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Sukima

Gao Yan

Sukima (n): interstice, brèche, faille.

Connue pour sa très jolie série The Song about Green,  l’autrice taïwanaise Gao Yan nous propose cette fois de suivre une jeune étudiante en quête d’elle même.  Elle nous offre un manhua d’émancipation intime et social qui incarne la voix d’une génération en plein questionnement sur l’engagement, amoureux et politique.

Yang Yang est à une période charnière de sa vie. A la suite du décès de sa grand-mère, qu’elle avait veillée tout le long de son cancer, et d’une déception amoureuse, Yang Yang fuit Taïwan. Elle profite d’un échange scolaire au Japon pour échapper à son chagrin et à sa solitude. Arrivée à Okinawa, elle s’acclimate doucement. Elle découvre son nouveau lieu de vie et ses habitants ainsi que ses nouveaux camarades de l’école d’art. Grâce à ces différentes rencontres, tout en tâchant de faire face aux deux deuils qu’elle traverse, elle découvre la culture locale, participe à des événements sociaux et explore les paysages d’Okinawa. Petit à petit, elle se rend compte que Taïwan et Okinawa partagent d’autres similitudes que le fait d’être des îles.

Effectivement, le point fort du récit est cette question de la géopolitique de Taïwan mais aussi d’Okinawa. Ces deux contrées ont été écrasées par des puissances voisines. Elles ont connus un brassage culturel très riche et ont du trouver un équilibre entre assimilation et culture locale. Toutefois, encore aujourd’hui, Taïwan doit encore s’affirmer face à la Chine pour garder sa culture. Et Yang Yang se questionne justement sur son pays et sa situation politique et sociale.

Avant mêmes son voyage, elle s’interrogeait déjà sur l’éducation très orientée de l’état et sur l’histoire cachée de Taïwan. Au fil du premier tome, l’autrice met en avant la curiosité de Yang Yang. La jeune femme remet en question le savoir de l’école et développe son esprit critiquer. En mêlant les réflexions intimes de la jeune fille et les faits historiques, le récit lie la quête d’indépendance, de liberté et de démocratie de Taïwan et de Yang Yang.

Le graphisme très doux, assez rond, renforce cet aspect intime du récit. Du fait de son œil d’artiste, Yang Yang a un regard très précis sur le monde qui l’entoure, regard qui est très bien rendu par le découpage et le dessin de Gao Yan. Ces choix fonctionnent aussi très bien avec les monologues intérieurs de Yang Yang. Le lecteur s’immerge dans ses pensées, ses émotions, ses questionnements. Avec poésie et pudeur, le lecteur sonde le personnage et part avec elle dans cette émancipation amoureuse, familiale et politique. Les décors très réalistes, presque photographiques par moments, ancrent encore davantage le propos et l’immersion.

Ainsi, l’autrice dessine le portrait d’une jeune femme en quête de sens et en pleine reconstruction. Pas à pas, en peignant le quotidien, ce récit d’apprentissage montre l’évolution et l’émancipation de Yang Yang. En évoquant l’histoire de Taïwan et d’Okinawa, l’autrice met en lumière le passé de ces contrées mais aussi les problématiques politiques qu’elles ont traversés, voire qu’elles traversent toujours. Enfin, l’autrice permet aussi au lecteur de se questionner lui-même.

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