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Nagasaki

Agnès Hostache

Inspiré d'un fait divers qui s'est déroulé au Japon en 2008, Nagasaki met en scène un quinquagénaire solitaire et triste, à la vie bien réglée. Il sent pourtant son quotidien se dérégler peu à peu.

Quelque chose le dérange, il n’en est pas sûr mais a l’impression que de temps à autres des aliments disparaissent de son frigo. Questionnant sa lucidité et sa maniaquerie, il en est pourtant de plus en plus persuadé et se décide à vérifier la chose une bonne fois pour toutes. À l’aide d’une règle qu’il trempe dans sa bouteille de jus de fruit avant et après être allé travailler il constate effectivement que quelqu’un s’est servi durant son absence.

case bd nagasaki

C’est un choc pour lui, il est ébranlé. L’homme va alors vouloir tirer les choses au clair et se résous à utiliser les grands moyens. Il va installer une caméra pointée sur sa cuisine dont il pourra suivre l’image depuis son travail. Ce piège qu’il tend porte ses fruits et il peut observer une femme d’un certain âge évoluer à son aise dans sa maison. À l’arrivée des policiers ceux-ci trouvent la maison fermée et mettent la main sur la femme réfugiée dans le placard d’une pièce laissée à l’abandon par son propriétaire. Placard qu’elle avait aménagé pour y dormir, elle était sur les lieux depuis presque un an.

case bd nagasaki

Cette femme qui se trouve avoir sensiblement le même âge que le propriétaire de la maison était au chômage depuis de nombreuses années et, arrivée en fin de droits et assaillie par la honte, elle s’était retrouvée à fuir son ancienne vie. Désormais sans domicile, après un été passé à dormir à la belle étoile, l’automne arrivant avec toutes les menaces que cela représente, elle se résout à entrer chez cet homme qu’elle voit sortir de chez lui sans fermer la porte à clé. Elle l’identifie rapidement comme vivant seul et peu à peu s’installe dans cette maison qui représente pour elle un havre de paix, un lieu protecteur des maux extérieurs et réparateur de ses maux intérieurs.

page bd nagasaki

Adapté du roman du même nom d’Éric Faye, cette bande dessinée douce-amère est la première d’Agnès Hostache. Auparavant architecte d’intérieur elle se consacre aujourd’hui à la peinture et au dessin.

Nagasaki est une œuvre singulière, se plaçant à hauteur de ses personnages, tout est raconté avec beaucoup de pudeur et de délicatesse. Le dessin et l’écrit sont tous deux d’une grande douceur et d’une grande poésie, évoquant chacun d’une certaine manière les albums jeunesse. Les textes d’Éric Faye, repris tels quels du roman, font la part belle aux jolies formules, aux énumérations, et décrivent l’action par petites touches. Ils rendent bien compte de l’extrême politesse et de la modestie proche de l’effacement des personnages. Tandis que les peintures dans des tons pastels froids d’Agnès Hostache cultivent, elles, une certaine naïveté.

Mais cette poésie du quotidien mise en place par les auteurs est bien sûr une jolie façade trompeuse, elle cache de grands drames intimes. Les deux personnages sont tous deux dans une grande détresse, confrontés à cette situation irréconciliable dans laquelle tous deux se sentent victimes. C’est là toute l’intelligence de ce roman graphique, être un conte enfantin pour adulte, à la fois banal et extraordinaire, poétique et cruel, doux et amer.

Voir dans le catalogue de la BML

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