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Discours de Stockholm : en réception du Nobel d’économie 2009

au-delà des marchés et des Etats, la gouvernance polycentrique des systèmes économiques complexes

Elinor Ostrom

Si Elinor Ostrome est aujourd’hui mondialement reconnue pour son travail sur l’économie des communs, ses travaux ont été tardivement diffusés en France. En effet, il aura fallu attendre 2009, date à laquelle cette femme s’est vu décerner le prix Nobel d’économie, pour que ses recherches retiennent enfin l’attention de la communauté scientifique française.

L’actualité d’Elinor Ostrom tient à son apport théorique sur la gestion des biens communs, et en particulier des « pools » ou « réservoirs communs de ressources » (selon la traduction de Jay Demazière et Hervé Le Crosnier), c’est-à-dire les ressources communes naturelles ; les cours d’eau, les pêcheries, la gestion des forêts sont des exemples concrets de ces réservoirs communs.

Dans le contexte actuel de la menace d’épuisement de certaines ressources naturelles renouvelables et non renouvelables, la question de la gestion de ces dernières prend en effet tout son sens. Comment gérer ces « biens communs » ou ressources naturelles de manière à garantir leur préservation ?

Face à une gestion unique, centralisée et institutionnelle, de ces « pools », Elinor Ostrom démontre par ses travaux qu’une autogestion plus démocratique (et pouvant prendre des formes variées) est souvent plus efficace qu’une gestion publique centralisée ou strictement marchande.

Sa théorie s’appuie sur de nombreuses recherches coopératives sur le terrain dans le monde entier. Son approche comportementale de l’action collective dans la gouvernance des communs a permis de démontrer que la communication, la confiance, la réciprocité, s’ils sont des éléments fondateurs du lien social, sont aussi bien inscrits au cœur des activités économiques.

C’est ainsi que l’économiste réfute le modèle de gouvernance des communs basé essentiellement sur la régulation du marché et la gestion publique des biens et services.  Ce modèle de gestion traditionnel repose sur une représentation abstraite et contestable de l’individu : « l ’homo economicus ». Ce dernier serait par définition égoïste, calculateur, réduit à la recherche constante de ses propres intérêts au dépend de celui du groupe.

L’auteur propose de remplacer le modèle abstrait d’individus réduits à des « calculateurs » à la recherche d’avantages, par celui de « coopérateurs » protégeant collectivement les ressources vitales.

Plus généralement, en démontrant que l’action collective peut être un levier de l’engagement citoyen pour parvenir à une gouvernance plus efficace, Elinor Ostrom n’a-t-elle pas ainsi ouvert une nouvelle perspective aux communs et à l’Economie Sociale et Solidaire ?

 

Voir dans le catalogue de la BML

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