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Mon père qui fonctionnait par périodes culinaires et autres

Elisabeth Mazev

Je me laisse tenter par la lecture de cette pièce à cause de son titre original, et évocateur... Je ne connais encore rien de l’auteure Elisabeth Mazev, mais je pressens que son univers aura un petit côté excentrique...

Je commence la lecture des 21 vignettes qui composent la pièce. Il y est question de nourriture, celle qu’un père immigré bulgare découvre à son arrivée en France. Où l’on y voit ses différentes toquades alimentaires pour la sardine, le boudin maison, les champignons…. Un temps enthousiasmé par sa dernière trouvaille gustative, il met celle-ci au menu quotidien de toute la famille. Mais chaque fois, c’est la même chose, l’amour d’un aliment se transforme en dégoût et rejet. Avide de nouveauté, il se prend alors d’une nouvelle passion pour la mimolette ou le saucisson. Ainsi de suite…

Ce texte est une invitation à ripailler en compagnie d’un père attachant, parfois dur mais souvent touchant…Un homme qui a quitté son pays et tente de reconstituer son paradis perdu comme il le peut, sans grands moyens mais avec beaucoup de passion pour la cuisine et une grande dose d’affection pour les siens.

C’est un bel hommage que l’auteure, Elisabeth Mazev, rend à son père décédé.

En voici un extrait :

« LES CHAMPIGNONS

Il m’avait fait croire que ce trou de quatre mètres sur cinq serait une piscine. Mais à présent je suis convaincue que la chose avait été conçue dès le début pour être une cave, sous la tonnelle.

On y entrait par une trappe au sol, protégée par un petit minaret, qui faisait penser à nos voisins : ils doivent être turcs.

Une journée entière à transporter les quelque trois mille bouteilles de l’ancienne cave sur­chargée, à la nouvelle, vaste et fraîche en ce mois de mai. Puis une autre journée un mois plus tard à les ramener à leur place d’origine, quand le soleil de juin avait transformé le sous‑sol en hammam putride.

Je me remis à croire en l’hypothétique piscine. Non, ce serait une champignonnière.

Le lendemain, il faisait livrer cent kilos de fumier de cheval, dont fut tapissé le fond du trou.

Et la moisissure.

Et pendant un mois nous avons mangé du cham­pignon tous les jours. Sauté, en omelette, au gratin et farci de son pied.

J’étais résignée, et j’aimais descendre par le minaret. Mais jamais seule.

Je ressortais, un saladier plein de boules blanches et molles à la main, et l’air frais me faisait discerner a posteriori l’odeur de moisi et l’hu­midité étouffante.

Un jour, plus aucun champignon n’a voulu pousser, une couche blanche et uniforme a envahi le tas de fumier et de longs filaments ont grimpé aux murs.

Le minaret est resté ouvert un mois entier pour assécher l’intérieur, le fumier sec est allé au jardin et nous avons entreposé de vieilles bicy­clettes dans ma piscine. »

Pour finir, vous avez la possibilité de découvrir jusqu’au 27 janvier à la Comédie de Saint-Etienne le spectacle de Yann Métivier adapté de ce petit bijou…

Voir dans le catalogue de la BML

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