout des plus vulnérables, et peut-être même se lancer dans des changements plus radicaux en matière d’urbanisme afin de faire face au enjeux climatiques et écologiques à venir.


 

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