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Retour aux mots sauvages

Thierry Beinstingel

Le protagoniste de ce roman est un électricien dont l'entreprise a périclité. Il a 30 ans de métier et, contraint de se reconvertir, trouve du travail sur une plateforme téléphonique. A travers ce personnage l'auteur passe en revue nombre de situations inhérentes au travail quand celui-ci déshumanise.

Dans ce nouvel emploi, la parole devient inauthentique: il faut toujours dire les mots pour ne jamais déplaire. Le personnage a cru trop vite qu’il avait gagné le combat de la bouche contre la main. Mais le langage devenu formaté crée insidieusement un manque profond. L’entreprise prétend remettre de l’humain dans les rouages quand les suicides se multiplient, mais pour les employés c’est un discours creux.

Pour redonner du sens à sa vie, le personnage va transgresser une règle essentielle: il se rend chez un client pour l’aider à résoudre un problème dont l’entreprise est responsable. Le lien qui va se créer met un peu de couleur dans la grisaille et lui permet de lutter contre la dépossession de soi qui échappe à ceux qui pensent que la souffrance au travail est réservée à des pleurnicheurs.

Ce roman sonde ce qu’il y a d’impalpable dans le délitement qui accable des personnes dans leur emploi. Il fait ainsi écho à toutes les situations dans lesquelles les individus perdent le sens de ce qu’ils font, ce qui conduit parfois au drame. L’auteur, cadre lui-même dans une grande entreprise, restitue à hauteur d’homme le profond malaise qui s’instaure au travail quand les mots pour le dire manquent à ceux qui les perçoivent seulement comme sauvages.

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